Les Femens de Heidegger

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Femen H.

Cher philosophe Heidegger,

Il y a déjà un certain nombre d’années, dans l’Est de l’Europe, des militaires parfois diplômés de l’Université avaient décidé que nous n’avions plus le droit de vivre.

Certains avaient sans doute lu ce que vous disiez en 1934 à propos de l’ennemi intérieur et de la nécessité de son anéantissement total. Mon fantôme est parfois un peu cuistre et vous impose ici une longue citation de vous-mêmes : « L’ennemi est celui-là, est tout un chacun qui fait planer une menace essentielle contre l’existence du peuple et de ses membres. L’ennemi n’est pas nécessairement l’ennemi extérieur, et l’ennemi extérieur n’est pas nécessairement le plus dangereux. (…) L’ennemi peut s’être enté sur la racine la plus intérieure de l’existence d’un peuple, et s’opposer à l’essence propre de celui-ci, agir contre lui. D’autant plus acéré, et dur, et difficile est alors le combat, car seule une partie infime de celui-ci consiste en frappe réciproque; il est souvent bien plus difficile et laborieux de repérer l’ennemi en tant que tel, de le conduire à se démasquer, de ne pas se faire d’illusions sur son compte, de se tenir prêt à l’attaque, de cultiver et d’accroître la disponibilité constante et d’initier l’attaque depuis le long terme, avec pour but l’extermination totale. »

Alors voilà… Nous aurions vécu encore moins  longtemps si, pendant le séminaire où vous formuliez si candidement votre gout pour la pureté raciale, nous étions arrivées dans la salle les seins nus pour contester votre conception si particulière de l’Etre.

Malheureusement pour vous des soldats photographes, amateurs d’images saisissantes, ont cru bon fixer pour longtemps l’image si pitoyable de notre nudité de suppliciées impuissantes.

Après concertation les voix de nos camarades fantômes se sont faites unanimes pour venir perturber une réception de vos oeuvres qui n’hésite pas à falsifier des termes et à reproduire des textes par vous revus et amputés de leurs immondes motivations politiques.

Comme d’habitude on nous trouvera provocatrices et obscènes. Vous avez sans doute noté que ce n’est pas de notre fait si, ici, nous montrons nos seins et surtout nos fesses.

Tout en regrettant, car les fantômes se fatiguent très vite, de ne pouvoir lire vos oeuvres si poétiques et si noblement pensantes, je vous souhaite, ainsi que mes camarades, une très longue et paisible vie académique.

Les Femen de Heidegger

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