Petit contre-dictionnaire Heidegger : POESIE, INSTRUMENT DE MESURE RACISTE

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Que veut dire « penser? » (1952) est un des sommets de l’horreur nazie façon Heidegger. La conférence est célèbre pour l’affirmation selon laquelle la science ne pense pas. On n’a toutefois pas assez prêté attention à sa signification contextuelle.

L’objectif de Heidegger, au cours de cette conférence radiophonique prononcée en Bavière en 1952 – cette Bavière qui fut au point de départ, à Munich, de l’hitlérisme – a été non seulement de légitimer rétrospectivement le IIIe Reich mais aussi de répéter le motif de la séparation du peuple allemand du reste de l’humanité, séparation qui fonde son droit à l’esclavagisme et à l’extermination. Cela relève, pour parler de cette manière, du programme « vérité de l’être ».

Comment justifier une telle séparation ? Comment la fonder «en l’être » ?

Regardons ces immondes photographies :

vlcsnap-2014-05-12-12h40m35s7vlcsnap-2014-05-12-12h41m03s45Paradoxalement, au vu de telles images, on comprendrait presque Heidegger et sa « science ne pense pas » ! Mais, naturellement, il s’agit ici d’une caricature de scientificité.

Heidegger va faire pire.

Il s’agissait, dans la conférence de 1952 – Que veut dire « penser » ? – de tâcher de savoir ce que pouvait bien dire penser alors que, par rapport aux exigences de l’époque, « nous ne pensons pas encore », cela même ayant pour partie son origine dans le fait que nous ne saurions pas encore ce qu’est penser. (La « Chose » donnant à penser se trouvant également en retrait et ne pouvant en conséquence guère susciter de considération).

Heidegger va esquisser une perspective de réponse reposant sur une opposition sans compromis entre la poésie et la science.

La science – La science ne pense pas. Elle ne peut pas « penser à la manière des penseurs ». Nous pourrions ici concéder quelque chose. Mais Heidegger surenchérit : « Il n’y a pas de pont qui conduise des sciences vers la pensée, il n’y a que le saut ». La science est voué aux étants, (ce qui lui permet d’être, et c’est tant mieux, ce qu’elle est) ; la pensée est quant à elle vouée à l’être et cela même exige un saut, un saut de l’étant à l’être. Il faut être capable d’un tel saut. Certains peuples n’en sont pas capables !

La poésie – L’essence de la poésie repose (…) dans la pensée. Heidegger précise : « Ce que dit le poète et ce que dit le penseur ne sont jamais identiques. Mais ils peuvent dirent la même chose de manières différentes ». Plus qu’un pont – mais il faut que subsiste la béance d’un abîme – il y a une correspondance possible entre le dire du penseur et le dire poétique.

Les derniers moments de la conférence sont consacrés à des développements à partir de la poésie de Hölderlin.

Cette référence n’est surtout pas neutre. Les nazis ont fait de Hölderlin, en effet, le grand poète national de la « germanitude ».

Un historien, Thierry Féral, décrit ainsi la cérémonie du centenaire de la mort de Hölderlin : « … En juin 1943 – la Shoah bat alors son plein -, l’Allemagne célèbre en grande pompe le centenaire de la disparition de Hölderlin. Organisée sous la reponsabilité de la NSDAP – parti nazi – la cérémonie inaugurale des manifestations se déroule le dimanche 6 juin à 11 heures dans la salle des fêtes de l’Université de Tubingen. (…)  Le professeur Jakob Wilhelm Hauer s’exprime de cette manière : « Il ne peut qu’apparaître comme une volonté du destin que le centenaire de la mort du poète […] tombe au beau milieu de la plus gigantesque de toutes les guerres que notre peuple ait eu à livrer pour sauvegarder son existence, sa liberté, son droit à disposer de lui-même. Il nous est autorisé de nourrir l’espoir que le peuple allemand de sang pur – car ce n’est que pour lui que Hölderlin parle de manière intelligible – entendra son message et se laissera guider par lui […] » (Nous soulignons) (Citations empruntées à Penser le nazisme, dir. Hanania Alain Amar, L’Harmattan 2007).

Dix ans auparavant, lors de la célébration du 90e anniversaire de la mort du poète, Paul Kluckhohn avait déclaré : « Aujourd’hui est donné de vivre un grand tournant : l’idée de communauté raciale populaire se voit revivifiée et raffermie, les divisions semblent dépassées, et aussi cette conception tendancieuse combattue par Hölderlin qui, selon le cas, réduisait l’individu à être un intellectuel ou un manuel rivé à sa machine. Notre communauté raciale populaire doit retrouver son unité afin que chacun se sente comme le membre d’un corps auquel il appartient de tout son être. »

Hölderlin est érigé, à la prise de pouvoir d’Hitler, en symbole de l’âme et du sang allemands.

L’opération heideggérienne est en son fond simple et sinistre : c’est par la langue, et plus particulièrement par la poésie allemande, et plus particulièrement par la poésie de Hölderlin, que le peuple allemand se sépare des autres et est fondé à exercer ce que j’ai appelé une « souveraineté hors-la-loi ».

La science ne pense pas, elle ressort de l’affairement universel visant la maîtrise de la nature. Elle est un instrument de puissance, par ailleurs, des peuples anciennement dominés. La poésie pense, sur son mode à elle, en correspondance avec la pensée des penseurs. Le système formé par l’enracinement autochtone et l’héritage linguistique garantit, seul, l’intelligibilité de Hölderlin, poète de la « germanitude » en tant qu’incarnation du peuple de l’être.

C’est une manière, en apparence éloignée du biologisme primaire, d’opérer une sélection entre ceux qui sont capables de Hölderlin et les autres. Le juif allemand Einstein, et bien que né à Ulm, est ainsi voué, malgré son immense aura dans le monde savant, à ne pas pouvoir penser. Quant au saut qui l’amènerait au plus près de la question de l’être sa judéité l’en empêche absolument.

Pour Heidegger la poésie devient l’instrument de mesure raciale par excellence. Pour le moins, car on a du mal à imaginer des usages pratiques immédiates de Hölderlin à des fins de sélection, Heidegger apporte dans sa conférence de 1952 une confirmation du bien-fondé de la séparation entre les allemands et le reste du monde, supposément par ailleurs tombé dans les griffes juives.

Heidegger dit ainsi, sous occupation des alliés : Continuons le « Kampf » !

On peut donc symboliquement mettre en image l’opposition heideggérienne,  d’essence raciste, entre la science et la poésie :

 Holderlin Einstein A gauche un « einsteinien » par excellence : il ne pense pas et ne peut faire le saut dans l’être.

A droite  un « hölderlinien » par excellence : il pense en propre poétiquement mais en correspondance avec la pensée des penseurs. C’est une qualité réservée aux germains.

Heidegger coiffait ainsi de sa puissante et fascinante rhétorique la pire des bêtises criminelles :

vlcsnap-2014-05-12-12h42m13s222En encadrement : des « hölderliniens » en uniforme, germanitude oblige.

Dans le cadre : des « einsteiniens » étoilés (en peuple élu comploteur).

 

L’affirmation, encore souvent répétée, selon laquelle Heidegger se serait éloigné du nazisme en 1934 est une contre vérité qui confine au négationnisme.

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