Lettre sur l’humanisme : vive Auschwitz! (Heidegger)

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On ne voit pas un philosophe qui se serait fixé comme objectif de continuer après la guerre l’oeuvre de Hitler le proclamer sur tous les toits en s’écriant : « Vive Auschwitz! »

Et pourtant rédigée en 1946 et adressée à Jean Beaufret La lettre sur l’humanisme de Martin Heidegger ne dit piteusement et horriblement que cela!

Les premières pages d’un texte philosophique comptent beaucoup. Ne serait-ce que parce que de nombreux lecteurs ne vont pas jusqu’au bout de textes d’une certaine longueur.

Dans La lettre Heidegger a écrit quelques phrases célèbres – lesquelles sont en réalité des aphorismes publicitaires en faveur du nazisme.

« Le langage est la maison de l’Etre. Dans son abri, habite l’homme. Les penseurs et les poètes sont ceux qui veillent sur cet abri ».

Voilà notamment un beau sujet de dissertation tout fait et tout sublime.

Or, si nous comprenons bien ce texte (ignoble en réalité) le penseur Heidegger compterait parmi ceux qui « veillent sur cet abri » où « habite l’homme ».

Non seulement Heidegger a très tôt, et en connaissance de cause, adhéré au parti nazi – dont la croix gammée annonçait par vocation l’extermination – mais il n’a eu de cesse, après la guerre – comme La lettre elle-même en témoigne, cette Lettre qui a été si souvent volée à notre compréhension et sous notre nez – d’élaborer une stratégie textuelle de relève de l’hitlérisme.

Comment est-il possible de s’affirmer comme un qui « veille sur cet abri »!?

La seule solution est bien que les juifs, et tous ceux qui ont été exterminés, ne font pas, ne faisaient pas partie du genre « homme ».

On ne peut plus être, en 1946, plus abject et plus négationniste. Ce ne sont pas des êtres humains qui ont été exterminés sous l’auspice de la croix gammée.

Autrement dit Auschwitz a été l’abri ou habite l’homme!

Voilà comment le « communiquant » Heidegger, publiciste de son état, dit en 1946 : Vive Auschwitz!
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Le dispositif Heidegger est magistral.

Le Reich s’effondre, Hitler se suicide, son bunker est en ruine, Berlin est un tas de cendres.

Tranquillement Heidegger, dans La lettre sur l’humanisme s’écrie : vive Auschwitz!

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4 commentaires

  1. triste d’en arriver à écrire de tels conneries…

    A propos de conneries que pensez-vous des conneries de Heidegger :

    “L’ennemi est celui-là, est tout un chacun qui fait planer une menace essentielle contre l’existence du peuple et de ses membres. L’ennemi n’est pas nécessairement l’ennemi extérieur, et l’ennemi extérieur n’est pas nécessairement le plus dangereux. (…) L’ennemi peut s’être enté sur la racine la plus intérieure de l’existence d’un peuple, et s’opposer à l’essence propre de celui-ci, agir contre lui. D’autant plus acéré, et dur, et difficile est alors le combat, car seule une partie infime de celui-ci consiste en frappe réciproque; il est souvent bien plus difficile et laborieux de repérer l’ennemi en tant que tel, de le conduire à se démasquer, de ne pas se faire d’illusions sur son compte, de se tenir prêt à l’attaque, de cultiver et d’accroître la disponibilité constante et d’initier l’attaque depuis le long terme, avec pour but l’extermination totale.”

    in Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie, Emmanuel Faye, Albin Michel 2005, page 383.

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  2. Bravo, bel exemple de « raisonnement » ad personam, venu de l’ exégèse absurde d’une phrase sortie de son contexte, dont la signification vous échappe manifestement. En quoi une phrase sublime sur le langage serait une apologie des camps de concentration (dont Auschwitz n’est qu’un parmis d’autre, je vous le signal au passage)? Cet « abri de l’être » mentionné est le langage, comme permettant d’exprimer la vérité de l’être. Or philosophes et poètes veillent sur le langage, le travaille, le modifie. Si pour vous c’est là une apologie du nazisme, c’est assez problématique…

    Tout le problème c’est que, chez les « nazis de tête », le politique est désigné obliquement par des métaphores empruntées à l’art et à la poésie. Hitler lui-même s’est présenté comme le grand architecte du Reich.

    Il fait ici partie de ceux qui ont mis l’être à l’abri dans le langage. Hitler, celui qui avait de si « belles mains » (Heidegger).

    C’est vous qui sortez Heidegger du contexte, ce contexte étant précisément caractérisé par tout un système  de métaphores et d’euphémismes. Mais nous n’en sommes qu’au début d’une véritable lecture critique de Heidegger.

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  3. il est assez désespérant de voir ce genre d’absurdités en guise de 2nd résultat sur Google lorsqu’on on tape  » lettre sur l’humanisme » … le meilleur ennemi de la philosophie est bien ce que vous révélez à merveille : un trop plein de préjugés- dans votre cas , votre langage ne protège nullement en son sein l’Etre… mais le violente …

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    1. Bonjour,

      C’est Heidegger qui “violente” l’ontologie. En la transformant en système d’euphémisation du nazisme.

      Dans les Cahiers noirs, par exemple, Heidegger caractérise les juifs comme étant ceux “qui n’osent pas l’être”.

      Je vous laisser apprécier cependant le degré d’”absurdité” atteint par Heidegger lui-même.

      En 1934, dans un séminaire sur Héraclite, il annonce “l’anéantissement total”, la “völligen Vernichtung”.
      « L’ennemi est celui-là, est tout un chacun qui fait planer une menace essentielle contre l’existence du peuple et de ses membres. L’ennemi n’est pas nécessairement l’ennemi extérieur, et l’ennemi extérieur n’est pas nécessairement le plus dangereux. (…) L’ennemi peut s’être enté sur la racine la plus intérieure de l’existence d’un peuple, et s’opposer à l’essence propre de celui-ci, agir contre lui. D’autant plus acéré, et dur, et difficile est alors le combat, car seule une partie infime de celui-ci consiste en frappe réciproque; il est souvent bien plus difficile et laborieux de repérer l’ennemi en tant que tel, de le conduire à se démasquer, de ne pas se faire d’illusions sur son compte, de se tenir prêt à l’attaque, de cultiver et d’accroître la disponibilité constante et d’initier l’attaque depuis le long terme, avec pour but l’extermination totale. »

      in Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie, Emmanuel Faye, Albin Michel 2005, page 276.(GA 36/37, 90-91).

      Ceux qui “n’osent pas l’être”, “l’anéantissement total”… sont des réalités heideggériennes et non d’absurdes fantasmes.

      Le PhiblogZophe

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