Heidegger pour mille ans? Mais alors, comment le lire? (ESPACE DE DEBAT)

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AVERTISSEMENT.

 

Il s’impose, si nous voulons disposer d’un espace sain de débats sur Heidegger, de s’en tenir strictement au débat d’idées. Bien qu’attentif à laisser un maximum de liberté de ton aux correspondants du blog, je me dois cependant de veiller à ce que les propos tenus ne portent pas atteinte aux personnes. Je ne publierai donc plus aucun commentaire ou note à caractère disqualifiant.

D’autre part je place au moins provisoirement cette note en tête de blog. Elle devient du coup l’espace privilégié du débat.

Merci. Skildy.

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Le monde et Heidegger… beaucoup de choses ont été dites. Par exemple sur l’expérience heideggerienne de l’absence de « sens du monde ». Quoiqu’il en soit il y a un monde heideggerien « sur-signifiant » – ou « sur-insignifiant! » – et cela pour le pire : un monde abject, horrifiant, nazifié. Le visiteur trouvera dans la rubrique Heidegger et le nazisme les éléments qui permettent de le soutenir. Mais alors comment lire Heidegger? (Si on s’en donne encore le courage.)

La thèse serait d’abord que la difficulté qu’il y a à saisir un Heidegger comme sur le vif tient à la nature même de son projet, celui-ci étant d’ introduire le nazisme dans la philosophie. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : si Heidegger avait écrit comme Hitler non seulement il aurait trahit l’écrivain qu’il est mais il aurait lamentablement compromis son projet. Le nazisme dans la philosophie!.. cela ne peut pas se faire n’importe comment!

C’est une des caractèristiques les plus inquiétantes du nazisme que de n’être pas réductible à un régime tenu par des sanguinaires incultes. Il est un mode d’emploi de la culture. C’est l’architecture néo-classique de Speer, c’est Furtwängler jouant dans les usines du Reich, ce sont les rituels wagnériens de Bayreuth, c’est l' »anthropologie raciale », c’est Heidegger…

Le summum de l’ignoble est sans doute atteint quand le nazi en question sait jouer de la « grandeur », de la profondeur, de la pensée, de la philosophie elle-même. (Quoique, ne l’oublions pas, Heidegger prétendait être au-delà de la philosophie). On peut se laisser avoir. Sinon le criminel ne serait qu’un rigolo.

Ce que j’appelle le dispositif Heidegger, s’il est à l’origine d’une complexité fondée sur l’ambiguïté, est au fond assez simple. Il associe un jeu universitaire et professoral à un jeu idéologico-politique.

Il y aurait à faire une analyse détaillée du philosophique heideggerien. La tradition, l’université, le Reich, la « révolution conservatrice »…

Mais, ce que je soutiens, c’est que le projet heideggerien est si bien réussi, et si bien ficelé que certains seraient fondés à y voir, au moins virtuellement – c’est-à-dire, d’une certaine manière en puissance – la réussite du « Reich pour 1000 ans ».

Ce serait dans le dispositif Heidegger – DH – que la bête immonde aurait trouvé sa tanière d’hibernation. Si cela paraît invraisemblable qu’on songe alors à l’invraisemblance qui est encore celle des centres d’extermination, de la collaboration pétainiste… C’est sur cette invraisemblance quelque peu dormitive que joue tout négationnisme. Comme les rafles brutales et soudaines du petit matin, les génocideurs agissant dans l’invisibilité du coeur des braves gens, il faut bien que les projets les plus odieux, quand la complicité n’est pas acquise, se réalisent par surprise. Et c’est pour s’autoriser de pouvoir recommencer que l’avant-poste du crime est le négationnisme. Il faut que les criminels privent leurs victimes et leurs amis de toute vigilance.

La tanière Heidegger est la tanière idéale. On pourra encore faire de belles dissertations, de beaux mémoires, de belles thèses sur l’auteur. Le dispositif Heidegger le permet : il a été conçu pour cela. Mais il est pourvu de toutes les « petites phrases » indispensables pour être activé de manière nazie. Certes, cela se passe à un autre niveau que celui d’un certain dirigeant français d’extrême-droite, mais elles sont bien là et indiquent comment le dispositif peut être réveillé à des fins politico-criminelles. Que beaucoup de lecteurs de Heidegger alors décrochent n’a absolument aucune importance. Ils constituent un « déchet » prévu. Mais ils auront malgré eux servi à dissimuler la nature réelle du dispositif.

Mais alors, pour insister, comment lire Heidegger?

La ritournelle classique d’un Heidegger « résistant spirituel » au nazisme après sa démission du rectorat n’est plus tenable. C’est une faribole insipide pour « philosophe-midinette ».

On comprend la difficulté que doit éprouver l’université à reconnaître le nazisme d’une de ses références philosophiques majeures.

Mais cela pourrait être au moins envisagé comme une hypothèse! L’université adore théoriquement les hypothèses. Au lieu de cela certaines voix – mais il faudrait plus d’analyse sur la réception de l' »affaire » à l’université – règlent définitivement le problème en parlant de calomnie, de massacre de la pensée, d’un Heidegger repenti…

Tout cela est incroyable. Car, j’ai envie de dire, ce n’est pas le sujet! Comment osez prétendre, en effet, et alors que le « plus grand penseur du siècle écoulé » n’est décédé qu’en 1976, qu’on peut régler la question une fois pour toutes? Cela est intellectuellement irrecevable.

Peut-être, mais cela sera aussi une hypothèse, que le véritable obstacle est à chercher sur le fond du côté du nazisme lui-même, de sa nature réelle, de sa « permanence », de l’efficacité de ses formes subliminales… Comment dire à la face du monde que la grandeur heideggerienne, un des fleurons de la profondeur de l’occident, est instrumentalisée par le penseur lui-même pour servir un projet de société où il ne faut absolument pas que les « travailleurs » puissent jouir d’une égalité devant la « sécurité sociale »?

On sait que les nazis préféraient de beaucoup secourir une biche ou un faon blessé plutôt que d’empêcher un juif ou un tzigane d’être raflé. C’est leur définition même. Je dis cela parce qu’en ces temps où grondent des crises qui pourraient s’avérer autant gravissimes que soudaines des groupes humains risquent à nouveau d’être désignés comme devant échapper totalement à la « sécurité sociale ».

L’heideggerisme hypocrite – l’heideggerisme nazi à bonne apparence – constitue un des éléments discursifs propre à constituer des réseaux de nouveaux génocideurs. Et ceux-ci seront par ailleurs très bien « mondialisés ».

Il est impossible de prendre le risque de laisser le dispositif heidegger se refaire dans la tanière, universitaire ou non.

Il faut effectivement faire un pas décisif. La bête immonde n’est pas morte au procès de Nuremberg. Il serait irresponsable de considérer que ce procès « règle la question ». Il ne s’agit au reste pas de faire comme un procès posthume  à Heidegger. Le problème est plus grave. Il ne s’agit rien moins que de dire : il y a un dispositif heideggerien nazi. Etudions-le, déconstruisons-le. Le nazisme idéologico-politique du philosophe ne peut pas, compte tenu même de sa « qualité », avoir été contenu pour l’éternité dans quelques déclarations. Il est comme un centre qui rayonne à travers toute l’oeuvre. Et par un jeu de filtres judicieusement élaborés et mis en place.

C’est au reste parce que le dispositif Heidegger est remarquablement agencé que certaines voix peuvent se refuser – craignent-elles de disqualifier une partie de leur recherche? – à admettre que Heidegger est tout sauf un philosophe qui aurait abandonné son idéologie criminelle en démissionnant en 1934 du rectorat.

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SUPPLEMENTS

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1. La reconnaissance et la condamnation des « erreurs » que Heidegger a faites dans le courant du début des années trente ne sont pas difficiles à énoncer. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Mais, quand à cette condamnation, qui ne mange pas de pain, s’associe la fable d’un Heidegger résistant spirituel au nazisme, nous nous trouvons en réalité en face d’une construction « en dupe » dont l’effet, sinon le but conscient et réfléchi, est d’occulter le fait que le DH – dispositif Heidegger – est la tanière philosophique, jusque dans le calamiteux entretien posthume donné au Spiegel, du nazisme en position (momentanée) de retrait de la scène historique.

2. Il est très étonnant que des commentateurs, pourtant herméneutes virtuoses, se fassent l’écho de manière naïve – s’agit-il d’une feinte? – du différend apparemment « non nazi » ou « anti-nazi » qui se présente dans certains textes ou dans certaines conduites entre le penseur de Heidelberg et le nazisme réel. Ils font au moins, compte tenu de la nature réelle du nazisme, preuve d’une incroyable imprudence. Et ce n’est pas parce que le texte heideggerien s’avère bien utile après l’effondrement du marxisme – comme il a pu être utile pendant la guerre froide – qu’on doive s’autoriser de prendre pour de l’argent comptant anti-nazi tel aspect du DH. Heidegger est le philosophe-guide d’un peuple historial dominant par le truchement d’une conception concentrationnaire de la société les peuples englués dans la fascination pour l’étant.

3. Il ne s’agit pas de macérer de manière paranoïaque dans une sorte d’herméneutique du soupçon. Certes, le problème est délicat et sans doute inédit dans la philosophie. Mais il s’agit bien, compte tenu encore une fois du caractère particulier du nazisme – il a tout de même « réussi » à détruire les juifs d’Europe et cela, notamment, grâce au concours d’une « intelligentsia » (comme, par exemple, des techniciens formés indirectement par IBM!) – de se fixer comme objectif de reconstituer l’ensembles des fils et des voies qui relient le nazisme idéologique de Heidegger au tissu de ses thèmes philosophiques. Contrairement à Onfray, qui dit que Heidegger n’est pas à proprement parler un « penseur nazi », j’affirme que celui qui introduit le nazisme dans la philosophie est bien un nazi et pas n’importe lequel.

4. Un commentateur de cette note se félicite, en disant s’appuyer notamment sur des auteurs comme Debord, que Heidegger lui permette de critiquer le libéralisme. C’est trop général pour être d’une quelconque pertinence. Les nazis disaient combattre le capitalisme. Et  comme ils combattaient le communisme, leur verbe anti-capitaliste et anti-libéral était fort utile. (Il est indispensable de rappeler que le fond proprement criminel du nazisme est en place bien avant la révolution soviétique notamment sous la forme de courants nationalistes xénophobes et antisémites).

5. Ce même commentateur dit qu’il trouve chez Heidegger de quoi s’opposer à l’Occident. Là aussi c’est trop général. Si, par Occident, on entend l’esprit des lumières, la tolérance, les droits de l’homme, la liberté d’expression, le projet – je dis bien « projet » – d’un usage humaniste et émancipateur – notion plastique, au contenu renouvelable et qu’on ne peut réduire aux  critiques nietzschéo-heideggeriennes – des techniques et des sciences alors la critique de l’Occident peut être d’inspiration nazie.

6. Il est étonnant de s’apercevoir à quel point la tentation totalitaire semble prendre une nouvelle vigueur. Mon hypothèse, sombre et pessimiste, est que cela correspondrait à une sorte de « maffiosisation » rampante de toute la société. Aucun secteur n’y échapperait. Si cela possède quelque vérité la face noble, et toute en « grandeur », de Heidegger est trés utile pour permettre à certains éléments de s’avancer masqués. Comment, en effet, pourraient-ils négliger Heidegger? Celui qui a préconisé dès 1945 (!) l’inégalité devant la SECURITE sociale est bien utile pour « vendre » du néo-nazisme à des classes moyennes quelque peu intellectualisées mais perdues et inquiétes.

7. Ce qu’élabore Heidegger dès 1945 est bien une forme de néo-nazisme. Cela ne fait naturellement pas de ses lecteurs – surtout quand ils sont critiques et infidèles – des néo-nazis. Mais cela renforce sans doute, chez beaucoup de lecteurs, un scepticisme à l’égard des possibilités d’agir au mieux dans des cadres démocratiques. Heidegger a judicieusement exploité cette difficulté pour recommander quelque chose comme une attente, le contraire ne pouvant concourir qu’au désastre. Mais comme le désastre résulte principalement chez lui de l’égalité des conditions devant la « sécurité sociale » on est fondé à penser que l’attente en question est peut-être celle d’une « conjoncture » où « l’être-pour-la-mort » pourrait à nouveau prendre la forme d’un furieux délire collectif.

8. Il serait bien venu que les admirateurs de Heidegger des années 1970 reconnaissent que l’espace de réception de l’oeuvre, et la problématique de sa mise en perspective, ont profondément changé.

9. Sur le thème de la « police de la pensée ». On a pu entendre ou lire, au moment de la parution du livre d’E. Faye, que celui qui recommande de mettre les ouvrages de Heidegger au rayon de l’histoire de l’idéologie nazie pratiquait une sorte de police de la pensée, et une police éradicatrice. La légéreté et l’irresponsabilité avec lesquelles sont publiés les textes de Heidegger explique sans doute pour une part ce souhait que l’auteur n’imagine certainement pas réalisable. Encore aujourd’hui j’en veux à Gallimard de m’avoir fait lire des textes des années trente sans aucun appareil critique de nature historico-philosophique. Mais qui, en naviguant à la frontière entre un public très exigeant quant à la critique historique et un public plus simplement cultivé, pratique une forme de police en discréditant une recherche dérangeante? Pourquoi « l’amour du savoir » deviendrait-il coupable quand il veut tout simplement en savoir plus sur le nazisme de Heidegger? Il y a quelque chose de choquant à mettre les critiques les plus engagés de Heidegger dans le panier à salade des policiers de la pensée.

10. Sur le marketing de la grandeur. Le recours au thème de la grandeur mériterait à soi seul une étude spécifique. Il y a une grandeur heideggerienne, dit-on avec des accents différents. Je veux bien sauf que, dans le dispositif Heidegger – l’expression a le mérite de laisser en suspens la question de « l’oeuvre » ou celle de la « pensée » – la grandeur joue un rôle identique à la grandeur de l’architecture de Speer. C’est la face noble de l’ignoble. N’oublions pas que Heidegger a lui-même associé la grandeur à quelque chose comme une « intériorité » du mouvement (du mouvement nazi). Cela suffirait déjà à profaner Heidegger en affirmant que, si tel est bien le cas, alors Heidegger a sali la grandeur, celle de la philosophie, et la sienne propre. L’ayant instrumentalisée de la pire manière je n’ai pas envie de m’en laisser compter par elle. C’est un leurre. Heidegger a fait de la grandeur un leurre. Quant à ceux qui s’imaginent être plus grands du fait qu’ils auraient la grandeur de reconnaître à plus forte raison, ou malgré tout, celle de Heidegger, je les laisse à leur petitesse de commentateurs. La grandeur heideggerienne a la mesquinerie d’une confiscation de la culture au profit des pires négations qui puissent être de l’autre.

11. Heidegger : un « nazi viscéral » ou un nazi de tête? Pierre Teitgen, dans un commentaire critique à l’égard de certains propos d’Yvon Er – critique que je partage au reste quant à la forme – définit ainsi ce que serait le négationnisme pour Yvon Er :

Négationniste : toute personne qui nie que Heidegger ait été un nazi viscéral.

Je trouve l’expression de « nazi viscéral » particulièrement instructive. Si Heidegger avait été un nazi viscéral l’affaire aurait été entendue depuis que Beaufret – qui, lui, a adhéré aux thèses négationnistes Faurisson – a massivement pratiqué un prosélytisme pro-heideggerien. Précisément il y a problème parce que Heidegger a eu le minimum d’intelligence – mais pas seulement – pour ne pas être un nazi viscéral mais un nazi de tête. Dans les oeuvres les plus connues du philosophe nul ne trouvera trace d’un quelconque nazisme viscéral. Pour la simple et bonne raison qu’il a passé le plus clair de son temps à donner une tête et non un ventre au nazisme. Et cela concorde parfaitement avec la thèse de Heidegger sur la « grandeur interne du mouvement ». Pour que la profanation soit complète il faudrait avoir le temps de rédiger un pastiche heideggerien sur le « mouvement ». On partirait d’une distinction entre « l’interne » et « l’externe ». L’externe peut se vautrer dans la bassesse et ce serait le moment du retrait, mais du retrait qui recèle en réalité l’interne… etc. Quoique… il ne faut pas non plus trop abuser avec le mauvais visage de l’externe.  Heidegger l’a bien compris qui n’a jamais développé, lui si « grand » face à des chaussures de Van Gogh ou un temple grec, d’approche ontologico-critique circonstanciée de l’externalité concentrationnaire des camps. Et quand il a décoré Beaufret de l’ordre du mérite de la Hütte en disant qu’il était l’homme le plus intelligent de France c’est parce qu’il savait que le fameux Beaufret avait bien vu dans son jeu. La lettre de soutien à Faurisson est-elle alors un faux pas, une petite tâche tactique sur un parcours apparemment sans faute? Car, n’est-ce pas, à ce niveau stratégique des « nazis de tête » on n’a pas besoin de ce genre de « détails »?!… Cela n’est pas certain, cependant. Car ils sont aussi maîtres en actes symboliques forts. Beaufret aurait en réalité envoyé un signal. On voit la pièce : Heidegger et tout ce qui l’entoure… Beaufret qui est édité au sommet… qu’on lit dans les facs et pour les examens de philosophie. Et puis le petit mot à Faurisson sur la légitimité du doute quant à l’existence des chambres à gaz… Le petit pas, quoi, le petit essai qu’on fait en espérant bien que, dans le dispositif heidegger, des lecteurs finissent par trouver le doute légitime. Avec tout le tralala sur la grandeur peut-être que certains lecteurs pourraient commencer à marcher dans la combine. « C’est crading! » Soit, comme, après l’exaltation,  il a fallu se rendre compte de ce qu’était la réalité des camps et des centres d’extermination. Réalité dont les inventeurs ne pouvaient être dès l’origine que les « négationnistes attitrés ».

12. Problème —> J’ai déjà eu l’occasion de préciser que l’étude de Heidegger ne fait pas du lecteur, même à son insu, un sympathisant nazi. Toutefois, selon mes hypothèses sur la nature du dispositif Heidegger, les lecteurs « académiques » de Heidegger serviraient, dans le dispositif, de volant de légitimation. L’attitude qui consiste à dire  » ne vous laissez pas troubler, lecteurs ou étudiants, Heidegger est un grand penseur » est peut-être celle que le nazi Heidegger souhaitait que prissent beaucoup. Dans le dispositif lui-même il y a une distribution des rôles. L’étudiant sage, pas nazi pour un sous et qui étudie avec ferveur loin des rumeurs de l’histoire – et de l’actualité – est utile au dispositif. N’oublions-pas que c’est un dispositif totalitaire. Son « logiciel » est extrêmement puissant. C’est pourquoi je ne peux voir d’autre solution qu’une poursuite des recherches sur le « nazisme philosophique » de Heidegger.

13. Le coup du moulin à eau. A propos de la question de la technique Pierre Teitgen écrit dans un commentaire (voir les commentaires) : « La question, au fond, est celle que Heidegger pose lui-même : entre un moulin à eau et une centrale hydroélectrique, la différence est-elle de degré de complexité, ou de nature ? Heidegger répond : de nature, parce que les schèmes de pensée nécessaires à l’élaboration d’une centrale hydroélectrique, la façon dont elle s’insère dans le paysage en convoquant la nature ou en la sommant de produire de l’énergie, est quelque chose de radicalement neuf et d’incommensurable à tout passé. En d’autres termes, il y a bien une certaine continuité : la technologie moderne est bien l’aboutissement d’une longue histoire, et pas seulement technique, qui s’enracine dans certaines décisions métaphysiques fondamentales qui remontent au premier commencement grec (l’idée que la production est une violence faite à la nature, le schème artificialiste qui consiste à penser tout l’étant à partir de notre propre produire) ; mais il y a aussi rupture, parce que la technique moderne est, nous dit Heidegger, devenue d’abord un mode de pensée. »  (Pierre Teitgen).

Que la modernité ait affecté la technique, notre rapport à elle, notre rapport au monde ne fait aucun doute. C’est cela même qui la spécifie. Mais comment le penser? L’exemple que prend Heidegger est à la fois mal choisi et très habile. Je veux dire qu’il ne me semble pas très pertinent de choisir le moulin à eau comme représentant de l’ancienne technologie. Mais il faudrait se lancer dans une vaste enquête sur l’histoire de la technique, et sur l’histoire de la technique dans son articulation à celle des formes sociales. Le « moulin à eau » laisserait supposer qu’à la diffèrence de la centrale hydroélectrique il respecte le paysage, dialogue avec lui etc. L’erreur serait alors de croire que les civilisations anciennes étaient toutes aussi gentilles qu’un beau moulin à eau. C’est méconnaître profondément l’ampleur de la puissance technique dans l’antiquité, même si, pour des raisons liées sans doute au poids et au rôle des mythologies, elle semble n’être qu’une réalité de deuxième ou de troisième plan. Certains grands travaux de l’antique Moyen-Orient n’ont rien à voir avec le gentil moulin à eau. Les ingénieurs égyptiens ont transformé et façonné de vastes régions. La pratique antique de l’esclavagisme a de même bouleversé de nombreuses sociétés. (Mais cette question n’a probablement guére d’importance pour un heideggerien). Le pressoir à huile est sympathique mais si, pour faire fonctionner le système auquel il appartient, il faut détruire des sociétés par des captures d’esclaves la technologie ancienne n’a rien d’innocente. On suppose aujourd’hui que la technologie grecque a même fini par causer des catastrophes écologiques de grande ampleur. C’est un mythe en partie heideggerien que de croire l’ancienne technique plus « spatio-poétique » que la technologie moderne.

On retrouve par ailleurs sur ce point la question qui émergea sans doute à l’époque des confrontations entre heideggeriens et marxistes. Peut-on réduire la question de la technique à un mode de pensée ou, plutôt, que peut-on espérer vraiment comprendre par là? Si une analyse en de tels termes est utile il ne me semble pas qu’elle permette d’atteindre au plus profond de la question. Elle pourrait même jouer un rôle occultant. Exactement comme, dans le dispositif Heidegger, la philosophie elle-même joue un rôle occultant.

De la même manière la mise en avant de la « prophétie écologique » heideggerienne sert assez facilement de légitimation. Du pain béni pour le dispositif! Peut-être même que, pour certains, il serait dommage que d’autres penseurs puissent s’avérer avoir eu des mots très justes bien avant beaucoup de monde y compris Heidegger. Je pense notamment à David Thoreau. Mais c’est un américain…

14. Retour sur l’expression de « nazi viscéral ». Le mot est de Pierre Teitgen. Il ne laisse pas de me plonger dans la perplexité. Qu’est-ce qu’un nazi viscéral? Nier que Heidegger fut un nazi viscéral serait la définition, pour Pierre Teitgen, du négationnisme selon Y. Er. Mais, à ce que je sache, « nazi viscéral » ne s’oppose pas seulement à « non-nazi » ou à « anti-nazi » mais aussi à « nazi non viscéral »! Ainsi ne serait pas négationniste une attitude qui consisterait à ne pas nier que Heidegger ait été un « nazi non viscéral »! Mais cela ne suffit-il pas pour un « philosophe »?  Ainsi, l’auteur de l’expression reconnaîtrait implicement le nazisme de Heidegger. Que ce nazisme ne devait pas être viscéral – en tous cas ne devait pas le paraître – me semble en effet une des conditions à laquelle a du satisfaire Heidegger lui-même pour introduire le nazisme dans la philosophie. Cela dit cela ne signifie nullement qu’il n’y a pas, chez le Heidegger de la marge, une part de viscéralité dans son nazisme! Mais il lui fallait faire en sorte qu’elle demeure le plus possible invisible, qu’elle soit surtout recouverte d’un vernis de légitimation.

Mais il y a plus. Admettre implicitement, et cela peut alors s’accompagner de toutes les dénégations du monde – l’alibi du grand penseur, de la grandeur etc. – que Heidegger a été un « nazi non viscéral » revient à se donner comme le droit de l’étudier comme n’importe quel « grand philosophe ». Certes, l’auteur est trouble, mais il est « non viscéral ». Et comme il est « non viscéral » il suffit de broder autour de sa démission de 1934 pour blanchir sa figure académique. Le thème de la calomnie vient alors à la rescousse de l’entreprise de blanchiment.

On pourrait rire. Car, précisément,  la « non viscéralité » du nazisme de Heidegger ne fait que rendre plus impératif encore l’étude de ce que j’ai appelé le dispositif Heidegger. Il est à la fois pathétique et inquiétant qu’un certain heideggerisme universitaire persiste dans la mythologie d’une substance heideggerienne séparée entre une oeuvre digne et quelques égarements condamnables. Au reste qui ne voit que la condamnation morale de ces égarements – et c’est bien le moins qui puisse se dire – permet de faire l’économie d’un renouveau de « l’exégèse heideggerienne »? Notamment il s’imposerait de « gestelliser » le corpus heideggerien lui-même. C’est l’indication qui est donnée avec l’expression de dispositif Heidegger.

Bien naïfs, et bien roulés dans la farine, seraient les lecteurs qui accepteraient comme ticket d’entrée la condamnation morale du Heidegger de 1933.

Le dispositif Heidegger est un labyrinthe pervers. Toutes les condamnations du monde des errements du philosophe ne changeront rien à l’affaire. D’autant plus que, précisément, il ne s’agit nullement d’errements, mais d’un programme trés habilement enté sur une entreprise à visage philosophique. Orange mécanique! Le dispositif Heidegger est résolument au-delà du bien et du mal. La condamnation morale des errements du philosophe est absolument impuissante à en neutraliser la criminalité virtuelle.

15. Si seulement Heidegger avait été un « nazi viscéral ». Avec ce que cela suppose d’outrances ou de clarté la question aurait été pliée depuis longtemps et j’aurais parlé de tout autre chose dans ce blog. Hélas Heidegger est un « nazi de tête ». Aussi est-il beaucoup plus dangereux qu’un viscéral. Plus donc que la viscéralité, qui ne se porte de toute façon pas bien dans les salons universitaires, ce qui me frappe c’est l’extrême vulgarité et inhumanité du « grand penseur du XX° siècle ». Sous le verbe enchanteur et saisissant de « profondeur » se dissimule mal un « yaka » d’une rare bassesse. Contre la dévastation « yaka » favoriser, et si possible réaliser – mais après la défaite militaire de 45 le nazi Heidegger ne pouvait momentanément qu’attendre… – le programme de l’inégalité devant la « sécurité sociale ». C’est cautionner philosophiquement le système concentrationnaire jusque dans ses modalités d’extermination.

