1962 : Heidegger remet ça (contre N. Wiener)

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En 1962 le grand philosophe Martin Heidegger n’était pas encore revenu de sa « grosse bêtise ». Dans une conférence prononcée en 1962 devant un public d’ingénieurs et intitulée Langue de tradition et langue technique il aurait, selon son traducteur Michel Haar, « établi avec une telle force démonstrative que le triomphe de la technique provient de son triomphe sur la langue « naturelle » en passe d’être éclipsée et de disparaître ». (Page 48 chez Lebeer-Hossmann).

Il y a une question cruciale, dans ce passage, celle de savoir si l’on peut considérer la langue, la langue naturelle, comme étrangère à la technique. Cela retiendra ultérieurement notre attention. Notons pour le moment que la langue, si on la pense à travers la parole et notamment à travers son apprentissage, pourrait avoir comme caractéristique d’être (aussi) une technique quoique n’apparaissant pas à l’évidence requérir des outils, en tous cas en l’espèce d’instruments distincts du corps.

Haar affirme par ailleurs que Heidegger analyse « pour la première fois les écrits de Norbert Wiener ». Certes c’est une conférence, et une conférence brève, mais c’est quelque peu exagéré de dire que Heidegger analyse les écrits de Wiener. D’accord, Heidegger est le « penseur le plus profond du XX° siècle ». Il peut donc se contenter d’analyser « les écrits de Wiener » en enchaînant quelques citations bien choisies.

Wiener, dont je viens de lire sur le net que son grand-père était un « juif prolétaire errant ». (Rien que ça).

Et là notre Heidegger fait trés fort. Le premier « écrit » de Wiener supposé être analysé est le suivant : « Voir le monde entier et donner des ordres au monde entier, c’est presque la même chose que d’être partout ». (Page 39).

C’est du niveau de la propagande la plus basse. La conférence oppose la naturalité de la langue maternelle à une grande menace et celle-ci est personnifiée par le penseur de la cybernétique. Michel Haar appelle cela une analyse des « écrits de Norbert Wiener ».

C’est inimaginable. Heidegger en 62 qui traduit en heideggerien la propagande de quelque bureau du « Reich pour mille ans »…

Mais qu’on se rassure tout le grand Heidegger est présent dans cette conférence d’une trés grande dignité et d’une trés grande tenue intellectuelle : la langue, l’être, l’ouvert, la mission des poètes etc.

Et s’il y avait une « conception du monde » heideggerienne?

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1 commentaire

  1. C’est un nouveau départ cette conférence, qui sert à démontrer la fin des langues dites naturelles par une langue technique, qui s’illustre assez aujourd’hui, si nous utilisons l’Internet et ses sites d’informations pour détenir du savoir non-nuancé par la critique, l’analyse, le doute septique etc… Technique déconnectée de la nature animale ou végétale et de ses principes vivants traditionnels. La technique les a plus ou moins congédiés ou dominés.
    —-
    Nouveau départ? Les langues naturelles relèvent également d’une certaine forme de technicité. Il y a une très grande technicité dans l’usage que fait Heidegger des langues, l’allemande et la grecque. Procéder à l’opposition langue naturelle/langue technique de cette manière revient à diaboliser la technique et cette diabolisation vise toujours indirectement la « juiverie mondiale ». (Heidegger).

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