Heidegger en « lui-même » selon Servanne Jollivet

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Dans un article déjà ancien sur Heidegger et la politique paru dans la revue philosophique en ligne Astérion Servanne Jollivet écrit ceci : « Ce qui l’avait poussé à prendre en charge le Rectorat était l’espoir, comme il le précisera lui-même après la guerre, de « pouvoir faire front […] à la prépondérance menaçante de l’appareil du parti et de sa doctrine ».

La condition fondamentale de la recherche en philosophie, et qui plus est sur un sujet aussi grave que le nazisme de Heidegger, n’est-elle pas l’autonomie de pensée et la faculté de prendre des distances critiques à l’égard de toute déclaration?

« … comme il le précisera lui-même après la guerre… » est-il écrit joliment.

Ce « lui-même », certes, signifie que la parole est ôtée aux « mauvaises langues », aux « calomniateurs » et donnée à l’intéressé lui-même.

C’est Heidegger qui parle.

Et, on le sait bien, un grand penseur ne saurait mentir.

Vraiment?

Pourquoi un grand penseur devrait-il être prémuni contre le recours à la tactique du mensonge?

Cette façon de révérer a priori la sincérité d’un personnage dont certains soutiennent qu’il introduit le nazisme dans la philosophie est pour le moins une preuve de légéreté.

Faisons un pas. Heidegger n’introduit pas seulement dans la philosophie, savamment à la fois transposées et renforcées, des thématiques nazies mais aussi une « méthode » nazie.

Heidegger ment et se moque du monde. Il emprunte avec cynisme et superbe un langage de « résistance » (« la prépondérance menaçante de l’appareil du parti et de la doctrine ») pour occulter le plus possible, surtout après l’immédiat après-guerre, la profondeur de ses convictions nazies et l’ambition de son entreprise.

Parce qu’il est un « penseur nazi » ce n’est surtout pas Heidegger « lui-même » qu’il faut entendre sur certains sujets.

Le nazi vous filera entre les doigts comme une anguille.

Les déclarations d’Heidegger sont par conséquent à étudier comme des coups tactiques dans une stratégie d’occultation et d’égarement.

Cela même donne une idée de l’ampleur que représente la catastrophe Heidegger en philosophie.

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1 commentaire

  1. Il suffit de lire Nietzsche pour régler le problème définitivement… ça, c’est mon avis.
    Ou Lévi-Strauss.

    Je trouve que la pensée occidentale manque cruellement d’humanisme. Aurait-on oublié Slavoj Zizeck ? Heidegger a écrit des trucs, d’accord, il a un peu fricoté avec des cons. On a prêté ce genre d’intentions indifféremment à Céline ou à certains anarchistes : ça ne veut plus dire grand-chose. Pour moi, le travail du philosophe consiste à lire, essayer de comprendre, et élaborer des schémas de société, de pensée fondamentale. Pas du tout de critiquer négativement les auteurs qui ont enrichi vos années d’études, les gars. Qui irait critiquer Platon aujourd’hui ?

    Comprendre est un travail qui demande déjà beaucoup d’énergie. J’espère que je me fais bien comprendre, moi.

    Et dire que le nazisme est une pensée politique autant que philosophique est un concept qui force mon respect : nan mais ça va pas ???!!! Mein Kampf, ça vous dit quelque chose ? C’est de la philo, ça ? Parler de nazisme dans un contexte philosophique revient à la même chose que de faire part à un juge de ses épanchements amoureux, ou de parler de Michel Tournier à un flic : c’est hors-sujet.

    Foutez-donc la paix à Servanne et à Heidegger, pensez et écrivez, vous ne devez pas être payés très cher mais on a besoin de vous pour avancer : faites votre travail.

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