Etre et Temps vu par Heidegger

Heidegger termine l’ Introduction à la métaphysique par une référence au grand œuvre qu’est Etre et temps. 

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« Etre et temps » désigne, dans une méditation de ce genre, non pas un livre, mais ce qui est proposé comme tâche (das Aufgegeben). Il faut entendre par là : Cela que nous ne savons pas ou que, si nous le savons authentiquement, c’est-à-dire comme tâche proposée, nous ne savons jamais que sur le mode du questionner (fragend). Savoir questionner signifie : savoir attendre, même toute une vie. Une époque toutefois, pour laquelle n’est réel que ce qui va vite, se laisse saisir des deux mains, tient le questionner pour « étranger à la réalité », pour quelque chose « qui ne paie pas ». Mais ce n’est pas le chiffre qui est essentiel, c’est le temps convenable et la persévérance convenable.                                     

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Car est détestée                                     

Du Dieu songeant                                     

Une croissance prématurée.                           

Hölderlin, Du cycle des « Titans » (IV, 218). 

Texte horrible, en réalité. Heidegger, tout d’abord, se justifie comme philosophe hitlérien. Cette justification repose sur l’opposition entre le questionner, qui est le véritable savoir, et « ce qui paie » rapidement. Le peuple métaphysique est le peuple de la question s’opposant notamment à cette partie du peuple corrompue par « l’enjuivement » et qui ne jure que par la rentabilité immédiate. Mais le peuple de la question est le peuple de la question de l’être. Et la question de l’être est celle de la « Rasse », du sol, des racines, de la terre, du sang. Etre et temps… soyons enfin, certes, mais ayons l’intelligence du temps et de la persévérance convenable. .
L’extermination étant inscrite, comme nous le montrerons, dans le « programme » métaphysique, Heidegger dit à ses auditeurs et lecteurs qu’ils doivent attendre encore un peu. Nous sommes en 1935. Quelques années seulement avant la shoah par balles et Auschwitz.
 
Etre et temps est l’esquisse ontologico-existentielle du « grand œuvre hitlérien » de l’extermination. En son temps il était inconcevable que cela  puisse paraître en être ainsi. Mais Heidegger était déjà proche des réseaux les plus extrémistes. Les dernières lignes de l’Introduction à la métaphysique précise le mode d’emploi de ce qui est plus une tâche qu’un livre. 

En 1924 paraissait Mein Kampf d’Adolf Hitler ; en 1928 Etre et Temps de Heidegger. En 1935, dans un cours  qui sera publié en 1953 et intitulé Introduction à la métaphysique, Martin Heidegger parlait d’attente, de persévérance convenable, mais aussi de tâche. Les Einzatzgruppen, crées en 1941, feront entre un et deux millions de morts au cours de la « shoah par balles ».  Les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau, pour faciliter la « tâche », entreront parallèlement en fonction.

 birkenau_gate.1194110941.jpg

Etre et Temps n’était pas un livre, mais une tâche Et c’est Heidegger qui l’a dit.

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