Petit contre-dictionnaire Heidegger : HUSSERL/JUDAISME

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Note sur les fragments antisémites des Cahiers noirs de Heidegger. La « liquidation » de Husserl.

 

Mais la temporaire montée en puissance du judaïsme a son fondement en ce que la métaphysique de l’occident, surtout dans son déploiement aux temps modernes, offrit l’occasion de prendre toute la place à une rationalité, par ailleurs vide, et à une faculté de calcul qui par cette voie parvint à se créer une place dans l’esprit sans pouvoir jamais s’emparer par elle-même du domaine des décisions demeurées en retrait. Plus les décisions et les questions d’avenir se font originales et initiales et plus inaccessibles elles demeurent à cette « race ». (Ainsi le pas accompli par Husserl dans le traitement de la considération phénoménologique, en prenant position contre l’explication psychologique et la computation historienne des opinions, est-il d’une importance qui restera mais sans que pour autant il n’atteigne nulle part jusqu’au domaine de décisions essentielles : il présuppose bien plutôt partout la tradition historiographique de l’histoire de la philosophie. La suite nécessaire s’en montre aussitôt dans l’inclination à la philosophie transcendantale néo-kantienne laquelle rend finalement inévitable un passage à l’hégélianisme au sens formel. Mon « attaque » contre Husserl n’est pas orientée contre lui seul et du reste est inessentielle. L’attaque porte contre le fait d’être passé à côté de la question de l’être, c’est-à-dire qu’il porte contre l’essence de la métaphysique en tant que telle sur le fondement de quoi la machination de l’étant peut donner le ton à l’histoire. L’attaque y fonde un instant historial, celui de la plus haute décision entre le primat de l’étant et la fondaison de la vérité de l’être).

Heidegger, Cahiers noirs (encore inédits en français), trad. Gérard Guest (séminaire Paroles des jours).

Dans sa présentation générale des « fragments antisémites » de Heidegger – le lecteur se rapportera au site Paroles des jours – Gérard Guest soutient qu’ils ne témoignent que d’un affleurement de préjugés. Ils sont inadmissibles, certes, mais nous n’aurions affaire qu’à des affleurements et non aux éléments saillants d’une doctrine raciste cohérente et agressive. Heidegger déclare lui-même, par ailleurs, l’antisémitisme inadmissible et abject.

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Husserl pris symboliquement en tenaille entre le nazisme de la rue et ses milices et le nazisme d’université et son maître en ontologie. D’un côté Mein Kampf ; de l’autre Sein und Zeit.

 

Les chances sont faibles, apparemment, de tirer au clair ce qu’il en est au juste de la vision heideggérienne du fait juif et du judaïsme tant les niveaux de discours à la fois s’enchevêtrent et se contredisent. Ce serait en soi une recherche que de confronter les approches connues de la question. Tantôt Heidegger est plus redevable au judaïsme qu’il ne le croit lui-même ; tantôt  c’est un nazi ordinaire mais un penseur d’exception ; tantôt c’est un intellectuel nazi profondément raciste et destructeur de tout humanisme.

Dans l’expression « la temporaire montée en puissance du judaïsme » « temporaire » traduit un terme allemand qu’on peut hésiter à comprendre comme signifiant ou « contemporaine » ou « provisoire ». Et si Heidegger entendait le terme dans ces deux sens ?

Comment interpréter ce texte ? Ne faut-il pas, et comme par mesure de prudence, l’interpréter au pire de ce qu’il peut dire Heidegger étant responsable des ambiguïtés de ses propos ?

1/ Heidegger utilise le mot « race » (Rasse) entre guillemets. Cela n’est ni rassurant ni satisfaisant. Des commentateurs estiment que Heidegger prendrait de cette manière ses distances avec les « nazis ». Ainsi Heidegger, en dépit de ses erreurs – cela ne serait précisément que des erreurs – ne saurait être quant à lui nazi. Il n’est pas contradictoire, cependant, qu’un nazi « spirituellement » hautement constitué tienne ses distances, et avec un mépris affiché, avec le nazisme « vulgaire ». Si le projet de Heidegger, comme nous le pensons, est de donner au mouvement une légitimité intellectuelle telle qu’il pourrait exister comme un nazisme universitaire « noble » alors il n’y a pas de contradiction entre la représentation, par ailleurs péjorative,  que Heidegger se fait du judaïsme – c’est un « esprit », une culture… – et son mépris pour la vision primairement raciste.

Au reste, dans ce passage, il s’en prend au « judaïsme » et non aux juifs. Bref, l’antisémitisme heideggérien, que nous considérons comme particulièrement meurtrier en principe, n’est pas « antisémite ». Mais la différence est de « niveau de discours » et non d’objectif. Il n’est pas certain, surtout, que l’antijudaïsme « noble » soit moins criminel et violent que l’antisémitisme « vulgaire ».

Il y aurait sans doute lieu d’estimer que « l’antijudaïsme non antisémite » de Heidegger, dans la mesure où il bénéfice de justifications propres à étayer un enseignement universitaire « désenjuivé » – et cela dans le cadre, caractéristique de la période « classique » de Heidegger, de l’académie du IIIème Reich – était propre à mobiliser de nombreux esprits en vue de la « solution finale ». Le nazisme de Heidegger n’est pas un nazisme de pogroms. Au reste le nazisme se distingue précisément pour avoir proposé une « solution » techno-administrative « propre » et, grâce à cela, « finale ». C’est là d’où parle Heidegger et non des lynchages.  Il parle depuis l’appareil d’état hitlérien antisémite et que l’université façon Heidegger fournit en légitimations « transcendantes ».