16. Ce dont se plaint surtout Heidegger, en 1945, c’est que l’extermination n’ait pas été  suffisante pour empêcher les « judéo-bolchéviques », secondés par les libéraux américains, de mettre une part de la « crème » du « peuple des poètes et des penseurs » dans des camps. Ne nous laissons évidemment pas impressionner par cette mélodie que noubliera pas un Nolte. Non seulement elle est injustiable mais nous passerions à côté d’un des phènomènes les plus inquiétants du XXeme siècle à savoir la constitution d’une logique totalitaire. Le « révolutionnaire-conservateur » nazifié a son double dans le « révolutionnaire-révolutionnaire » stalinisé. Intellectuellement, culturellement il n’y a aucune raison pour refuser, « censurer » les motifs des uns et des autres, le nazisme et le stalinisme en moins. Mais ce dont l’analyse n’est pas encore vraiment faite c’est la constitution d’une logique transversale à ces motifs qui rende compte de la formation et du pouvoir d’une sorte de caste de bureaucrates meurtriers. Révolution et contre-révolution, dont le choc était effectivement inévitable, ont été comme emportées par des réseaux de pouvoir qui se sont autonomisés jusque dans l’exercice du droit de vie et de mort. Cela me semble constituer un trait décisif même si des recherches historiques plus fines montreraient l’antériorité des menaces planant sur des « groupes éthniques ». Pour le dire plus concrétement certains révolutionnaires ont poussé le processus dans la mauvaise direction tout en étant persuadés de l’urgence qu’il y avait à « neutraliser » une « bourgeoisie » coupable de racisme, de plans meurtriers (par exemple dans les colonnies); coupable, aussi, d’avoir mis dans des conditions épouvantables, des femmes et des enfants au travail. Mais, là, beaucoup de choses se sont mises en place « à l’aveugle » comme si la modernité politique avait été pour un part un tunnel qui s’assombrit. On y entre avec des intentions pures et des idées claires; on en sort dans un paysage de ruines et de morts. (La révolution soviétique, que certains protagonistes ont vécu comme la construction d’une défense contre une bourgeoisie criminelle, s’est muée rapidement en une prise de pouvoir, parallèlement à un processus de constitution, d’une bourgeoisie de parti hautement performante en matière de terreur, de chantage et de répression… De la révolution culturelle à l’ultra-libéralisme rouge…). Heidegger, par son nazisme, appartient pleinement à ce que j’appellerais donc la « bourgeoisie de terreur ».  C’est même un grand bourgeois de cette terreur… pas viscéral pour un sous!

17. Le gestillisant gestellisé. Le Ge-stell c’est aussi ceci que, par exemple, la technique n’est pas qu’un rapport de maîtrise à la nature, rapport qui serait soumis à l’idéal, à l’humanisme. C’est aussi un « mode de pensée ». L’idée flottait dans l’air depuis un moment et même au cinéma. Chaplin, qui ne pouvait connaître à ce moment-là une théorie encore balbutiante, avait montré comment la machine, par exemple, finissait par programmer son utilisateur et par une aliénation subtile, transformer le maître en esclave. L’utilisateur humain devenait comme une pièce rapportée de la machine. Une manière de dire que la machine avait finit par coloniser, par mode de pensée interposé, celui qui prétendait ne s’en servir que pour atteindre des fins extrinséques.

Dans cette fabulette Heidegger serait le « gestellisant », le penseur qui, malgré ce qu’il pense de la raison, dit la raison étrange et cachée de la technique, de son « essence ». Mon esquisse, à l’état d’ébauche il est vrai, du dispositif Heidegger, serait bien une sorte de « gestellisation » du corpus heideggerien. Cela signifierait ceci : si lire et étudier Heidegger ne fait pas du lecteur un nazi, cela contribue néanmoins à occulter le fond nazi de la discursivité heideggerienne. Car le « nazisme dans la philosophie » suppose précisément qu’il n’y soit au minimum qu’implicite. Mais il n’est pas seulement implicite comme un mauvais souvenir d’égarements. Il est une des composantes du dispositif heidegger. Se refuser à comprendre ce dispositif c’est s’exposer à contribuer à la légitimation du pire. Car c’est précisément cela qui est prévu par lui : l’académisme universitaire emporté dans un processus de légitimation du nazisme. Beaufret, « l’homme le plus intelligent de France » (dixit Heidegger) qui déclare à Faurisson qu’il est d’accord avec ses thèses! Pour moi cela suffit… l’heideggerisme « dispositionnel » est pris la main dans le sac!

18.

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87 commentaires à Heidegger pour mille ans? Mais alors, comment le lire? (ESPACE DE DEBAT)

  1. Bonjour Monsieur Schildy,

    Vous écrivez « Quoi qu’il en soit, il y a un monde heideggerien « sur-signifiant » ou « sous-signifiant ». Personnellement, je remplace sans la moindre hésitation le « ou » par un « et »: l’oeuvre de Heidegger est une tentative que je trouve plutôt pathétique (le « pathos » y coule à flots)de trouver à l’existence un sens plus ontologique, moins d’apparence, d’où cet usage absolument fou du terme « être ». Car cet obsession de l’être traduit à l’évidence une angoisse du non être. Clément Rosset a su, à mes yeux, bien analyser dans plusieurs de ses livres cette angoisse existentielle. Voici ce qu’il écrit: « Le chichi est en relation avec une angoisse très profonde, qu’on peut décrire sommairement comme l’inquiétude à l’idée qu’en acceptant d’être cela qu’on est, on accorde du même coup qu’on n’est que cela… L’unicité implique à la fois un triomphe et une humiliation: triomphe à être le seul au monde, humiliation à n’être que ce seul même, c’est-à-dire presque rien, et bientôt plus rien du tout. » Frédéric Schiffter (« Sur le blabla et le chichi des philosophes »)commente ainsi ces réflexions de C. Rosset: « Voulant bien sûr « du triomphe sans humiliation » le chichiteux fait alors le dégoûté, comme on dit, face à sa condition de simple mortel – face à son idiotie (allusion à l’origine grec, idiotès, particulier)- et finit par étendre ce dégoût au reste de ses semblables. Portrait où l’on reconnaît certes l’homme du ressentiment, mais aussi, sans être très physionomiste, l’homme du blabla, le philosophe donneur de leçon, rabâchant à chacun le devoir de restaurer en soi-même une prétendue perfection ontologique perdue. » (PUF, 2002, p. 42). Je ne peux pas m’empêcher de penser à Heidegger en lisant ces propos.
    Peut-être que tous les fondamentalismes, religieux, philosophiques et politiques s’abreuvent à cette source d’angoisse. L’oeuvre de Heidegger, en effet, n’est pas philosophique, car elle ne parvient jamais à l’équilibre. Personnellement, je la trouve profondément désespérée.
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 14/10/2006 à 18:49 | Répondre | Modifier
  2. Quelques objections évidentes:
    1_ Sur ce forum , les « projets » de « déconstruire » le supposé « dispositif heideggerien » se succèdent à un rythme lancinant. Le problème est qu’une pétition de principe n’a jamais suffit à constituer ne serait-ce qu’un élément rhétorique convaincant
    2_ Vous regrettez que l’université ne soit pas à l’écoute de ce qui serait une « hypothèse », peut-être à raison d’ailleurs. Mais là encore, le problème est, au-delà de l’indigence de votre thèse, que vous réclamez ni plus ni moins la démission de la philosophie et de la pensée au nom de sentiments humanistes( certes tout à fait louables pris extérieurement). Question: en quoi les philosophes et les professeurs de philosophie devraient abandonner la somme abandante de commentaires pertinents sur Heidegger , au profit d’une seule hypothèse qui déréalise l’auteur? En quoi une réduction idéologique et politique aurait-elle une priorité sur la méditation?
    3_ Vous avouez vous-mêmes que votre parti-pris est extrêmement simple. Mais il est surtout simpliste. Guest & co ont bien raisons de parler de « chasse aux sorcières ».
    4_ A quand un Skildy équitable, s’attaquant aussi aux conséquences extrèmes du libéralisme déchaîné et du stalinisme, soutenus respectivement par Aron et Sartre? Les violences des organisations politiques ne sont-elles propres qu’au nazisme? Le capitalisme décompléxé qui règne à l’heure actuel permet-il l’épanouissement de l’ »égalité des travailleurs devant la sécurité sociale »? En application les communismes de Saint Simon à Kim Jong-Il l’ont ils permis?
    Merci d’éclairer ma lanterne, ô moi pauvre erre me laissant berner, nazifié-malgré-moi!

  3. A S. Domeracki,

    J’aurais aimé vous répondre plus complètement. Mais comme vous faites la sourde oreille devant la signification monstrueuse de la prescription heideggerienne de l’inégalité devant la « sécurité sociale » je ne vois pas comment je pourrais vous convaincre de l’urgence qu’il y a à déconstruire le dispositif heidegger. Même si, pour des raisons pratiques, je ne peux envisager pour le moment de m’absorber dans les tâches que ce « concept programmatique » induit.
    Skildy

    Rédigé par : Skildy | le 14/10/2006 à 21:56 | Répondre | Modifier
  4. Je ne fais pas la sourde oreille à votre hypothèe. J’en ai pris note. Mais je pense juste que vous vous trompez sur les intetions de Heidegger. Nietzsche aussi en son temps critiqua les « socialismes », les médiocraties, les petites quêtes de bohneur individualistes. Il prônait un recours à la hiérarchisation de la société (souvenez vous de certaines de ses admirations , par exemple de l’instauration de « castes » en Inde). Doit-on pour autant cesser de lire Nietzsche? Le cas de Heidegger est plus grave car il a accepté de faire des compromis avec un régime totalitariste ,et ce , en toute connaissance de cause. Il faut certes être méfiant sur la « direction » que peut prendre par certains tours ses méditations. Mais je pense que c’est à chacun de faire le tri. Non du nazisme, qui est à rejeter en bloc. Votre diabolistion vous aveugle au point de ne plus reconnaître aucun talent à ce penseur. Tout n’est pas blanc (Fédier & co) ou noir (Faye & fils), surtout précisément, dans ce cas précis (comme aussi dans le cas de Nietzsche et de Jünger). Mais, s’il vous plaît, pourriez vous trouver un moment pour répondre à mes questions précédentes? Juste une nouvelle interrogation: comment pouvez-vous prétendre soutenir la « vérité » de votre hypothèse sur en exposer clairement toutes les preuves? Faye avait eu au moins la décence de renvoyer à beaucoup de textes, bien qu’il les interprétait en les extrayant avec soin de leur contexte philosophique et en les confrontant aux écrits d’autres auteurs au nazisme, lui , avéré. Ah, en conclusion j’ai encore une autre question : comment interprétez-vous les critiques constantes de Heidegger de 1936 à la fin de sa carrière de l’efficience, du règne de la « Machenschaft » puis du « Gestell »? Pensez vous sincèrement qu’il vantait les mérites de la machination des rapport humain, de l’ère technique et hyper-violent?…Pensez-vous vraiment qu’il a interprété des années durant Aristote, Jünger, Kant, Schelling dans le simple but de justifier des massacres sordides?…Cela fait beaucoup de questions. Et je pense qu’il ne suffira pas d’affirmer d’un coup que par exemple Heidegger donnerait dans la misologie dans le Kantbuch et dans SuZ pour « prouver » sa propension au nazisme…Il serait vraiment stimulant que vos analyses soient plus ciblées et rendent compte de l’intégralité de l’oeuvre, et pas seulement de telle ou telle phrase extraite de l’immense corpus. Je vous le répète : les pétitions de principe ne suffisent pas en philosophie. Tout comme les bons sentiments, qui ne sont du reste pas la propriété dans « antis ».

  5. Il me semble que de graves accusations, peut-être pas vraiment fondées, mais chacun est libre de se faire son idée, sont proférées sur ce blog.

    Ceux qui ne croient pas pas à l’hypothèse d’une « pensée nazie de Heidegger » se voient donc d’office accusés de « négationnisme » et de participer, en toute simplicité, à la mise en place de « réseaux de génocideurs », et cela « pour mille ans »?

    Alors même qu’avec un minimum de connaissances en allemand, le moindre lecteur un tant soit peu sérieux peut vérifier par A + B que toutes les analyses de Faye sont fausses?

    Exemples: l’analyse du terme « Grundlosigkeit ». Son interprétation de l’expression « métaphysiquement nécessaire ». Ou de la fameuse citation des Bremer Vorträge: « Le travail des champs n’est plus maintenant qu’industrie agro-alimentaire motorisée, le Même, quant à l’aître, que la fabrication de cadavres dans des chambres à gaz et des camps d’extermination, le Même, que le blocus et la réduction de pays entiers à la famine, le Même que la fabrication de bombes à hydrogène. » Etc.

    Alors même que tous les hommes de la famille d’un type comme Guest étaient impliqués dans la Résistance pendant l’Occupation (Réseau Guest « Guillaume le Conquérant », Normandie, 76 membres, on peut consulter les archives), que trois d’entre eux ne sont jamais revenus des camps et que le propre père de Guest est passé par Sachsenhausen dont il a dû revenir à pied parce qu’il était fiché Francs-Tireurs et Partisans, donc forcément suspect de communisme aux yeux des Américains?

    Et que la gamme des types de régimes politiques modernes où « on » a recommandé l’expulsion des bibliothèques universitaires est tout de même assez restreinte?

    Sans avoir besoin de pousser trop loin l’ironie, j’aimerais poser les questions suivantes, pas seulement sur ce blog, rassurez-vous: A quand l’autodafé des livres de Heidegger? Les commentateurs qui se mêlent de penser Heidegger malgré les pétitions les plus diverses se verront-ils un jour priver de leur sécurité (tout court), ou se contentera-t-on seulement de les désigner sur des blogs comme celui-ci, en relais de blogs plus fréquentés comme celui de la « République des livres », à la vindicte populaire comme « membres de réseaux de génocideurs » futurs?

    Faurrisson est un négationniste.

    Guest ou Zagdanski pourraient bien, si la tendance à la chasse aux penseurs s’accentue, devoir fonder un jour un réseau de futurs RESISTANTS.

    Il faut effectivement, comme vous dites, « faire un pas décisif ». Cher Skildy, faites le vôtre… Je suis curieux de voir ça. Après quoi, je ferai le mien.

    Très cordialement,
    A.G.

  6. Cher monsieur Gambler,
    les accusations portées sur le blog à l’encontre du site « Parolesdesjours » sont graves, elles sont loin d’être infondées. J’ai moi même réuni un certain nombre de preuves à ce sujet, et je vous y renvoie :
    http://skildy.blog.lemonde.fr/skildy/2006/09/rponse_dyvon_ro.html
    J’ai envoyé ces données au site Parolesdesjours, comme vous pourrez le lire, et j’y décrit la manière pour le moins suspecte avec laquelle on y a réagi.
    La vertu des ascendants de Gérard Guest pèse assez peu fasse à ces documents.
    Si vous avez comme vous semblez le dire, un « minimum de connaissances en allemand », pourriez-vous faire état de vos critiques philologiques ?
    J’ai moi-même un « minimum de connaissances en allemand », et trouve pourtant peu de choses à redire aux traductions de M. Faye, un ou deux points mineurs et bien compréhensibles quand on traduit autant de textes mis à part.
    Si vous le voulez bien, nous pouvons commencer avec le texte de « Sein und Wahrheit » où il est question de l’extermination totale de l’ennemi greffé sur les racines du peuple. Avec ou sans son contexte, comme vous le voulez, mais j’ai bien peur qu’ici la mise en contexte ne soit pas en faveur du sieur Heide…
    Encore une chose : l’université prend au sérieux le livre de Faye, et aucune publication depuis sa parution n’est venu sérieusement mettre en cause ses affirmations.
    Simplement l’université est désormais coupée en deux : une part pour qui le nazisme de Heidegger est un fait acquis et qui ne s’intéresse pas à lui. Une autre, heideggérienne, qui ne veut par contre pas en entendre parler, mais qui esquive le problème plus qu’elle ne le traite.
    Ne parlons même pas de la situation à l’étranger, où l’heideggérisme à la française est toujours regardé avec étonnement.
    Let’s gamble !
    Yvon Er.
    PS. Sur le débat qui a lieu un peu plus haut sur ce blog : je en voudrais pas jouer au petit marxiste de service, mais il me semble que le fascisme est une suite logique de ce qui nous est vendu comme « libéralisme », et que Heidegger n’a jamais vraiment critiqué : il ne suffit pas de radoter sur la volonté de puissance et la poursuite de biens matériels pour faire une critique du libéralisme ; Heidegger critique l’individualisme supposé du monde moderne, mais pour lui opposer l’enracinement dans un sang et un sol.
    On a vu mieux que le « dépassement » du libéralisme par le fascisme…
    YE.

    Rédigé par : Yvon Er | le 16/10/2006 à 13:56 | Répondre | Modifier
  7. Übrigens,
    M. Domeracki pourrait-il nous indiquer où il a mis les textes de Robert Steuckers et de Guillaume Faye qu’il citait avec tant de faveur sur son site ?
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 16/10/2006 à 14:22 | Répondre | Modifier
  8. Bonjour,

    J’aimerais vous citer un extrait du livre de F. Schiffter, « Sur le blabla et le chichi des philosophes » qui me paraît bien éclairer le danger d’une « pensée » comme celle de Heidegger:
    « Ainsi, le charlatan défend-il à la fois une ontologie essentialiste et une morale de l’authenticité. Mais on notera que si l’ontologie est première en son discours, c’est d’abord pour légitimer le seul argument qui le rend crédible, à savoir l’argument moral, lequel ne puise sa force que dans l’indignation. Objet de fantasme des plus confus, l’«essentiel » n’est concevable que si l’on s’indigne d’abord de son manque ou, ce qui revient au même, si l’on s’indigne de l’inauthenticité de tout. Et bien sûr, plus l’ontologie sera floue plus la morale sera virulente…
    S’agissant donc de la vie, le charlatan, grâce à sa magie verbale, en dénie toute la facticité en en faisant de l’être falsifié. Dans sa bouche, factum signifie falsum et, partant, vivre signifie être dans le faux, dans l’« oubli de l’être », pour ne désirer que l’« avoir » et le « paraître ». Le fait n’est pas que tu es un homme vivant ici et ainsi et qui, tôt ou tard, ne vivra plus, annonce-t-il au quidam qui l’écoute ; non, le fait est que tu es un être et que cet être tu dois en prendre le plus grand soin. Ton être ne se réduit pas à ce que tu as, moins encore à ce que tu parais. Même si ce que tu as te fait vivre, même si ta vie te fait paraître tel que tu la vis, eh bien, cela, vivre, n’est pas être. Ni l’avoir ni le paraître ne sont le bien ; le seul bien est ton être. » (F. Schiffter, « Sur le blabla et le chichi des philosophes » (PUF, 2002, pp. 25-26).)
    En lisant ce texte, j’ai bien sûr pensé entre autres à Heidegger. Pourquoi je trouve ce genre de « blabla » dangereux, c’est parce qu’il incite à la révolte contre notre condition. Et quelle est au fond la réponse à cette misanthropie foncière? Convertir les hommes inauthentiques en êtres authentiques. Pas étonnant qu’avec de tels présupposés affectifs, Heidegger ait pu être séduit par un un régime qui prônait la purification ethnique, une forme somme toute d’authenticité nationale. Et vous avez bien raison, Monsieur Schildy, de penser que l’oeuvre de Heidegger est dangereuse, d’autant que le fond de la pensée de Heidegger c’est le ressentiment, c.à.d. de l’impensé.
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 16/10/2006 à 14:31 | Répondre | Modifier
  9. Monsieur Er, bonjour, serait-il possible que vous citiez l’extrait ou la page de Sein und Warheit dont vous parlez? Je n’en ai pas pris connaissance. Bien à vous, S.D.

  10. « Ceux qui de toutes parts, parlent de « lutte contre le fascisme » devaint commencer à comprendre que les conceptions qui, dans leur esprit, accompagnent cette formule ne sont pas moins puéries que celles des sorciers luttant contre les orages »
    ; Georges Bataille, « la structure psychologique du fascisme », Oeuvres complètes p.335.

  11. Je ne suis pas d’accord avec misslin rené car 1/ les notions authentiques inauthentiques ne sont pas l’affaire d’une opposition en vue d’une conversion planifiées, réfléchies et organisées; car alors vous feriez d’heidegger un cartesien; ce qui est absurde. L’opposition de ces notions révèle plutot le mode d’etre de l’homme qui conciste a etre soit et l’humanité entiere (oui un ressentiment, un sentiment tout court)2/l’authenticité n’est donc pas l’adequaton d’un fait , d’une ethnie, avec un terme, une idée de l’homme.

    Pour heidegger l’homme c’est celui qui questionne , comment alors attribuer a heidegger des reponses qu’il se refuse lui meme de donner. Lisez heidegger et vous verrez qu’il n’apporte aucune reponse a l’Origine de l’homme

    Rédigé par : bertrand | le 17/10/2006 à 13:27 | Répondre | Modifier
  12. Citation de G. Bataille, extraite de son livre: « L’expérience intérieure »: « Je ne suis pas un philosophe, mais un saint, peut-être un fou. »
    Encore un mystique illuminé par ses pulsions narcissiques. Il y a des gens qui feraient mieux, en raison de certaines évidentes fascinations puériles, de s’inscrire au Fight Club plutôt qu’au parti socialiste: ce serait plus cohérent.
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 17/10/2006 à 13:39 | Répondre | Modifier
  13. Bonjour Bertrand,

    J’ai du mal à vous comprendre. Vous voulez bien dire que l’opposition authentique/inauthentique consiste en une invitation à être soi. Si c’est cela que vous voulez dire, je ne vois pas en quoi il ne s’agit pas de chercher une adéquation de notre être à un idéal qui s’appelle ici être soi. Quant au questionnement heideggerien, je commence à savoir ce qu’il en est. Je me suis astreins hier à lire le chapitre II de l’ »Introduction en la métaphysique » : « Grammaire et étymologie du mot « être », et j’ai dû prendre pas mal de cafés pour ne pas sombrer dans un profond sommeil d’ennui : chercher l’être dans la grammaire et l’étymologie du mot est une forme de questionnement que j’ai pratiquée à six ans, et j’ai largement dépassé ce merveilleux âge. Vous connaissez la jolie phrase de Valéry : « Ce verbe nul et mystérieux, ce verbe ETRE, qui a fait une si grande carrière dans le vide. »
    Bien cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 17/10/2006 à 16:32 | Répondre | Modifier
  14. Cher Yvon Er,

    « Je hais tout ce qui n’est pas littérature… »

    Je suis en revanche d’un naturel très enjoué dès qu’il s’agit de lire des textes intelligents… Cela dit, la question de savoir qui publie Ph. Arjakovski (que je ne connais pas) ou non et où et quand et à l’insu de qui tout en étant ou n’étant pas connecté à internet, m’intéresse très modérément… Que des torchons de l’extrême-droite française s’intéressent à « l’affaire Heidegger », après la publicité qui a été faite aux livres de Farias et des Faye, sans parler des conneries qu’à pu commettre Heidegger en 33 pour n’avoir jamais mis un pied auparavant dans le monde politique, je le conçois aisément, de même que je conçois que cela puisse réjouir, et fort harmonieusement, des tigres de papier comme les Faye… Personnellement, je me ferai plutôt un plaisir d’étudier avec vous, si l’auteur de ce site le permet, ici-même, ce passage de « Sein und Wahrheit » dont vous parlez.

    Mais comme je n’ai en tout et pour tout, dans ma bibliothèque personnelle, que quatre ou cinq ouvrages de Heidegger, la plupart des rayons étant occupés par des gens comme (dans le désordre alphabétique) Debord, Shakespeare, Lautréamont, Rimbaud, Benjamin, Baudelaire, Joyce, Kafka, Sollers, le sous-commandant Marcos, Cervantès, Hemingway, Sade, Héraclite, Tchouang Tseu, Lao Tseu, Brecht, Sun Tzu, Empédocle, Wang Yuangtai, Li Bo, Marx, Machiavel, Laurence (celui de Guérilla dans le Désert), Retz, Casanova, Nabokov, Lévy-Strauss, Proust, Borgès, Klemperer, Hölderlin, Goethe, Zagdanski, Paul Auster, Melville, Becker, Sterne, Swift, Roth & Roth, Le Clézio, Woolf, Bataille, Legendre, Chamoiseau, Platon, Spinoza, Nietzsche, Canetti, Rabelais, Hustvedt, Pascal, Montaigne, René Char, Césaire, Artaud, j’en passe quelques-uns et des meilleurs (je dis ça juste au cas où vous me prendriez pour un maniaque de la pensée heideggerienne… on m’a dit qu’il y en avait…), je vous serais immensément reconnaissant de publier ledit passage – que je ne connais pas du tout – sur ce site, pour que tous ceux qui disposent d’un « minimum de connaissances en allemand », mais aussi d’un « minimum de probité philologique », puissent se faire une idée sur nos explications de textes respectives, en toute simplicité. Si ce n’est-ce pas le lieu (c’est à Skildy d’en décider, je suppose), et si vous en êtes d’accord, je publierai avec plaisir notre conversation électronique sur mon site: http://www.riverrun.over-blog.com. Quelque chose me dit que la probité de Skildy nous permettra de le faire ici, pour un public restreint, certes, mais éclairé.

    Pour la route, mais toujours aussi joyeusement sérieux… Vous ne trouvez pas que Heidegger a donné pas mal de clés pour la critique du libéralisme? Justement dans les Bremer Vorträge, par exemple? Pas mal d’années avant la « vache folle », remarquez… Mais bon, effectivement je doute qu’il ait prévu dans le détail la « globalisation » des années 80, étant donné qu’il est mort en 76 ! J’espère sincèrement que nous en discuterons, car je ne vous cache pas que mon intérêt pour des auteurs comme Heidegger et Debord, justement, est profondément motivé par mon souhait de voir émerger un de ces jours quelque chose comme une pensée capable de remettre pratiquement en question la civilisation occidentale telle qu’elle s’exporte aujourd’hui universellement… comme Debord et ses amis l’ont tenté autrefois… Je gage que nous en reparlerons aussi. À très bientôt j’espère.

    Très cordialement et joyeusement vôtre,
    A.G.

    PS: Yes indeed, I like gambling… Do you mind if my name’s english? In fact I’m very proud of it… But I don’t mind joking about it! My sense of humor is infinite… Will you taste it?

  15. mr misslin,
    je constate que vous avez perdu le sens du mystere et du merveilleux, en effet.
    Quand a la phrase de valerie vous vous trompez car elle va plutot dans le sens de heidegger : carriere dans le vide certes, d’ou l’interet de reprendre l’interrogation. Aussi nul soit le verbe etre il reste quelque chose de merveilleux non ?
    Aussi lire tout un chapitre de heidegger en une soirée me parait bien presomptueux. Quand à etre soi cela n’a rien avoir avec la recherche d’un ideal c’est un fait. Voir la notion d’etre jeté, etre au monde…
    bien cordialement
    bertrand

    Rédigé par : bertrand | le 18/10/2006 à 11:46 | Répondre | Modifier
  16. Bonjour à tous.

    Juste un mot pour signaler (personne je crois n’en a encore parlé) la rencension de l’ouvrage de E. Faye dans le dernier numéro de la revue « Philosophie » (ed. de minuit). Skildy pourrait peut-être reproduire ce texte ici, ne serait-ce que pour en faire ensuite la critique. Cette recension a été faite, faut-il le préciser, non par un « heideggerien », mais par un spécialiste de Husserl, Dominique Pradelle, qui enseigne à Paris IV — quiconque la lira verra qu’on est pourtant très, très loin dui dithyrambe.

