Le « Vietta » : Heidegger mode d’emploi

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Sur le blog certains heideggériens ont défendu le penseur en reprenant des arguments tirés de l’ouvrage de Silvio Vietta Heidegger critique du national-socialisme et de la technique, notamment issus de la lecture que fait l’auteur des Beiträge zur Philosophie. Ce n’est pas parce que Vietta a connu Heidegger et a reçu la bénédiction de Hermann Heidegger que cela fait du livre autre chose qu’un « Heidegger mode d’emploi » parfaitement compatible avec une propagande d’extrême-droite intelligemment conçue.

Le « Vietta » est un bréviaire de l’extrême-droite de « culture ». Il est très intéressant à étudier car il permet de mettre à jour les procèdés de la propagande heideggérienne. C’est au nom de la philosophie, par exemple, qu’est ridiculisée la conception de l’histoire dite positiviste. On peut discuter l’épistémologie de l’histoire, sa méthode de constitution des faits, le rôle des structures narratives, celui de l’imagination et de l’interprétation. Mais Vietta préfère de beaucoup faire avec la philosophie ce qu’a toujours fait avec brio son maître : promener le lecteur, le tromper, l’engager dans des perspectives erronées.

Mais il est vrai que le Vietta est plus fait pour des partisans convaincus de la « révolution conservatrice », qui n’ont cure de la vérité de Heidegger, que pour un authentique « qui demande ».

Page 39 de la préface on trouve ceci :

« Aucune des recensions, aucun des articles consacrés à Heidegger, et qui furent pour le moins nombreux, ne s’est sérieusement préocuppé de comprendre ce que signifie le fait que Heidegger ait considéré qu’avec la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la guerre pourtant n’était pas terminée. La guerre, c’est-à-dire l’exploitation agressive et la destruction de la Terre par l’homme. Et pourtant, toutes les données sont sur le tapis, qui prouvent combien les destructions de l’après-guerre faites à la nature, à la culture aussi bien à l’être humain, laissent bien loin derrière elles celles de la Deuxième Guerre mondiale ». (Nous soulignons).

C’est à vomir. Ce discours est paraît-il une critique du national-socialisme. Quoi? Les « Heidegger » seraient-ils des crétins? Pas tout à fait vu qu’ils s’adressent à beaucoup « qui ne veulent pas entendre », plus sourds que des pots.

Il n’y a aucune diffèrence, sur le fond, entre cette phrase et la propagande hitlérienne selon laquelle ce qui faisait le malheur des allemands c’étaient les juifs.

La phrase a un contenu national-socialiste dans son pire sens… dans son vrai sens. 

De toutes façons le titre a quelque chose d’oxymorique : en associant la critique du national-socialisme à celle de la technique il était couru d’avance que le Vietta était un Heidegger mode d’emploi façon nazisme.

Parmi les nombreux Heideggers qui courent l’édition notons :

– Le Heidegger de Maxence Caron : un grand philosophe pour lequel on érige une cathédrale et sans que soit évoquée la question politique.

– Le Heidegger de Silvio Vietta (et du clan Heidegger) : un mode d’emploi destiné à promouvoir un chef spirituel de l’extrême-droite.

– Le Heidegger d’Emmanuel Faye : il introduit le nazisme dans la philosophie.

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3 commentaires

  1. Voilà l’avis d’Adorno, peu soupçonnable de collusion avec la pensée heideggerienne, concernant l' »in-sécurité sociale » qui vou sintéresse tant, Skidy:

