Métropolis, de Fritz Lang. « Ce sont vos frères! »

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Le film Métropolis (1927), de Fritz Lang, est aussi l’histoire d’un mot : le mot frère, Bruder en allemand.
Sur les hauteurs de Métropolis, là où ont été aménagés les jardins des délices destinés aux « fils », arrivent un jour un groupe d’enfants d’ouvriers en haillons, sortis des souterrains où leurs pères travaillent comme des forçats.
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Ils sont conduits par Maria, égérie christique et révolutionnaire d’un médiateur à venir.
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Les enfants des souterrains découvrent, hallucinés, leurs frères humains des jardins des délices.
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Le face à face de regards médusés et inquiets :
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On ne peut pas mieux mettre en scène l’impossibilité de donner figure à une essence humaine. « Je cherche un Homme », disait déjà Diogène en déambulant en plein jour avec une lanterne à la main sur l’agora.
Être humain ce n’est pas autre chose que de se reconnaître dans la fraternité de l’autre, son étrangéreté me renvoyant à la mienne.
Quelques années plus tard, dans M le Maudit, Fritz Lang filmera les angoisses et les crimes d’un serial killer de petites filles en restant fidèle à cette vision de la fraternité.
Qu’il soit riche ou pauvre au-delà de ce que je peux imaginer, ou bien le pire monstre qui soit, je ne suis humain que si je parviens à reconnaître en l’autre un frère, un Bruder en allemand.
Ce n’est pas aussi évident qu’il peut sembler.
Thea von Harbou, la scénariste de Métropolis, rejoindra les hitlériens et fera des films insignifiants. Elle avait une vision restrictive de la fraternité. Il y a des gens qui sont plus frères, plus Bruder que d’autres. C’est la fraternité de la race, exclusive et qui se sent menacée par l’autre qui lui fait peur, (qui lui fait peur sur ce qu’elle est elle-même) : les juifs, les tziganes, les handicapés, les homosexuels…
M le Maudit sera interdit par les nazis; Lang quittera l’Allemagne, ira à Paris, à Londres, en Amérique où il fera des films qui comptèrent pour l’implication militaire des Etats-Unis dans la luttre contre le nazisme.
La fraternité est inconditionnelle ou n’est pas. Car, si elle est conditionnelle, elle peut devenir par exemple une fraternité « de sang » qui se cimente dans le meurtre de l’autre.
C’est pourquoi, pour Fritz Lang, nul n’a le droit, sauf pour défendre la vie quand elle est directement menacée, donner la mort à qui que ce soit, fût-il monstrueux.
La peine de mort est un crime.
Elle repose sur l’idée qu’il y a une essence humaine dont sont exclus les monstres, imaginaires ou réels.
Alors que la seule manière d’être humain est de reconnaître la fraternité de l’autre, fût-elle dérangeante, troublante, inquiétante, « inconcevable ».
« Humanité » n’est pas le nom d’une classe dans laquelle on peut inclure certains « anthropos » et pas d’autres.
Elle est immanente à l’acte qui institue et reconnaît inconditionnellement la fraternité.
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