    Mais à part cela, comme le proclame Yvon Er (à moins qu’il ne s’agisse d’Yvon Ronan, je n’ai pas compris s’il s’agissait là de son nom véritable),
    « l’université prend au sérieux le livre de Faye, et aucune publication depuis sa parution n’est venu sérieusement mettre en cause ses affirmations. » Ca ne coûte effectivement rien de le dire.

    Pour revenir rapidement aux textes cités plus loin par M. Gambler, je me permets de renvoyer à un texte naguère cité par moi-même, et montrant que les notions de Rasse, de Blut, de Bode étaient renvoyées par Heidegger à la perte de l’historial. Le seul à avoir répondu à ce texte fut M. Bel, dans une lecture faisant manifestement contresens et reprise telle quelle par M. Er / Ronan (je ne trouve aucun article de lui, d’ailleurs, sous aucun de ces deux noms. Je relance l’invitation que je lui ai faite à me transmettre des références : je lirai son travail avec la plus grande attention).

    Au cours de mes recherches, d’autres textes sont pourtant venus depuis, qui éclairent ce point.
    Cf. par exemple Besinnung, § 62, Geschichte (où s’éclaire la distinction Geschichte – Historie), pp. 167 – 170.

    Je signale également un texte qui permet de comprendre l’évolution de Heidegger sur ces points entre 33 et 45 : le GA 90, zu E Jünger, par ex. pp. 254 – 255.

    Une dernière remarque, pourtant, toujours à M. Er / Ronan, qui a manifesté récemment, et comme à son habitude, une élévation d’âme et de pensée peu communes : ceux de ma famille qui sont entrés en résistance ne se sont certes pas contentés, comme il l’a affirmé avec élégance, de « partager un cigare avec de Gaulle ». Comme tout n’est effectivement pas admissible, des excuses, au moins sur ce point précis, ne me sembleraient pas incongrues.

    Pierre Teitgen

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 18/10/2006 à 12:23 | Répondre | Modifier
  17. Comparer l’oeuvre de Georges Bataille à ce naver cinématographique de « Fight club »…Hé ben, Monsieur Misslin, décidément, plus rien ne vous arrête. Et moi qui était tombé hier à la B.U par hasard sur votre texte « les biologistes sont-ils causalistes? » : j’étais prêt à vous féliciter, à réformer mon avis sur vous…Bataille , « Encore un mystique illuminé par ses pulsions narcissiques » , vous dites? Mais alors, comment diable faites-vous pour vanter Nietzsche, par exemple son Ecce Homo? Bataille était précisément un des seuls nietzschéens conséquents…

  18. Petite info du jour au passage : le pays « symbole » de la démocratie, et surtout du libéralisme forcené devant lequel vous vous prosternez, Messieurs, viens de légaliser la torture pour ses interrogatoires sordides aujourd’hui. Diable! C’est encore la faute de Heidegger ça!

  19. Je salue l’initiative de Dominique Pradelle qui a tenté l’aventure de la critique philosophique au lieu de s’en tenir à l’insulte pure et simple, même si je n’ai pas lu la dite critique.
    Je n’ai bien entendu jamais rien eu contre le grand résistant qui s’appelait Pierre-Henri Teitgen et qui a contribué à la libération de la France.
    Quant au Pierre Teitgen qui exige des excuses en se référant à la mémoire du dit Pierre-Henri Teitgen, et qui comme on le verra en lisant nos derniers échanges sur ce même site nous a fait comprendre qu’il n’avait rien contre le fait d’être publié aux côtés de négationnistes, je n’ai rien à lui dire de plus, d’autant qu’il n’a lui non plus visiblement rien à dire.
    Retournez jouer dans votre cour, je vous prie.
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 18/10/2006 à 13:48 | Répondre | Modifier
  20. Je ne sais pas si les USA sont un pays « libéral ». Ils ne le sont certainement pas au sens politique du mot.
    Par contre l’heideggérisme se porte bel et bien au sein des actuelles élites américaines.
    Non que Heidegger soit responsable de tout.
    Mais il attire à peu près systématiquement les mêmes personnes.
    Je serais assez d’accord avec les remarques de Skildy sur la question du libéralisme.
    Et en quoi l’Occident ce serait par essence le « mal » ? Les pires boucheries s’y sont commises, et ont été commises contre le reste du monde, qui pour n’être pas « l’Occident » n’en est pour autant ni le mal ni le bien incarné, mais cela tient plus je crois à des problèmes d’inégalités sociales et militaires qu’à une quelconque « essence de la technique ».
    YE.

    Rédigé par : Yvon Er | le 18/10/2006 à 13:54 | Répondre | Modifier
  21. Bonjour Bertrand,

    Merci pour votre réponse. Sans doute ai-je perdu le sens du merveilleux, comme vous dites, je vous l’accorde bien volontiers (il est possible que seule la jeunesse éprouve du plaisir à cette posture et je ne suis plus jeune du tout!). Quant à l’ »être » (ou l’aître ou l’aîtrée, ou autres plaisanteries de potache,) du point de vue heideggerien sans doute avez-vous encore raison de penser que la jolie phrase de Paul Valéry que j’ai citée pourrait aller dans le sens de ce type qui a passé sa vie à attendre un Ereignis. Mais en revanche, du point de vue de Valéry dont je connais bien l’oeuvre car je j’apprécie énormément, je peux vous assurer que cette sentence n’est rien moins qu’une cinglante ironie à l’égard de ceux qu’Aristophane a appelés en son temps les mangeurs de « nuées », c.à.d. tout ce beau monde qui court après des songes, qui veut nous faire croire que ce bas monde ne vaut rien, mais que eux en connaissent un qui est autrement plus convenable à notre attente. Politiquement, ce genre de posture précipite en général ceux qui l’adoptent vers des régimes radicaux, c.à.d. extrêmes, soit de gauche soit de droite, car cette posture est foncièrement réactionnaire. Mais réaction n’est pas action. On peut penser que si Heidegger n’est pas resté très longtemps recteur de l’univeristé de Fribourg, c’est tout simplement qu’il s’est rendu compte qu’il était plus facile de blablater que d’agir. Et après la guerre, il a continué, comme un éternel adolescent demeuré, à maintenir la noble posture don quichottesque de celui qui en sait plus que les « on », c.à.d. tout le monde sauf lui, et à taper sur l’humanité en train de s’aliéner au Gestell. Et tout cela bien sûr, en menant une petite vie douillette de petit-bourgeois de la Forêt Noire, une vie banale, commune, médiocre, la vie des « on », quoi (et c’est un « on » qui vous écrit, qui se satisfait de l’aurea mediocritas!). On peut cracher dans la soupe à 15 ans, ça vous pose. Mais plus tard, c’est simplement risible.
    Bien cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 18/10/2006 à 14:22 | Répondre | Modifier
  22. Dear Mr Gamble,
    I have of course nothing against your english name.
    I do like english litterature, and the people you’ve quoted (well … I did’nt know that Auster and Le Clézio were as good as Sterne, and Zagdansky … forget it).
    Mais vous m’excuserez, si je suis habitué à lire en allemand et en anglais je le suis moins pour ce qui est d’écrire.
    Vous me semblez, cher monsieur Gamble, d’une taille intellectuelle bien au-dessus de celle de vos « pairs » heideggériens qui sont intervenus ici. La plupart ont l’habitude de hurler leur supériorité intrinsèque (pour ne pas dire raciale) et celle de leur auteur avant de s’étaler en déclarations et analyses pathétiques.
    Je ne cache pas que votre finesse m’inquiète en un sens quand je vois que vous citez Trawny avec faveur. Partageriez-vous ses goûts en matière de politique ? En ce cas vous faites partie des rares un peu fins dans cette bande, et ne souhaiterais pas pourtant m’attrister de l’existence d’une intelligence de votre genre.
    Mais passons.
    Je vous réponds, ainsi qu’à M. Domeracki. Le passage auquel je pensais est celui-ci :

    » Feind ist derjenige und jeder, von dem eine wesentliche Bedrohung des Daseins des Volkes und seiner Einzelnen ausgeht. Der Feind braucht nicht der äußere zu sein, und der äußere ist nicht einmal immer der gefährlichere. Und es kann so aussehen, als sei kein Feind da. Dann ist Grunderfordernis, den Feind zu finden, ins Licht zu stellen oder gar erst zu schaffen, damit dieses Stehen gegen den Feind geschehe und das Dasein nicht stumpf werde.
    Der Feind kann in der innersten Wurzel des Daseins seines Volkes sich festgesetzt haben und dessen eigenem Wesen sich entgegenstellen und zuwiderhandeln. Um so schärfer und härter und schwerer ist der Kampf, denn dieser besteht ja nur zum geringsten Teil im Gegeneinanderschlagen; oft weit schwieriger und langwieriger ist es, den Feind als solchen zu erspähen, ihn zur Entfaltung zu bringen, ihm gegenüber sich nichts vorzumachen, sich angriffslustig zu halten, die ständige Bereitschaft zu pflegen und zu steigern und den Angriff auf weite Sicht mit dem Ziel der völligen Vernichtung anzusezen. »
    (Vom Wesen der Wahrheit p. 90 sq.)

    Voilà je ne pense pas que l’on puisse dire que cette citation soit tronquée ou « sortie de son contexte » ; vous pouvez bien entendu reprendre le tout sur le site que vous voudrez.
    Mais si on parle contexte, qui peut bien être cet ennemi qui n’a pas besoin d’être extérieur et qui menace l’essence du peuple ?
    Question à deux francs entre nous, Heide avait une réponse d’une banalité déjà bien ancienne…
    Je ne vous cache pas que je suis débordé, mais si vous souhaitez rebondir je ferai en sorte de vous répondre, par exemple la semaine prochaine.
    En vous saluant,
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 18/10/2006 à 14:28 | Répondre | Modifier
  23. C’est en un sens un peu drôle dans le genre tragique : les heideggériens « modérés » et ô combien respectables qui ont publié les actes du colloque de Strasbourg sur Heidegger ont censuré les interventions de Jean-Pierre Faye.
    Magnifique, encore un « Ereignis » qui se suffit.
    YE.

    Rédigé par : Yvon Er | le 18/10/2006 à 14:44 | Répondre | Modifier
  24. A « Monsieur Er »

    D’une part, auriez-vous l’extrême obligeance d’éclairer ce point : Yvon Ronan est-il votre nom véritale ? Que ce soit le cas ou non, d’ailleurs, je reformule ma demande : vous seriez tout à fait aimable de m’indiquer quelques-uns des nombreux articles et ouvrages dont vous êtes l’auteur, et que j’aimerais lire — et pas par simple curiosité.

    Quant aux propos qui ont été les vôtres (le cigare de de Gaulle, la grosse voiture), vous m’excuserez si je les ai rappelés — ils sont pourtant de vous, et je n’y peux rien. Sur les propos que vous m’attribuez en revanche, il faudrait encore démontrer que le site Parole des jours fût négationniste — ce qui sera un jeu d’enfant, pour peu que l’on retienne la définition du négationnisme qui est la vôtre — laquelle n’est pourtant ni celle des tribunaux, ni celle des dictionnaires. Négationniste : toute personne qui nie que Heidegger ait été un nazi viscéral. Il me semble pourtant que ce n’est pas moi qui, en galvaudant ce mot à des fins utilitaires, fait insulte à tous ceux qui sont morts.

    Il est une chose cependant sur laquelle je m’accorde avec vous : nous ne jouons effectivement pas tout à fait dans la même cour. Continuez cependant à expédier vos missives à tout ce qui respire, elles suscitent, je puis en apporter le témoignage, la plus franche des hilarités.

    Plus sérieusement, et pour aller dans le sens du texte cité par M. Gambler, je me permets de renvoyer ici à un texte du GA 90, pp. 66 – 67, que j’avais joint à mon précédent envoi et qui s’est perdu dans les limbes:

    « Das Subjekt ist nicht Subjekt auf Grund der Ichhaftigkeit, sondern umgekehrt égô — kann Subjekt werden und wird zum Subjektum und deshalb Möglichkeiten:
    Individualismus — Liberalismus.
    Nationalismus — Sozialismus
    Volk
    Rasse. Rassenbewußtsein »Ziel und Macht«. Rassenbildung als Prinzip. Vgl. Jünger, Der Arbeiter, S. 102.
    Arbeiter
    Subjekt — Träger und Setzer der Gestalt als der Wesenden Subjektivität.
    Die Eindämmung des Individuums und Beseitigung des Liberalismus ist keineswegs Überwindung des Subjektivismus, im Gegenteil.

    40. Begriff der Subjektivität. »Sinngebung«

    Gemeint das Wesen des Subjektum. Wie der Mensch zum Subjekt wird, d. h. zur eigentlichen Substanz als animal rationale. Rationalität ist das Tragende und zwar von sich aus und für sich — Freiheit.
    Das zum Grunde liegende als tragender und bestimmender Grund im Sinne des Gesicherten und alles Sichernden.
    Gesichert für das Vorstellende Einsehen in den Bestand eines Beständigen. Das Gewisse, dessen man im sichernden Wissen sicher — das Verläßliche.
    Dieses zum Grunde liegende und als Grund gelegte ist für den Menschen er — selbst.
    Und diese Gewißheit zugänglich in jedem einzelnen Selbst, im »Ich«. Nicht auf diesen Menschen als diesen und nur so bezogen, sondern Mensch als solcher. Aber die Möglichkeiten der Neuzeit, Individualismus, Liberalismus, Sozialismus, Nationalismus, Kommunismus, Arbeiter. Vgl. Freiheit; über Descartes; Freiheitsanspruch (Behauptung der Freiheit als Selbstgesetzgebung).
    Das Subjektum ist nicht im Wesen ichhaft, egoistisch, sondern das »Ich« ist eine Art der Subjektivität. Wir sind gewarnt, das Subjektive als ichhaft zu nehmen; die Gegenseite zum Objekt als dem Gegenständlichen. Aber dieses beides, Ich und Gegenstand, »sind« subjektiv, haben den Grund im Subjekt.
    Subjekt kann auch ein Volk, eine »Nation« sein, das sich selbst und seine Lebensinteressen und seinen »Standard« als Ziel setzt. 80 Millionen Volk Lebensrecht — das auf sich selbst gestellte und Sich allen so Stellende und Wissende; auch noch »Kultur«, Religion, aber als Kulturpolitik — »Impulse« — »Stimulationen« — »Werte«. Keine Bereiche wesentlich entscheidend, indem möglicherweise gerade die Subjektivität in Frage gestellt werden könnte und einst wird!
    Subjekt kann ein planetarisches Menschentum sein, eine neue Rasse. Rasse — ein rein subjektiver Begriff.
    D. h. »Mensch« ist Maß und Mitte, Grund und Ziel des Seienden im Ganzen.
    Das Subjekt ist jenes Seiende, was über die Wahrheit und d. h. Gewißheit und d. h. Gegenständlichkeit alles Seienden verfügt. Alles Seiende wird Objekt. Auch das Subjekt (Typik).
    D.h. das Sein wird begriffen als Gegenständlichkeit einer Vergegenständlichung. Welcher Vergegenständlichung? Diese in der Verfügung des vorstellenden Herstellens. (Technik, Typik.)
    Mit der Subjektivität des Subjekts, d. h. der Wahrheit als Gewißheit ist die Subjekt-Objektbeziehung gesetzt.
    Sie ist gleichursprünglich mit dem Subjekt und Objekt, nicht nachträglich als Band zwischen den Beiden als zuvor schon bestimmten.
    Aber mit der Gleichursprünglichkeit ist so lange nichts gesagt, als der Ursprung des Ganzen nicht klar liegt.
    Dieser aber das verum als certum, und darin liegt Wahrheit als Richtigkeit und darin: Umgründung der alètheia.
    Weder Ichheit noch Einzelnheit, noch Gemeinschaft macht die Subjektivität aus, sondern diese bestimmt jene.
    In der Typik und Technik einer planetarisch herrschenden Rasse wird die Subjektivität des Menschen absolut. »

    Faut-il préciser que ce texte est tiré d’écrits datant de la période 34 – 40, à une époque donc où l’Allemagne croyait encore pouvoir gagner les hostilités qu’elle avait engagé, et non d’une réécriture disculpante et ad hoc, pour un individu ou pour une nation ?

    Enfin, sur la recension de Pradelle, j’en cite quelques extraits : la méthode de l’ouvrage consiste premièrement « en une réduction contextualisante du sens philosophique des textes ». Sont alors évoqués, comme des contresens de lecture manifestes de Faye, son interprétation
    – du cours de 33-34 sur le polémos
    – de la conférence L’origine de l’oeuvre d’art

    Deuxièmement, la méthode de Faye « consiste à projeter, sur l’auteur considéré, les caractéristiques propres à son objet thématique ». Est alors cité, comme contresens total, la lecture que Faye fait du fameux passage des Conférences de Brême (« Meurent-ils ? « …), contresens repris ici, entre autres, par MM. Bel, Skildy, Lamy et Er : « Le suprême danger de ce règne consiste pour Heidegger en ce que l’homme, qui prend part à ce dévoilement, peut lui-même devenir Bestand-Stück, simple ressource et maillon de la chaîne aveugle d’exploitation, production et consommation — l’exemple extême étant fourni par les camps d’extermination, les famines planifiées, qui dépoullent l’homme de ce que SZ avait dégagé comme étant le propre de la finitude humaine (…). M. Faye interprète : Heidegger dévoile là son « négationnisme ontologique » (…). Lers traits de l’époque ontologique contemporaine, mésinterprétés, deviennent ainsi des positions défendues par Heidegger. »
    Troisième trait de la méthode de Faye, la rétrojection, où Pradelle montre en cinq lignes (car il n’en faut pas davantage) que l’interprétation des §§ 27 et 77 de SZ par Faye est un pur n’importe quoi.

    Concluision de Pradelle : « Ces trois traits de la méthode d’exégèse conduisent à une conclusion: si les textes de Heidegger apparaissent si peu philosophiques à la lecture du livre de M. Faye, c’est en vertu de la méthode de ce dernier ». Et de citer sa traduction, réputée « impeccable » ici même par l’ineffable M. Er / Ronan, du cours sur le concept de nature, d’histoire et d’état:
    « La thèse de M. Faye le conduit à des choix de traduction douteux : à traduire ‘Art’ (espèce au sens logique, sorte, manière) par ‘race’ et ‘Artgleichheit’ (ressemblance spécifique) par ‘identité raciale’, on trouve effectivement de l’idéologie raciale partout ».

    Je tiens à la disposition de qui me les demandera quantité d’autres passages, rédigés dans la même période, sur le lien Herrschaft – Subjektivität – Nationalismus – Sozialismus – Rasse. Mais je suis certain que les talents d’interprète de M. Er / Ronan, qui ne sont plus à démontrer et qui se sont maintes fois étalés au grand jour, sauront m’expliquer qu’il ne s’agit là que d’un vigoureux paidoyer en faveur du national-socialisme, d’une conception raciale du peuple, avec en arrière-plan un antisémitisme racial triomphant.

    Pierre Teitgen.

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 18/10/2006 à 17:04 | Répondre | Modifier
  25. Seul un rire peut encore nous sauver.

    « L’un des commentateurs de cette note », averti par « Skildy » qu’on a « commencé à répondre dans les notes », répond aux « suppléments » 4, 5, 6, 7, 8 de cette page, en regrettant avec la malice qui sied ici qu’on ne prenne pas la peine sur ce « blog » de répondre aux vraies questions par de vraies réponses… ou mieux encore, aux questions par d’autres questions… il va de soi plus intelligentes encore !…

    J’espérais un débat, comme on dit, ou plutôt un dialogue instructif pour tous sur Heidegger, l’Occident, le libéralisme, le fascisme, pourquoi pas la question de la technique et, je l’avoue, peut-être aussi sur Debord et l’héritage de l’IS… Bref : sur le présent… Mais il semble que vous n’ayez pas grand chose à rajouter ?… À moins que vous ne m’en jugiez pas digne ? Ou peut-être n’est-ce pas d’après vous le lieu, ni le moment ?… Peut-être cela viendra-t-il plus tard, quand vous aurez pris la peine de poser un livre de Debord et un livre de Heidegger sur le même bureau ?… Pour moi, comme il s’agit d’une question des plus urgentes, je m’en occupe, j’oserai le dire, à chaque instant, même et surtout lorsque je prends la peine d’enrichir votre « blog » par la nuance et la portée de mes réflexions… (Je constate, sans vouloir vexer personne, que seul Pierre Teitgen parle ici de textes précis, avec l’honnêteté philologique nécessaire, mais passons… L’honnêteté, comme l’humour, est un art difficile, et ne les goûtant ni l’un ni l’autre, on me reprochera peut-être d’y être exécrable…)

    Ma réponse-question au « supplément 4 » :

    C’qu’il dit Skildy : « C’est trop général pour être d’une quelconque pertinence. »

    Phrase typique, si vous permettez, du genre de lecteurs qui une fois un livre fermé, « retournent à leurs activités normales ». La lecture de Heidegger, tout comme celle de Kafka, ou de Rimbaud, ou de Zagdanski (vous avez lu « Les Intérêts du temps » ?), ou de Sollers (« Passion fixe »?), ou encore celle de Debord, a pour moi d’étranges vertus dans ma confrontation quotidienne avec le « libéralisme » d’aujourd’hui, comme avec le néo-nazisme tel qu’on le croise parfois dans les rues parisiennes ou berlinoises, ou avec le « socialisme national » ou « supra-national » dans lequel semblent vouloir converger l’UMP, le PS et, permettez-moi de le dire, à peu près tous les autres partis français, FN compris, en prévision de la grande guerre économique mondiale à venir (Debord me souffle : « en cours »), que tout le monde s’empresse d’annoncer, de souhaiter et de préparer avec les plissures du front qui conviennent…

    Mon intérêt pour Heidegger vient peut-être du fait que je ne distingue pas, en philosophe amateur que je suis, entre penser et agir… L’un ne va pas sans l’autre, pour moi, et l’un est parfois même l’autre, et réciproquement, dans les grands moments… Ce qui signifie pour moi qu’un homme qui parvient à écrire une grande pensée sous un régime aussi dangereusement abrutissant et abrutissamment dangereux que le IIIe Reich, et à l’écrire tout en sauvant sa peau (et Brecht me fait signe depuis le fond du « blog » qu’il est d’accord avec moi sur ce point…) est un homme « rusé », comme dirait Homère… sinon héroïque… Tout simplement. J’imagine déjà votre réaction, mais je vous laisse la liberté de réfléchir à ce que vous auriez fait ou écrit à la place de Heidegger en 1940 avant d’agir sur ce blog, et je poursuis.

    Le fascisme national-socialiste, cette forme économico-politique moderne à grande échelle du « ressentiment par excellence » (n’en déplaise à ceux qui lisent Nietzsche à l’envers), hait fondamentalement tout ce qui vient remettre en question les fondements mêmes de sa rhétorique et de son économie politique, à savoir : la gratuité, le don, tout ce qui échappe à la sphère de la puissance, et donc en particulier la pensée, la littérature, la poésie.

    Le fascisme hait le style. Raison pour laquelle il n’y a, n’en déplaise à certains, pas de pensée nazie, comme il n’y a pas non plus de littérature, ni de poésie nazie. Raison pour laquelle, aussi, le nazisme s’est acharné à exterminer les juifs, c’est-à-dire le peuple du Livre, le peuple du Don (et du don de la Thora pour commencer). L’Ancien Testament est le plus grand « potlatch » de l’Occident. Et le moins qu’on puisse dire est que l’Occident moderne n’a pas été à la hauteur de ce potlatch… Ceux qui trouvent au nazisme d’autres « raisons », toutes plus stéréotypées les unes que les autres, d’avoir massacré sept millions d’êtres humains, commettent ce que j’appellerai, par politesse, une grave faute de goût… Le genre de fautes qui me semblent malheureusement impardonnables… Le genre de faute de goût qu’un type comme Zagdanski ne commet pas. Certains de vos lecteurs devraient entrouvrir quelques minutes un « De l’antisémitisme » dans une librairie où on le trouve encore, ils s’éviteraient beaucoup de ridicule (les juifs aiment rire des antisémites, surtout de ceux qui s’ignorent). Je suis navré à l’idée que le style de Zagdanski ou de Guest ou, toute proportion gardée, de Heidegger, vous pose problème. Mais comme disait l’autre (Debord) : « On est facilement coupable d’avoir du style, là où il est devenu si rare de le rencontrer dans la personnalité elle-même. N’est-ce pas avouer son manque de considération pour l’esprit démocratique spectaculaire ? » (« Cette mauvaise réputation », p. 14)

    Penser, n’en déplaise aux blogueurs de l’ère du spectaculaire intégré qui aiment à se photographier dans des boules de sapin de Noël m’évoquant vaguement, ma sainteté ou ma folie me jouant probablement des tours, les « écrans-caméras » d’Orwell, est bel et bien un acte, parfois « aussi violent que la bataille d’homme ». Mais jamais aussi scolaire « qu’une charge à la baïonnette », fût-elle médiatico-universitaire, comme certains en ont le secret… J’espère (toujours avec malice) que M. Misslin, en lisant ces phrases malhabiles sur la pensée et l’action, me traitera moi aussi de « saint » ou de « fou », car ce sont des injures qui, venant de lui ou d’autres moins bien intentionnés, m’iraient droit au coeur.

    Je vais donc me répondre moi-même… et me répondre, avec la délicatesse qui convient, par une question… Que se passerait-il si de bons lecteurs pensaient à la fois « Geschichte des Seyns », où s’élabore patiemment, pour qui sait lire sans fatigue ni café, une pensée de fond sur l’essence du pouvoir (pardon, j’ai failli écrire sur « l’aître du pouvoir »…), mais aussi sur la volonté de puissance, la « machination », la guerre moderne et les grandes « visions du monde » du XXe siècle qui semblent avoir de l’avenir, et des livres comme « La société du spectacle » et les « Commentaires sur la Société du spectacle » ?

