Heidegger, Hitler, la technique – Réponse à une question de JP Faye

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Au cours d’un débat qui réunissait en 2004, dans le cadre du Parlement des philosophes à Strasbourg, Gérard Bensoussan, Jean-Pierre Faye et Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Pierre Faye a évoqué le caractère « extraordinaire » de la déclaration faite par Heidegger dans son entretien posthume du Spiegel selon laquelle le national-socialisme (nazisme) aurait été véritablement dans la bonne direction à propos de la relation avec la technique. Il s’est d’abord demandé quel sens pouvons-nous prêter à une telle déclaration. Heidegger se félicitait-il des chambres à gaz et des fusées V1 et V2?

Il a enchaîné en mettant au défi d’interpréter ce qu’aurait voulu exactement dire Heidegger en parlant cependant de l’indigence des dirigeants nazis.

Ce à quoi je propose une réponse fort simple que je pense conforme au personnage qu’a été réellement l’ermite bonasse du chalet de Taudnauberg. Heidegger n’aurait tout simplement pas digéré la défaite de Stalingrad. Voilà l’indigence des dirigeants nazis! Ils ont été incapables d’aller jusqu’au Kremlin! On peut même faire un pas supplémentaire : à l’époque où est rédigé l’entretien du Spiegel (1967) il était encore possible de penser qu’une guerre déclarée à l’URSS mais perdue n’avait en réalité fait que dérouler un tapis en faveur du bolchévisme. L’Allemagne coupée en deux avec une RDA! Leipzig en pays communiste!

Indépendamment de tout débat de fond… la honte du fantôme Heidegger ne pourrait que s’aggraver à l’idée que les USA, notamment avec l’administration Reagan, ont été beaucoup plus efficaces en faisant imploser l’empire soviétique.

Mais où est le lien avec la technique?

J’ai été convaincu, notamment en scrutant certains passages de l’ Introduction à la métaphysique (1935) et des Concepts Fondamentaux (1941), que Heidegger avait été comme un « pétitionnaire » en faveur de l’extermination et de la solution finale. Lorsqu’il critique la bureaucratie nazie c’est pour, tout en sauvant par là son statut de philosophe-en-nazisme – mais Heidegger est surtout un nazi-en-philosophie – tâcher de faire comprendre la nécessité d’un « tournant », d’un « commencement originaire » en l’espèce de l’extermination des juifs d’Europe (auxquels Heidegger confère, par une sorte d’antisémitisme spirituel, la responsabilité d’avoir plongé les Allemands dans la dégradation ontique).

Pour Heidegger l’extermination, et l’usage des techniques qu’elle suppose, n’est ni plus ni moins que la voie permettant de mettre en oeuvre la différence ontologique. Le passage de l’étant à l’être – ou du Sein au Seyn – passe par les chambres à gaz. (N’oublions pas qu’il a toujours eu comme ami Eugen Fischer, un des inspirateurs de Mein Kampf et responsable du programme d’extermination des handicapés.)

Autrement dit le bon usage de la technique est suspendu  à une bonne interprétation de la différence ontologique.

La technique est bonne, n’est bonne que si elle est entre des mains capables de désigner  et d’exterminer « ce » qui fait obstacle à la différence ontologique comme passage (comme passage historial) de l’étant à l’être.

Il est secondaire de savoir ce qu’au juste Heidegger savait des « détails » de l’administration hitlérienne. Je l’imagine néanmoins se féliciter du passage de l’exécution par balles à l’exécution en chambre à gaz.

Je complète donc ma réponse en disant que, pour le grand nazi spirituel que fut Heidegger, l’indigence des dirigeants nazis qu’il dénonce avait quelque chose à voir avec leur incapacité à concevoir des modes d’extermination ayant une échelle opérationnelle suffisante pour terrasser le bolchévisme.

Ce « concept » heideggérien d’indigence consonne parfaitement avec la situation des années 1960-1970. Encore une fois imaginons l’état d’esprit d’un grand chef spirituel nazi face à une allemagne coupée en deux par l’armée rouge!

Mais il est vrai qu’Heidegger est un grand penseur méditant poétiquement au coeur de la Forêt Noire…

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J’ai dit dans d’autres notes que le nazisme heideggérien n’est pas, de manière noltienne, une réponse éventuellement justifiée à la menace bolchévique. Une telle menace justifiait-elle de toutes manières Auschwitz? Le nazisme heideggérien prend naissance dans le mouvement völkisch, actif depuis la seconde moitié du XIX°siècle et qui préconisait déjà l’extermination des juifs d’europe. .
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1 commentaire

  1. Votre blog est une œuvre de salut publique et de santé mentale. Vous sauver les âmes françaises des sombres brumes de la Forêt Noire pour les ramener vers la clarté et l’humanisme de l’esprit français universel. Le gouvernement devrait vous accoder une subvention !

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