Petit contre-dictionnaire Heidegger : ENJUIVEMENT

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Enjuivement

C’est, de manière abjecte et immonde, une « catégorie » centrale de la vision heideggérienne du monde.

« L’enjuivement (Verjudung) de notre culture et des universités est en effet effrayant et je pense que la race allemande (die deutsche Rasse) devrait trouver suffisamment de force intérieure pour parvenir au sommet ».

C’est ainsi que Heidegger s’exprimait le 18 octobre 1916 dans une lettre à sa fiancée Elfride.

Emmanuel Faye précise : « Parue aux Editions du Seuil, l’édition française de ces lettres, qui contiennent de nombreuses remarques antisémites, a été aussitôt interdite et mise au pilon par les avocats de Hermann Heidegger, en prenant le prétexte d’une préface non autorisée, sans doute trop critique à ses yeux envers les représentants français des ayants droits, mais pourtant assez peu à l’égard de Heidegger lui-même ». E. Faye, in Heidegger, le sol, la communauté, la race, Beauchesne 2014, page 313.

On trouve dans l’ouvrage cité de  E. Faye,  l’extrait d’une lettre adressée à Heidegger en 1929 à Viktor Schwoerer – alors responsable universitaire du pays de Bade – et où apparaît ce qui sera une constante de la « politique » de Heidegger. Celui-ci fait état en effet d’une alternative :

A – Soit doter « à nouveau notre vie spirituelle allemande de forces et d’éducateurs authentiques enracinés dans un sol » ;

B – Soit livrer « définitivement [celle-ci] à l’enjuivement croissant au sens large et au sens restreint du terme ».

La distinction heideggérienne entre « sens large » et « sens restreint » fait éclater au grand jour le fait que l’antisémitisme de Heidegger, dont certains parfois semblent se félicitrer qu’il soit « culturel », « spirituel » et non « biologique », est en réalité plus criminel et meurtrier, si c’est possible, que l’antisémitisme nazi ordinaire. Il comprend ce dernier – c’est l’enjuivement au sens restreint – mais étend la catégorie à tous ceux qui d’une manière ou d’une autre participent du « nihilisme » juif et notamment les « universalistes ». (De nombreux kantiens seraient ainsi des « enjuivés ». Et ne parlons pas des cartésiens…)

Il y a souvent, chez les philosophes, un ministre de l’intérieur qui sommeille. N’oublions pas Platon, par exemple, et sa condamnation des poètes et des joueurs de flûte. Heidegger ministre de l’intérieur et gestapiste en chef cela veut dire répression brutale de tous ceux qui regardent un peu plus loin que leurs supposées « racines ».

« Nihilisme », « métaphysique », « technique planétaire » sont autant de variations sur le thème générique de  « l’enjuivement ».

C’est tout un peuple, le peuple allemand capturé et aliéné par les nazis, que la philosophie heideggérienne cherche  ainsi à « dresser » en police meurtrière tout azimut : assassinats, réduction à l’esclavage, extermination programmée. C’est la politique conçue comme une sorte de guerre civile dissymétrique au service de l’Inégalité.

Pour Heidegger il y a donc les « juifs-juifs » d’un côté et, de l’autre, les « enjuivés ».

Quoiqu’il en soit il s’agira bien, comme l’indique en 1934 Heidegger dans Sein und Warheit, d’œuvrer à  l’ «extermination totale » des uns et des autres en ce qu’ils corrompent le peuple.