    J’aimerais savoir si quelqu’un ici peut penser ensemble deux passages comme ceux-ci :

    « La construction d’un présent où la mode elle-même, de l’habillement aux chanteurs, s’est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l’impression de croire à un avenir, est obtenue par l’incessant passage circulaire de l’information, revenant à tout instant sur une liste très succinte des mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d’importantes nouvelles ; alors que ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes, sur ce qui change effectivement. Elles concernent toujours la condamnation que ce monde semble avoir prononcée contre son existence, les étapes de son auto-destruction programmée. » (« Commentaires sur la société du spectacle » 1988, p. 27)

    « Die Historie ist die Verrechnung auf die Gegenwart, dergestalt, dass die Gegenwart zukunftslos bleibt, nichts zulässt, was verwandelnd auf sie – ihr Wesen treffend – zukommen könnte. Was als „Zukunft“ zugelassen wird, ist das Vor-gerechnete schon Sichere und demzufolge in der zugehörigen Übertreibung die „Ewigkeit“ »
    (« Gesch. des Seyns », S.100)

    Réponse-question au « supplément 5 » :

    C’qu’il dit Skildy : « Si, par Occident, on entend l’esprit des lumières, la tolérance, les droits de l’homme, la liberté d’expression, le projet – je dis bien « projet » – d’un usage humaniste et émancipateur – notion plastique, au contenu renouvelable et qu’on ne peut réduire aux critiques nietzschéo-heideggeriennes – des techniques et des sciences alors la critique de l’Occident peut être d’inspiration nazie. »

    Cher Skildy… regardez autour de vous : l’occident d’aujourd’hui (comme d’ailleurs celui des années 1920, 30, 40) est-il celui de l’esprit des Lumières ? De la tolérance ? Des droits de l’homme ? De la liberté d’expression ? Et de quel « usage humaniste et émancipateur » parlez-vous ? Et « usage » de quoi ? Dans quel bien intentionné « projet » ? Me permettrez-vous de penser l’obscurantisme, l’intolérance, l’inégalité devant la loi et l’illégitimité d’un grand nombre de lois, la censure et l’auto-censure et les grands et fructueux projets de l’époque pour s’accommoder de famines et de guerres et de destructions qui pourraient aujourd’hui être évitées, sans me taxer de « néo-nazisme » ? Me permettrez-vous de me réjouir de pouvoir emprunter à la bibliothèque de la Sorbonne un livre de Guest sur Wittgenstein, un roman de Zagdanski dont le héros s’appelle Martin Heidegger, ou un volume de Heidegger lui-même sans m’accuser de « préparer les réseaux de génocideurs du futur » ?

    Réponse-question au supplément 6 :

    C’qu’il dit Skildy : « Il est étonnant de s’apercevoir à quel point la tentation totalitaire semble prendre une nouvelle vigueur. Mon hypothèse, sombre et pessimiste, est que cela correspondrait à une sorte de « maffiosisation » rampante de toute la société. Aucun secteur n’y échapperait. Celui qui a préconisé dès 1945 (!) l’inégalité devant la SECURITE sociale est bien utile pour « vendre » du néo-nazisme à des classes moyennes quelque peu intellectualisées mais perdues et inquiétes. »

    J’espère bien ne pas avoir contribué de quelque manière que ce soit à donner l’impression à l’auteur de ce blog d’être « sensible à la tentation totalitaire », quand bien même il lui semblerait a priori que je doive appartenir aux « classes moyennes quelque peu intellectualisées mais perdues et inquiètes » ! J’espère ne pas non plus lui avoir donné l’impression de faire partie d’une mafia quelconque, fût-elle heideggerienne, moi qui fais miennes ces analyses certes un peu perdues et inquiètes de Debord :

    « La tactique de la Mafia ne pouvait jamais être [dans les années 1920] que la suppression des témoignages, pour neutraliser la police et la justice, et faire régner dans sa sphère d’activité le secret qui lui est nécessaire. Elle a par la suite trouvé un champ nouveau dans le nouvel obscurantisme de la société du spectaculaire diffus puis intégré : avec la victoire générale du secret, la démission générale des citoyens, la perte complète de la logique, et les progrès de la vénalité et de la lâcheté universelles, toutes les conditions favorables furent réunies pour qu’elle devînt une puissance moderne, et offensive. (…) On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose en opposant la Mafia à l’Etat : ils ne sont jamais en rivalité. La théorie vérifie avec facilité ce que toutes les rumeurs de la vie pratique avaient trop facilement montré. La Mafia n’est pas étrangère dans ce monde ; elle y est parfaitement chez elle. Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le modèle de toutes les entreprises commerciales avancées. »

    De là à affirmer que le livre de Faye, au vu des textes en présence, me paraît relever de l’absolu manque de style de toute entreprise commerciale avancée qui se respecte, a fortiori lorsqu’elle se trouve un peu perdue et très inquiète, il n’y a qu’un pas, que je franchis allègrement.

    Je n’ai pas l’heur de connaître ce passage de Heidegger sur la « sécurité sociale ». Pourriez-vous me le citer in extenso ?

    Réponse-question au « supplément 7 » :

    C’qu’il dit Skildy : « Ce qu’élabore Heidegger dès 1945 est bien une forme de néo-nazisme. Cela ne fait naturellement pas de ses lecteurs – surtout quand ils sont critiques et infidèles – des néo-nazis. »
    Comme quoi il peut changer d’avis, Skildy, ce qui me le rendrait finalement plutôt sympathique si je ne craignais pas qu’il en change à nouveau dans deux jours…

    C’qu’il dit Skildy : « Mais cela renforce sans doute, chez beaucoup de lecteurs, un scepticisme à l’égard des possibilités d’agir au mieux dans des cadres démocratiques. »

    Les cadres démocratiques actuels ayant assez largement montré qu’ils étaient, en Europe comme aux Etats-Unis, avant tout un moyen de transformer la représentation du peuple en représentation des instances économiques nationales et supra-nationales auprès de populations un peu perdues et inquiètes, vous ne m’en voudrez pas de reprendre à mon compte la devise du sous-commandant Marcos (peu suspect de néo-nazisme… encore que ?…) qui pour l’instant fait un sans-faute dans le sud-est mexicain : « Le pouvoir est une chaise pourrie », ou celle de l’écrivain martiniquais Chamoiseau : « Des lieux, malgré les territoires. »
    En d’autres termes : ne peut-on pas imaginer à moyen ou long terme en France, mais parfois à court terme ailleurs, des systèmes politiques démocratiques à échelle locale, peut-être sur le modèle des conseils ouvriers préconisés par l’IS, qui se passeraient joyeusement d’organiser des goulags ou de détruire la planète à coups de « grands projets humanistes » votés par des organismes aussi hautement intellectualisés, aussi sûrs de leurs orientations et aussi peu inquiets que le FMI, la Banque Mondiale, la FAO ou la BIRD ? Skildy, vous n’êtes pas d’accord ? Je ne parle pas de faire un conseil ouvrier dans votre quartier… Juste de réfléchir à ce que pourrait être un système réellement « démocratique »… Vous intéresser un peu, éventuellement, à ce qui se passe au Mexique… Ou dans certaines régions de la Chine où n’arrivent pourtant pas encore les crédits de la CIA ? Ou dans certaines vallées de l’Inde où des villages s’organisent pour empêcher que leurs terres soient noyées par les barrages financés par la « communauté internationale »… Ces gens-là agissent-ils au mieux dans les cadres démocratiques où ils vivent ? Ne pourrions-nous pas, toutes proportions gardées, nous inspirer d’eux lorsqu’on sème des dizaines de milliers d’hectares d’OGM en France ? Lorsqu’on raye des centaines de milliers de chômeurs de l’ANPE ? Lorsqu’on pollue les océans à en faire fuir tout le poisson ? Lorsque, d’une manière générale, « ce qu’on nous présente comme les malheurs accidentels de la pollution sont en fait les nécessités logiques partout obscurément présentes dans le « bonheur » choisi par la société spectaculaire-marchande » ?
    Ou lorsqu’on commet ou fait commettre au nom de notre bien-être divers génocides en divers points du globe?

    C’qu’il dit Skildy : « Heidegger a judicieusement exploité cette difficulté pour recommander quelque chose comme une attente, le contraire ne pouvant concourir qu’au désastre.

    Exquise démonstration, par l’auteur de ce blog, du principe fondamental du nihilisme : « Plutôt vouloir le rien que ne rien vouloir. » Autrement dit : Plutôt faire quelque chose, quoi que ce soit ! plutôt que de ne rien faire, le temps de savoir quoi faire… Plutôt participer activement au désastre, en agissant sans cesse (par exemple via la blogosphère et la consommation intensive de films de « l’indien John Ford » et accessoirement de pellicules photographiques BASF ou autres) que de se retirer un instant des affaires du monde pour mieux les comprendre, et espérer savoir, un jour, comment agir.
    Loin de moi le voeu de traverser les mêmes épreuves que les indiens d’Amérique, mais 500 ans « d’attente » n’ont pas été de trop, au Mexique, pour voir naître un mouvement aussi démocratique, aussi écologique et aussi efficace que le mouvement néo-zapatiste. Quelque chose me dit qu’il arrivera tôt ou tard des choses comparables ici-même, en Europe. Mais nul n’est prophète en son pays.

    C’qu’il dit Skildy : « Mais comme le désastre résulte principalement chez lui de l’égalité des conditions devant la « sécurité sociale » on est fondé à penser que l’attente en question est peut-être celle d’une « conjoncture » où « l’être-pour-la-mort » pourrait à nouveau prendre la forme d’un furieux délire collectif. »

    Je ne pense pas que Heidegger soit le grand penseur de la « sécurité sociale »… mais je demande à voir le passage en question !

    Quant à « l’être-pour-la-mort » ou « l’être-vers-la-mort », je suis navré de vous voir dans cet état à chaque fois qu’il s’agit de la mort. C’est un sujet qui attriste la plupart, il est vrai. Mais Mozart ne disait-il pas : « La mort est mon amie » ? Ne pouvez-vous pas imaginer de mourir « de votre belle mort » ? En ce qui me concerne, je vis chaque instant comme si ma mort pouvait survenir immédiatement. Et paradoxalement peut-être, j’en tire beaucoup de joie, je n’ai pas peur de ce genre de paradoxes. J’en ai parlé à un ami indien… Pas avec John Ford, hein… Avec un indien du Sinaloa… Réfugié à Paris il y a quelques années… Eh bien il est comme moi… Il pense que la mort n’est pas un grand malheur… Il y en a d’autres… Ce que nous craignons beaucoup plus, lui et moi (mais lui avec plus d’aguments que moi), ce serait de « crever ». Qu’on nous dérobe notre propre mort. Mais vous voyez peut-être à quoi je fais allusion ? Et peut-être parviendrons-nous lui et moi à éviter de telles extrêmités, ici ou là où nous entraînera la vie, malgré ce « sombre pessimisme » que, pour une fois, vous et nous, nous partageons peut-être vis-à-vis de ce monde où fleurissent actuellement les « furieux délires collectifs » ?

    Très cordialement,
    A.G.

  26. Cher Yvon Er,
    Je suis moi aussi débordé, et je ne pourrai vous répondre avant une semaine, ce qui tombe visiblement bien.
    Le texte que vous citez (Feind ist derjenige und jeder…) me paraît manifestement… être une critique radicale du discours nazi sur « l’ennemi »! Le genre de discours qu’on entend aujourd’hui sur le « choc des civilisations » et autres sornettes, ou qu’on peut voir analysé dans 1984 de George Orwell! Vous n’êtes probablement pas d’accord?
    Alors… décidément… seul un rire peut encore nous sauver…
    Car il y a une vie après la blogosphère, n’est-ce pas?
    Très cordialement,
    A.G.

  27. Tous sont visiblement débordés, à commencer par moi-même. Juste un mot cependant pour remercier M. Gambler de la remarque dont il m’honore.

    Pour M. Er / Ronan (qui a sans doute choisi deux noms pour passer plus facilement à la postérité), une remarque : les propos de JP Faye n’ont pas été censurés qu’à Strasbourg : le compte-rendu de la séance de la Sorbonne organisée par l’APEP a aussi été largement caviardé, et la plupart de ses interventions, purement et simplement gommées dans le rapport écrit de cette mémorable séance.

    Pour avoir écouté M. JP Faye et à Strasbourg, et à la Sorbonne, je crois que ces omissions volontaires sont à mettre au seul compte de la charité chrétienne, tant ses interventions s’enfonçaient dans le ridicule le plus vindicatif.

    M Er / Ronan m’excusera de faire, encore une fois, montre d’une « supériorité intrinsèque (pour ne pas dire raciale) » — selon ses propres termes, avec l’élégance et l’alacrité du style qui semblent caractériser sa pensée.
    Eh oui ! La vie est mal faite : quand on raconte n’importe quoi, qu’on étale son ignorance crasse et sa propre stupidité, il finit toujours par se trouver quelqu’un pour vous le faire remarquer.

    Cela étant, Monsieur Er / Ronan, j’attends toujours vos excuses à l’égard des propos insultants que vous avez eu non envers moi (cela ne rentre pas ici en ligne de compte), mais pour les miens.
    Je vous cite à peu près : Pierre Teitgen a prétendu que son père avait une plus grosse voiture que le mien, ce dont je conviens sans peine », d’ailleurs, « il a partagé un cigare avec de Gaulle ».

    Mon cher Monsieur Er / Ronan, ces propos, au plus chez quelqu’un qui n’a que l’antinazisme à la bouche, sont pires qu’insultants : ils sont parfaitement méprisables. Au lieu de prendre la tangente quand j’aborde la question, vous feriez bien de reconnaître que vous vous êtes emporté, et de présenter vos excuses. Si vous n’en êtes pas capable, j’espère du moins que Skildy, qui a l’amabilité de nous héberger, aura aussi celle de se désolidariser des abjections qui sont les vôtres.

    P. Teitgen.

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 18/10/2006 à 18:50 | Répondre | Modifier
  28. L’hypothèse d’un Heidegger certes pas spécialement philosémite, mais cherchant à méditer une compréhension du nationel pour dépasser les apories des autres « nationalismes » et « socialismes » me paraît chaque jour plus probante.
    Je rappelle cet extrait déjà publié sur mon site (http://heidegger.over-blog.com🙂
    in La dévastation et attente, Gallimard L’inifni,p.63-64 :

    « LE PLUS JEUNE : La subjectivité tient son essance de ce que l’être humain (aussi bine l’individu que les groupes et les civilisation) s’insurge pour disposer lui-même de son indépendance et ainsi de lui-même s’affirmer comment fondement et mesure de l’effectivité. En même temps que l’insurrection au cœur de la subjectivité survient l’insurrection sous la figure du travail , qui correspond à cette forme de production par le truchement de laquelle partout la dévastation de la terre se prépare et en dernier ressort s’organise pour aboutir à quelque chose d’absolu. Le seule et unique loi qu’impose la dévastation est qu’il n’y a d’utile que l’utile puisqu’il est le plus utile

    LE PLUS ÂGE : Le national reste donc encore la norme là où les nations s’unissent à l’échelle internationale.

    LE PLUS JEUNE : Le national et l’international sont le même. A vraiment le déployer, l’international serait ce qu’est un massif de montagnes rapporté à chacun des sommets. Mais un massif peut-il jamais porter chacune de ses montagnes à s’élever au-delà d’elles-mêmes ?

    LE PLUS ÂGE : Le massif, surtout s’il est élevé , fait se tenir ensemble au sommet toutes les montagnes avec leur esprit d’indépendance. En son genre, il est certes autre chose que la sommes des montagnes qui la constituent , et c’est pourtant lui seul qui laisse se déployer les montagnes dans leur essance.

    LE PLUS JEUNE : Le national et l’international sont le même de manière tellement décisive qu’en se réclamant de la subjectivité et en se prévalant de l’effectivité, ils savent tout aussi peu l’un comme l’autre quelles affaires ils exploitent de manière incessante –et sont surtout l’un comme l’autre tout aussi peu capables de le savoir.

    LE PLUS ÂGE : C’est toute l’affaire de la dévastation, c’est-à-dire aussi celle du travail dans la perspective de l’intensification de l’offre de travail ; Nous ne pouvons ainsi devenir Allemands, donc habiter en poètes et en penseurs, donc être ceux qui attendent, tant que nous nous lancerons à la poursuite de ce qui est allemand au sens de quelque chose de national. »

  29. Bonsoir Monsieur Gambler,

    Avant de commenter le texte de Debord que vous mettez en parallèle avec un de Heidegger, permettez-moi juste de vous faire remarquer que je ne me souviens pas de vous avoir traité de « saint » ou de « fou ». C’est Bataille qui s’est qualifié un jour de cette façon.
    Les deux textes mis en parallèle dénoncent, si j’ai bien compris, la volonté des sociétés modernes d’immobiliser le présent, de le rendre éternel. Debord et Heidegger voient là une occasion de plus de se scandaliser selon leur posture coutumière, quasi réflexe, leur habitus comme aurait dit Bourdieu. Personnellement, je ne vois pas ce qu’il y a là de scandaleux, n’est-ce pas une tendance vitale des êtres vivants et des sociétés de vouloir se pérenniser? Que faisaient donc les sociétés traditionnelles? En neutralisant le temps par la transmission des rites aux générations nouvelles, n’éternisaient-elles pas aussi, à leur manière, le présent, celui-ci n’étant d’ailleurs que la répétition d’un passé mythique?
    Ce qui me surprend, aussi bien chez Debord que chez Heidegger, et bien d’autres prophètes apocalyptiques, c’est la facilité avec laquelle ces types condamnent globalement la modernité, avec une arrogance, une prétention intellectuelle, et aussi une féroce malhonnêteté. Vous qui aimez rire comme moi, ne trouvez-vous pas que ce genre de gaillards sont des « enflures » (voir La Fontaine et sa grenouille). Qu’ont-ils fait ces hérauts du pire pour améliorer le sort des gens? De la littérature, certes, et pas forcément de la meilleure (jugement personnel, donc subjectif, donc pas bon, car la subjectivité humaine n’avait pas bonne presse chez Heidegger, sauf la sienne bien sûr).
    Seul, en effet, le rire peut nous sauver… des enflures
    A vous
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 18/10/2006 à 21:09 | Répondre | Modifier
  30. bonjour rené (misslin),
    Je viens de lire votre note sur les penseurs de nuées. Je ne crois pas qu’il faille ainsi qualifier heidegger car alors que dire de Platon par exemple et de sa conception des Idées, du ciel des Idées. A ce rythme on ira vite à faire de toutes les conceptions philosophiques un grand nuages de fumées.
    Aussi, je pense que vous vous trompez sur le « on » du point de vue de heidegger. Le « on » est avant tout une condition de l’existence, un constat, la vie dans sa quotidienneté. Heidegger y vivait dans ce « on » il ne le renie pas. Moi aussi comme vous je pense qu’il etait plutot bourgeois à ses heures. Toutefois quand il voulait sortir de ce « on » il allait dans sa cabane.
    Moi par exemple je joue au tennis et là j’ai l’impression d’etre plus pres de moi meme. Une fois par semaine biensur, je ne campe pas sur le terrain plusieurs jours.
    Aussi heidegger n’est pas un homme qui pense que le monde ici bas est foncierement mauvais; ce n’est pas l’homme des lendemains qui chantent. C’est au contraire l’homme qui cherche ce qui est le plus proche. N’ y a t il pas en effet dans toute sa pensée des rstes de « aux choses meme » ?
    Encore une fois ne faites pas du « on » une facon mediocre de vivre, car qui pourrait pretendre y echapper ? C’est notre facon de vivre premiere je dirai; ensuite a qui le veut de depasser cela et ceci a chacun le droit et la libetré de choisir sa voie.(je continue le tennis tant que je m’en sent capable).
    Je pense que heidegger merite plus d’attention et je voulais vous le signaler.
    merci de votre comprehension et a bientot
    bertrand

    Rédigé par : bertrand | le 19/10/2006 à 09:54 | Répondre | Modifier
  31. Bonsoir Bertrand,

    Je suis très touché par la façon que vous avez de me répondre et je vais essayer à mon tour de réagir à certaines de vos remarques que je trouve tout à fait recevables.
    Vous écrivez: « Ne faites pas du on une façon médiocre de vivre ». Cette invitation, je l’apprécie, mais, elle est pour ainsi dire inutile, car je n’ai absolument pas dans ma vie le concept de « on ». C’est Heidegger qui en a proposé l’usage, que je récuse absolument. Je déteste toute forme de catégorisation qui reposerait sur une discrimination de ce genre: c’est pour moi l’expression d’une forme de racisme. C’est Heidegger qui avait un problème de ce type, pas moi. C’est lui qui pensait qu’il y avait deux sortes de façons de vivre, une authentique, une autre inauthentique. Pour moi, ça ne veut strictement rien dire. Je n’ignore pas que les êtres humains adorent introduire des distinctions du genre: intellectuel/manuel; cultivé/inculte; civilisé/barbare etc etc . Pour Heidegger, il y avait ceux qui savaient penser (lui en premier)et ceux qui ne pensaient pas. Ceux qui pensaient étaient susceptibles de s’élever au-dessus de la condition commune, grégaire, ils accédaient à une sorte d’ETRE supérieur, les autres formaient le groupe des « on » (ou le troupeau, grex, en latin d’où grégaire). Ce genre de pulsion m’est complètement étrangère. Je ne comprends tout simplement pas. De là vient que je ne comprends pas non plus son oeuvre qui s’adresse à des initiés capables d’ingurgiter ce style abominable, qui se veut à part, précieux en diable, d’une préciocité quasi pathétique, celle que manifestent des gens qui ont la frousse de n’être qu’eux-mêmes, c.à.d. pas grand’chose, comme nous le sommes TOUS. Je n’ai personnellement aucun problème de ce genre. Je n’attends pas que la vie soit un Ereignis, une parousie de je ne sais quel être, je m’en fiche complètement des parousies (est-ce que d’ailleurs, quand on connaît la vie banale de Heidegger, ce n’était pas simplement une pose?). Je me sens bien avec les gens. Je trouve que nous avons une chance folle (car je connais un peu l’histoire humaine)de vivre dans des sociétés qui ont su permettre à une majorité de gens de vivre correctement, c’est un miracle historique. Quelle idée de taper sur la modernité, comme il le fait, sur la technique, comme si c’était la technique qui était responsable, par exemple, des camps d’extermination nazi, alors que Hitler avait, dans Mein Kampf, annoncé dès 1926, qu’il fallait une épuration éthnique. Il paraît que Heidegger n’a jamais lu Mein Kampf. C’est bien dommage. Demander aux étudiants en 1933 de suivre le Führer dont on n’a pas lu le programme, c’est quand même un peu léger, non? Il aurait mieux fait de se tenir informer des réalités des « étants » plutôt que de s’intéresser à l’avènement de l’être. Ca lui aurait évité de soutenir, pour un temps certes, ce régime, cela lui aurait évité de blesser la sensibilité de ses élèves juifs qui se sont aperçus un beau jour que leur cher PROFESSEUR était un nazi et qui ont dû fuir l’Allemagne, certains au prix de leur vie, comme le pauvre Benjamin. C’est pour cela que je trouve Heidegger dangereux: c’est que c’est un planeur, un de ces types qui se placent au-dessus du commun des mortels, on ne sait pourquoi, sinon par exaltation subjective, et qui, du haut de leur tour imaginaire, se croient investis de la mission de servir de guide, de prophète et de mage. Moi, les mages, ou ils m’enquiquinent (pour être poli!), ou ils me font rire.
    Bien cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 20/10/2006 à 00:23 | Répondre | Modifier
  32. « c’est que c’est un planeur, un de ces types qui se placent au-dessus du commun des mortels, on ne sait pourquoi, sinon par exaltation subjective, et du haut de leur tour imaginaire, se croient investis de la mission de servir de guide, de prophète et de mage. Moi, les mages, ou ils m’enquiquinent (pour être poli!), ou ils me font rire. » : vous venez de décrire les trois quarts des philosophes. Occupez vous donc de planter des choux si le génie ne vous touche pas (ce qui n’est guère étonnant)

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 20/10/2006 à 07:43 | Répondre | Modifier
  33. bonjour rené,
    je crois qu’il y a encore un malentendu sur la notion de « on ». Toutefois c’est une chance car sans quoi la discussion ne serait pas possible. Vous dites d’abord que c’est un concept or il y a très peu de concepts chez heidegger. Il est préférable de parler de notion ou d’existentiaux s’il on veut parler comme lui(tenez nous sommes dans le on là!! Tout en parlant de philosophie. Et tiens, prends ça dans les dents martin). Ce serait dejà prendre un mauvaise voie de parler de concepts dans la mesure oû ce terme va induire une philosophie cartesienne, française, sartrienne, bref plutot une dialectique des concepts. Ce n’est pas le souci de heidegger que de conceptualiser sa pensée. Si un seul concept oserai je dire existe chez lui c’est l’Etre. Toutefois sein un zeit par du constat que c’est le concept le plus général….
    Il serait encore intéressant de voir si heidegger est réellement un anti moderne. Sa critique de la technique a souvent suffit de la part de nombre d’auteur à justifier ce qualificatif d’anti moderne. Or je pense que si l’on s’approche de la question du travail, alors la possibilité que se donne la technique de mettre l’étant à disposition (et de surcroit l’étant que nous sommes, certes un étant sur fond d’étant), je crois sincerement qu’heidegger a vue juste: au fond avec la technique tout est possible, tout est instrumentalisable,à condition que l’on arrive à nos fins(le on est là bien plus dangereux que le « on » de notre discussion). Heidegger n’a jamais voulu etre le grand maitre et possesseur de la nature, et cela à mon sens est le début, la marque de son anti modernisme.
    Aussi je reconnais qu’il pouvait se prendre pour un être supérieur au sens oû il se demarquait par son travail. Aussi je pense qu’il a tord de penser que l’on ne peut penser qu’en grec ou en allemand(à ce propos hannah arendt le souligne dans son journal publié récemment). Bref, je suis convaincu qu’il ya chez heidegger un grand penseur, et suis parfois déçu des qualificatifs que l’on rencontre à son égard : nazi, blablateur, penseur de rien…
    C’était certes et surement pas quelqu’un de très aimable. Mais bon…
    Merci de votre attention
    bertrand

    Rédigé par : bertrand | le 20/10/2006 à 10:11 | Répondre | Modifier
  34. Cher Monsieur Mislin,

    Juste un mot, parce qu’il me semble qu’il y a un malentendu entre M. Bertrand et vous : quand ce dernier vous dit « ne faites pas du « on » une facon médiocre de vivre », il sous-entend sans doute : chez Heidegger lui-même. Heidegger, par cette distinction du propre et de l’impropre, entend justement réfuter toutes les oppositions terme à terme que vous décrivez (et par exemple, et au plus haut point, on le lui a d’ailleurs assez reproché, la distinction intellectuel / manuel). Il n’y a pas « ceux qui pensent » et « ceux qui ne pensent pas » : le propre et l’impropre ne sont pas deux types d’existence qu’il faudrait hiérarchiser, mais les deux modalités possibles de toute existence, la mienne, la vôtre, celle de Heidegger lui-même (car c’est cela, un existential : une structure qui s’applique à toute existence, quelle qu’elle soit). Or, si nous sommes « d’abord et le plus souvent » dans une existence impropre, tous autant que nous sommes, cela signifie aussi qu’il ne s’agit pas d’une succession : pas seulement « d’abord », mais « d’abord et le plus souvent ». En d’autres termes, nos existences sont toutes propres et impropres, selon l’instant: il n’y a pas, chez Heidegger, de conversion radicale à la propriété, à moins de donner à ce terme sa signification augustinienne (et c’est visiblement ce que fait Heidegger) — je le répète, même après la conversion, la tentation demeure toujours présente. Au reste, si l’impropriété, c’est foncièrement le dévalement au monde, il est bien évident que l’existence propre ne saurait constister en une espèce de lévitation où nous serions affranchis des conditions concrètes de nos vies — on peut connaître l’angoisse, ça n’empêche pas de mettre le soir le surgelé dans le micro-ondes…

    Je voudrais vous répondre sur un autre point, parce que la question que vous soulevez me semble (comme souvent) parfaitement légitime : qu’a fait concrètement Heidegger ?
    D’une part, je crois qu’il n’a jamais été aussi dangereux que quand il a cru pouvoir faire concrètement quelque chose : on sait ce que cela a donné, et il serait vain de lui chercher, sur ce chapitre, beaucoup d’excuses, parce qu’il s’est trempé dans beaucoup de compromissions parfaitement inexcusables, justement.
    Ensuite, second temps, Heidegger voit, à partir de sa méditation sur la Machenschaft, qu’il y a une crise de la pensée: après tout, Aristote faisait de la théôria la plus actueuse des activités. Et si ce culte voué à l’action pragmatico-technique n’était pas au coeur du problème, justement ? Et si cette opposition terme à terme entre penser et agir n’était pas au fondement des difficultés de notre temps ?
    Leçon après tout qu’a retenu Jonas : il y a une éthique du non-agir, de la retenue, de la réserve, en des temps où l’action pragmatico-technique semble ne plus connaître de limites. Après tout, tous s’accordent à dire qu’il est illusoire de penser que les problèmes environnementaux que nous rencontrons actuellement (et dont nous savons tous l’extrême gravité) seront tous résolus par la science. Il y a là une espérance technicienne qui est une espérance folle, et que nous payerons fort cher. Peut-être nous faut-il réapprendre à ne pas faire, ce qui passe aussi par une réappropriation de notre propre finitude, par une méditation qui suspend l’agir-sur pour se demander un peu où cela nous mène, par une acceptation que tout n’est pas remis à notre pouvoir d’agir et d’oeuvrer.

