Heidegger est à la droite d’Hitler

 

La formule n’est pas de moi. J’ai oublié cependant quel en est l’auteur.

Ce samedi 24 janvier 2015, dans l’émission phare Répliques, Johann Chapoutot*  a soutenu que quand Hitler affirmait en 1939 la nécessité d’anéantir les juifs il n’avait pas en tête l’idée de leur extermination physique. Beaucoup de gens préconisaient en effet à cette époque un tel anéantissement mais il s’agissait d’un anéantissement culturel, d’une sorte de discrédit définitif, d’une réduction idéologique au silence. Je l’admets volontiers.

Bien avant 1942, date à laquelle traditionnellement on rattache la décision prise de la « solution finale » – la conférence de Wannsee – Heidegger, dans un séminaire sur Héraclite, décrit ainsi quelle serait la difficulté propre à la mise en œuvre de l’extermination de l’ennemi intérieur : « L’ennemi n’est pas nécessairement l’ennemi extérieur, et l’ennemi extérieur n’est pas nécessairement le plus dangereux. (…) L’ennemi peut s’être enté sur la racine la plus intérieure de l’existence d’un peuple, et s’opposer à l’essence propre de celui-ci, agir contre lui. D’autant plus acéré, et dur, et difficile est alors le combat, car seule une partie infime de celui-ci consiste en frappe réciproque; il est souvent bien plus difficile et laborieux de repérer l’ennemi en tant que tel, de le conduire à se démasquer, de ne pas se faire d’illusions sur son compte, de se tenir prêt à l’attaque, de cultiver et d’accroître la disponibilité constante et d’initier l’attaque depuis le long terme, avec pour but l’extermination totale (nous soulignons) ». (Le texte allemand se trouve dans les pages 90 et 91 des volumes 36 et 37 des œuvres complètes, édition Klostermann).

Il me semble impossible de soutenir qu’ici, en 1934, Heidegger n’aurait créé qu’une métaphore. Il s’agit bien d’une sorte de « programme » et notre philosophe, en sage nazi, attire l’attention sur la difficulté spécifique à la mise en œuvre d’un génocide européen.
C’est un indice majeur permettant de soutenir que lorsqu’on parle de la critique heideggérienne du nazisme on désigne en fait, sans le savoir ni le vouloir, un des reproches majeurs que Heidegger faisait à l’administration national-socialiste à savoir une irrésolution, une folklorisation sans efficacité quant à ce qu’il y avait de plus fondamental.

Heidegger n’a toutefois jamais cessé de parier sur Hitler. Lui seul saurait entendre ce qu’il en était de la nécessité d’un véritable commencement. Il n’a perdu que partiellement son pari. Hitler a échoué à Stalingrad. Mais triomphé à Auschwitz. Comme le dira en substance Himmler : on pourrait nous reprocher surtout de ne pas avoir exterminé les enfants…

Perdre contre l’armée rouge mais gagner sur les enfants juifs et tziganes. Au nom de la race. Au nom de l’Etre.

Cela nous permet de mieux comprendre ce qu’Heidegger a cherché à transmettre en faisant apposer sur sa tombe, qui est aussi la tombe d’Elfriede Heidegger, son épouse, une étoile à 8 branches.

Tombe heidegger OOO
« Moi, Heidegger, je suis le Platon du 20e siècle. J’ai soufflé à Hitler, homme aux « mains admirables », ce qu’il en est de la « vérité de l’être ». Je suis le Führer spirituel authentique du Reich pour mille ans. »

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* Johann Chapoutot est l’auteur d’un excellent  La loi du sang – Penser et agir en nazi – Gallimard.

 

 

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