2/ On reprochera à cette note de partir du principe que Heidegger est nazi. Nous en reparlerons mais, selon notre approche, le leitmotiv heideggérien de la « question de l’être » est comme un code pour désigner, au sein même d’un verbiage de haute ontologie, les notions de « race supérieure », de « souveraineté », d’attaque préventive contre la massification « libéralo-communiste » etc.

L’expression de « métaphysique de l’occident », à laquelle Heidegger impute la « montée en puissance » (!) temporaire du judaïsme, signale déjà selon nous ce qu’il en est du nazisme de Heidegger. Cet « heideggérème » ne renvoie à la domination technoscientifique que pour évoquer de manière biaise le diagnostic spenglérien à savoir que cette domination est en train de se transformer en instrument de revanche des peuples de couleur contre l’homme blanc. Le nazisme heideggérien se distingue du pessimisme « romantique » de Spengler en cela qu’il s’agit de livrer bataille y compris dans les termes de l’extermination. La politique hitlérienne envers les juifs, les tziganes et certaines populations slaves ne devait être que le prélude à la constitution d’une sorte de glacis de terreur effective disposé entre l’Europe, comprise de manière hitlérienne, et le reste d’un monde constitué de nations de plus en plus capables d’émerger de manière militaro-technique. Le judaïsme, compris par Heidegger comme favorisant le rapport technique au monde, jouerait nécessairement de cette manière le jeu de l’ennemi. Sa structure diasporique l’y prédispose. Mais, de plus et peut-être même surtout, par « métaphysique » Heidegger comprend aussi l’ensemble des « valeurs » qui structurent l’humanisme des droits de l’homme et, par-là, favorise l’égalitarisme. Précisément, par « être » et par « vérité de l’être »,  Heidegger comprend ce qu’il en est de l’Inégal. Il est persuadé – il se persuade – que la menace, le danger proviennent du fait que la métaphysique des droits de l’homme favorise la connexion entre la technicité – et celle notamment des appareils militaro-industriels – et l’infériorité revancharde et haineuse des peuples… qui ne parlent pas la langue de l’être.

Une telle vision, une telle conception du monde ne peut que conduire à une préconisation de la guerre contre les peuples. Dans la guerre classique l’interdit de tuer n’est levé que temporairement et comme, dans l’univers chrétien, une concession passagère faite à la finitude de toute manière pécheresse de l’homme. Dans la guerre hitléro-heideggérienne la levée de l’interdit de tuer devient au contraire un « état d’exception permanent ». Le mot « être » signifie aussi, chez Heidegger, ce qu’il en est de la souveraineté du peuple en ce qu’il se trouve être en mesure de – et par ailleurs légitimé à… – créer un tel état. Lequel, on l’a compris, est une autorisation à l’extermination et au génocide. Celui-ci est un concept de la raison d’état raciste. Heidegger y est totalement impliqué quoique avec la feinte « diplomatique » de la distance et de la « critique ». C’est cohérent avec le type de nazisme qu’il pratique.

 

3/ Je ne vois pas comment on a pu soutenir qu’il ne pouvait s’agir que d’un affleurement d’antisémitisme de la part de Heidegger. La déclaration de Heidegger selon laquelle : « Plus les décisions et les questions d’avenir se font originales et initiales et plus inaccessibles elles demeurent à cette « race »,  ne peut en aucun cas que manifester un tel affleurement. Car les fameuses décisions concernent très précisément les obstacles que les nazis imaginent être à l’origine de l’aliénation de leur propre « race », fut-elle formulée en terme de « langue de l’être ». Ce serait sans doute par ailleurs la première fois, dans l’histoire de la philosophie, qu’un philosophe – si Heidegger en est un –  prend la précaution de dire que son « attaque » contre Husserl « n’est pas orientée contre lui seul et du reste est inessentielle». Mais que veut dire au juste « contre lui seul » ? Est-ce qu’il a en vue la « race » à laquelle Husserl appartient ? L’attaque contre la personne n’est pas essentielle, certes, dans le sens où ce qui est visé par Heidegger, c’est la métaphysique et son oubli de l’être.

Mais alors, encore une fois, qu’est-ce que dit Heidegger quand il qualifie d’abject « l’antisémitisme » ? Ne dit-il pas, en « sur-nazi », qu’il ne s’agit pas d’éliminer un corps racial mais bien plutôt, au-delà du « lui seul », la métaphysique incarnée et portée par ce corps ?

Voilà tout Heidegger et sa « philofolie ». Il ne s’agit pas d’envoyer des êtres humains à la mort mais, au-delà, de procéder à une sorte de nettoyage ontique. C’est de la métaphysique que les chambres à gaz auraient donc exterminée. Et ça ce n’est pas abject mais « métaphysiquement nécessaire ».

Il faut choisir son « camp » : ou le « primat de l’étant » ou la  « fondaison de l’être ». Mais cette dernière expression est parfaitement terrifiante. Cette « fondaison » comprend précisément l’extermination de ce qui est supposé incarné « historiquement » le « primat de l’étant ».

 

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C’est ce que j’ai essayé de dire en publiant il y a quelques années le montage ci-dessus. La fameuse Introduction à la métaphysique est aussi une introduction de la métaphysique dans les lieux destinés à assurer la « fondaison de l’être ». C’est au-delà de l’abjection. C’est le crime de masse réduit à une opération ontico-ontologique. L’horreur et sa négation.

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