    L’insécurité sociale selon Adorno et Horkheimer

    « Il est une chose à propos de laquelle , il est vrai, l’idéologie creuse ne badine pas : la sécurité sociale.  » Nul ne doit avoir froid ou faim, tout contrevenant ira au camp de concentration »: cette plaisanterie qui vient de l’Allemagne pourrait servir d’enseigne à toutes les entrées d’établissements de l’industrie culturelle. Elle préssupose avec une naïveté rusée l’une des caractéristique les plus récentes de notre société : le fait qu’elle sait très bien reconnaître les siens. La liberté formelle de chacun est garantie.Nul n’a de compte à rendre officiellement sur ce qu’il pense. En échange, chacun est intégré dés son jeune âge dans un système d’institutions religieuses, de clubs, d’associations professionnelles et autres qui constituent l’instrument le plus sensible du contrôle. Celui qui veut éviter la ruine doit veiller à ne pas peser trop peu sur la balance de ce système,sinon il perdra de plus en plus de terrain e finira par péricliter. Dans chaque carrière, en particulier dans les professions libérales, les connaissances techniques sont généralement liées à un inévitable conformisme du comportement; cela peut facilement faire croire que ce sont les connaissances techniques qui seules comptent. En réalité, la planification irrationnelle de cette société a entre autre buts de reproduire tant bien que mal la vie de ses fidèles. Le niveau de vie de chacun correspond très exactement à l’intensité des liens qui lie les classes et les individus dans le système. On peut se fier au manager comme on peut se fier au petit employé (…) Celui qui a froid et faim est d’autant plus stigmatisé s’il lui est arrivé d’avoir de bonnes perspectives autrefois. Il est un marginal, et, mis à part certains crimes capitaux, être un marginal est un crime grave. Dans un film on le présentera, dans le meilleur des cas, comme un original, objet d’une satire malicieuse et indulgente; le plus souvent on le présentera comme un vilain et il sera identifié comme tel dés sa première apparition, avant même que l’action démarre vraiment, afin qu’on ne puisse se tromper et croire même un instant que la société se tourne contre les gommes de bonne volonté. C’est en effet une sorte d’Etat de la prospérité à son plus haut niveau qui se développe de nos jours. Pour défendre leur propre position, les hommes maintiennent le rythme d’une économie dans laquelle grâce à une technique extrêmement développée, les masses de leur propre paus sont déjà par principe, superflues dans la production. Les travailleurs qui sont les véritables soutiens de la société sont nourris– s’il faut en croire l’idéologie — par les managers de l’économie qu’en fait ils nourrissent. De ce fait, la position de l’individu est très précaire. A l’époque l’ibéale, le pauvre était considéré comme paresseux, aujourd’hui il est automatiquement suspect. Celui pour qui l’on n’a rien prévu à l’extérieur est destiné au camp de concentration ou tout au moins à l’enfer du travail le plus humiliant ou aux taudis. »

    (Théodor Adorno & Max Horkheimer, Dialectique de la raison, Gallimard, p.159)

    ______________________________

    Remarque de Skildy :

    Je crois qu’en réalité le texte que vous m’opposez va plutôt dans mon sens. Il faut en saisir l’humour corrosif. La « sécurité sociale » invoquée au début est analysée dans son hypocrisie et comme moyen de chantage. Le dernier paragraphe est pourtant clair : quiconque échappe par intention ou par « habitus » au contrôle de la société « généreuse » du travail est promis au camp ou aux travaux les plus humiliants.

    Relisez les dernières phrases, elles démontrent et démontent l’imposture de ce que « l’idéologie creuse » met en avant – merci pour moi – une soi-disant sécurité sociale. Celle-ci est en réalité une in-sécurité sociale : quiconque n’est pas d’accord avec la « société », c’est-à-dire avec les « managers », est voué au pire.

    « DE CE FAIT, LA POSITION DE L’INDIVIDU EST TRES PRECAIRE ».

    En France, vous ne trouverez personne pour s’opposer à la « sécurité sociale ». Chirac a fait de belles tirades pour vanter la sécurité sociale française. Mais quand vous ouvrez la télé vous vous apercevez que celle-ci est pour l’essentiel une  mise en scène de la malédiction qui pèse sur les contrevenants. D’où les tonnes de SDF hirsutes et mal lavés qu’on nous exhibent pour nous faire rentrer dans le rang.

    La « sécurité sociale » française est de fait un système de chantage et de contrôle. La vraie sécurité sociale est contournée par la mise en scène de cas de chute dans la pauvreté.

    Sur le fond la société actuelle est proche du système concentrationnaire. Elle est plutôt « heideggérienne ». Car on ne cesse de nous mettre sous le nez des exemples de gens sacrifiés au spectacle terrorisant de la perdition. Notre « sécurité sociale » est de fait sélective et conditionnelle. Elle est de fait un moyen de chantage et de contrôle. Elle est, dans le système, et malgré son son nom, une insécurité sociale.

    Mais ce n’est pas la première fois qu’un nom signifie en réalité le contraire de ce qu’il promet.

    Voyez avec le Vietta et la « critique du national-socialisme » de Heidegger.

    Le nazisme a inventé et mis au point la « civilisation du simulacre généralisé ». C’est lui qui, indirectement, inspire le grand spectacle télévisuel des SDF campant dans nos villes.

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  2. Sur le fond la société actuelle est proche du système concentrationnaire

    On est bien d’accord. Et sa descritption est effectivement heideggerienne.

    ________________

    Skildy :

    Pirouette maladroite et de mauvaise foi.

    Heidegger était pour les camps.

    Sk

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  3. Bonsoir à tous,
    Permettez-moi, M. Skildy, de signaler que demain a lieu la journée des justes en France, histoire de rappeler qu’il y a aussi eu des gens qui n’ont pas tourrné le dos aux Juifs malgré Hitler.
    Bien à vous
    R. Misslin

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