    Vous me direz : cette retenue, les scientifiques, s’ils n’en sont pas toujours capables (pour des raisons institutionnelles), la souhaient pour la plupart. S’il s’agissait seulement de mettre un genre de moratoire sur l’action, de faire un pas de côté pour observer où nous conduit la course au progrès, il n’y aurait rien de bien neuf che Heidegger (pas plus en tous les cas que chez un Julien Benda, par exemple).

    Mais tel n’est justement pas le cas : la méditation est méditante quand elle se réapproprie les origines, et voilà le point : on aura fait beaucoup, du moins je le pense, quand on aura compris d’où provient cette débauche de la volonté de puissance. En d’autres termes, la première chose à faire, avant même l’établissement d’un diagnostic qui saute aux yeux de tous (heideggeriens ou pas, ce n’est pas le problème), il faudrait peut-être se pencher sur l’étiologie — on peut bien sûr ne pas s’accorder avec celle que tente de dégager Heidegger ; elle mérite cependant qu’on s’y attarde un peu, je pense, d’abord parce qu’elle est profondément originale, et ensuite parce qu’il n’y en a pas beaucoup d’autres (Nietzsche bien sûr, et d’autres penseurs contemporains qui vous font sans doute également grincer des dents : Debord, Dantec, Legendre, parmi quelques autres).

    Chantres de la catasrophe ? Pour Heidegger en tous les cas, non, c’est certain. Pas plus que Nietzsche en ce sens : « là où est le danger, croît ce qui sauve » : que nous traversions une crise grave, c’est une évidence ; ce qui pourra en ressortir est beaucoup plus incertain, et il n’est pas dit qu’en tant que penseurs, justement, nous n’ayons pas un rôle à y jouer.

    Je ne sais pas si cette réponse, trop rapide, aura l’heur de vous convaincre ; j’espère en tous les cas qu’elle vous aura indiqué quelques pistes. J’ajoute en outre que comme il se trouve que j’avais naguère écrit un article sur le propre et l’impropre, je puis vous en transmettre copie, si vous le désirez.

    P. Teitgen.

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 20/10/2006 à 11:55 | Répondre | Modifier
  35. Merci à mr teitgen pour ses éclaircissements.

    Rédigé par : bertrand | le 20/10/2006 à 15:57 | Répondre | Modifier
  36. Monsieur Teitgen , n’y a t-il quand même pas un problème lorsque Heidegger propose d’intensifier justement l’agir en « relevant le défi de la technique », chose que seul le nazisme aurait été en mesure de faire selon lui. Je sais bien qu’après la guère il s’est converti à un certain quiètisme : mais le laisser-être semblait justement absoudre les pires exactions de la volonté de puissance justement. Il apparaît que Heidegger souhaitait un dépassement de l’insurrection du sujet : mais que selon lui c’est en le laissant tyranniser le monde de façon frénétique qu’il s’ »auto-détruirait » en quelque sorte. N’y a t il pas là précisément le pôle même de la croyance heideggerienne en les ressources du nazisme? S.D.

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 20/10/2006 à 16:02 | Répondre | Modifier
  37. PS. J’ajoute nu mot encore, à propos d’une technophobie heideggerienne (d’un Heidegger, pour le coup, repeint avec les couleurs vives mais peu convaincantes d’un impressionnisme partisan) : je ne puis que renvoyer sur ce point à Gelassenheit, qu’on a traduit (à mon avis à tort) par Sérénité, et qu’on rendrait mieux par — acquiescement, avec ce qu’il faut de quiétude, justement ! M. Mislin, regardez ce texte : vous verrez qu’il ne s’agit pas de bannir tout objet technique et d’aller brouter notre herbe, comme le disait jadis Voltaire à propos de Rousseau. Et d’un, c’est absurde, et de deux, ce genre d’idées repose sur les mêmes présupposés techniciens que le culte rendu à la technique lui-même. Il nous faut, dit Heidegger, un « oui » accompagné d’un « non ». Nulle part alors vous ne trouverez chez lui de longues récriminations sur le progrès technique, mais une invitation à la prudence, au sens aristotélicien du terme: il n’est pas sûr en somme, que nous sachions toujours bien ce que nous sommes en train de faire. Mythe, usé jusqu’à la corde (et resservi par le plus simplet des récits de SF !) de la technique comme boîte de Pandore, et de l’homme moderne comme apprenti-sorcier ? Non pas : mais la conscience que les schèmes selon lesquels nous persistons à interpréter notre propre activité technicienne sont désormais foncièrement inadéquats à leur objet. C’est d’ailleurs pour cette raison que la technique représente un danger d’abord pour la pensée, et non pour notre vie quotidienne — il est bien évident qu’elle facilite cette dernière ! Mais peut-être faudra-t-il un jour consentir à se demander à quel prix — question qui mérite tout de même d’être posée, vous ne trouvez pas ?

    P Teitgen

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 20/10/2006 à 17:53 | Répondre | Modifier
  38. Bonjour Monsieur Teitgen,

    Merci pour votre aimable et instructif message. Je serais ravi de recevoir votre article sur le propre et l’impropre.
    J’aurais bien sûr beaucoup de choses à vous répondre, car votre lettre est riche et très intéressante.
    La référence à Augustin me touche. J’ai lu cet auteur, il y a longtemps, dans le texte, quand je faisais mes études de latin. Je n’ai pas suivi son chemin, si bien que la distinction propre/impropre, authentique/inauthentique m’échappe complètement. Mais, autant chez Augustin ou Pascal, pareille distinction m’est compréhensible, car ils avaient la foi, autant chez Heidegger, qui ne se réfère plus au christianisme, elle devient pour moi incompréhensible, et même mal venue, comme une sorte de singerie d’une religion qu’il a reniée. Bien sûr, on peut se dire que c’est sa formation de séminariste qui l’a ainsi marqué de façon indélébile (Einprägung!). Mais, comme il n’a pas clarifié cet aspect de son habitus, mais qu’il se contente de l’énoncer sans la moindre justification ni psychologique, si logique, ni morale, je me dis souvent, puisqu’il n’a pas réussi semble-t-il à s’en passer tout à fait, qu’il aurait mieux fait de conserver intacte sa foi chrétienne, son logos y aurait gagné en cohérence. Car, sa manière de critiquer le cours qu’a pris notre civilisation me fait immanquablement penser à la distinction théologique, vie intramondaine (le péché) et vie religieuse, ou spirituelle (le salut), et comme je suis un pauvre agnostique, je bloque, et même je me révolte, car je trouve que Heidegger triche quelque part, avec lui-même, peut-être, mais aussi avec ceux qui le lisent, en important cette distinction dans un discours qui ne la réclame plus, puisqu’il ne s’agit pas de foi, du moins en apparence. Mais, à mon humble avis, il y a chez Heidegger comme une souffrance, celle d’avoir perdu sa foi. Ce qui l’a amené à chercher des Ersatz (comme les Allemands en faisaient de tous genres entre les deux guerres!). Je ne dis pas que j’ai raison, je le ressens seulement ainsi. Comment autrement un agnostique pourrait-il écrire: « seul un dieu peut nous sauver », mais nous sauver de quoi? De la finitude, de la bêtise, du fait que nous sommes seulement des primates, qu’aucun dieu ne nous a créés, que nous devons nous débrouiller comme n’importe quel autre être vivant.
    Quant à la question de l’origine, là aussi, je n’y comprends rien. Nos prouesses techniques ont une longue histoire, et même une préhistoire. Ces « progrès » (ce terme pour moi signifie phénomène cumulatif, car d’un point de vue qualitatif, les inventions de nos ancêtres préhistoriques n’ont rien à nous envier), ils accompagnent les hommes depuis leur origine. Je ne vois pas en quoi, où, comment il y aurait eu une sorte de dérapage dû à je ne sais quelle métaphysique. Car, de nombreux peuples, avec des systèmes de croyances complètement différents, ont réussi à se doter d’inventions remarquables. Or, cette évolution, nous ne l’avons pas décidée. Ce serait vraiment faire preuve ou de naïveté ou de vanité pour penser que nous avons les moyens absolus de décider de notre sort. Il n’y a pas eu de « faute » nulle part, à mes yeux, mais l’existence chez les humains de capacités étonnantes si on les compare à celles des autres espèces. Dire que ces capacités ne commencent pas à prendre une tournure inquiétante est une évidence, mais je crains que ce ne soit pas en changeant de métaphysique, ou en la déconstruisant, qu’on va s’en tirer. J’arrête là, pour ne pas vous ennuyer et abuser de l’hospitalité de notre hôte d’accueil.
    Bien cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 20/10/2006 à 18:43 | Répondre | Modifier
  39. Bonsoir Monsieur Teitgen,

    J’ai lu votre PS seulement après avoir envoyé ma réponse. Que nous allons devoir ralentir notre frénésie technologique, je crois que pas mal d’esprits, de bords fort différents, en sont conscients. Si, à vos yeux, et je pense qu’il s’agit du Heidegger de la Gelassenheit, vous considérez qu’il nous appelle par là à la raison, ma foi, comment ne pas acquiescer, et le féliciter d’avoir retrouvé ce vieux concept de la sagesse populaire. Une amie russe, qui traduit Suso, m’a demandé cet été comment je traduirais Gelassenheit en français (elle avait du mal à le traduire aussi en russe). J’ai fini par trouver « élation », je ne sais pas ce que ça vaut. Une fois encore, je note que Heidegger retrouve un terme familier de la mystique chrétienne rhénane, en particulier chez Eckhart qu’il aimait beaucoup. Mais, chez les mystiques, il s’agit d’une attitude qui consiste à remettre sa destinée entre les mains de Dieu. Et chez Heidegger? Il y aurait toute une étude phénoménologique (!) à faire sur « la nostalgie de l’être » (pour prendre le titre d’un beau livre de F. Alquié)chez Heidegger, ou mieux, sur la nostalgie de la foi. Je pense souvent à Nietzsche, quand il a écrit que Dieu n’est pas mort, mais que nous l’avons tué, et qu’il risque de nous manquer. C’est bizarre, mais c’est ainsi, je ne suis pas très sensible à Heidegger, sans doute à cause de son style que je trouve épouvantable et pas sincère, affecté, compliqué pour rien, alors que le style franc de Nietzsche me touche profondément. Merci pour avoir pris la peine de m’écrire. Même si je ne suis pas forcément d’accord avec vous, je crois que je pourrai toujours m’entendre avec vous.
    Cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 20/10/2006 à 20:37 | Répondre | Modifier
  40. Au sujet de la Gelassenheit, qui commence à transparaîre dés 1936, Jean Greisch parle d’une « phénomenologie du deuil des dieux enfuis », ce qui me paraît tout à fait pertinent.(cf. « Les buissons ardents et les lumières de la raison » III p.667)

  41. Bonjour Monsieur Teitgen,

    Figurez-vous qu’en cherchant sur le net des textes de Cassirer, je suis tombé sur un article de Christian Krijnen, « Le sens de l’être, Heidegger et le néokantisme » (http://methodes.revues.org/document116.html)dont voici la conclusion:
    « En bref, le concept de validité est présupposé par l’ontologie fondamentale, il est « plus originaire » qu’elle. Qu’un énoncé soit rendu possible par la « transcendance du Dasein » ou de la « vérité de l’être » du point de vue de sa constitution théorique, donc dans son pur et simple accomplissement, ne clarifie en rien sa prétention à la validité ni sa valence de validité ou sa différence de validité. La tâche fondatrice est insuffisamment assumée quand on conçoit la connaissance comme un pur rapport ontologique, même pris au niveau de l’ontologie fondamentale, et comme une grandeur déterminée par l’être. L’ontologie fondamentale rend elle-même d’emblée impossible un traitement noématique adéquat des questions de normativité, lesquelles sont toujours aussi des questions de validité. Et comme elle est incapable, en dépit de ses nombreux aperçus utilisables sur les aspects noétiques, d’un traitement noématique adéquat des questions de normativité, elle est incapable de comprendre sa propre prétention à la validité. Un tel état de fait est traditionnellement qualifié de dogmatique. »
    Pourquoi je vous cite ce texte? Parce qu’il me permet de comprendre ma résistance à Heidegger. C’est parce que les prétentions de Heidegger, je ne les sens jamais fondées discursivement. Or je ne m’intéresse pas aux positions dogmatiques, mais aux philosophies critiques comme celles de Kant. En effet, même et surtout, le concept d’ »être », on n’y arrive pas passivement, ou extatiquement, mais par la critique. Ce que M. Alquié (dans son livre, « La nostalgie de l’être ») exprime ainsi: « Descartes et Kant estiment seulement que la science de l’être en tant qu’être consiste à savoir que, de l’être, on ne peut rien dire, et que tout ce qu’on dit n’est pas lui. Cette ontologie négative est proprement la métaphysique… » (PUF, 1973, p. 149). Je trouve tout cela parfaitement clair, tandis que Heidegger, je ne le trouve jamais clair. Même son adhésion, disons passagère (quoique je trouve que sa « nostalgie de l’être » est restée constante) aux thèses nazi, je ne la trouve pas compréhensible sinon en la mettant sur le compte d’une profonde passivité, face au réel, comme une sorte d’inaptitude à aimer l’esprit critique. Les fêtes extatiques, hélas, ne sont pas synonymes de lendemains qui chantent!
    Bien cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 21/10/2006 à 17:46 | Répondre | Modifier
  42. Cher Monsieur Mislin

    je crois qu’en effet le désaccord est indubitable, mais je ne le pense pas insoluble, parce qu’il me semble reposer sur un certain nombre de malentendus — force est de constater, en tous les cas, que votre Heidegger n’est pas du tout le mien, en sorte que nous nous trouvons dans une situation curieuse : il me semble ainsi exempt de la plupart des reproches que vous lui adressez. Davantage même : je puis, en tant que « heideggerien », comme on dit, souscrire à une grande partie de vos propos, lors même que vous me les présentez comme des objections.

    1°) Sur le rapport à la foi, vous avez là-dessus un texte fondamental qu’il vous faut lire pour éclairer ce problème, le cours intitulé Phénoménologie de la vie religieuse — il a une importance capitale pour la suite. Il y a effectivement dans l’expérience chrétienne de la foi quelque chose de décisif, que Heidegger ne reniera jamais, bien au contraire (cela ira toujours dans le sens d’un approfondissement). Ce qui est délicat, c’est de bien comprendre que Heidegger s’attache à la foi comme à une possibilité existentiale, ie considère la foi indépendamment de la question de la croyance (il ne s’agit pas de savor si l’on croit ou non en Dieu : la foi est une possibilité de l’existence humaine, qui en dit peut-être long sur icelle à qui sait écouter).
    D’où l’importance, effectivement, d’auteurs comme Pascal, Luther, Augustin, Saint Paul, Kierkegaard. Sur ce point, l’ouvrage de C. Sommer n’est pas mal fait du tout, même si je n’en partage pas forcément les interprétations (notamment, il me semble qu’il oublie u peu trop l’influence kierkegaardienne).

    2°) Quant à savoir si, dans le secret de sa subjectivité, Heidegger était ou non croyant, bien malin qui pourrait le dire, et plus malin encore qui pourrait en dire quoi que ce soit à la lecture de son oeuvre (ie sans recourir à l’extratexte au sens de Barthes, à savoir sa biographie). Ainsi par exemple, le « Seul un dieu peut nous sauver » doit évidemment être compris à partir de Hölderlin et du « dernier dieu » des Beiträge… S’agit-il de l’attente d’une parousie au sens propre ? Certainement pas : que seul un dieu puisse nous sauver, cela veut dire d’abord qu’il nous faut nous réapproprier notre finitude, « apprendre à redevenir mortels » — et non des consommateurs ou des techniciens. « Seul un dieu peut nous sauver », cela signifie aussi, et sur ce point je ne puis qu’être d’accord avec vous, qu’il y a dans toute cette histoire quelque chose qui nous dépasse infiniment, si pourtant nous en conservons toujours la responsabilité. Pas d’incrimination d’une « faute » immémoriale donc, bien au contraire — le comble de la pensée technicienne, n’est-ce pas de croire que tout est remis à notre libre pouvoir ? Il y a pourtant, dans « l’événement » de « l’histoire de l’estre », quelque chose qui échappe à notre volonté. « Ce serait vraiment faire preuve ou de naïveté ou de vanité pour penser que nous avons les moyens absolus de décider de notre sort » : je ne saurais mieux dire, et Heidegger lui-même ne dit pas autre chose.

    3°) Il y a une nette tendance, et particulièrement en France, à faire de Heidegger un genre de gnostique. Rien pourtant qui corresponde chez lui aux thèmes fondamentaux de la gnose. Pas de péché originel, pas de position d’une malignité du monde, pas d’éschatologie (contrairement à ce qu’on pourrait penser), et une sotériologie des plus aventureuses. C’est cependant une tendance de l’existence (impropre, ie de notre existence à tous ! ) de passer à côté de ce qui est original en le ramenant à du bien connu — n’y voyez pas une critique ad hominem: je l’ai dit, c’est une structure de toute existence, la vôtre comme la mienne.

    4°) Sur la technique : elle a évidemment une histoire. Là où je me sépare de vous, c’est sur deux points précis :
    -a L’histoire de cette technique me semble inséparable de l’histoire de la pensée, au sens très large. En termes heideggeriens : il y a au fondement de tout agir certaines décisions (explicites ou pas) quant à des questions métaphysiques fondamentales, p. ex le sens du mot « être ». La réponse que nous donnons à ce genre de questions, que nous le sachions ou pas, détermine largement ce que nous pouvons penser, comment nous pensons, mais aussi comment nous agissons, comment nous transformons le monde, comment nous nous concevons nous-même. Je vous renvoie sur ce point au petit texte de Koyré dont nous avons déjà parlé.
    -b Cette histoire des techniques me semble infiniment moins progressive qu’à vous (à moins que je n’aie pas bien compris votre propos). Cf., du pur point de vue épistémologique, les notions de « révolution » ou de « changement de paradigme » (lesquelles, avant d’être reprises par Kuhn, étaient déjà chez Husserl, et que Heidegger connaissait parfaitement). La question, au fond, est celle que Heidegger pose lui-même : entre un moulin à eau et une centrale hydroélectrique, la différence est-elle de degré de complexité, ou de nature ? Heidegger répond : de nature, parce que les schèmes de pensée nécessaires à l’élaboration d’une centrale hydroélectrique, la façon dont elle s’insère dans le paysage en convoquant la nature ou en la sommant de produire de l’énergie, est quelque chose de radicalement neuf et d’incommensurable à tout passé. En d’autres termes, il y a bien une certaine continuité : la technologie moderne est bien l’aboutissement d’une longue histoire, et pas seulement technique, qui s’enracine dans certaines décisions métaphysiques fondamentales qui remontent au premier commencement grec (l’idée que la production est une violence faite à la nature, le schème artificialiste qui consiste à penser tout l’étant à partir de notre propre produire) ; mais il y a aussi rupture, parce que la technique moderne est, nous dit Heidegger, devenue d’abord un mode de pensée. Personnellement, ça me semble plus qu’évident : il suffit de voir comment le vocabulaire de la gestion est désormais appliqué à tout ce qu’on nommait encore naguère les « affaires humaines ».

    Certes, toutes les cultures ont réussi à se doter de techniques. on sait très bien qu’au moment même où il s’est écroûlé, l’empire Inca possédait par exemple un tissu urbain avec lequel aucune capitale européenne de l’époque ne pouvait rivaliser. Il ne s’agit donc pas de faire de la production d’outils et d’artefacts le propre d’une civilisation greco-latine, ce qui serait grotesque ; il s’agit de dire qu’il n’y a sans doute pas ailleurs d’équivalent à ce que nous appelons « technique » — de même qu’il n’y a pas ailleurs d’équivalent à ce que nous nommons « philosophie ».
    Thèse qui doit finalement beaucoup à Husserl et à la Krisis — or, quand je relis es ouvrages de Bottéro par exemple, je suis à chaque fois saisi par la différence incommensurable entre le logos grec et la mésopotamie — et pourtant, Babylone n’était pas précisément un tas de fumier, peuplé de demeurés tapant sur des cailloux.

    5°) Sur la Gelassenheit, il ne s’agit pas simplement de s’en remettre à une instance supérieure (appelons-la Dieu, par commodité). Il n’y a pas non plus de misologie heidegerienne. Un constat, simplement : la raison est aussi une puissance de calcul et de mise au pas. Leçon là encore retenue par Jonas : il est inutile d’en appeler à plus de raison eu égard à certains agissements, parce que la techno-science a sa propre rationalité — il y avait des philosophes dans les comités d’éthique, et pas spécialement des heideggeriens ; ils en sont partis, cf. le récit de Badiou à ce propos. Appel à la dé-raison, alors ? Certainement pas ! Là encore, il y a des oppositions terme à terme dont il est difficile de sortir… Gelassenheit : reprise du souffle, apaisement, quiétude opposée à l’affairement inquiet et toujours plus inquiet, parce qu’inquiet de son propre affairement. J’en reviens ici à ce que M . Domeracki rappelait à propos de la volonté de volonté et pense à ce que disait un des héros du roman de Truma Capote, De sang-froid ; « Une course de fond sans ligne d’arrivée ».

    Voilà donc,

    Pierre Teitgen

    PS. Pour l’article, envoyez-moi un mail sur ma boîte (il suffit de cliquer sur mon nom), et je vous l’expédie par retour de courrier).

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 21/10/2006 à 19:21 | Répondre | Modifier
  43. Mon message s’est éffacé: c’est assez rageant. Je vais essayez de synthétiser à l’aide de quelques remarques:
    1- Christian Sommer semble en effet avoir minimisé l’apport de Kierkegaard. Mais il me semble aussi que sont plus ou moins laissés de côté Maître Eckhart et Angélus Silésius. Non que Heidegger ait été, pour reprendre le mauvais mot de Sartre sur Bataille, « un nouveau mystique ». Mais même une lecture rapide du « Pélerin chérubinique » permet de se rendre compte de l’importance de la mystique rhénane pour sa pensée du divin.
    2- Pierre Teitgen, dans son troisième point, pense qu’il n’y a pas de « malignité du monde » chez Heidegger. J’ai pour ma part, ayant beaucoup travaillé sur son cours de 1936 sur Schelling, et lu les multiples essais de Guest sur la « méchanceté de l’être », plus de mal à l’affirmer sans plus discuter. La méditation de l’apport à la philosophie de Schelling, de sa pensée de la « liberté pour le mal », du fond-en-Dieu comme « contre-volonté initiale » (le mot de Satan est même prononcé clairement) n’est certainement pas sans incidence dans sa propre pensée. Je pense notamment à son intuition d’une « perversion du fond » par l’ »esprit » (autant le dire: la métaphysique occidentale depuis l’obtruction de l’Alethéïa jusqu’aux visées de la volonté de puissance du Travailleur). Mais, à mettre au crédit de votre propre avis à ce sujet, l’idée fort claire qu’une « méchanceté destinale », impliquant la totalité de l’étant, revient de fait à absoudre toute exaction effective : pensée la malignité du monde revient en quelque sorte à rétablir cette « innocence du devenir » appellée de ses voeux par Nietzsche. C’est à partir de cette notion que je me représente la pensée heideggerienne de la Gelassenheit.
    3- Même si je n’ai aps été le participant le plus sobre du débat, je ne peux que me réjouir du ton pris dans les dernières interventions : studieux et conciliant. Puissent messieurs Misslin et Er prendre en considération les justes réflexions de Monsieur Teitgen, plutôt que d’en revenir tout le temps à leurs préjugés. Si votre avis sur Heidegger est définitif, à quoi bon venir débattre? Pour ma part, même si j’ai un avis, il est encore mouvant, et susceptible d’encore plus bouger selon la force des arguments des grands commentateurs (ou au contraire leur molesse) et selon les publications à l’ordre du jour de la Gesamtausgabe.

  44. A S. Domeracki

    La question mérite d’être soulevée, cela est certain. L’entretien avec le Spiegel ne fait d’ailleurs qu’aviver la difficulté, puisque Heidegger y reconnaît entendre alors la technique en un autre sens que celui qu’il donnera plus tard à ce terme.

    Une lectio difficilior me semble cependant également possible : c’est celle que propose G. Guest à plusieurs reprises. Pour l’instant, je vous y renvoie ; nous verrons ensuite ce qui vous laisse sceptique, ou sur votre fin.

    PS. Bon courage pour votre Agrégation ! Les temps sont durs…

    P Teitgen.

