Conseil pour lire Heidegger

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Ceux qui commercent avec un Heidegger en « grand penseur du siècle » n’hésitent pas à qualifier de délirants tous ceux qui, même s’ils sont prêts à concèder quelque valeur spirituelle à certains textes de l’habitant de la Hütte, voient en lui une sorte de publiciste du nazisme pour intellectuels.

C’est pourquoi je me permets de donner un conseil de lecture. Lorsqu’on lit par exemple du Kierkegaard il est bon d’avoir à l’esprit la symbolique de la croix. Qu’on soit ou non croyant certains auteurs se laissent mieux appréhender avec un crucifix (virtuel ou non) accroché dans le salon de lecture.

Pour lire Heidegger je recommande d’accrocher (le virtuel s’impose davantage dans ce cas) un svastika, une croix gammée.

Ce n’est pas qu’un gag de profanation. Heidegger est profondément « imbibé » de la symbolique de la croix gammée et cela depuis ses années de formation jusqu’au delà de sa mort avec le texte publié à titre posthume par le Spiegel.

Nous allons en faire l’expérience.

Pour certains heideggériens de secte la démission du rectorat, en 1934, signerait une rupture à ce point décisive avec l’illusion hitlérienne qu’Heidegger serait entré en « résistance spirituelle ».

Telle est la romance.

Voici un texte de 1935 extrait de la célébre Introduction à la métaphysique. Lisons-le avec, pour « loupe de lecture », une croix gammée.

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Demander : qu’en est-il de l’être ? – cela ne signifie rien de moins que re-quérir le commencement de notre être-Là spirituel en tant que proventuel, pour le transformer en un autre commencement. Quelque chose de tel est possible. Cela constitue même la forme d’histoire qui donne la mesure, parce que c’est quelque chose qui se rattache à l’événement fondamental. Pour qu’un commencement se répète, il ne s’agit pas de se reporter en arrière jusqu’à lui comme à quelque chose de passé, qui maintenant soit connu et qu’il n’y ait qu’à imiter, mais il faut que le commencement soit recommencé plus originairement, et cela avec tout ce qu’un véritable commencement comporte de déconcertant, d’obscur et de mal assuré. S’il y a une chose que la répétition telle que nous l’entendons, la re-quête, n’est pas, c’est bien la continuation améliorée de l’usuel avec les moyens usuels.

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Dans un travail en cours je me livre à un commentaire du passage d’où est extrait ce paragraphe. Je suis encore bouleversé par « l’horreur heideggérienne » qui j’y ai trouvée. En 1935, 7 ans avant la conférence de Wannsee qui décida de la « solution finale », Heidegger « justifie » l’extermination de millions d’êtres humains. Tout en concédant qu’un « véritable commencement comporte (quelque chose) de déconcertant, d’obscur et de mal assuré ». Il faudra en effet quelques années et d’horribles tâtonnements pour inventer la chambre à gaz.

Le commencement sera un re-commencement vraiment originaire que s’il se « fonde » sur l’extermination de ceux qui « assombrissent » le monde. Tel est le sens « en croix gammée » de ce texte post-rectoral. Nous ferions fausse route si nous disions : mais où est l’extermination dont vous parlez? Précisément tout l’intérêt de Heidegger aux yeux des nazis a été que, notamment pour « l’élite de l’élite », il s’est trouvé capable de forger le langage, en l’occurrence ontologique, pour nommer « avec dignité » le génocide. Et la petite phrase suivante, qu’il faut encore une fois lire avec une croix gammée en guise de marque-page, est épouvantable..

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Heidegger, en 1935, déclare : Quelque chose de tel est possible. .Petite indication historique : ce texte a été écrit à peine un an après la victoire qu’a remportée la SS dans sa confrontation avec la SA au cours de la nuit dite des longs couteaux. C’est l’aile la plus conservatrice qui a triomphé. L’antisémitisme deviendra autre chose qu’un verbiage, parfois gauchisant,  accompagné de violences de spoliation et d’humiliation. Il va devenir un antisémitisme d’extermination.

Heidegger, dans Introduction à la métaphysique, déroule le tapis ontologique rouge et noir à la SS. C’est le penseur de la SS. Celle-ci a toujours constitué le « joyau » pour lequel Heidegger n’a cessé d’éprouver de l’admiration et de la « pensée commémorante ». La SS est l’objet privilégié du danken (danken-denken) heideggérien. Et les SS sont les chiens fidéles et héroïques du berger de l’Etre..

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1 commentaire

  1. Bon, je méprise les grands penseurs abstrus et abscons; aussi détestai-je Heidegger en priorité aujourd’hui, mais je n’ai strictement rien compris non plus à votre commentaire. Je ne saisis ni les tenants ni les aboutissants du discours précédent. J’aimerais être éclairé, dans et par, un style qui ne ressemble pas à celui de Maître Martin justement…
    Merci donc pour votre complément explicatif…?
    Amicalement

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