Lanzmann, Haenel, Heidegger (et Karski)

 

 

Je viens de lire la critique de Lanzmann du problématique roman de Yannick Haenel Jan Karski publiée dans Marianne.

Dans son ouvrage Haenel soutient qu’on aurait exagéré l’antisémitisme polonais afin de décharger les anglais et les américains de leur acceptation du génocide. Et cela, bien sûr, équivaut à une complicité. La guerre a été faite à l’Allemagne mais pas à la machine de mort nazie. Gérard Bensoussan, dans un débat sur France-Culture, estime par exemple qu’il aurait été tout à fait possible d’empêcher, en bombardant les chambres à gaz d’Auschwitz et les voies ferrées, la mise à mort industrielle de centaines de milliers de juifs hongrois.

Sur le fond, avec des arguments solides, Bensoussan donne raison à Haenel. Il souligne cependant la virulence d’un antisémitisme polonais. Il fit plus d’un millier de victimes, et dans des conditions horribles, après la guerre et la défaite des allemands. Mais il tint aussi à mettre en avant le nombre significatif de polonais qui furent des justes et aidèrent, à leurs risques et périls, des juifs.

Là où Lanzmann me semble toucher juste c’est quand il dénonce la superposition de la fiction au récit historique. Le jeu entre les deux est en soi intéressant. Mais lorsqu’on s’abandonne à des poncifs anti-américains en offrant une caricature abjecte de Roosevelt on se fait sans doute facilement plaisir. Et, surtout, on simplifie  une situation difficile.

Le vrai sujet, à mon avis, serait d’essayer de retracer le chemin qui a conduit de la neutralité à un engagement qui se conclut tout de même par la défaite du III° Reich.

La thèse principale d’Haenel pourrait ainsi être abordée autrement : comment, malgré l’immense force que constituaient l’indifférence et la haine à l’égard des juifs dans tout l’occident – sur fond notamment d’une judéophobie sacralisée par les églises chrétiennes – le III° Reich fut tout de même abattu.

L’anti-américanisme épidermique fait partie d’un jeu qui fait obstacle au déploiement d’une problématique historique (mais aussi actuelle) aux multiples dimensions.

Si la majorité des occidentaux ont acquiescé au génocide il s’impose de mettre à jour les motifs qui ont conduit à l’effectivité de la défaite du système hitlérien.

Certes la majeure partie des juifs d’Europe était détruite. Mais la machine fut tout de même brisée. Nazis et néo-nazis ne rêvent, aujourd’hui même, qu’à la remettre en état de marche.

Cela dit la charge de Lanzmann contre Haenel a quelque chose de trés exagérée. Lanzmann dit ses liens avec Gallimard. Mais Gallimard c’est les oeuvres de Heidegger, la traduction de la Gesamtausgabe pratiquement sans appareil critique.

Et ce n’est pas parce qu’Heidegger a la réputation d’un grand penseur que cela nous autorise à minimiser voire à « pardonner » son nazisme.

Heidegger est bien plus dangereux que le jeune Yannick.

Dernièrement les Temps modernes ont fait un numéro spécial sur Heidegger, l’habiter et le lieu.

Avec un article de Mattéi sur le Quadriparti. Or le Quadriparti est la version « spirituelle » heideggérienne de la croix gammée.

Une croix gammée au coeur des Temps modernes!

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