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 22/10/2006 à 03:45 | Répondre | Modifier
  45. Bonjour Monsieur Schildy,

    On peut en effet se demander si les temps modernes ont introduit des changements de « nature » dans la technologie, comme le suggère Monsieur Teitgen. Vous soulignez à juste titre un phénomène historique immense que nous, modernes, avons tendance à oublier, celui de l’esclavage. Durant le « grand » siècle de Périclès, Athènes avait 30.OOO citoyens contre 300.000 esclaves. Dans nos cultures, le machinisme moderne n’est peut-être que la réponse à l’abolition de cette forme d’asservissement séculaire, et celle-ci l’expression d’une révolte de la majorité des gens contre la minorité qui, durant des siècles, les exploitait. Le rêve des hommes de se libérer du poids des contraintes premières de la vie est peut-être le projet anthropologique fondamental.
    Cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 22/10/2006 à 14:47 | Répondre | Modifier
  46. Outre le fait que cette fresque de Debord dans « In girum » me paraît d’une parfaite lucidité et d’une inquiétante actualité:

    « Au réalisme et aux accomplissements du système capitaliste moderne, on peut déjà connaître les capacités personnelles des exécutants qu’il a formés. Et en effet ceux-ci se trompent sur tout, et ne peuvent que déraisonner sur des mensonges. Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter.
    Comme le mode de production les a durement traités! De progrès en promotions, ils ont perdu le peu qu’ils avaient et gagné ce dont personne ne voulait. Ils collectionnent les misères et les humiliations de tous les systèmes d’exploitation du passé; ils n’en ignorent que la révolte. Ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu’ils sont parqués en masse, et à l’étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres; mal nourris d’une alimentation polluée et sans goût; mal soignés dans leurs maladies sans cesse renouvelées; continuellement et mesquinement surveillés; entretenus dans l’analphabétisme modernisé et les superstitions spectaculaires qui correspondent aux intérêts de leurs maîtres. Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que tiennent des imbéciles.
    Ils meurent par séries sur les routes, à chaque épidémie de grippe, à chaque vague de chaleur, à chaque erreur de ceux qui falsifient leurs aliments, à chaque innovation technique profitable aux muliples entrepreneurs d’un décor dont ils essuient les plâtres. Leurs éprouvantes conditions d’existence entraînent leur dégénérescence physique, intellectuelle, mentale. On leur parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire: « il faut », et ils veulent bien le croire. Mais surtout on les traite comme des enfants stupides, devant qui bafouillent et délirent des dizaines de spécialisations paternalistes, improvisées de la veille, leur faisant admettre n’importe quoi n’importe comment; et aussi bien le contraire le lendemain. » (1977)

    j’aimerais aussi attirer l’attention de certains d’entre vous sur des textes comme celui-ci:

    « Les différentes formes d’esclavage moderne, la situation actuelle:

    Malgré les progrès incontestables en matière de textes légaux ou de conventions internationales, force est de constater que les situations d’asservissement sont encore nombreuses dans le monde. L’Organisation des Nations unies (et ses institutions spécialisées que sont le Bureau international du travail et L’Organisation internationale du travail) estime qu’il y aurait aujourd’hui 200 à 250 millions d’esclaves adultes à travers le monde auxquels s’ajouteraient 250 à 300 millions d’enfants de 5 à 14 ans au travail1 . Ces chiffres recouvrent toutefois des situations très diverses :
    L’esclavage classique et ses réminiscences contemporaines
    L’esclavage classique perdure toujours aujourd’hui, bien qu’officiellement aboli dans tous les pays du monde depuis plus de 20 ans (la Mauritanie n’y a officiellement mis fin par décret que le 5 juillet 1980). Certains auteurs font état de rumeur concernant la persistance de marchés aux esclaves dans certains pays, notamment au Soudan et en Mauritanie (où l’on estimait qu’en 1994 11 millions d’habitants, soit 45% de la population, sont esclaves)2 ou dans les pays du Golfe Persique.
    La traite d’esclaves
    Fortement liée à l’esclavage traditionnel, la traite d’esclaves existe encore aujourd’hui. On peut la définir comme le déplacement ou le commerce d’êtres humains, à des fins commerciales, par la force ou la ruse. Ce sont le plus souvent les femmes et les enfant qui sont victimes de ces pratiques. Les migrantes sont ainsi forcées à travailler comme employées de maison ou comme prostituées. Des statistiques officielles américaines d’avril 2002 estiment qu’environ 700 000 personnes feraient l’objet de traite entre 2 pays chaque année (ces chiffres excluent donc la traite à l’intérieur d’un pays).
    La traite peut servir à alimenter des filières de prostitution dans le monde entier : on estime à 2 millions le nombre d’esclaves prostitués en Thaïlande, pour répondre notamment aux besoins du tourisme. La traite sert également à alimenter des ateliers de production et des activités économiques, ainsi en Afrique de l’Ouest, des enfants sont recrutés pour du travail dans des conditions d’exploitation, et sont ainsi transportés clandestinement dans l’ensemble de la région. En Chine et au Viêt Nam, des femmes sont emmenées dans des îles du Pacifique pour y travailler dans des ateliers clandestins à la fabrication de produits destinés au marché nord américain. Au Mexique, des hommes font l’objet de traite et sont emmenés aux États-Unis pour y travailler dans des exploitations agricoles.
    Les enfants sont des victimes importantes de la traite moderne (trafic d’enfants), aussi bien pour être exploités comme travailleurs que comme esclaves sexuels. Selon le BIT et Interpol on peut distinguer 5 grands courants internationaux d’enfants destinés à la prostitution : de l’Amérique Latine vers l’Europe et le Moyen-Orient ; D’Asie du Sud et du Sud-Est vers l’Europe du Nord et le Moyen-Orient ; de l’Europe vers le monde arabe ; d’Afrique noire vers l’Europe, le Canada et le Moyen-Orient ; et enfin le trafic transfrontalier à l’intérieur de l’Europe.
    La traite d’être humains est toutefois à distinguer de ce que font les passeurs. La traite implique l’usage de la force ou de la tromperie, dans le but de réduire en esclavage alors qu’un passeur aide à franchir une frontière en échange d’une rémunération. Dans certains cas, les deux phénomènes peuvent toutefois être liés et difficiles à distinguer l’un de l’autre (cf. servitude pour dettes).
    La servitude pour dettes
    La servitude pour dettes touche plus de 20 millions de personnes dans le monde. Les circonstances qui conduisent à de telles situations sont diverses : emprunt destiné à financer un traitement médical, une dot, etc. L’emprunteur est ensuite astreint à travailler sans congé pour le compte du prêteur jusqu’au remboursement de la dette. Les rémunérations étant toujours très basse, il arrive régulièrement que la dette ne soit pas éteinte avant le décès de l’emprunteur et passe ainsi aux générations suivantes. D’autres personnes peuvent s’être engagées à payer leur entrée clandestine dans un pays par leur travail jusqu’à ce que leur dette soit remboursée. Toutefois les « salaires » sont tout juste suffisants pour survivre, si bien que le remboursement peut s’étendre sur des années.
    La servitude pour dette est théoriquement abolie dans le monde entier, toutefois cette pratique est encore généralisée dans certaines régions du monde. Ainsi l’Inde a aboli la servitude pour dette en 1975, sous l’impulsion d’Indira Gandhi et le Pakistan a voté une loi en ce sens en 1992, pourtant ces législations demeurent peu appliquées. Le Comité Contre l’Esclavage Moderne (CCEM) estime à plusieurs dizaines de milliers de personnes en France contraintes de travailler dans des ateliers clandestins pour rembourser une dette exorbitante contractée le plus souvent pour prix de leur entrée dans le pays.
    Le travail forcé
    Le travail forcé constitue sans doute la forme la plus connue de l’esclavage moderne, entre autres parce que c’est la plus répandue dans les pays occidentaux. On parle de travail forcé lorsque des personnes sont recrutées dans l’illégalité par des États, des partis politiques ou des particuliers, et forcées à travailler pour eux, le plus souvent sous la menace de sévices ou d’autres punitions.
    D’après les estimations du Comité Contre l’Esclavage Moderne, quelques milliers de jeunes domestiques seraient « employées » illégalement en France dans des conditions d’asservissement. Ces situations d’esclavage se caractérisent notamment par une confiscation des papiers d’identité, des horaires de travail pouvant aller jusqu’à 21 heures par jour, 7 jours sur 7 pour des rémunérations faibles ou nulles, le tout pouvant être accompagné de brimades physiques et d’abus sexuels. Des études du CCEM montrent que ce type de travail forcé en France concerne principalement des victimes originaires d’Afrique et d’autres pays pauvres. Les tortionnaires appartiennent aussi bien aux catégories socioprofessionnelles supérieures (notamment des hauts fonctionnaires) qu’à des classes plus modestes et sont le plus souvent originaires du même pays que la victime. Les victimes sont parfois même exploitées par des membres de leur famille.
    Le travail des enfants
    Le travail des enfants est considéré comme de l’esclavage lorsqu’il se fait dans des situations dangereuses ou impliquant exploitation. Selon le Bureau international du travail (BIT), 250 millions d’enfants de 5 à 14 ans travailleraient actuellement dans le monde, dont 50 à 60 millions dans des conditions dangereuses. On trouve par exemple en Inde, des enfants travaillant dans des fabriques de verre non aérées auprès de fourneaux dont la température approche les 1 600 °C. En Tanzanie certains travaillent 11 heures par jour dans les plantations. Des usines de tapis en Inde ou au Pakistan, sont accusées de faire travailler des enfants jusqu’à 20 heures par jour, 7 jours sur 7. Dans le meilleur des cas, ces enfants sont sous-payés, mais la plupart d’entre eux ne reçoivent pas de salaire pour leur peine, et certains sont parfois victimes de mauvais traitements.
    Sur les 250 millions d’enfants qui travaillent – pour la moitié d’entre eux à temps plein –, 61 % vivent en Asie (dont un million dans le commerce du sexe), 32 % en Afrique et près de 7 % en Amérique latine. Deux millions de jeunes sont aussi concernés en Europe, notamment en Italie, en Allemagne, au Portugal et au Royaume-Uni. D’après le Sunday Telegraph, des centaines d’enfants arrivent chaque année en Grande-Bretagne pour travailler dans les restaurants, les ateliers textiles ou pour se prostituer. Ils viennent d’Asie, d’Afrique et d’Europe de l’Est. Selon un rapport de l’organisation Human Rights Watch, des dizaines de milliers de très jeunes adolescents, souvent originaires du Mexique ou des pays « latinos », travaillent aux États-Unis, principalement dans les fermes des États du Sud.
    Les autres formes d’esclavage moderne
    D’autres formes d’esclavage et d’exploitation peuvent exister, qui surviennent au sein même des familles, hors de tout circuit « commercial » ou mafieux. Ce peut être par exemple l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales : des mineurs font l’objet d’une exploitation commerciale dans le cadre de prostitution, de trafic, de pornographie ; ils sont parfois enlevés ou achetés (cf. traite), ou encore forcés à se prostituer par leurs propres familles. Le mariage précoce et/ou forcé peut également apparaître comme une forme d’esclavage moderne : des femmes ou des jeunes filles sont mariées sans leur consentement et forcées à vivre en état de servitude, et peuvent aller jusqu’à faire l’objet de sévices corporels.
    Ces différentes formes d’esclavage moderne sont souvent très liées entre elles et difficiles à distinguer l’une de l’autre. Elles sont toutefois très souvent liées à l’existence de réseaux de types mafieux et au crime organisé pour qui l’esclavage est une importante source de profits. Les victimes sont en général des personnes en situation d’extrême pauvreté et de grande vulnérabilité.
    Si l’on comptabilise les esclaves adultes et enfants, leur nombre s’élève à près de 500 – 550 millions, soit environ 10 % de la population mondiale. Ce chiffre, rapporté à la population totale des pays les plus développés fait apparaître un ratio de 4 esclaves par ménage (en supposant qu’un ménage dans un pays développé compte en moyenne 4 personnes, et en faisant l’hypothèse que ces esclaves modernes travaillent – directement ou indirectement – pour les plus riches), soit un ratio proche de celui que donnait Carcopino concernant les esclaves à Rome du temps de Trajan : environ 4 par ménage… »

  47. Voici la recension de l’ouvrage de Faye par Domonique Pradelle, dans le numéro 91 de ce mois-ci de la revue « Philosophie »:

    Emmanuel Faye, Heidegger : l’introduction du nazisme dans la philosophie. Autour des séminaires -inédits de 1933-1935, Paris; Albin Michel, 2005, 573 pages.

    Ce livre ravive la polémique centrée sur l’engagement pro-nazi de Heidegger, qui opposa jadis K. Löwith et A. de Waehlens dans les temps modernes, puis F. Fédier, R. Minder et J.-P. Faye dans Critique, avant d’être réouverte par le livre de V. Farias, qui suscita la parution d’ouvrages de Derrida, Bourdieu et Lyotard. L’objet du litige fut le suivant : peut-on appliquer à la philosophie la fomule de C. simon selon laquellle « en art, il n’y a pas de salaud », et scinder la pensée philosophique de Heidegger de son engagement politique jugé extrinsèque et accidentel, ou faut-il admettre que la première est porteuse d’une philosophie politique implicite qui aurait déterminé son engagement?

    M. Faye ne s’embarasse pas de questions. Il défend une thèse, lapidaire : il n’y aurait pas d’ensemble de questions et de thèses constituant une « philosophie heideggerienne »; Heidegger aurait simplement travesti sous un habile Ideenkleid pseudo-philosophique une idéologie raciale et totalitaire, de manière à introduire subrepticement le nazisme ainsi déguisé en philosophie.

    Le lecteur s’étonne: 518 pages pour démontrer que quelqu’un que l’on s’accorde généralement à reconnaître pour un grand philosophe n’en est pas un – le projet même évoque les travaux d’Etiemble et de Faurisson montrant que Rimbaud, loin d’être un grand poète, n’est qu’un mythe fabriqué de toutes pièces; verrait-on un philosophe frégéen ou wittgensteinien s’acharner à démontrer que la Philosophie de la religion de Schelling n’est pas de la philosophie? On objectera en outre naïvement qu’un bonnombre de personnalités éminentes et peu suspectes de collusion avec l’idéologie nazie -Anders, Arendt, Courtine, Dastur, Derrida, Foucault, Franck, Gadamer, Jonas, Lacoue-Labarthe, Lévinas, Marion, Merleau-ponty, Nancy, Rortyn Sartre, Schütz, Strauss, Tugendhat…- y a trouvé matière à penser, et qu’un tel fait, à défaut d’être une preuve, est néanmoins significatif; mais on nous répondra que c’est là invoquer un vieil argument d’autorité. Aussi est on amené à considérer la méthode d’éxègèse qu’apllique l’auteur à l’oeuvre de Heidegger.

    Son trait essentiel consiste en une réduction contextualisante du sens philosophique des textes : dans le but de montrer qu’ils ne recèlent aucun sens proprement philosophique, il en oblitère le contenu explicite (philosophique) pour lui substituer une teneur implicite et cryptée (idéologique). Exemples:

    _Dans le cours de 1933/34 sur « L’essence de la vérité », Heidegger commente un fragment d’Héraclite sur le polemos, qu’il traduit par combat et guerre; l’enjeu, dans l’optique de l’histoire de l’etre, est de saisir le mode de dévoilement de l’être de l’étant qui s’exprime dans le texte, la position ontologique fondamentale qu’il traduit. Position qui , au passage, sera celle de Lévinas, penseur peu suspect de sympathie pour le nazisme. M. Faye (274-281) en donne une interprétation non seulement rapportée, mais limitée au contexte historique, réduisant le texte à une apologie du combat militaire et de la lutte contre « l’ennemi juif ».

    _La conférence « L’origine de l’oeuvre d’art » peut se lire comme une réélaboration des questions husserliennes de l’Umwelt et du rapport entre les ontologies régionales, ou de la détermination des catégoriaux caractérisant l’étant donné dans l’expérience; prenant acte de l’irréductibilité de ce dernier aux seuls pragmata ou ustensiles (Zeug, Zuhandenes), Heidegger entame une xplication avec l’ontologie husserlienne stratifiée -où ustensile et oeuvre d’art sont constitués par adjonction d’une strate spirituelle à la chose matérielle -et tente de saisir le Grundzug ou trait fondamental par lequel se révèle chaque région de l’étant – notamment celui de l’oeuvre d’art, à partir de l’exemple d’un temple. M. Faye interprète : la conférence ayant été prononcée en 1935, le temple « évoque nécessairement » (388) aux auditeurs d’alors le site du congrès de la NSDAP à Nuremberg, où eurent lieu en 1935 les sinistres célébrations que l’on sait. Et il s’étonne: « cette évidence n’a jamais été perçue » (389); étonnement que nous ne partageons pas.

    Le second trait de la méthode de M. Faye consiste à projeter, sur l’auteur considéré, les caractéristiques propres à son sujet thématique. Ainsi, dans les Conférences de Brême, Heidegger s’intérroge sur la domination contemporaine de l’essance (Wesen) de la technique, caractérisée par le dévoilementde l’être de l’étant comme Bestand (fonds, stock, ressources), par oppostion à son déovilement moderne comme Gegen-stand (ob-jet) pour une conscience posante, et antique comme Herstand (pro-duit); le suprême danger de ce règne consiste pour Heidegger en ce que l’homme, qui prend part à ce dévoilement, peut lui-même devenir Bestand-Stück, simple ressource et maillon de la chaîne aveugle d’exploitation, production et consommation- l’exemple extrême étant fourni dans les camps d’extermination et les famines planifiées, qui dépouillent l’homme de ce que Sein und Zeit avait dégagé come étant le propre de la finitude humaine, par opposition au sujet transcendental husserlien : l’être-vers-la-mort, orientation sur la mort au double sens du terme; l’homme est condamné à subir la mort comme une simple fin , sans s’y rapporter comme à sa mort, comme à une possibilité sienne : « par centaines de milliers ils meurent masse. Meurent-ils? Ils périssent. Ils sont abattus. Meurent-ils? (…) Ils sont, dans les camps d’extermination, liquidés en cachette ». M. Faye interprète (492-494) : Heidegger dévoile là son « négationnisme ontologique » – double négation de l’évènement historique de l’extermination des juifs et de leur être proprement humain- : les traits de l’époque ontologique contemporaine, mésinterprétés, deviennent ainsi des positions défendues par Heidegger.

    Le troisième trait de méthode réside dans la rétrojection de thèses supposées de la pensée ultérieure de l’auteur sur ses oeuvres antérieures. Désireux de montrer que Sein und Zeit abrite déjà in nucleo l’idéologie nazie, M. Faye interprète ce livre comme dépourvu de projet proprement philosophique et régi par le « projet politique » (33) de détruire toute autonomie de l’individu pour le dissoudre dans la communauté destinale du peuple, invoquant à cette fin les §27 et 74, consacrés à l’ »on » et à l’histoire. Or le § 27 -dirait M. Jourdain- est précédé par le § 26, où Heidegger s’attache à dévoiler les préssuposés implicites de la constitutions husserlienne de l’intersubjectivité, en inscrivant le rapport aux autres à la fois dans le mond envirronnant des ustansiles et dans la constitution ontologique du Dasein; l’ »on » du §27 ne désigne que la modalité quotidienne et déficiente de l’être-avec-les-autres, qui , exercant sur l’individu sa « dictature », « dissout totaliement le Dasein propre dans les mode d’être « des autres » », lui arrachant sa possibilité propre, individuelle, d’exister. M. Faye attribue donc à Heidegger, comme une thèse normative, ce que ce dernier voit comme un fanfger de dépossession de l’être de la pensonne dans la société contemporaine, et rétrojhette une visée purement politique sur un texte où il est question d’ontologie de l’être-au-monde et de dévoilement de ses possibilités propres et impropres.

    Ces troits traits de la méthode d’éxégèse conduisent à une conclusion : si les textes de heidegger apparaissent si peu philosophiques à la lecture du livre de M. Faye, c’es en vertu de la méthode de ce dernier.

    Quand au « danger » que ferait subir Heidegger à la « philosophie », depuis quelle Idée de la philosophie M. Faye exprime-t-il un tel constat? C’est la « pensée humaniste » de la Renaissance, illustrée par les noms de C de Bovelles, Montaigne et Descartes, philosophie qui aurait pour tâches définitivement fixées d’ »éclairer l’ »volution de l’être humain et l’accomplissement de sa perfection propre » (515). C’est là certes une philosophie, dominée par une visée anthropocentriste, pratique et fondationnaliste, -mais non la philosophie qui a déployé d’autres problématiques – , et il y aurait quelque légèreté à vouloir réduire la philosophie à l’une de ses tendances/ A qui veut réflechir sur le rapport entre Heidegger et l’humanisme, on conseillera plutôt l’excellent livre de F. Dastur sur la question.

    Quels sont, dés lors, les mérites du livre? L’un relève de l’histoire des idées : il offre une présentation instructive des idéologues nazis (Rothacker, Becker, Clauss, Forsthoff, Krieck , E. Wolff), musée des horreurs qu’il faut documenter. L’autre est de donner à lire des extraits de deux séminaires heideggeriens allant de 1933 à 1935, portant sur « lessence et le concept de nature, d’hisoire et d’Etat » et sur « Heidegger, à propos de l’Etat »; cependant, si l alecture en est à la fois très éprouvante et instructive sur l’engagement pro-nazi de Heidegger, la thèse de M. Faye le conduit à des choix de traduction douteux : à traduire Art (espèce au sens logique, sorte, manière) par race et Artgleichheit (ressemblance spécifique) oar identité raciale (215,226,2228,240,261,263), on trouve effectivement de l’idéologie raciale partout; et, vu le caractère succinct des extraits présentés, il est difficile de juger si les notions de Führung et de Führer renvoient vraiment à Hitler ou ont un sens plus général. On est donc amené à souhaiter la publication des textes originaux dans leur intégralité, ainsi qu’une traduction française, qui pourraient jeter une lumière sur le rapport entre la pensée et l’engagement de Heidegger- lumière absente du portrait à charge rédigé par M. Faye.

    D. P.

  48. Le moins que l’on puisse dire c’est que le texte de Dominique Pradelle n’innove pas vraiment. Comment peut-il ainsi balayer le problème posé par les conférences de Brême, alors que Heidegger commence par avancer un nombre de morts dans les camps ridiculement bas ?
    Quant à Artgleichheit, même problème, « Art » est bien parfois utilisé au sens de « race ». Quant à la phrase « Le second trait de la méthode de M. Faye consiste à projeter, sur l’auteur considéré, les caractéristiques propres à son sujet thématique. », elle me paraît pour le moins insensée : évidemment que lorsque l’on remet Heidegger dans son contexte historique on rencontre le nazisme. Que signifie ce repproche ?
    Ne parlons pas de la question du statut de l’individualité dans SuZ… : le Dasein est-il un individu ? C’est pour le moins à débattre.
    Bref « c’est un peu court, jeune homme ».
    J’aurais envie de répondre la même chose à monsieur Gambler, même si je ne sais pas si il s’agit d’un jeune homme : comment trouver une critique du libéralisme dans les conférences de Brême, alors que les dites conférences ont été tenues devant un club de patrons à côté duquel le Medef fait figure de syndicat anarchiste ? Ou voulez vous dire que l’antilibéralisme de Heidegger a été à ce point discret que les patrons présents à sa conférence ne s’en sont pas apercu ?
    Je ne comprends pas non plus comment vous arrivez à lire une critique de la conception nazie de l’ennemi dans le texte que je vous ai cité, mais monsieur Pradelle y arriverait peut-être…
    Quant à monsieur Teitgen, avec le cigare et la voiture je me moquais de la structure de l’argument qui consiste à faire en permanence référence à un « grand ancêtre » pour justifier de sa propre valeur, non de l’ancêtre en question. Si vous ne comprenez pas en quoi cet argument de tient pas, c’est que vous évoluez bel et bien dans une conception pour le moins singulière de la filiation.
    Si la bande de parolesdesjours (avec laquelle M. Teitgen prétendait ne pas avoir de contacts) rie du fait qu’un des leurs publie dans « La pensée libre », alors je n’ai plus à me poser de questions.
    Vous qui ne niez pas que JP Faye ait été censuré, mais qui vous contentez d’opposer une accusation de caviardage de la conférence de l’APPEP, pourriez-vous me dire d’où vous tenez cette information ? Et pourquoi MM. Guest et consorts, habituellement si prompts à dénoncer la « censure », n’en ont pas fait état ? Un peu de sérieux…
    M. Teitgen se plaint de ne m’avoir pas trouvé.
    C’est qu’il ne m’a pas bien cherché…
    YE.

    Rédigé par : Yvon Er | le 23/10/2006 à 13:57 | Répondre | Modifier
  49. M. Domeracki, vous essayez de faire croire sur votre blog que le « monde des anti-heidegger » est celui de la forme de fascisme qui règne déjà aux Etats-Unis :
    « Je vise certaines personnes en particulier qui ne font que taper sur l’idéologie nationale-socialiste (à raison évidemment ) mais sans jamais critiquer les outrances de notre propre époque : celle de la croyance en la vérité ultime du libéralisme et de la démocratie populiste. J’ai fait exprés d’épaissir le trait pour rappeller certain à la vraie tâche de la pensée : à savoir penser le présent : pas s’acharner sur les restes immondes du nazisme, sur le cadavres d’ennemis morts depuis bien longtemps, et dont l’idéologie raciale avait bien été comprise pas Heidegger comme le propre de son ère – et non de la notre. Les enjeux de la notre ne sont pas différents finalement. Mais le fond obscur du mal s’est déplacé vers des régions réputées plus saines. Elles le sont en effet en apparence.
    Commentaire n° 2 posté par: Stéphane Domeracki le 20/10/2006 – 15:17:52 »
    Je ne vois pas en quoi vous pouvez affirmer que ceux qui sont présents ici acceptent le monde tel qu’il est. Pour ce qui me concerne je constate au contraire surtout qu’il empire, mais bon…
    libre d’y voir un surgeon marxiste, mais quant à moi je vois bien dans ce que l’on appelle « fascisme » la vérité de ce que vous appelez parfaitement à tort « démocratie » et « libéralisme ».
    Mais cela ne devrait pas vous empêcher de renouveler l’argument…
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 23/10/2006 à 14:21 | Répondre | Modifier
  50. Bonjour Monsieur Gambler,

    Une société qui donne à des gens comme Debord la possibilité de casser du sucre sur son dos, cela s’appelle une société libérale. Il y a des sociétés qui ne tolèrent pas ces gens-là, ce sont des sociétés totalitaires. Laquelle de ces sociétés préférez-vous?
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 23/10/2006 à 16:17 | Répondre | Modifier
  51. Bonjour à tous,

    Comme je nous trouve un peu sombres en ce moment sur ce blog, je vous livre une pensée de lumière de Hans Jonas (que j’adore), extraite de son livre: « Le concept de Dieu après Auschwitz, une voix juive »:
    « Dieu, après s’être entièrement donné dans le monde en devenir, n’a plus rien à offrir : c’est maintenant à l’homme de lui donner. Et l’homme peut le faire en veillant à ce que, dans les cheminements de sa vie, n’arrive pas, ou n’arrive pas trop souvent, et pas à cause de lui que Dieu puisse regretter d’avoir laissé devenir le monde. »
    Cette pensée me fait pleurer…de joie. Merci l’ami Hans!
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 23/10/2006 à 18:02 | Répondre | Modifier
  52. Monsieur Er; vous affirmez désormais que les choses vont de pire en pire. Mais en ce cas, quelle est la période où « cela allait mieux »? Faites vous référence à la Grèce des présocratiques ou au règne de VGE, Thatcher et Reagan? Merci de préciser ce « c’était mieux avant ».

