Heidegger – « Etre et temps » est un titre nazi – Brève démonstration

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Voilà bien un des effets des livres indigents et éradicateurs de Farias et de Faye !.. Internet charrie jusqu’à d’infâmes idioties proclamant qu’Etre et Temps, ce classique des classiques de la philosophie du XX°siècle, est un livre nazi ! Quel massacre de la pensée la plus haute ! Quelle ignorance ! Quelle barbarie !

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Il est vrai que le phiblogZophe a fait le choix de rester le plus souvent sur le seuil de l’œuvre heideggerienne et cela au sens où il lui est apparu nécessaire d’entreprendre la meilleure reconnaissance possible de la méthode et de la rhétorique de Heidegger. Lire Heidegger n’est pas seulement difficile en raison d’une terminologie complexe et de la virtuosité avec laquelle Heidegger joue avec des notions apparemment vierges d’académisme. On ne peut lire Heidegger même comme on lirait Hegel. Nazi, Heidegger ne cesse de se déplacer entre deux plans, celui d’une pseudo-universalité philosophique et celui d’une légitimation, dans le cadre d’une université hitlérienne, de la politique d’un Etat fier de ses crimes et d’être à l’avant-garde, en Europe, d’une biopolitique d’extermination de masse.

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Etre et Temps est légèrement postérieur à Mein Kampf. Heidegger est en attente mais surtout pas de manière passive. Son combat ce sera d’arracher, par et dans Etre et Temps, et pour la purifier « ethniquement », la phénoménologie des mains de Husserl, juif converti au protestantisme et typique de cet ennemi intérieur « enté sur la racine du peuple » et que Heidegger, en 1934, promettra au « völligen Vernichtung », à l’ anéantissement total. La dédicace à Husserl non seulement ne change rien mais est déjà dans l’esprit de ceux qui aidèrent parfois presque aimablement quelques juifs à monter dans certains trains.

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Ma démonstration sera brève. La recherche d’Etre et Temps participe essentiellement du projet de définir le peuple allemand comme le peuple de l’Etre. Il parle la seule langue vivante de l’Etre. Il aura « en garde » l’Etre et sa vérité. La « vérité de l’Etre », chez Heidegger, est une notion qui comprend celle d’une stricte hiérarchie des peuples. La « vérité de l’Etre » ce sera donc aussi que les juifs « n’osent pas l’être », qu’ils sont « bodenlos », sans sol, et « weltlos », sans monde. Certes ces déclarations ne figurent pas dans Etre et Temps. Mais Etre et Temps est ce moment où, à l’université, l’allemand Heidegger reprend la main contre la phénoménologie de Husserl, ce dernier étant accusé de la défigurer !

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Ce n’est pas tout. L’inscription de Etre au cœur d’un titre promis à la célébrité équivaut contextuellement à dessiner une croix gammée. Si le Volk est en effet le peuple de l’Etre, pour le moins le peuple qui parle la langue de l’Etre, cela ne peut être que dans une opposition radicale et décidée au peuple de la Loi, les juifs. Si les lecteurs ou les auditeurs juifs de l’époque avaient compris la duplicité virtuose de Heidegger ils auraient été avertis de ce qui se préparait au moins dès 1927 à l’université. Etre et Temps était déjà, rien que dans le titre, gros de toutes les menaces. Etre et Temps à l’Université ; Mein Kampf dans la rue. Les mâchoires du monstre étaient en place.

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Levinas aurait dû au moins autant avoir peur qu’être enthousiasmé.

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Relisons l’incipit célèbre d’Etre et Temps : « La question – la question de l’Etre – est aujourd’hui tombée dans l’oubli, quand bien même notre temps considère comme un progrès de réaffirmer la « métaphysique ». Tout est déjà là. Le fait d’ironiser sur le « progrès » en quoi consisterait la réaffirmation de la « métaphysique » revient à se plaindre en réalité de l’enjuivement du monde. La Loi est « métaphysique ». La démocratie est « métaphysique ». Ce pointage sur le progrès comme « réaffirmation de la métaphysique » est parfaitement consonant avec la description que Hitler avait fait, dans Mein Kampf, du complot juif contre l’Allemagne. Cette « réaffirmation de la « métaphysique » – les guillemets de Heidegger sont suggestifs – désigne le fantasme nazi d’un « enjuivement » des esprits. Ce phénomène est une métaphore pour désigner tout ce qui ressemble à des « droits de l’homme », à l’idéal d’égalité, à l’égale dignité des cultures. « Etre », au contraire, c’est l’inégalité réelle, non métaphysique des peuples. C’est, au nom de la « langue de l’Etre », le droit à exercer une souveraineté absolue, esclavagisme et extermination compris.

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Heidegger a bel et bien dessiné une croix gammée dans le titre Etre et Temps. Ce livre inachevé, dont il dira dans Introduction à la métaphysique qu’il n’est pas un livre mais une tâche, est une déclaration de guerre totale contre le peuple de la Loi.

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Peu me donnerons raison. Et si même beaucoup le feraient ce n’est pas de sitôt qu’on verra une publication d’Etre et Temps assortie d’une introduction critique de mise en garde. Ce livre parfaitement circonstanciel, et ayant la plupart de ces buts hors de lui, c’est-à-dire dans la politique qui sera celle de Hitler, sera encore longtemps considéré comme un morceau de philosophia perennis sans contexte et rédigé par une sorte de moine méditant à Todnauberg.

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