Petit contre-dictionnaire Heidegger : QUESTION DE L’ETRE

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Un jour, peut-être, tout lecteur de Heidegger sera prévenu que c’est à cause de la manipulation à la source de certains textes – de certains états-de-texte – et de l’effet édulcorant de la plupart des traductions françaises que l’oeuvre de Heidegger nous est parvenue comme celle d’un grand philosophe qui ne se serait que brièvement égaré du côté du nazisme hitlérien. Cela relève de la mythologie. Ce Heidegger-là est  un des plus grands mythes du XX° siècle et, qui plus est, un mythe pour intellectuels, un mythe pour élite pensante.

Heidegger s’est en réalité très tôt identifié à la cause du III° Reich hitlérien. Il s’est constitué comme le penseur qui en écrivait comme la « constitution ontologique ». Je maintiens mon jugement sur Introduction à la métaphysique de 1935. C’est un appel-justification, voilé par la « transmission-traduction », à l’extermination des juifs.

La « question de l’Etre » est révélatrice de cet état de fait.

Dans Etre et Temps, qui est publié comme une sorte de réplique universitaire du Mein Kampf d’Hitler la question de l’être est encore présentée avec la sérénité qui accompagne une grande question strictement ontologique. Mais ce n’est pas seulement  que Etre et Temps recèle une doctrine de la communauté de sol et de sang, on a aussi jusqu’ici ne pas voulu voir, ou si peu, que le titre même ETRE ET TEMPS était en soi une traduction du symbole de la croix gammée. Dans svastika, qui est le mot hindou pour désigner la croix gammée, asti signifie en effet « être », « existence »!  Les branches d’extrémité de la croix gammée peuvent quant à elle signifier la dynamique historiale.

Dés lors que, par ailleurs, cette croix gammée est attachée de fait à un antisémitisme à vocation meurtrière ETRE ET TEMPS prend la signification globale d’une doctrine de la constitution d’un peuple allemand en marche historialement vers la mise en oeuvre de ce qui sera nommé plus tard « solution finale ». Ce sera la « lutte finale » grâce à laquelle le peuple allemand, défini de manière absolument homogène, recouvrira à la fois identité, liberté et souveraineté.

Etre et Temps est même structuré à l’image de la croix gammée. Le traité commence en effet par l’exposé de la question de l’être (centre de la croix gammée) et s’achève par celui de la doctrine de l’historialité (périphérie dynamique de la croix gammée).

Hitler au pouvoir depuis 1933, Heidegger ayant démissionné du rectorat en 1934 pour cause d’incompatibilité entre son radicalisme et les exigences de la politique universitaire, Introduction à la métaphysique insiste lourdement sur la question de l’être. « Pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas plutôt rien? »

On peut s’en tenir au caractère ontologique de la question et seulement déplorer que Heidegger se serve de la Gestapo comme d’un exemple de ce qui est ainsi que sa déclaration, insérée semble-t-il tardivement dans le texte, sur la vérité et la grandeur interne du mouvement. C’est très insuffisant.

En réalité Introduction à la métaphysique est exemplaire de la « méthode » du nazi Heidegger. Il met à sa manière au pas la philosophie elle-même. La thèse de l’article est en effet que la question de l’être a déjà depuis longtemps sa réponse : l’extermination des juifs. Heidegger habille et dissimule, au coeur de l’université (certes hitlérienne et dont il a été un des recteurs) le projet d’extermination.

La question de l’être est le nom du « concept » de la « solution finale » cela même qui constitue le motif du ralliement précoce de Heidegger à l’hitlérisme – bien plus par exemple que le programme de résorption du chômage par le chantier des autoroutes… et l’industrie d’armement.

Autrement dit la question de l’être transforme en question une réponse déjà donnée quoiqu’à titre de projet. Le peuple allemand retrouvera son être, son essence, sa liberté et la pleine jouissance de sa souveraineté en soutenant un Etat qui se fixe comme objectif l’extermination de la population juive.

En ce sens Introduction à la métaphysique fonctionne comme une pétition à l’adresse du Führer pour soutenir le « programme » et demander en conséquence sa réalisation.

L’époque est alors pleinement aurorale. Nous en sommes à « l’ouverture à l’estance de l’être ». Il faut, Hitler ayant dévoilé en toute vérité l’ampleur du complot juif contre l’Allemagne, frapper la pieuvre qui s’apprête à engloutir à jamais l’être de l’étant du peuple allemand.

Dans Introduction à la métaphysique la méthode philosophique est entièrement ordonnée par Heidegger à une question qui n’est que l’énoncé voilé de cette réponse qu’est la « solution finale ». C’est de cette manière que Heidegger introduit à cette époque le nazisme dans la philosophie. Il développe un simulacre d’interrogation, en vue de séduire les esprits, et alors qu’un ensemble de réponses sont déjà  engagées dans un processus de concrétisation. Ce n’est pas rien! Heidegger essaie quelque chose comme l’élaboration d’une « philosophie », d’une « métaphysique », d’une « pensée » en tant que spiritualisation d’un Etat à vocation génocidaire. C’est bel et bien une « singularité historiale »!

 »La victoire sur le mal n’en est pas l’élimination, mais la reconnaissance de sa nécessité » écrivit Heidegger dans son cours sur Nietzsche de 1937. Il faut en finir avec le mépris du mal, avec le dégoût. Il faut en finir avec le folklore aliénant du pogrom. Comprendre la « nécessité » et lui donner le sens d’une métaphysique tel sera le grand oeuvre du Reich. Heidegger a en toute connaissance de cause oeuvré à une sorte de mise en musique d’aspect philosophique d’un crime d’État qui ne serait pas un crime puisque aussi bien, ne pouvant pas vraiment mourir, les victimes ne seraient que matière première à la fabrication de cadavres.

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