Heidegger – Le « faux public » et le « vrai public » d’Etre et Temps – Sa lecture devrait en être bouleversée

Dans une lettre à Bauch du 1er Aout 1943 Heidegger confiait à celui-ci : «Ce qu’il y aurait à dire ne saurait l’être dans un cours de manière directe. (…) Ce n’est pas seulement depuis 1927, depuis la publication d’ « Etre et Temps » que je garde le silence dans la pensée, j’y veille de manière permanente dans cet ouvrage même et déjà bien avant ».

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Cette déclaration devrait suffire à bouleverser les études heideggeriennes et notamment la lecture d’Etre et Temps. Car le silence dont parle Heidegger, et qui anticipe sur celui qu’on lui reprochera après la guerre à propos de son engagement nazi, dit très précisément ce qu’il tait. Ce n’est pas un silence du vide, mais un silence du « plein » en l’espèce de la haine antisémite et meurtrière. Et c’est ce silence dont est déjà pétri Etre et Temps, le mythique traité innocent, chef d’œuvre de Heidegger et classique du XX° siècle.

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« Le langage public de Heidegger – celui de ses cours et de ses publications – est toujours, note Sidonie Kellerer dans son article du numéro 811 de Critique, un langage codé qui vise, selon la formule de Bauch, « à s’adresser au vrai public. C’est au fond tout ce qui importe » (KB, lettre du 27 avril 1937, p. 40). « Le vrai public » est, comme l’écrit Heidegger à Bauch en 1939, limité. Ce sont les « êtres uniques et invisibles », ceux qui parce qu’ils « agissent effectivement » sont du même coup « les hommes de l’avenir ».

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C’est d’une étonnante et sinistre clarté. Les êtres qui « agissent effectivement » sont les antisémites d’appareils, ceux que Heidegger défendra discrètement contre la « métaphysique » du procès de Nuremberg en 1945 dans sa Lettre sur l’humanisme.

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Le « faux public » : Fédier, Dastur, Marion, Zarader et tant d’autres.
Le « vrai public » : il est fait de tout lecteur nazi de Heidegger.

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Pour le « faux public » la question de l’Etre est une question strictement ontologique sans aucune portée idéologique et politique immédiate. Heidegger est le héros intellectuel d’une sortie de la question de l’être hors d’un oubli millénaire.

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Pour le « vrai public » la question de l’Etre est celle de l’identité souveraine, absolue, du peuple allemand en opposition au « néant » inhérent à « l’enjuivement ». Et comme l’être est, puisque « être » comme dit joliment Heidegger, est « transitif », la question de l’être est en même temps celle de ce qu’il nommera en 1934 dans Sein und Wahrheit : « l’anéantissement total de l’ennemi intérieur enté sur les racines du peuple ».

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On devrait donc s’attendre, dans les prochaines années, à un bouleversement en profondeur de la manière de lire Etre et Temps.

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