Heideggernaze : de la Destruktion à la Lettre sur l’humanisme

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Il y a d’abord cette horrible chose : Heideggernaze! Cela vaut au moins une exclusion d’un cours de philosophie sinon de la préfecture heideggérienne de la République des lettres.

Mais il y a d’abord cette horreur qui est celle du nazisme heideggérien. Et cette autre à savoir que l’académie a le pouvoir de vous contraindre, pour entretenir cette figure de l’Autorité ontologique qu’est Heidegger, de mentir sur le philosophe, de considérer que, compte tenu de la grandeur de sa pensée, Auschwitz est un détail de l’histoire de la philosophie. Bref, Jean-Marie Le Pen avec Jean-Luc Nancy (1). Question de sociologie, dira-t-on.

Le terme de Destruktion on le trouve notamment dans Problèmes fondamentaux de la phénomènologie transcendantale (1927) . Il faudra un jour que des historiens du langage philosophique nous explique comment le dessein assassin le plus ignoble a pu se vêtir d’un langage qui évoque l’agora, le partage du savoir et du doute. Pourtant toute l’horreur nazie est déjà là. Ce qui deviendra plus tard « déconstruction » a d’abord été une destruction de la « métaphysique », de l’ontique. Je traduis : Destruktion nomme (déjà) la destruction des juifs d’Europe.

Avant de devenir le problème fondamental de l’hitlérisme immanent la destruction des juifs d’Europe aura d’abord été celui de la « phénoménologie transcendantale ». Avec, en prime, l’assassinat universitaire d’Edmund Husserl.

Le crime est brillantissime, certes, et nul doute que cet aspect séduira encore beaucoup d’esprits. C’est plus mettable qu’un crâne rasé et qu’un salut hitlérien.

Quant à la Lettre sur l’humanisme, écrite en 1945 au moment où se terminait le procès de Nüremberg, elle n’est ni plus ni moins qu’une apologie d’Auschwitz et qu’une plaidoirie ontologique en faveur de Göring et de ses petits copains.

Derrida, par lequel la Destruktion est devenue déconstruction, s’est un jour félicité que Heidegger, malgré ses compromissions, n’a jamais cédé à la phrase antisémite.

J’ai dit sur ce blog à quel point je trouvais cette certitude quelque peu légère. C’est l’inverse, en réalité, il y a une ontologisation de l’antisémitisme.

Heidegger est d’autant plus politiquement dangereux qu’il a méticuleusement, et avec un art consommé, précisément fait disparaître la phrase nazie standard derrière un dispositif d’apparence philosophique.

La thèse est donc que Heidegger constitue un hitlérisme à formulation ontologique.

On ne peut exclure que certains de ses lecteurs, et peut-être même Derrida, ont vu le danger qu’il représentait. Heidegger, c’est Auschwitz dans la pensée, dans l’université, dans le cercle philosophique.

Ce qui fait peur c’est le peu d’empressement que l’académie fait preuve pour procèder à une sorte d’époché du texte heideggérien destinée à faire apparaître les liens étroits qu’il entretient avec l’hitlérisme. Et à prévenir la jeunesse que c’est Heidegger qui assassine Socrate.

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(1) Je dépasse les bornes dira-t-on. Nancy aurait magistralement esquissé une pensée d’Auschwitz à partir notamment de l’analyse heideggérienne du Gestell. Mais c’est peut-être là que les bornes sont dépassées. Car on ne peut faire ce petit jeu qu’en confortant le mythe d’un Heidegger revenu du nazisme en 1934. C’est occulter à quel point le discours heideggérien lui-même n’est tout entier qu’un dispositif, et qu’un dispositif hitlérien.

La preuve? Tantôt on nous dit que la science ne pense pas et que, pour penser, il faut philosopher. Tantôt on nous dit que la philosophie elle-même, étant métaphysique, est à abandonner. Cela se boucle, certes, sur  l’idée que la science – et la techno-science – c’est de la métaphysique réalisée.

La seule façon de voir clair et de fonder une critique est d’admettre qu’Heidegger est un nazi et qu’il subordonne sa discursivité à une stratégie de nazification tenant au plus haut point compte des circonstances historiques.

Il évacue dans La Lettre la philosophie d’abord et surtout parce que la « philosophie » – la « métaphysique » des droits de l’homme – désigne ce au nom de quoi Göring et ses acolytes ont été jugés et condamnés.

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