Heidegger : Klostermann le roué

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Sur quelle galère la philosophie n’est-elle pas embarquée avec la publication des oeuvres complètes de Heidegger!

La thèse doit être formulée dans toute sa crudité et son caractère inouï : Klostermann, l’éditeur testamentaire francfortois de Heidegger, publie en réalité rien moins qu’une doctrine nazie philosophiquement acculturée.

En postface à la publication récente en français de La logique comme question en quête de la pleine essence du langage on trouve par exemple un extrait d’un texte dit de l’éditeur signé Günter Seubold. On aurait pu s’attendre au moins à une certaine mise en garde. Au contraire le texte pratique une certaine forme de négationnisme. Il tire profit du rapport de révérence que le lecteur est censé avoir envers  la pensée de Heidegger, pour suggérer l’image d’une sorte de héros et de « résistant ». Il est au coeur du système, et d’un système policier vigilant et brutal, mais Heidegger est tellement génial qu’il se serait joué de lui. Dans le III° Reich il n’y a qu’une seule personne intelligente et elle s’appelle Martin Heidegger.

Lisons.

Ce cours est encore d’un grand intérêt en tant qu’il constitue une étape importante dans l’évolution qui a mené Heidegger de l’ontologie fondamentale à la pensée de l’histoire de l’être.

Tu parles! Avec l’arrivée de Hitler au pouvoir Heidegger peut enfin déployer son dispositif révolutionnaire nazi. Au coeur de celui-ci : l’extermination de l’ennemi intérieur.

Et il est en outre important pour la compréhension de la situation de Heidegger à l’université peu après sa démission du rectorat. Beaucoup de ce qu’on a écrit un peu précipitamment sur l’enseignement national-socialiste de Heidegger devra être revu et soumis à une nouvelle interprétation sur la base de ce cours.

Bien voyons! La ficelle ne manque pas d’une certaine finesse. Et alors que ce cours est en réalité une sorte d’ « anthropologie nazie » on nous le fait passer – comme tel il serait « invendable » – pour je ne sais quel cours de « rupture » voire de « résistance ».

Günter Seubold ne dit en réalité absolument rien. Son texte est de pure forme et son but est de vendre un morceau de doctrine nazie sous emballage négationniste.

Les événements qui ont eu lieu au moment de la démission du rectorat ont pu inciter Heidegger à modifier l’intitulé de son cours sans avoir prévenu.

Heureusement qu’Heidegger était en réalité un nazi acharné! Avec un tel geste de rebellion il aurait pu se retrouver à Dachau pour animer des séminaires.

Dans la liste des cours du semestre d’été 1934, il est annoncé sous l’intitulé « L’Etat et la science » (MA, Jeu 17-18 h). D’après le témoignage de quelques auditeurs, c’est au début de la première heure de cours que Heidegger fit connaître, de manière catégorique et démonstrative, la modification décidée, en disant : « Je fais un cours de logique« , à la grande surprise et au grand dam de quelques fonctionnaires nationaux-socialistes qui se trouvaient présents au cours.

Oh! La la! Les nazis étaient si respectueux de la pensée qu’ils ont laissé Heidegger faire sa petite résistance!

Mais, là, Seubold s’avère particulièrement finaud. Car, effectivement, il y a une rebellion heideggérienne. Mais c’est une rebellion contre la tendance bureaucratique du nazisme. Tout le cours de logique est en réalité un cours de nazisme radical, une « fondation » d’ Auschwitz.

Par exemple :

Le recteur peut aujourd’hui paraître en uniforme de la SA au lieu de la robe officielle de vieille tradition. A-t-il par là fait preuve que l’université a changé? Cela, tout au plus, jette un voile sur le fait qu’au fond tout reste comme avant. Nous pouvons faire complétement nôtres les nouvelles obligations et les nouvelles dispositions, et pourtant nous fermer au mouvement véritablement propre de l’événement. (Heidegger, La logique… page 92).

Bref, le véritable recteur reste Heidegger. Il est en position de se moquer de la bureaucratie et de ses insuffisances car il est soutenu par des étudiants nazis ultras radicaux et parfaitement « révolutionnaires ».

Autre texte :

Il ne suffit pas de vitupérer contre l’intellectualisme pour le surmonter, mais il y faut la consistance et la rigueur d’une pensée entièrement neuve et assurée. (…) Cela exige une lutte dans laquelle se décide notre destin spirituel et historial, une lutte pour laquelle nous n’avons aujourd’hui même pas encore les armes et dans laquelle nous ne connaissons même pas encore l’adversaire, si bien que le péril nous guette de faire à notre insu cause commune avec lui, au lieu de l’attaquer. (La logique… page 19).

Il faudrait pouvoir montrer que ces déclarations ne sont que des ruses pour faire de la résistance spirituelle!

S’il y a résistance, c’est une résistance contre l’indigence de la bureaucratie qui se met en place avec son fonctionnement mécanique et son absence de « spiritualité ».

Heidegger s’avère ici particulièrement conscient des insuffisances doctrinales et théoriques de l’encadrement nazi. Il est investi de la mission d’y remédier. On peut même se demander si, sur le fond, il n’a pas pris position pour la SS contre la SA.

Heidegger théoricien SS anti SA!

Heidegger le penseur de la nuit des longs couteaux!

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1 commentaire

  1. Merci à vous Skildy,
    nous sommes en effet nombreux à être choqués par la publication par Gallimard de ce texte dans l’indifférence générale, alors que quand V.Farias en a donné son édition il s’agissait déjà de livrer un document en soi parlant. Aujourd’hui il passe comme une lettre à la poste, et Gallimard en a fait donner des extraits dans le Point, notamment sur les « cafres », en les présentant comme une pensée « encore plus révolutionnaire ». Il est certain que répandre que les noirs ont une histoire comme les oiseaux et les singes en ont une est aujourd’hui assez « révolutionnaire », mais c’est une « révolution » déjà vue …
    Le tout bien sûr enveloppé dans les « traductions » d’inspiration fédiéenne, « temporellité » et autre « historialité » …
    de la merde et du sang dans de la ouate, l’heideggérisme dans toute sa gloire. On est mal barrés …
    JV.

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