Derrida et le nazisme de Heidegger

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Voici trois passages d’un entretien de Derrida avec Didier Eribon paru dans Le Nouvel Observateur de novembre 1987. Il y a vingt ans!

* La condamnation du nazisme, quel que doive être le consensus à ce sujet, n’est pas encore une pensée du nazisme. Nous ne savons pas encore ce qu’est ou ce qui a rendu possible cette chose immonde mais surdéterminée, travaillée par des conflits internes (d’où les fractions et les factions entre lesquelles Heidegger s’est situé – et sa stratégie retorse dans l’usage du mot « esprit » prend un certain sens quand on pense à la rhétorique générale de l’idiome nazi et aux tendances biologisantes, style Rosenberg, qui ont fini par l’emporter). Enfin, le nazisme n’a pas poussé en Allemagne ou en Europe comme un champignon…

* Pour penser le nazisme, il ne faut pas s’intéresser seulement à Heidegger, mais il faut aussi s’y intéresser. Croire que le discours européen peut tenir le nazisme à distance comme un objet, c’est dans la meilleure hypothèse une naïveté, dans la pire, un obscurantisme et une faute politique. C’est faire comme si le nazisme n’avait eu aucun contact avec le reste de l’Europe, avec les autres philosophes, avec d’autres langages politiques ou religieux…

* J’essaie … de définir la déconstruction comme une pensée de l’affirmation. Parce que je crois à la nécessité d’exhiber, si possible sans limites, les adhérences profondes du texte heideggérien (écrits et actes) à la possibilité et à la réalité de tous les nazismes, (nous soulignons), parce que je crois qu’il ne faut pas classer la monstruosité abyssale dans des schémas bien connus et somme toute rassurants, je trouve certaines manœuvres à la fois dérisoires et alarmantes. Elles sont anciennes mais on les voit réapparaître. Certains prennent prétexte de leur récente découverte pour s’écrier :

1)      « Lire Heidegger est une honte ! »

2)      « Tirons la conclusion suivante – et l’échelle : tout ce qui, surtout Heidegger, l’enfer des philosophes en France, se réfère à Heidegger d’une manière ou d’une autre, voire ce qui s’appelle « déconstruction » est du heideggérianisme ! »

La deuxième conclusion est sotte et malhonnête. Dans la première, on lit le renoncement à la pensée et l’irresponsabilité politique. Au contraire, c’est depuis une certaine déconstruction, en tout cas celle qui m’intéresse, que nous pouvons poser, me semble-t-il, de nouvelles questions à Heidegger, déchiffrer son discours, y situer les risques politiques et reconnaître parfois les limites de sa propre déconstruction.

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Pour en savoir plus cliquer sur le lien :

http://www.jacquesderrida.com.ar/frances/heidegger.htm

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