L’antisémitisme est structurel à la pensée de Heidegger. Preuve par l’ontologie elle-même

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Certains esprits ont cru bon opposer à la révélation, calculée et tactique, de Trawny à propos des déclarations antisémites de Heidegger qu’il ne s’agissait que de quelques fragments sur plus de 1200 pages des Cahiers noirs. Quel argument ! Jean-Luc Nancy a de même souligné que Heidegger déclarait dans le même temps que l’antisémitisme était une chose abjecte. Il n’a pas voulu comprendre que si Heidegger a été à l’avant-garde de la « solution finale » c’est que, précisément, il était persuadé que l’antisémitisme était la conséquence même, par une sorte de contamination-ressentiment, de ce que les juifs « n’osent pas l’être », qu’ils sont « bodenlos », sans sol et voué au calcul et à la machination. Bref, pour supprimer l’antisémitisme, il fallait supprimer les juifs. Plus d’empire du calcul ! Tout le monde méditant ! Plus de capitalisme ! Plus de bolchévisme ! Et, surtout, plus d’antisémitisme, cette abjection !

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La thèse de ce bref article est que l’antisémitisme est structurel à la pensée de Heidegger et que, par conséquent, les déclarations antisémites ne sont qu’un affleurement « pédagogique » indispensable. C’est la partie émergée de l’iceberg heideggéritlérien.

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Et c’est l’ontologie de Heidegger elle-même qui permet de l’établir. Comment ?
Par cette affirmation « identitaire » selon laquelle les allemands seraient le peuple de l’Etre. Ils parlent, après l’expérience grecque présocratique de la première langue de l’être, l’unique langue de l’être vivante. Seconde chronologiquement, première comme puissance de fondation.

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Si le peuple juif est le « peuple de la Loi » le peuple allemand, le Volk, est le peuple de l’Etre. C’est-à-dire qu’il a vocation à expérimenter, par l’esclavagisme et l’extermination, la souveraineté absolue qui se déduit d’être le peuple de l’être. Le nazisme est effectivement un principe barbare – et c’est positif pour Heidegger – parce qu’il est fondamentalement hors-la-Loi.

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Auschwitz c’est la victoire de l’Etre sur la Loi.

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De l’ontologie sur l’éthique.

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Peuple du Livre – les juifs partagent avec les chrétiens, selon le Coran, une telle assignation – ou peuple de la Loi le pouvoir hitlérien fera comprendre, notamment par des autodafés et l’extermination, qu’il ne relève ni du Livre ni de la Loi.

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Le peuple n’a de compte à rendre, chez Heidegger, à aucune loi sauf à la sienne propre. L’Allemand est le Souverain. Et cette souveraineté est le Souverain Bien appartenant en propre au peuple de l’Etre.

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Comme le dit Heidegger à la fin de Introduction à la métaphysique – qui est un « cours de souveraineté »- ceci n’est pas un livre mais une tâche. Et cela même trace un chemin qui va dans ce « nulle part » où fut perpétrée l’extermination.

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