« Penser »! Une publicité heideggérienne!

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On n’en finit pas de découvrir l’ampleur du désastre que représente la reconnaissance académique de Heidegger. Non seulement cette reconnaissance, pour ne pas se contredire honteusement, est obligée de minimiser le nazisme de Heidegger – la thèse officielle, « stalinienne », est que Heidegger s’est compromis en 1933 mais se serait « évadé » du piège peu de temps après, pour reprendre le mot au grand arrangeur  Peter Sloterdijk – mais constitue comme telle un obstacle à la recherche philosophique et historique sur la teneur exacte du nazisme de l’auteur, sa profondeur et ses langages. En ce sens, quoique tardivement, Derrida, dont nous citons en exergue une déclaration faite à Didier Eribon, avait bien entrevu ce qu’il en était de « l’enfer » heideggérien.

Cette reconnaissance académique autorise certains heideggériens de secte à traiter de noms d’oiseaux tous ceux qui refusent de se ranger sur la ligne officielle de leur parti. En soi cela serait suffisant pour jeter le soupçon sur l’innocence politique du texte heideggérien.

Ouvrons par exemple Qu’appelle-t-on penser?  publié par les PUF dans la collection Grands Textes (Quadrige).

La phrase est connue sans doute pour avoir été précisément forgée comme une sorte de slogan :

Ce qui donne le plus à penser dans notre temps qui donne à penser est que nous ne pensons pas encore. (Page 24, Qu’appelle-t-on penser? PUF, Quadrige 2007).

Il faudra un jour consacrer une recherche uniquement à un aspect profondément négligé jusqu’ici du texte heideggérien à savoir son caractère  publicitaire. Métaphore : Heidegger est membre d’une agence virtuelle de propagande nazie et il en est le communiquant en chef, le publiciste de génie!

Cette dernière expression indiquant combien cette publicité est encore aujourd’hui efficiente auprès d’esprits réputés et dont nous ne pensons d’ailleurs pas, faut-il le souligner, qu’ils nourrissent une quelconque sympathie pour le nazisme. Il serait stupide de penser, selon nous, que le but de Heidegger était de convertir tous ses lecteurs au nazisme! Si cela avait été le cas il aurait échoué à introduire le nazisme dans la philosophie!

Cela dit… imaginons la phrase de Heidegger citée sur des panneaux publicitaires! Imaginons un court-métrage à la Godard où, à l’entrée d’une aire autoroutière, on se trouverait nez-à-nez avec un gigantesque panneau sur lequel on pourrait lire :

Ce qui donne le plus à penser dans notre temps qui donne à penser est que nous ne pensons pas encore.

Petite plaisanterie, si cela en est une. Mais en réalité il est essentiel, dans le dispositif heideggérien, que cette dimension publicitaire demeure interne à l’édition. Ne négligeons pas, cela dit, l’habileté de l’ingénieur-communiquant Heidegger à concevoir des slogans « spirituels » si efficacement modelés sur l’esprit du marketting.

Les jeunes esprits, qui découvrent le livre, la page, le slogan ne peuvent être que « mobilisés » spirituellement et, on les comprend, intrigués et requis. Et puisque c’est Heidegger qui le dit sûr que c’est avec Heidegger qu’on a une chance de se mettre à penser.

Mais qui ne voit que, comme beaucoup de slogans, il est profondément stupide. Stupide et absolument terrifiant. Heidegger, le nazi, revendique d’être l’initiateur de la pensée de « notre temps ».

Il est clair qu’il s’agissait surtout de faire barrage à toute compréhension du monde actuel inspirée de Marx. (Il faut insister sur le fait que, de ce côté-là, les staliniens se livraient à une entreprise parallèle de destruction et de corruption).

Mais sans aller jusqu’à ce flash-back de la guerre froide interne à la philosophie la phrase de Heidegger demeure un petit chef-d’oeuvre de stupidité. Einstein, Schrödinger, Russel, Wittgenstein, Husserl, Freud et tant d’autres y compris, par exemple, des américains comme Emerson ou comme Thoreau (certes au XIXeme siècle) – sans compter des penseurs artistes comme Schönberg, Lang, Picasso etc. – n’ont rien pensé d’essentiel et pas même sur ce temps qui donne à penser.

Je sais il y a la problématique de l’arraisonnement, du  Ge-stell etc. Nous y reviendrons en temps voulu.

Mais la « coupure heideggérienne » m’apparaît autant brutale que prétentieuse et stupide. Sauf que, bien entendu, elle est merveilleusement publicitaire.

Cependant il est vrai qu’il est parfaitement cohérent qu’elle ait été prononcée par ce publiciste de génie qui avait déjà, par exemple en 1935 dans Introduction à la métaphysique, appelé à l’extermination et, après la guerre, construit une légitimation a posteriori, et louangeuse, de l’industrie d’Auschwitz.

Voici une indication supplémentaire. Dans Introduction à la métaphysique notre hypothèse est que le fameux « enjuivement », dont se plaignait « stupidement » le jeune Heidegger – le mot est emprunté à Fédier – est transformé « publicitairement » en obscurcissement du monde.

Reconnaissons que, quand on est un grand philosophe, c’est tout de même un peu moins con. (Même si l’idée est la même).

Dans le même cours de 1935 il appelle poétiquement et métaphysiquement à l’extermination – il ne suffit pas ou plus de se gérer comme race – en assignant au « peuple métaphysique » – le Volk – la mission de s’opposer précisément à l’obscurcissement du monde. Bref, il faut éclaircir. ECLAIRCIR. E-CLAIR-CIR!

Et de quoi nous parle notamment Granel dans sa préface de 1959? Je serai ici assez rapide, réservant des analyses plus approndies pour des notes plus longues.

Mais voici :

« La clarté de l’exposition consiste à ex-poser clairement l’Etre et l’étant; c’est-à-dire à les poser en dehors l’un de l’autre. Quand cette clarté se lève, elle absorbe la lumière singulière de l’aube. » (Page 13 de Qu’appelle-t-on penser?)

C’est de Granel; c’est beau et cela parle d’une sorte de traduction heideggérienne du penser grec.

Au reste Granel peut avoir été parfaitement « innocent ». Ce n’est pas là la question. La question est bien que, après avoir « milité » pour un « désobscurssissement » du monde il est normal qu’après la guerre, et malgré la défaite militaire, Heidegger se permette de saluer l’aube nouvelle permise par Auschwitz.

La différence ontologique a été effective. Le Volk a accompli son être en s’étant placé sous la Führung hitlérienne. L’Europe a été « désobscurcie ».

Maintenant il est possible de penser!

Je vous le dit Heidegger n’est qu’un génie de la publicité, instrumentalisant philosophie et poésie pour maquiller le nazisme, pour « magnifier le simple »!

On n’en sort pas et c’est une des pires catastrophes de la pensée! Non seulement Heidegger tue la « philosophie » – il prétend l’avoir conduite à sa fin – mais en plus il asservit la « pensée », la « poético-pensée » à des tâches hideusement publicitaires.

Mais quand on est nazi…

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