Sur une preuve dédaignée du nazisme de Heidegger

En 1945, dans La  dévastation et l’attente, Heidegger écrit que la principale cause de la dévastation est « … par-dessus tout (…) : le bien-être identique de tous les travailleurs compris comme sécurité sociale uniformisée ».

Je tiens cette déclaration « grand penser » de 1945, prêtée il est vrai à un personnage d’un dialogue se déroulant dans un camp soviétique de prisonniers allemands – la honte suprême pour les seigneurs du monde – pour être un des signes les plus éclatants du nazisme de Heidegger et de son projet d’introduction. Malheureusement le « grand penser » de type heideggérien a le plus profond mépris, mais c’est cohérent, pour les problèmes de « sécurité sociale ». Il y a peu de chance pour que, dans la construction académique de l’espace de la haute pensée de Heidegger, cette « preuve » ait la moindre chance d’être prise en compte.

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Des commentateurs m’ont objecté, parfois en enrôlant Tocqueville, que Heidegger critiquait en réalité la production moderne de la vie « standard », uniforme et homogène. Voilà bien où mène Heidegger : la « sécurité sociale » est réduite à un élément de mode de vie. En réalité on touche du doigt le langage nazi, la nazilangue heideggérienne. Faire de la « sécurité sociale » une simple variable du mode de vie et, conséquemment, en appeler à sa variation revient à préconiser toutes les modulations possibles de la « sécurité sociale » : de la faiblesse des couvertures santés pour certaines catégories jusqu’au droit de vie et de mort exercé à l’encontre d’autres. Cela revient à justifier les camps et le recours à la terreur.

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Pire, déclarée avoir été rédigée en mai 1945, cette déclaration faite sous le masque d’un personnage signifie quelque chose comme :  nous, le Volk, nous avons perdu la guerre de n’avoir pas su étendre notre conception de la « modulation de la sécurité sociale. » En clair il n’y a pas eu assez d’Auschwitz et c’est pour cette raison que nous avons perdu. Incidemment la phrase revient à « légitimer » Auschwitz. Terrible, cette phrase n’a été traduite et éditée en français que récemment. Enrobée du « grand penser » heideggérien il est certain qu’elle est fort utile  à tous ceux qui cherchent à reproduire tel ou tel aspect des camps en vue d’une « gestion » du social.

Cela donne raison à un aspect de la problématique de G Agamben à savoir que les sociétés occitentales actuelles feraient des camps de concentration leur référence tacite réelle, et cela au détriment de la référence classique à la démocratie grecque. Heidegger offre à cette conception de la gestion – la gestion par terreur – une telle caution que cela vaut bien qu’on mente comme un arracheur de dents à l’encontre de son nazisme et de son projet d’introduction. Cela permet tout de même de jeter un oeil  sur ce qu’il en est du langage des heideggériens de secte. Ils n’ont pas au reste besoin d’être nazis pour goûter aux charmes de la langue de bois :

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« Résistant spirituel » = « nazi profond »

« Critiquer l’uniformité des modes de vie » = « justifier la terreur en modulant la sécurité sociale ».

Bref, ce que nous préparent les heideggériens de secte, et surtout ceux qui gravitent autour de « révolution conservatrice » de Alain de Benoist, ce n’est plus une société « gouvernancée » en fonction de l’existence de camps de concentration – dispositifs d’extermination compris – mais une société gérée elle-même comme un camp, comme un pur réseau de camps.

Youpi! .

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