Cheval blanc de Diego Velazquez (1634)/ tableau de 310 X 245 cm

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Cheval Blanc 1634 310°245D’une hauteur de plus de 3 mètres le tableau est à un échelle suffisante pour que la puissance de l’animal soit immédiatement perceptible. La blancheur du corps a comme la force de lever le tableau lui-même. Elle fait ressortir la présence presque énigmatique de la selle. Celle-ci s’apparente à ces vêtements  qui, dans de nombreux autres tableaux de Velazquez, semblent par leur complication contenir le corps dans des limites qui lui sont étrangères.

Ce qui frappe  immédiatement c’est l’absence de cavalier. A-t-il été jeté à terre l’animal s’enfuyant alors vers on ne sait où? Sans la selle le cheval pourrait être au champ et faisant la parade. Ou dans la prairie et libre comme le vent. Le « sellement » fait que l’animal semble se mouvoir à la frontière de deux mondes : celui de l’homme, de ses institutions, de ses conventions, de son art du dressage; celui de la nature sauvage, espace où il est toujours possible de trouver un passage vers le plus lointain.

C’est un tableau très important de Velazquez. Le peintre semble nous dire quelque chose. Peut-être sur la peinture elle-même : elle a un fond inaliénable de sauvagerie mais doit, pour exister, consentir à être « montée » et à se soumettre aux règles de conduite dictée par la Cour. On sait qu’à l’époque même de Velazquez le nu était interdit en Espagne. L’artiste n’en fera au reste qu’un, La Vénus au miroir, et sous couvert de faire un tableau « italien ».

Il est vrai que le cheval blanc est comme nu puisque, sellé mais sans cavalier, il se trouve un peu comme quelqu’un qu’on surprendrait, une serviette à la main, à la sortie du bain. Cependant la fougue du cheval a quelque chose de mélancolique. Il semble avoir été soudainement assailli par le souvenir de ce qu’était être un cheval avant le contact avec l’homme et sa science du dressage. Il chercherait alors, dans la confusion, à rejoindre une prairie de nulle part. Les dresseurs disent que plus un cheval est difficile à dresser plus il y a une chance qu’il fasse une excellente monture, docile, courageuse, intelligente.

Ce cheval blanc ne serait-il pas alors, par une sorte de métempsychose symbolique, un portrait caché non du Peintre tel que l’exige la Cour mais, dans le peintre, de l’artiste comme génie à l’inaliénable et libre sauvagerie?

Regardons au tiers inférieur à gauche du tableau. La jambe et le sabot ne semblent-ils pas sortir du cadre? Il y a le peintre, éduqué en atelier et qui tient fermement le cadre. Il y a le cheval, pris d’une obscure bouffée de nostalgie, et qui sort du cadre. Mais il y a le même peintre qui, tel le cheval, laisserait plus de champ au cadre. Et il y a la Cour, experte dans la multiplication et l’imposition des cadres.

Certains auteurs de western, Ford et Huston par exemple, ont filmé de splendides courses de chevaux libres. Dans les Mistfis, de Huston, Marilyn Monroe est la femme indomptable, celle qui, immanquablement, jette à terre celui qui veut la dresser. Mais, de ce fait, elle fut un modèle irremplaçable pour des cinéastes qui savaient vivre.

Velazquez aurait-il alors eu parfois de mauvaises pensées préférant les rebuffades des chevaux-modèles à ces êtres de Cour rompus à l’apparence et à l’étiquette?

Et puis un tableau qui est « en train de prendre » n’est-il pas semblable à un cheval jetant à terre son cavalier? Le peintre ne doit-il pas, à un certain moment, faire confiance au tableau et le laisser finir sa course à sa guise?

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