Petit contre-dictionnaire Heidegger : REGARD DANS CE QUI EST

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Heidegger est une mine, largement sous-exploitée, pour la sociologie du nazisme. L’expression « regard dans ce qui est » apparaît dans la conférence Le tournant (1949). Par tournant Heidegger entend l’effectuation du passage d’un « hors-garde » de l’être à une « prise de garde de l’être ».

Le regard est spirituel et non simplement perceptif. Il est ce par quoi se manifeste soudainement l’essence de l’être, cela même qui conduit à la prise en garde de l’être. Etre, comme toujours chez Heidegger, désigne l’être en vérité. Et la vérité de l’être c’est la supériorité ontologico-linguistique du peuple allemand ainsi que, conjointement, le caractère fondamentalement « sans monde » des juifs. (La vérité de l’être signifie de manière générale l’inégalité fondamentale des peuples).

Décrit en 1949 comme passage du « hors garde de l’être » à la « prise en garde de l’être » le tournant a la signification d’une réaffirmation de la légitimité du nazisme et de la politique d’extermination.

Regard dans ce qui est : cette locution, écrit Heidegger, nomme à présent l’avènement du tournant dans l’être, le tournant du se-refuser de son essence dans l’advenir de sa garde (Wahrnis). (Heidegger, Le tournant, Tel Gallimard 1976, page 317).

C’est-à-dire qu’il y a passage du refus de l’essence de l’être – et notamment de l’essence de péril de la technique comme Gestell (mise à disposition) ce péril menant cependant à la possibilité d’une sauvegarde – à la prise en garde de l’être comme devant advenir.

C’est parce que le regard, le regard spirituel, ne se contente pas d’être un  regard sur l’être mais est un regard en l’être que l’essence de l’être se manifeste. La prise en garde de l’être consiste cependant – selon une dialectique descendante – dans l’ensemble des mesures prises pour assurer la garde de l’être et, notamment, celle que Heidegger a désigné lui-même, dans Sein und Wahrheit, comme « völligen Vernichtung », extermination totale.

De ce point de vue même un heideggérien de 1949 était en mesure de s’imaginer pouvoir et même devoir être éventuellement un SS et un exterminateur.

Comment les SS, ces militaires spécialement formés et entraînés à la « garde de l’Etre », regardaient ceux, souvent des mères avec leurs enfants, qu’ils envoyaient à la mort ?

Le regard dans l’être est aussi un regard du néant posé sur « l’ennemi » ontologique.

Dans l’image suivante, empruntée à une reconstitution de fiction, on voit comment des officiers SS, dont Himmler, regardaient ceux qu’ils envoyaient dans la chambre à gaz.

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Ci-dessous le personnage d’Heinrich Himmler jette un regard dans l’être d’une chambre à gaz. Il en éprouvera un malaise qu’il dissipera en allumant une cigarette.

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Dans cette dernière image on voit comment la soldatesque génocidaire regarde l’arrivée du premier convoi de juifs destiné à la chambre à gaz expérimentale d’Auschwitz-Birkenau (1). Ce fut une « première mondiale », organisée et regardée par des membres du peuple défini par Heidegger comme  parlant la langue de l’être.

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Dans Le tournant, que certains commentateurs estiment étrangement constituer une rupture définitive avec le nazisme, Heidegger érige l’extermination de masse  en principe ontologique.

Le tournant c’est, en effet, quand de tels « regards dans ce qui est » soutiennent la « garde de l’être ».

Seyn mit uns! L’être est avec nous!

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(1) Voici un extrait du témoignage de Rudolf Hoess, ancien commandant du camp d’Auschwitz :

« C’est au printemps de 1942 qu’arrivèrent de Haute-Silésie les premiers convois de Juifs destinés à être exterminés jusqu’au dernier.

On leur fit traverser les barbelés et on les conduisit à travers les champs où devaient s’élever par la suite les constructions du camp II, vers une ferme transformée en Bunker.

Ce qui importait avant tout, c’était de maintenir un calme aussi complet que possible pendant toute l’opération de l’arrivée et du déshabillage. Surtout pas de cri, pas d’agitation!

J’ai parfois observé des femmes déjà conscientes de leur destin qui, une peur mortelle dans le regard, retrouvaient la force de plaisanter avec leurs enfants et de les rassurer.

Au cours du printemps de 1942, des centaines d’êtres humains ont trouvé la mort dans les chambres à gaz. La plupart n’avaient aucun soupçon, ils étaient en santé parfaite; les arbres fruitiers qui entouraient la maison était en fleurs. Ce tableau où la vie côtoyait la mort est resté gravé dans ma mémoire. »

Rudolf Hoess, Le commandant d’Auschwitz parle, Maspero 1979, page 201 et suite.

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