Heidegger, ou l’homme pauvre en monde

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C’est Jean-Christophe Bailly qui, je crois, suggère que contrairement à l’affirmation heideggérienne selon laquelle l’animal serait pauvre en monde, l’animal serait « riche » en monde.

C’est un point de vue qui peut trés bien se défendre. L’animal serait même saturé de monde, gorgé de monde et cela, comme dans certains rites nuptiaux, jusqu’à une sorte d’ivresse.

C’est parce qu’il vit son rapport au monde sans distance qu’il serait aussi riche de ce monde.

Que vaut notre monde à côté de celui des baleines, de celui des aigles ou même de celui des abeilles?

Un animal est une partie intensive du monde, un point de vue incarné et immergé dans le monde.

L’homme vivrait au contraire, et constitutivement, dans la pauvreté du monde. Tel est le prix qu’il aurait fallu payer, comme une conséquence d’une sorte de  « péché originel », pour permettre aux facultés d’abstraction et de symbolisation de se développer.

Nous avons échangé la connaissance du monde contre la richesse du monde.

Jouons alors au cancre : les milliers de pages heideggériennes sur l’ontologie que valent-elles au juste à côté de l’attaque d’un jaguar?

Je veux dire que c’est une tentative désespérée pour combler le vide de l’absence de monde, pour calmer la blessure qui résulte de son retrait et de notre paupérisation « ontologique ».

La tentative de Heidegger ne fut pas seulement désespérée, elle fut aussi tragique et abjecte puisqu’aussi bien il a apporté un concours jamais renié au « concept » de la solution finale, de cette solution qui était censée redonner au peuple vraiment riche de monde, mais souffrant, la plénitude de l’Ouvert et l’espace de « son » monde.

Tout ceci est un consternant et criminel simulacre de monde.

Un simple justificatif  pour mettre en esclavage et exterminer.

Chez Heidegger la chambre à gaz – et oui – est l’annexe de l’illusion ontologique.

Il faut terminer cette courte note par une « idée ».

Les animaux sont si riches de monde qu’ils sont des témoins extrêmement sensibles aux changements climatiques et aux pollutions de tous ordres.

Faisons alors de l’humanité connaissante mais pauvre en monde la tête pilote d’un grand organisme naturel où nous trouvons aussi bien l’ensemble des langues parlées (ou parlables) que celui des requins et des singes.

Les abeilles, en mourant sous le coup de la pollution chimique – laquelle menace ainsi le processus de pollenisation – sont des parties témoins de ce grand organisme.

Tous les animaux, en étant ainsi intégrés dans un grand organisme dont nous serions le veilleur attentif, sont ainsi comme des cellules concourant à la seule connaissance qui ait un vrai intérêt, celle qui, au lieu de détruire un monde au prétexte que nous en sommes privés, se fait l’actrice de la protection d’une dynamique à la fois sélective et diversifiante.

Ne nous vengeons pas sur la nature du fait que nous sommes dans l’illusion que notre culture vaut infiniment mieux que le monde dont nous nous sommes amputés.

Sinon la fin du monde deviendrait notre victoire finale, une victoire grotesque et im-monde.

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