Brève de pensée 19042014 – Vassili Grossman

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Hegel a-t-il raison : tout ce qui est réel est-il rationnel? Ce qui est inhumain est-il réel, est-il rationnel?

Vassili Grossman, Tout passe, in Oeuvres, Robert Laffont 2006, page 997.

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L’écrivain Vassili Grossman se demande s’il est possible de dire avec Hegel que « tout ce qui est réel est rationnel ». (Lequel Hegel complétait en déclarant que « tout ce qui est rationnel est réel »).

Considérons par exemple l’interdit de meurtre : Tu ne tueras pas. Cet interdit est rationnel. Nous comprenons que, sans cet interdit, la vie sociale serait impossible. Il règnerait un perpétuel état de guerre. La civilisation sombrerait rapidement.

Il est certain que les hommes n’ont pas commencé par poser cet interdit pour ensuite, parfois, le transgresser. Le meurtre a existé avant la formulation de l’interdit. Certes on peut penser que le fait de tuer quelqu’un en tant que cela constitue un meurtre est strictement contemporain de la formation, même non écrit ou formulé, de l’interdit. Mais il y eut des époques où l’on tuait des semblables sans que cela constitue précisément un meurtre, donc quelque chose d’interdit. Encore aujourd’hui certains criminels tuent parfois « naturellement » comme s’il s’agissait d’accomplir une possibilité extrême mais admise dans une gamme de rapports conflictuels avec d’autres.

Nous ne saurons sans doute jamais comment la « loi » a émergé. Mais on peut faire l’hypothèse que certaines violences interhumaines ont un jour été perçues comme inhumaines, cette perception amenant à constituer un interdit. La violence, ici, est comme un terreau facilitant la formation de sentiments – horreur, effroi, dégout, sentiment de révolte contre l’inhumain – qui ont été comme l’expression d’une « ruse de la raison » normative et juridique. Tuer par agressivité est apparu inhumain et criminel, donc interdit et à sanctionner. La réalité du crime, en apparaissant comme inhumaine, s’est métamorphosée en rationalité juridique.

La question que pose Grossman est de savoir ce que nous devons penser de l’inhumain quand il apparaît non résorbable et endémique. C’est du réel mais est-ce pour autant du rationnel tant c’est plutôt en termes d’absurdité qu’on est porté à qualifier l’expérience de cet inhumain ? L’écrivain se fonde précisément sur sa propre expérience du système soviétique. La violence révolutionnaire, même comportant des aspects inhumains – et alors que ses motivations sont parfaitement  humaines  – devait avoir pour justification ultime l’établissement d’une société réconciliée et pacifiée.  Or l’impasse du soviétisme stalinien consista dans le fait que l’inhumanité de la violence s’est exercée comme pour elle-même, sans dépassement possible vers un mieux-être d’ensemble et même, qui plus est, pour servir des intérêts particuliers et non des objectifs « communautaires ». Certains acteurs de cette violence d’état purent au reste croire que la raison révolutionnaire leur donnait le droit de l’habiller, pour la ruse, par la convoitise, la soif du pouvoir, le plaisir sadique, la haine de l’autre.

En réalité cette violence créait un enfer et non un chemin vers la pacification sociale. Hegel ne fut que caricaturé. Et cela même met en échec son optimisme évolutionniste et dialectique.

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Voici au reste comment Vassili Grossman répond à sa question :

Vivre, cela signifie être un homme libre. Non, tout ce qui est réel n’est pas rationnel. Tout ce qui est inhumain est insensé et inutile. (Idem).  

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