Dans les Cahiers noirs la formule « méditation en quête de sens » est le nom de code du projet de destruction des Juifs d’Europe.

Nous pouvons lire ainsi au paragraphe 16 des Réflexions IX cette méditation heideggérienne : « Lorsqu’il arrive qu’une seconde guerre mondiale commence à être sérieusement envisagée, il semble alors qu’une fois encore la véritable décision ne puisse pas être escomptée ; car celle-ci ne se dit aucunement en termes de guerre ou de paix, de démocratie ou de régime autoritaire, de bolchevisme ou de civilisation chrétienne – mais : comme méditation en quête de sens et recherche de la propriation originaire par l’estre, ou alors mirage de la réduction à lui-même de l’homme déraciné ». C’est du Heidegger à l’état pur : un verbe d’apparence spiritualisé habille un projet criminel. Est refusé par la majorité des commentateurs des Cahiers noirs le fait que la critique visant le nazisme réel comprend celle consistant à l’accuser de ne pas prendre les décisions qui s’imposent quant à la « question juive ». La formule « méditation en quête de sens » fonctionne comme une sorte de code désignant le fait que la destruction des Juifs d’Europe est absolument essentielle à l’établissement d’un véritable « nouveau commencement ». Heidegger n’a aucun mal à déclarer ainsi stupide l’antisémitisme.  « Ce dernier, dit Heidegger,  est tout aussi insensé et condamnable que la manière d’agir du christianisme contre “les païens” – manière qui fut d’abord sanglante, puis n’a plus eu besoin de l’être. » Il veut surtout dire, en faisant le rapprochement avec l’attitude du christianisme à l’égard des païens, que les païens eux-mêmes sont finalement devenus chrétiens ! Comme si, à s’adonner à l’antisémitisme, les Allemands poussaient les Juifs à devenir Allemands. Mais, pour Heidegger, c’est bien le pire qui puisse arriver comme l’atteste son maître Husserl juif converti et assimilé mais dévoyant la phénoménologie initiée par Hegel vers un rationalisme pleinement métaphysique. Il faut cesser d’être « antisémite » et passer aux choses sérieuses : l’extermination de l’ennemi intérieur « incrusté sur les racines intérieures du peuple ». Bien entendu Heidegger est antisémite mais se refuse à cautionner un « étant à étant », comme on dit « corps à corps », entre Allemands et Juifs. Car cet « étant à étant » repose sur un oubli de l’être et le reproduit. Heidegger est enthousiaste à l’idée qu’une « shoah » puisse faire événement ! Cela relèverait d’une décision illuminée par la «  vérité de l’estre ». Il s’agit, en effet, d’œuvrer à une « propriation ». Du même coup l’événement, assumé destinalement et historialement par les Allemands, transcenderait les catégories en cours : démocratie, autoritarisme, bolchévisme, christianisme… L’Allemagne comme patrie de la « méditation en quête du sens » ! Auschwitz comme capitale symbolique ! Ce sera cela ou alors, horreur, ce sera le  « mirage de la réduction à lui-même de l’homme déraciné » ! Cet homme déraciné dont le Juif est le type originairement contagieux et pernicieux !

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