  53. Réponse irrésistiblement amusée à:

    « Bonjour Monsieur Gambler,

    Une société qui donne à des gens comme Debord la possibilité de casser du sucre sur son dos, cela s’appelle une société libérale. Il y a des sociétés qui ne tolèrent pas ces gens-là, ce sont des sociétés totalitaires. Laquelle de ces sociétés préférez-vous?
    R. Misslin »

    Eh bien, cher monsieur Misslin, je voix que le choix est large!
    Me permettrez-vous de rajouter, dans ma profonde naïveté politique (je suis jeune il est vrai, et aux âmes perdues, la candeur n’attend pas le nombre des années…), une autre possibilité?
    Je préfère à tout prendre, à ces sociétés si spectaculairement libérales que l’on y tolère encore que je lise Debord ou Heidegger, et même que je les cite!… oui, je préfère la société de Debord… ou celle de Kafka… ou celle de Joyce… ou celle de… mais oui… de Heidegger…
    Il y a même parfois des nuits, ô combien précieuses, où je me prends à croire, aux milieux des livres annotés par lui, perchés sur les étagères logées partout où il était possible d’en caser, à voir la lune miroiter au milieu des nuées qui remontent sereinement la vallée de Todtnauberg, et du chant du vent dans les arbres voisins, oui, il y a des nuits de paix et de joie très peu solitaire, à dormir près du poële dans la Hütte de Heidegger en entendant la fontaine enchanter continûment les hauteurs de la Forêt noire, en compagnie de Goethe, Hebbel, Hölderlin, Husserl, Platon et Char (et si j’y retournais encore je me permettrais d’y amener un Sollers et un Hemingway…), des nuits où les âmes naïves comme la mienne se prennent à rêver d’une société qui soit « un livre à la vérité, mais c’est livre miraculeux qui n’a ni feuillets , ni caractères; enfin c’est un Livre où pour apprendre les yeux sont inutiles; on n’a besoin que d’oreilles… Ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes, et morts et vivants, qui vous entretiennent de vive voix… »

    Mais un tel livre, une telle société… les sociétés libérales s’en accommoderaient-elles sans peine, s’il lui venait à l’idée de s’incarner parfois?…

    Très amusé, donc,
    A.G.

  54. Bonjour à tous,

    A M « Yvon Er ».

    Comme vous vous refusez toujours à donner votre nom véritable, même en cherchant longtemps, je ne vois pas très bien ce que je pourrais trouver.

    Sur Pradelle : décidément, encore un imbécile qui n’a rien compris. Ca commence toutefois à faire du monde… Y compris chez les universitaires, et pas uniquement chez les spécialistes de Heidegger, mais c’est un détail. Si son texte « n’innove pas vraiment », c’est sans doute alors parce qu’il affirme assez clairment que le livre de Faye fait largement contresens, et présente un intérêt pour le moins discutable. J’en déduis que Pradelle s’en va rejoindre Dastur dans son hospice, ainsi que quelques autres. Diable : être jugé un peu court par Yvon Er ! Je ne sais pas s’il s’en remettra.

    Sur le « grand ancêtre », je constate que vous êtes visiblement incapable de présenter vos excuses, puisque vos propos n’ont pas exactement la signification que vous leur prêtez maintenant. Dont acte. Si j’en ai parlé cependant, c’est face aux accusations de négationnisme dont j’ai été l’objet de votre part — il serait curieux que j’en vinsse à nier l’existence des chambres à gaz, quand de membres de ma famille y ont laissé leur vie. Il est vrai cependant que vous entendez ce terme en un sens spécial, et qui n’appartient qu’à vous, lequel vous permet d’en faire un large usage, ie de vous en servir comme d’un épouvantail universel, avec un irrespect des morts qui dépasse le mauvais goût, mais qui pour le coup ne regarde que vous, et votre conscience.

    Rien non plus sur le texte du GA 90 que j’ai cité — dommage.

    Quant à « la question du statut de l’individualité dans SuZ… : le Dasein est-il un individu ? C’est pour le moins à débattre », je vous renvoie à la structure de la Jemeinigkeit dans SZ et même avant. Question tellement à débattre que vous pourrez longuement vous en entretenir avec vous-même si ça vous chante.

    Un mot encore sur les conférences de Brême. Qui exactement défend l’interprétation que Faye fait de ce texte ? Pas grand-monde, j’en ai peur… Et même parmi ceux qui sont les plus réservés sur le sujet, comme Lacoue-Labarthe. Je repose la question : si ce texte est à ce point décisif, pourquoi n’en a-t-il jamais été question lors des interventions de Faye dans les journaux allemands (à moins que j’aie loupé quelque chose !) ? Peut-être parce que certains bricolages auraient plus de mal à passer face à des germanophones…

    Quant à la « censure » exercée par l’APPEP, je suis désolé, mais je n’y suis vraiment pour rien. J’étais à la Sorbonne, et je puis vous dire, en comparant mes notes au compte-rendu écrit diffusé par cette association, qu’un certain nombre de déclarations de M. JP Faye ont été effectivement coupées. Comme il s’agissait de propos virant à l’invective pure et simple, (c’était du reste également le cas à Strasbourg), je comprends aisément pourquoi. Il n’est du reste pas le seul : les interventions de G. Guest, par exemple, ont été assez largement amputées, si ce n’est sans doute pas pour les mêmes raisons (elles étaient effectivement assez longues, pour certaines d’entre elles).

    Voilà donc. Je renouvelle toutefois mon invitation à M. « Er », « Ronan » ou quel que soit son nom, à m’indiquer les références de ses travaux ; je dis, une fois encore, que je les lirai (et sans ironie aucune) avec le plus grand intérêt.

    Pierre Teitgen

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 24/10/2006 à 01:41 | Répondre | Modifier
  55. Je viens de publier un point 14 à la note correspondante.
    .
    .
    14. Retour sur l’expression de « nazi viscéral ». Le mot est de Pierre Teitgen. Il ne laisse pas de me plonger dans la perplexité. Qu’est-ce qu’un nazi viscéral? Nier que Heidegger fut un nazi viscéral serait la définition, pour Pierre Teitgen, du négationnisme selon Y. Er. Mais, à ce que je sache, « nazi viscéral » ne s’oppose pas seulement à « non-nazi » ou à « anti-nazi » mais aussi à « nazi non viscéral »! Ainsi ne serait pas négationniste une attitude qui consisterait à ne pas nier que Heidegger ait été un « nazi non viscéral »! Mais cela ne suffit-il pas pour un « philosophe »? Ainsi, l’auteur de l’expression reconnaîtrait implicement le nazisme de Heidegger. Que ce nazisme ne fut pas viscéral me semble en effet une des conditions à laquelle a du satisfaire Heidegger lui-même pour introduire le nazisme dans la philosophie. Cela dit cela ne signifie nullement qu’il n’y a pas, chez le Heidegger de la marge, une part de viscéralité dans son nazisme! Mais il lui fallait faire en sorte qu’elle demeure le plus possible invisible, qu’elle soit surtout recouverte d’un vernis de légitimation.

    Mais il y a plus. Admettre implicitement, et cela peut alors s’accompagner de toutes les dénégations du monde – l’alibi du grand penseur, de la grandeur etc. – que Heidegger a été un « nazi non viscéral » revient à se donner comme le droit de l’étudier comme n’importe quel « grand philosophe ». Certes, l’auteur est trouble, mais il est « non viscéral ». Et comme il est « non viscéral » il suffit de broder autour de sa démission de 1934 pour blanchir sa figure académique. Le thème de la calomnie vient alors à la rescousse de l’entreprise de blanchiment.

    On pourrait rire. Car, précisément, la « non viscéralité » du nazisme de Heidegger ne fait que rendre plus impératif encore l’étude de ce que j’ai appelé le dispositif Heidegger. Il est à la fois pathétique et inquiétant qu’un certain heideggerisme universitaire persiste dans la mythologie d’une substance heideggerienne séparée entre une oeuvre digne et quelques égarements condamnables. Au reste qui ne voit que la condamnation morale de ces égarements – et c’est bien le moins qui puisse se dire – permet de faire l’économie d’un renouveau de « l’exégèse heideggerienne »? Notamment en « gestellisant » le corpus heideggerien lui-même. C’est l’indication qui est donnée avec l’expression de dispositif Heidegger.

    Bien naïfs, et bien roulés dans la farine, seraient les lecteurs qui accepteraient comme ticket d’entrée la condamnation morale du Heidegger de 1933.

    Le dispositif Heidegger est un labyrinthe pervers. Toutes les condamnations du monde des errements du philosophe ne changeront rien à l’affaire. D’autant plus que, précisément, il ne s’agit nullement d’errements, mais d’un programme trés habilement enté sur une entreprise à visage philosophique. Orange mécanique! Le dispositif Heidegger est résolument au-delà du bien et du mal. La condamnation morale des errements du philosophe est absolument impuissante à en neutraliser la criminalité virtuelle.
    .
    Skildy

    Rédigé par : Skildy | le 24/10/2006 à 09:23 | Répondre | Modifier
  56. Bonjour mon cher Gambler,

    Très amusant en effet. J’espère très franchement que vous pourrez ainsi vous gambader toute votre vie dans les bois pendant que le loup n’y est pas et écouter chanter les voix des poètes. Les sociétés libérales s’en accomoderont sans peine (à condition que vous ayez assez d’argent pour manger et dormir). Quant aux sociétés plus structurées, si je puis dire, si vous voulez continuer à entendre vos voix, faites-le en toute discrétion (et surtout ne le dites à personne, promis?). A bon entendeur, salut.
    PS Dans la liste des poètes dont vous écoutez les voix, vous citez Hebel (que je lis dans le texte) parfait. Mais, vous y mettez aussi Platon. Attention: le divin Platon avait pour modèle de société non point Athènes, la libérale, mais Sparte où on n’aimait pas trop les gambler. Aussi a-t-il bien précisé dans la description de sa cité idéale qu’il n’y aurait pas de place pour les chansonniers. Finalement, restez donc dans notre France pourrie par le libéralisme, les médias, le fric, la sécurité sociale pout TOUS (quelle horreur): ne dit-on pas que c’est seulement en France que tout se termine par des chansons!
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 24/10/2006 à 10:23 | Répondre | Modifier
  57. Bonjour Monsieur Skildy,

    Beaufret « l’homme le plus intelligent en France » d’après Martin. Je ne sais pas s’il faut à tout prix chercher dans ce compliment une sorte de connivence négationniste. Mais, sans aller aussi loin, je trouve cette phrase on ne peut plus cocasse de la part d’un gaillard qui a pu prétendre qu’un Français ne pouvait philosopher que s’il se mettait à utiliser l’idiome allemand. C’est que ce beau Monsieur devait une fière chandelle à Beaufret: vous vous rendez compte, un Français, un résistant de surcroît, qui après les horreurs nazi se met à glorifier l’oeuvre philosophique d’un Allemand dont les faits de résistance sont plutôt du côté de l’inapparent que du côté de la parousie… mais je suis sûr que Heidegger lui-même a dû se frotter les yeux… J’aimerais que vous puissiez rire un instant avec moi de ce qui peut être lu comme une désopilante farce (j’appelle cette méthode une herméneutique (!)du risible: le sens du ridicule est un épouvantable (au sens propre du mot) manque de l’existential du da-sein de Martin). Et je n’oublie pas le rôle de Char, le poète résistant, qu’on a fourré dans cette farce-galère. La vie heureusement n’est pas tragique tous les jours!
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 24/10/2006 à 17:25 | Répondre | Modifier
  58. … Dominique Pradelle n’est sûrement pas un imbécile, là n’est pas le problème j’en ai peur.
    Mais je ne suis pas le seul à m’en rendre compte, et je ne vais pas passer ma vie à répéter les mêmes précisions et les mêmes arguments, la « réponse d’Yvon Ronan » suffit, et en un sens il y a été répondu-dois-je dire merci pour cela ?
    M. Teitgen doit être le dernier à n’avoir pas compris qui j’étais, j’en ai dit assez pourtant : il a des supérieurs plus futés que lui, qu’il leur demande si il sait à qui s’adresser.
    Pour le reste, vous m’ennuyez je l’avoue.
    J’ai mieux à faire que de répéter mes définitions à des propagandistes.
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 26/10/2006 à 20:43 | Répondre | Modifier
  59. Je reviens par ailleurs de ma lecture du chef d’oeuvre de Gérard Guest, « Hurler avec les loups ».
    On y appprend dès la page 4 que David Rabouin a « attaqué Heidegger » dans le dossier Heidegger du magazine littéraire consacré à Heidegger (ce qui est assez drôle quand on connaît l’oeuvre du bien tiède David Rabouin, que je prenais pour un heideggérien mais bon…), dossier qui n’efface pas la « tâche » que constitue la publication précédente, par la même revue, des entretiens avec Michèle Cohen-Halimi, Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Michel Salanskis. Cette tâche est « ineffaçable » (sic. p. 5).
    P. 10 on apprend que « l’allégation » de Philippe Lacoue-Labarthe selon laquelle « les « passeurs » autoproclamés de Heidegger en France au lendemain de la guerre – eux-mêmes au demeurant négationnistes et fascisants » serait passible du dépôt de plaintes pénales qualifiées « en diffamation » devant les instances juridiques compétentes. Depuis le temps que la bande parle de diffamation on s’étonne qu’ils ne soient pas encore passés à l’acte. Serait-ce de la diffamation que de dire que Jean Beaufret a soutenu Faurisson ?
    P. 12 on retrouve le regret que face à la publication du livre d’Emmanuel Faye, « ce qui tient lieu de « critique » (y compris « universitaire ») n’a jusqu’à présent pas fait mine de s’en émouvoir le moins du monde (du moins publiquement) ». La récente publication des « articles » de M. Pradelle et consorts devrait rassurer un peu M. Guest dans sa solitude, on l’y rejoint.
    Dans la même p. 12 on apprend que le terme « Verjudung » (enjuivement) doit bien être rendu par « abatardissement », mais nous est-il précisé « mais sans haine pour les enfants adultérins ». A la bonne heure.
    Suit une violente attaque contre Michèle Cohen-Halimi, « l’auteure » (note 16 p. 18), même si mettre un e à la fin d’un tel terme est « contraire à l’esprit de la langue française », on aurait là une « graphie politiquement correcte » (Ibid.). L’attaque prend étrangement un tour très personnel, pour des raisons que j’ignore mais bon … : « Si nous écartons l’hypothèse (très improbable…) d’une maligne et néanmoins gratuite envie de nuire (ce qu’à Dieu ne plaise !), tout laisse plutôt ici soupçonner une « connaissance » très superficielle, lacunaire et de seconde main ». On apprend en effet plus loin que Michèle Cohen-Halimi, une de nos plus grandes germanistes de la faculté de philosophie, aurait dit ne pas assez maîtriser l’allemand pour aborder les Beiträge (sic., note 26 p. 25, qui est censé croire un tel témoignage ?-ceux qui ont ouvert une traduction de Michèle Cohen-Halimi et une traduction de Gérard Guest ?). Mais Michèle Cohen-Halimi aurait avoué n’avoir jamais lu les Beiträge zur Philosophie, publiés depuis plus de 15 ans « sous le prétexte qu’ils n’étaient pas encore traduits en français ! » (sic., et ibid. ; il est vrai que madame Cohen-Halimi n’a pas appris l’allemand chez Gérard Guest, cela se voit, et éviterait donc sans doute de traduire le mot « enjuivement » par « abatardissement », fût-ce en protégeant la réputation des enfants adultérins. Pourtant cela, madame Cohen-Halimi l’a bien dit, oui on vous l’assure, « le 26 mai 2003, à la Galerie Leo Sheer, à Paris, après la violente diatribe « anti-Heidegger » qu’elle venait de tenir. »
    Sans doute parce qu’elle ne parle pas le fédiéo-guestien, madame Cohen-Halimi entend sûrement « atteindre la langue allemande elle-même » (p. 26), la méchante : « Comme quoi la « première raison » de Madame Cohen-Halimi, quoi qu’elle fasse pour affecter de mettre de l’ordre dans ses « idées », empiète déjà bel et bien sur sa « seconde raison » (linguistique ou langagière) de chanter les louanges de l’entreprise d’Emmanuel Faye » (p. 26).
    Je ne me rappelle pas avoir lu madame Cohen-Halimi tressant des lauriers à Emmanuel Faye, mais passons. Ses arguments et son textes n’ont de toutes façons pas de valeur en soi, ni l’étude critique d’ailleurs : dans la note 26 p. 25, G. Guest renvoie un « et alors, c’est notre bon droit » à ceux qui demanderait pour l’édition des oeuvres dites complètes de Heidegger n’est pas une édition critique.

    Il y en a un qui n’a rien compris à la méchanceté de l’être, c’est Philippe Lacoue-Labarthe, l’heideggérien félon qui a osé penser que le livre d’Emmanuel Faye pourrait en partie se défendre. Il faut pourtant « envisager le vrai visage de l’Être », « Et ce « visage de l’être » pourrait bien, eu égard à ce que nous en montre « la face du monde », ne nous être pas toujours nécessairement « le plus avenant » (p. 45). On se demande pourquoi G.G. verbalise tant si les critiques de Heidegger comme Emmanuel Faye sont voués à subir une « sanction immanente », qui pour Emmanuel Faye « est déjà la sienne (fût-ce encore à l’insu de son auteur). »

    Mais le grand méchant reste Emmanuel Faye, qui est bien un négationniste, un négationniste « philologique » (voir « Intermède »). Sa critique ressemble « à s’y méprendre » aux accusations portées, « en d’autres temps, contre Heidegger par les pires « idéologues » du « Parti national-socialiste » » (p. 57). Voilà on vous l’avait bien dit, critiquer les nazis et être un idéologue nazi soit même, bonnet blanc et blanc bonnet…alors bon toi-même, na :
    « M. E. Faye a délibéremment choisi (jouant ainsi avec le feu) de faire un emploi dangeureusement flou et imprécis de mots tels que « révisionnisme » et « négationnisme », tout espérant qu’ils seront reçus dans le grand public avec tout leur sens d’horreur et d’infamie. Rendons-lui ici, pour une fois, la monnaie de sa pièce – en le payant (une fois n’est pas coutume) de la même monnaie. » (p. 57 note 82).

    Je serais par contre assez d’accord avec GG. pour dire que la tentative de JM Salanskis d’étanchéiser ce qu’il y aurait d’intéressant chez Heidegger est vouée à l’échec, même si j’ai sur la valeur de la philosophie de Heide une position opposée à celle du dit GG. Je serais également d’accord pour dire que l’heideggérisme de gauche est issu de mécompréhensions et de dissimulations, mais GG quant à lui n’en regrette pas la fin -il semble même qu’un heideggérisme de gauche lui répugne. Citons : « Autrement dit : la seule façon acceptable de « sauver Heidegger », aux yeux de M. Salanskis, ce serait que « Martin Heidegger »… ne fût justement plus en rien Martin Heidegger (…) » (p. 78)  » Heidegger serait-il donc devenu, secrètement, indûment et à l’insu de tous, l’un des « maîtres à penser » de la « gauche française » ? – L’état actuel du « paysage » ne permet assurément pas d’en discerner la moindre trace… Et nous soupçonnons qu’il doit plutôt y avoir là, en cette affaire, quelque profond malentendu… Mais quel « crève-coeur », asurément, pour MM. Faye, Droit, Salanskis et leurs amis ! Là se situe peut-être bien l’ultime « blessure » de JM Salanskis. Et l’aveu (assez désarmant) de ce « déchirement » personnel ne manquera pas de lui attribuer la consolation relative de la pitié des âmes compatissantes. Nous ne sommes, quant à nous, nullement tentés de nous laisser aller à cette inclination : la pitié est toujours mauvaise conseillère lorsqu’il s’agit de vérité. » (p. 82).
    On aura au moins compris que, dans cette lutte contre la « nihiline » (p. 84), il ne s’agissait pas de pitié.

    Rédigé par : Yvon Er | le 26/10/2006 à 20:47 | Répondre | Modifier
  60. J’ai également terminé le texte d’Henri Crétella auquel M. Domeracki renvoie sur son site. On y apprend p. 3 qu’il n’y aurait « Pas la moindre vanité chez les nazis, mais le stricte souci de l’utilité ». Encore un qui n’a pas vu les plans de Germania…ah, mais j’oubliais que c’est la rationalité qui est coupable.
    On apprend par la suite que « Heidegger n’a jamais cru vraiment à la réussite de son engagement » (pour le rectorat), et que son errement n’est explicable que par une impossibilité de penser comment l’éviter, le problème étant que l’impossibilité « comme telle » ne soit pas saisie, mais seulement subie. Si cette impossibilité avait été appréhendée « en tant » qu’impossibilité, « son effet d’errement ne se serait pas produit »…
    sûrement…
    Le texte se termine sur un passage pour le moins étrange sur l’auto-donation du peuple juif, mais puisque l’essence de la parole est le silence (p. 12), je n’en dirai pas plus.
    Après tout je ne suis pas le seul à m’être rendu compte qu’il y avait un problème : dans Guysen Israel News :
    http://www.guysen.com/articles.php?sid=5184

    Rédigé par : Yvon Er | le 26/10/2006 à 21:03 | Répondre | Modifier
  61. Messieurs, je ne cacherai pas que la répétition m’ennuie.
    Je vous souhaite donc le bonsoir.

    Yvon Ronan, qu’on se le dise – et cela suffit.

    Rédigé par : Yvon Er | le 26/10/2006 à 21:05 | Répondre | Modifier
  62. Cher Monsieur « Er, « Ronan » ou qui que vous soyez,

    Pour quelqu’un que la répétition ennuie, vous remâchez beaucoup, et souvent les mêmes inepsies. Toujours pas la moindre excuse, toujours pas le moindre commentaire des textes cités par M. Gamlber ou par moi-même. Au lieu de cela, un très-pitoyable exercice de rhétorique qui déploie des critiques ad homien en guise d’argument, selon le bon vieux procédé qui consiste, pour discréditer une thèse, à discréditer ceux qui la défendent — as usual. Si ce genre de répétitions fatiguent M. ER / Ronan / Trucmuche, j’en suis cependant le premier ravi et me permettrai d’ajouter qu’il serait temps.

    J’en profite pour adresser un petit mot à Skildy, dont les talents d’exégète suscitent mon admiration. Je ne saurais répondre en un autre nom que le mien propre, mais il me semble que l’interprétation que vous faites de mes propres paroles est pour le moins contestable (et me rappelle fort certains passages du Protagoras).
    Dire qu’il est étrange de qualifier de négationnistes tous ceux qui contestent l’idée que Heidegger fût un nazi viscéral, cela ne revient certes pas à affirmer que Heidegger était nazi, viscéralement ou pas. Je prends un cas précis : P. Lacoue-Labarthe. Pour lui, la profondeur de l’engagement nazi de Heidegger ne fait guère de doute ; et pourtant, il affirme que l’interprétation donnée par E. Faye des conférences de Brême (là où s’attesterait le « négationnisme ontologique » de Heidegger) lui semble fausse. Faut-il en déduire que P. Lacoue-Labarthe est négationniste ?

    J’ai été d’autre part été moi-même ici et à plusieurs reprises ainsi qualifié : ai-je nié en quoi que ce soit et l’existence des camps de la mort, et la responsabilité de l’Allemagne, et la réalité de l’extermination ? Mon précédent message ne visait donc qu’à souligner un abus de langage — à moins que ce ne soit l’agitation frénétique d’un épouvantail universel censé susciter la réprobation du plus grand nombre.
    J’aimerais assez que vous m’expliquassiez, alors, en quoi les thèses que je défends ici pourraient être qualifiées de négationnistes ; j’aimerais encore plus que vous fissiez droit aux textes de Heidegger que je cite, visiblement en vain.

    Pierre Teitgen.

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 27/10/2006 à 00:10 | Répondre | Modifier
  63. bonjour,

    bon avant de me permettre d’entrer dans le débat, j’ai une requête que je réitère

    pourriez-vous me diriger quelque peu dans la lecture de heidegger, auteur que je ne connaît que très peu et qui me semble « important » voir dans un sens radicalement différent dans l’un et l’autre terme de l’alternative (dangereux ou indispensable pour caricaturer)

    Sur le fond, je me permets de mentionner que le lien entre la pensée et l’engagement plitique de heidegger avait été déjà (dé)montré par jean-pierre faye dans l’ouvrage « la raison narative » et cela sans joie aucune de la part de l’auteur.

    c’est sans doute cet aspect là qu’emmanuel faye a développé

    toutefois malgré mon immense admiration pour jean pierre faye, il est indispensable de lire le texte de heidegger pour approfondir afin de mettre au point un « pharmakon » à l’usage de la pensée heidegerrienne

    bref nous voilà obligé de devenir heidegerrien malgré nous 🙂 , je fais confiance dans la probité intellectuelle des visiteurs de ce forum pour m’indiquer par où commencer

    bien à vous

    alec de vries

    Rédigé par : alec de Vries | le 03/11/2006 à 22:32 | Répondre | Modifier
  64. bonjour alec ,

    je voudrais vous conseiller de lire : qu’est ce que la metaphysique ?

    mais aussi la lettre sur l’humanisme

    ou encore les concepts fondamentaux de la metaphysique

    si d’autre personnes peuvent aider alec….

    Rédigé par : bertrand | le 06/11/2006 à 11:44 | Répondre | Modifier
  65. Bonjour Monsieur Schildy,

    Permettez-moi de ne pas être tout à fait en phase avec vous quand vous présentez les convictions politiques de Heidegger de strictement « nazi »: à mes yeux, comme aux yeux d’autres, Heidegger a adhéré au nazisme parce que ce dernier représentait à ses yeux le rempart contre la modernité, celle-ci étant elle-même représentée, politiquement, à ses yeux, par la République de Weimar. Or, Heidegger est un opposant « viscéral » à toute forme de démocratie. Il ne croyait pas à la démocratie, parce que pour lui, démocratie était synonyme d’égalitarisme, donc de nivellement culturel, de superficialité, d’inauthenticité, de nihilisme, de perte du sens de l’être et de fondement, de destabilisation ontologique. Voici ce que Semprun écrit dans sa Conférence Marc Bloc (online: http://cmb.ehess.fr) :
    « En 1952, en reprenant pour la première fois depuis la fin de la guerre ses cours publics, Martin Heidegger a traité le sujet Qu’appelle-t-on penser ? Il y dit à un moment donné toujours dans le contexte d’une considération sur Nietzsche – :
    « Qu’est-ce que la Deuxième Guerre mondiale a décidé en fin de compte, pour ne parler ni des atroces conséquences qu’elle a eues dans notre patrie, ni surtout de la déchirure qui traverse son cœur ? »
    Ainsi, fidèle à lui-même, Heidegger ne considère atroces que les conséquences de la guerre en Allemagne. Nul mot sur les conséquences atroces de la guerre de l’Allemagne.
    Rappelons que, quelque temps auparavant, Karl Jaspers avait publié son essai sur La culpabilité allemande. Rappelons-le pour dire que si nous n’étions pas dans un amphithéâtre de la Sorbonne, si nous étions, par exemple, dans un roman, Karl Jaspers aurait été l’un de nos personnages principaux. Il accompagne l’histoire intellectuelle de l’Allemagne tout au long de ce siècle. Il est la preuve que l’on peut penser la modernité lucidement, tout en comprenant qu’il n’est nul besoin de la grandeur du mouvement nazi pour affronter ces problèmes. Mais nous ne sommes pas dans un roman et Karl Jaspers n’a pas encore en France la place que sa pensée mérite.
    Martin Heidegger, donc, pense que la guerre mondiale n’a rien décidé. Toujours les mêmes dangers, toujours la même démocratie inepte, la même Europe déstructurée. « Un plaisir pour les puissances de l’Est et pour la force énorme de leurs peuples », conclut-il. »
    Compte tenu de ses origines rurales auxquelles il était resté attaché de manière « destinale », Heidegger ne pouvait concevoir l’évolution moderne que comme une déchéance. Je crois que si dès 1930, Walter Benjamin et d’autres ont pris conscience du danger de la pensée de Heidegger (voir la lettre qu’il a adressée le 25 avril 1930 à Gershom Sholem dans laquelle il évoque « l’idée de démolir Heidegger… »), c’est parce qu’ils y lisaient le caractère foncièrement inactuelle et réactionnaire de cette pensée. Son thème obsessionnel de « l’oubli de l’être » n’est que le symptôme de l’angoisse que lui inspirait la modernité: son oeuvre représente, à mes yeux, une espèce de système de défense contre la fin d’un monde, celui du néolitique, et contre l’avènement de la « Machenschaft ». Le succès de la pensée de Heidegger, auprès d’une certaine gauche comme d’une certaine droite, correspond sans doute à l’anxiété générée par les bouleversements socio-culturels liés à ce que certains ont appelé l’accélération de l’histoire. Il s’agit d’une crispation qui n’est pas près de s’arrêter…
    Bien cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 08/11/2006 à 12:40 | Répondre | Modifier
  66. Bonjour à tous,

    Voici un extrait du livre de M. D. Lecourt, « Contre la peur » (PUF, 1990, pp. 142-143) que je livre à votre méditation:
    « Doit-on conclure que nous sommes irrésistiblement livrés à la « frénésie de la technique », désormais planétaire? Sans doute, au sens où il s’agit, en cette dévastation de la Terre, dont l’américanisme se trouve être le fer de lance, de l’accomplissement de la métaphysique occidentale. Mais Heidegger accentue du pathos qui lui est propre une conclusion oraculaire qui ne va pas dans le sens de la technophobie apocalyptique: « Plus nous nous approchons du danger, et plus clairement les chemins menant vers ce qui sauve commencent à s’éclairer. » On n’en saura pas plus sur ce point… On connaît la provenance de ce type d’ »annonces »: celle, en effet, du « salut ». La critique prétendument la plus radicale de l’ »onto-théologie » retrouve, pour finir, les figures, et le frisson, de la prédication chrétienne!… Pour les philosophes de la technique qui s’inspirent de Heidegger, la technique ne fait office que de prétexte: sa réalité humaine, intellectuelle et sociale, n’apparaît pas; seule son idée compte. L’idée qu’ils s’en composent pour mieux la démanteler! On ne s’étonnera pas qu’ils triomphent à tous les coups… Et voilà comment chacun peut s’y retrouver. Heidegger était nazi? Antisémite? Où serait la gravité de la question si « nous » ne pensions, sur l’essentiel, comme lui? »
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 10/11/2006 à 18:12 | Répondre | Modifier
  67. Bonjour à tous,

    Voici une note trouvée en bas de page d’un texte de Francis Schaeffer: « Dieu: illusion ou réalité » (www.bible-ouverte.ch/livres/real3_3.htm) sur Heidegger qui complète bien ce que M. Lecourt (voir mon précédent message) écrivait à propos du messianisme heideggerien:
    « Il est surprenant que le nouvel Heidegger, en changeant de position, ait essayé d’introduire une Chute historique dans son nouveau système. Il y a eu, dit-il, un Age d’or (avant la Chute) à l’époque des grecs présocratiques; après eux, Aristote et ses successeurs sont tombés : ils se sont mis à penser de façon rationnelle. Ainsi Heidegger dit que l’homme est maintenant anormal. Il n’y a pas de preuve historique de cet Age d’or, mais Heidegger déclare que la réponse rationaliste habituelle au dilemme de l’homme – à savoir que l’homme est tel qu’il a toujours été – est insuffisante. Dans la théorie désespérée d’Heidegger Aristote prend la place d’Adam, il est celui qui est tombé; et il semble évident qu’Heidegger se voit comme celui qui sauve. Remarquons que ce concept de la Chute et du salut ne touche pas aux questions morales. Le caractère anormal de l’homme n’est pas d’ordre moral; dans le nouveau système d’Heidegger, Aristote n’a pas mal agi moralement; il n’a fait qu’être le premier à utiliser la mauvaise méthode de l’antithèse et de la rationalité. Il n’y a pas de réponse au dilemme de l’homme, et Heidegger a montré clairement que la philosophie n’en donne pas en se fondant sur le caractère actuellement normal de l’homme et de l’histoire. On pourrait croire qu’Heidegger aurait aimé la réponse chrétienne, mais à condition de ne pas avoir à se courber devant Dieu, aussi bien moralement qu’en reconnaissant avoir besoin de se laisser instruire par lui. »
    Comme le suggérait Farias, le charmant prédicateur, Abraham a Sancta Clara, a joué le rôle d’un véritable pôle identificateur pour Heidegger. Pourquoi ne pas faire de la Hütte une chapelle pour qu’enfin les disciples de Heidegger aient un lieu sacré de pélerinage?
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 13/11/2006 à 12:06 | Répondre | Modifier
  68. Salut.
    Mais oui René Misslin, Heidegger n’était pas « complètement nazi ». Il suffit de lire ses pages sur l’extermination totale de l’ennemi dans les racines du peuple pour le comprendre. Et Jaspers était un analyste lucide de la modernité, il suffit de lire Losurdo (« Heidegger et l’idéologie de la guerre ») et Lukacs pour s’en rendre compte.
    On a quand même l’occasion de rire sur ce blog, ainsi quand Pierre Teitgen nous balance un brouillon en allemand en essayant de nous faire croire qu’il s’agit d’une critique du nazisme (quelqu’un veut-il bien me dire comment la voir dans ce fatras ?), ou quand il découvre tout à coup que Jean-Pierre Faye ou un méchant anti-heideggérien aurait manipulé la transcription de l’Appep (qui va croire une chose pareille, maintenant que vous le « découvrez » des mois après la parution du dit débat ?), tout en « justifiant » ainsi la censure bien réelle du même Jean-Pierre Faye au colloque de Strasbourg.
    En tous cas pour ce qui est de censure je sais bien quant à moi qui m’a censuré : c’est Stéphane Domeracki sur son site. Alors que le 29 avril 2006 il a publié la diatribe de Catherine Malabou sur « La pensée de Martin Heidegger », en la présentant comme l’avis d’une « universitaire », j’ai tenté de rappeler qu’il y avait eu deux réponses, de jean-Pierre et d’Emmanuel Faye (que je suis allé copier sur le site de Skildy, qui lui donne bien les 3, le texte de C. Malabou avec les réponses) ; ces deux là ne seraient-ils pas des « universitaires » ? Toujours est-il que SD a supprimé mes messages, ne laissant à la place que :
    « Les réponses outrées des « antis » sont lisibles sur le blog de Skildy , le « phiblogzone ».Pas de tribune pour eux ici. Zut!  »
    Zut, donc, la réponse si drôle et touchante de Jean-Pierre Faye aux grognements de Catherine Malabou est « outrée ».
    Zut alors, j’avais pourtant été bien gentil en introduisant Emmanuel Faye et son papa…
    Messieurs les censeurs, bonsoir !
    Hadji Mourat.

    Rédigé par : Mourat (el Hajj) Türken | le 24/11/2006 à 19:41 | Répondre | Modifier
  69. Censurer? Ne pas donner une tribune aux incompétents c’est une censure? J’ai même donné le nom du site où était lisible les diatribes… Mais il se peut effectivement que ceux que j’aurais « censuré » ne sache pas aller sur google et taper le mot « skildy », ou « Faye »…

  70. Bonjour Hadji (très drôle comme pseudonyme, j’adore la nouvelle de Tolstoï),

    Je n’ai pas écrit que Heidegger n’était pas un nazi « complet », mais que je trouvais qu’on ne pouvait pas le traiter « strictement » de nazi, sous peine de passer à côté de son jeu, qui était autrement plus subtile, et sans doute plus sournois, que celui des nazis. Je crois que Heidegger avait pour ambition première d’être LE penseur du renouveau de la nation allemande. S’il a voulu détruire la métaphysique, donc la philosophie, telle qu’elle se pratiquait alors, à l’université, c’est parce qu’il trouvait qu’elle était décrépite et qu’il fallait la revigorer, sous sa houlette, c’était la mission qu’il s’est donnée, du moins dans un premier temps. Les choses ne se sont pas passées selon ses désirs, d’une part parce que ses collègues nazis ne l’ont pas suivi, d’autre part parce que Hitler et Cie ont échoué. D’où son attitude attentiste après la guerre, et, comme solution de repli, temporaire, sans doute, en attendant un nouveau kairos, la pose de Cassandre.
    Ulysse

    Rédigé par : Misslin René | le 25/11/2006 à 10:48 | Répondre | Modifier
  71. Bonsoir à tous

    Curieuse posture de celle qui consiste à hurler à la censure tout en s’abritant derrière un pseudonyme (c’est fou ce que le monde contient de courageux qui s’ignorent) — mais je suis sans doute bien naïf de m’en étonner.
    Concernant le texte du GA 90 que j’ai cité, il ne s’agit pas d’un brouillon, mais d’un commentaire extrêmement serré du texte de Jünger — il n’empêche : le propos de Heidegger est parfaitement clair ; il suffit de regarder la dernière phrase, où la domination mondiale d’une rasse est associée à la métaphysique de la subjectivité. On peut ne pas s’accorder avec le diagnostic, le trouver insuffisant ou tout ce qu’on voudra ; mais lorsqu’on sait ce que veut dire « subjectivité » pour Heidegger, on ne peut pas faire comme si Heidegger (dans des écrits qui datent de la période 34-39 tout de même) était l’ardent défenseur d’une biologie raciale et le sectataire de la domination planétaire d’une race.
    Il s’en trouvera peut-être pour me dire que la race qui en secret domine, c’est la race juive… Or il suffit de lire : ce qui est rapporté à ce délire de la subjectivité, ce sont (entre autre) « le socialisme » et « le nationalisme » (et il ne faut pas être Freud pour comprendre : le national-socialisme). Maintenant, si M. « Hadji Mourat » me le demande, je puis lui indiquer quantité d’autres textes (dans Besinnung, Geschichte des Seyns ou les Beiträge, principalement) qui font le même rapprochement.

    Pierre Teitgen

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 29/11/2006 à 02:03 | Répondre | Modifier
  72. bonjour a tous,

    si j’ai bien compris il n’ ya plus de debat sur ce blog ; au fait y en a t il eu un un jour ? A part une querelle entre ceux qui defendent la penssée de heidegger, et les autres qui pensent qu’il n’ ya pas la moindre trace de pensée(faye).
    Pour ceux qui voient en heidegger un nazi pur et dur je ne comprends pas leur obstination a parler ici : le nazisme etant par essence un néant de pensée, quel plaisir avez vous de polemiquer avec le vide ?
    je crois que le livre de faye a égaré tout le monde dans la mesure oû son ouvrage reste en dehors de la critique philosophique. En effet il ne recense que des évenements mille fois rabachés : rectorat, denonciation de juifs, autodafe, querelle avec husserl, jaspers. Bref aucune tentative de discerner, si on veut bien s’y attarder, une contradiction entre le penseur et son temps, bref l’essentiel de son oeuvre.
    Aussi je n’ai encore vu personne ici citer Arendt!! Je lis en ce moment condition de l’homme moderne et j’y vois un auteur qui est sans cesse en rapport avec heidegger sans jamais le citer et tout en le critiquant interieurement. Une maniere de faire silence : penser. arendt n’est pas du genre à blablater et à perdre son temps à rabacher et remuer des faits qui ne merite pas l’analyse critique.
    jusqu’oû va aller cette energie à trainer heidegger dans la boue ? Encore combien de qualificatif pour cet homme ? Est ce un concours de scraabble ?
    Il y a dans cette élan de bonté de la part de toute ces attaques une grande hypocrisie. Des universitaires veulent faire la peau à un type sous pretexte qu’ils appartiennent à une democratie, une republique, sous pretexte que depuis le nazisme il faut à tout pris etre anti raciste, anti anti semite, anti violence, … l’heure n’est plus aux isme mais on prefere des prefixes pour fixer ce qui est digne d’etre pensé. D’oû vient cet élan de bonté , de générosité et qui plus est étalé au grand public ?!!!!! N’avez vous pas honte ?
    Durant mes années d’etudes en philosophie je n’ai jamais entendu un professeur etre aussi definitif sur heidegger. Et pourtant farias avait deja ecrit, bourdieu. Mes profs n’etaien pourtant pas des imbéciles; seulement il y avait chez eux quelque chose que je ne vois pas ici : de la sagesse. Et oui et pourtant c’est pas vieux, c’etait de 1997 à 2000. Il y avait de la prudence dans les propos, bref un enseignement digne de soi.
    Quelle honte de voir des gens ici ricaner au nez des autres, etre aussi irrespectueux…
    Pour ma part je continuerai a lire heidegger avec toute la prudence qui s’impose et cela avec n’importe quel philosophe, c’ets a dire une lecture critique , qui demande surtout pas le jugement mais l’ecoute.
    Je n’oublierai pas les tres intelleigentes analyses de heidegger sur l’etre au monde d’abord, car c’est le depart de sa pensée; et oui et ca ne se medite pas à coup de linchage. Sa critique de la subjectivité et surtout de descartes me parait encore essentielle, notament son combat contre le « maitre et pocesseur de la nature » absurde à mes yeux, surtout aujourd’hui, comment le nier. L’homme n’ets il pas plutôt aujourd’hui celui qui possede l’homme et qui peut le detruire à tout moment.
    Car la maitrise de la nature se transforme bien plutôt dans son épuisement et sa destruction. C’est l’homme qui aujourd’hui semble requisitionner par des ideologies religieuses(kamikazes), un esprit de vengeance permanent (irak), violence commerciale(profit virtuel en bourse ne servant l’interet que d’un petit nombre), genocide(darfour)… Voila ce que ce Moi peut faire , tout est possible : je pense donc je veux, mais pas N’IMPORTE QUOI.

    Rédigé par : bertrand | le 30/11/2006 à 09:39 | Répondre | Modifier
  73. Bonjour Bertrand,

    Discutons, si vous le voulez bien, sans nous chamailler forcément! Permettez-moi de répondre à votre intervention de la façon suivante: je ne suis pas du tout d’accord avec vous, quand vous suivez Heidegger à la lettre, en prétendant que c’est la faute à la philosophie de Descartes si la planète commence à donner des signes de faiblesses. A mes yeux, l’attaque de Heidegger est idéologique, et pas philosophique. Tout d’abord, quelqu’un qui a lu de Descartes autre chose que son Discours sait bien qu’on ne peut pas réduire la pensée cartésienne à la caricature heideggerienne. Mais, si Heidegger s’est spécialement attaqué à Descartes, c’est parce que ça lui permettait en un seul coup de régler le compte à un Français (et, compte tenu de son nationalisme farouche, ça devait bien le renforcer) et aussi à la culture politique française en laquelle il voyait la source de la révolution, de la démocratie, de la modernité, bref, de tout ce que ce philosophe « folklorique » rural (voir, par exemple, comment il a un jour fait un cours sur le ski en tenue de ski!) . Toute cette pose est strictement subjective, n’en déplaise à ce monsieur qui pensait que lui, Heidegger, était capable d’échapper à ce à quoi aucun être humain normal ne peut échapper, la subjectivité. J’entends par subjectivité l’a priori, inconditionné et conditionné, à partir duquel nous agissons, pensons et écrivons. Et son a priori était très marqué par ses origines, mais jamais réellement pensé, c.à.d. soumis à une critique, ce qui est le propre même de la philosophie. Quant à rendre responsable LA métaphysique occidentale (qu’est-ce que c’est que ce machin, la métaphysique????) de la technologie, c’est évidemment une blague. Dès le paléolithique, on observe chez sapiens sapiens, encore faut-il s’ouvrir à autre chose qu’à une pensée solipsiste, un décollage remarquable en ce sens que le primate humain commence à entretenir avec son environnement des activités de maîtrise et de domination: premiers outils, aménagement territorial (voir les peintures rupestres), le feu étant du reste domestiqué depuis belle lurette par les prédécesseurs. Cette évolution se poursuivra et ce que nous observons aujourd’hui n’est qu’un moment de cette évolution que personne en tant que tel ne décide puisqu’elle est l’expression d’une aptitude innée. Quant à la conception de l’être au monde de Heidegger, je ne partage pas non plus votre enthousiasme, car je ne suis pas du tout d’accord avec sa conception de l’homme telle qu’il l’expose dans SùZ, avec son Dasein. Tout cela m’apparaît plus comme des spéculations que comme un savoir fondé sur de vraies connaissances (je me permets de vous renvoyer à l’article de Montebello dont je cite un extrait sur ce même blog, dans « le dispositif de Heidegger »). Je suis tout prêt à engager, si vous le souhaitez, un dialogue serré avec vous, au sujet de la philosophie de Heidegger, même si ce dernier prétend qu’il n’avait pas de philosophie, mais je ne me laisse pas impressionner par ce genre de pose: il a voulu passer toute sa vie pour un grand penseur original, alors que le plus souvent je trouve qu’il est un simple original!
    Bien cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 30/11/2006 à 17:54 | Répondre | Modifier
  74. Il y a, en effet, bien longtemps que la simple volonté de nuance n’a plus cours dans le « débat » sur le « nazisme de Heidegger ». Du moins sur internet. Les universitaires continuent à sauver ce qui est effectivement grand et passionnant dans sa pensée, tout en reconnaissant sa dimension obscur. Le problème est le même que pour Nietzsche et Jünger…Et c n’est pas un hasard.

  75. Le problème, Monsieur Misslin, c’est justement que vous réglez en amont le compte de Heidegger en ne l’abordant que sous l’angle idéologique -écueil que nous devons à Bourdieu. Puisque vous « liquidez » ainsi son cas en ne prenant pas une seconde au sérieux ses apports « conceptuels » (ce n’est pas le bon mot) et philosophiques, vous n’avez rien d’intéressant à dire -philosophiquement parlant. A la limite, à supposer même que Heidegger aurait – c’est absurde – écrit son oeuvre entière afin d’imposer des visions politique, il se trouve que vous ne faites, ici, vous , rien de mieux. On tombe ainsi dans le relativisme le plus plat que vous dénoncez lorsque vous décrétez que ses positions sont purement « subjectives ». Avec de tel propos vous en dites plus long sur vos propres présupposés, sur vos stratégies de lectures (apparemment parasitées par une « pose » pseudo-nietzschéenne complètement galvaudée), que sur l’auteur traité. Mais je ne vous hais point. Surtout depuis que j’ai lu votre article dans l’ouvrage de J-L Petit qui m’a quand même largement rassuré sur vos capacités intellectuelles. Quel dommage que vous jetiez continuellement le bébé avec l’eau du bain, une oeuvre entière dénoncée alors qu’elle s’avère nuancée et protéiforme, ce, au nom d’une posture – certes louable- de lutte anti-nazisme -mais quii ne vous permet en aucun cas de faire la part des choses.
    Ce d’autant que cette approche peut paraître complètement arbitraire, quand l’on sait l’amour que vous portez à l’oeuvre de son « autre », Nietzsche, qui lui aussi a écrit quand même quelques textes gratinés (et si vous avez la mémoire courte à ce sujet je constituerai sur mon blog un florilège des textes les plus éxécrables du philosophe moustachu…)

  76. Bonjour Monsieur Domeracki,
    J’avais renoncé à vous répondre, ayant le sentiment d’être pour vous un interlocuteur stupide et creux. Mais puique vous m’interpelez d’une manière inhabituellement courtoise chez vous, je veux bien tenter de reprendre la discussion. Je vous accorde le fait que je suis incapable d’imaginer que nous puissions dépasser notre subjectivité, et cela n’a rien à voir avec une « pose pseudo-nietzschéenne galvaudée » (je ne sais pas ce que ça veut dire ce que vous écrivez-là). A mes yeux, comme à ceux de beaucoup d’autres, tout être vivant est une entité subjective dans le sens où il possède une organisation « propre », distincte du milieu dans lequel il vit, ce que Aristote appelait « l’âme », c’est-à-dire la forme qui structure la matière des organismes. Et c’est précisément pour cela que la distinction entre être et étant que Heidegger « a réveillée » (pour reprendre une métaphore de M. Grondin) me paraît non fondée (Nietzsche aussi la récuse du reste). Or, toute son oeuvre est bâtie sur cette distinction. C’est la raison pour laquelle, philosophiquement, sa pensée me paraît primitive et désuète. Mais, parce que je ne crains pas l’idée de la relativité subjective de nos goûts et dégoûts que vous me reprochez (c’est votre droit), je ne vois pas en quoi vous ne pourriez pas trouver de la « grandeur » dans la pensée de Heidegger: notre finitude est bien incarnée dans notre subjectivité de sorte qu’il est normal, c’est le contraire qui serait étonnant, que nous ne partagions pas forcément les mêmes opinions.
    Je suis en revanche tout à fait d’accord avec vous: « le philosophe moustachu », comme vous l’appelez, est capable du meilleur et du pire, mais ses boursouflures même me font rire car il adorait faire des pitreries…
    Voici un texte de lui qui ne manque pas de sel:
    « Le philosophe contre ses rivaux, par exemple contre la science: là il devient sceptique; il se réserve une forme de connaissance qu’il conteste au savant; là il marche avec le prêtre, la main dans la main, de peur d’éveiller le soupçon d’athéisme, de matérialisme; il considère une attaque contre la morale, la vertu, la religion, l’ordre, – il sait faire à ses adversaires une réputation de « mauvais » bergers » et « d’esprits subversifs »; il marche de concert avec l’autorité… Somme toute, quand il se bat, il se bat absolument comme un prêtre, comme une prêtrise. Ce qui est à l’oeuvre, même chez ces véritables amis de la vérité, les philosophes, c’est une finalité souvent ignorée d’eux-mêmes; ils veulent a priori une ceratine vérité, de telle ou telle nature-et bien souvent ils trahissent leurs besoins les plus intimes en suivant le chemin qui est le leur pour aller à leur « vérité ». » (« La Volonté de puissance » (Gallimard, 1995, pp. 18-19).
    Sacré « psychologue », comme il lui arrivait de se qualifier, ce moustachu!
    Cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 03/12/2006 à 11:33 | Répondre | Modifier
  77. Re-bonjour,

    Je me rends compte que j’ai mal recopié une phrase dans la citation de Friedrich: il faut lire « … il considère une attaque contre lui comme une attaque contre la morale… »
    A propos de moustaches, celles de Nietzsche pourtant énormes me font moins peur que d’autres pourtant moins disproportionnées. Ca c’est pour rire!
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 03/12/2006 à 15:07 | Répondre | Modifier
  78. Une petite saleté extraite d’Aurore:
    « Il faut supprimer les mendiants car l’on s’irrite de leur donne et de ne pas leur donner »
    La philosophie de la Heiterkeit se donne tous les droits!

  79. Bien le coup du pseudo…
    je n’ai pas le droit de me prénommer Mourat ?
    Mais « Hadji Mourat » est bien une allusion à Wittgenstein, il y en a au moins un qui a compris. Je ne suis pas encore allé à la Mecque, et usurpe donc un peu le titre ce faisant…mais le renvoi au couple Tolstoi-Witt le vaut bien (voir le roman du premier à ce sujet, et que les grands guerriers blonds se méfient du « chardon »).
    Domeracki se gargarise de sa censure sur son site (on essaie plus de nier au moins), lui qui est un refoulé de l’agreg n’entend citer que des « professionnels » (parce que Jean-Pierre Faye avec sa vingtaine d’ouvrages, hein, par rapport à Stéphane Domeracki et ses déjà fameuses analyses de l’insurrection chez Heidegger… une thèse qui promet avant même d’avoir été commencée !).
    et oui j’ai le droit de ne pas être d’accord avec René Misslin sur tout (sur son admiration pour JF Revel notamment, mais bon), mais si il y en a un qui a la classe ici c’est lui. Admirez les enragés…
    Franchement le Losurdo est à lire (oui je sais René il est de gauche, cela va être dur pour vous, mais allez-y courage, et puis cela ne se sent pas trop c’est surtout un spécialiste de l’extrême droite), et il balaie bien toutes ces platitudes sur la critique de la subjectivité et du nihilisme « accompli » ou pas. Franchement, nous refaire le coup de l’absence de racisme « biologique », il y en a qui ne se lasseront jamais ! Bravo pour l’endurance au moins.
    Tout ceci me fait penser à la citation de Löwith dont part Emmanuel Faye dans son livre :
    « l’ »esprit » du national-socialisme avait bien moins affaire à l’élément national ou social qu’à ce radicalisme décidé et dynamique qui refuse toute discussion et tout accord parce qu’il se fie uniquement et exclusivement à lui-même. »
    Yeap…
    rien à dire de plus.
    Les petits bruns vous saluent bien !
    Hadji Mourat.

    Rédigé par : Mourat Türken | le 06/12/2006 à 19:47 | Répondre | Modifier
  80. Bonjour à tous,

    M. « Hadj Mourat » a tout loisir de s’en prendre à M. Domeracki (avec une élégance stupéfiante, mais il faut croire que se poser dans le camp des gentils autorise bien des choses) ; il est toujours facile en effet de disqualifier les uns parce qu’ils n’ont pas assez de titres, et les autres parce qu’ils en ont trop (implacable logique suivant laquelle tous ceux qui savent à peu près de quoi ils parlent doivent être disqualifiés d’office… La ficelle est fort grosse : elle a donc toutes les chances d’être efficace). Tant qu’il y est, M. « Mourat » pourra accompagner les paralipomena de sa prose délicate d’un rappel de ses propres contributions et articles, que je lirai (je l’en assure) avec l’attention qui convient — en attendant, les reproches qu’il fait à M. Domeracki pourraient fort bien lui être retournés — mais je ne doute pas que M. Mourat soit un puits de science doublé d’un fin connaisseur des textes heideggeriens, comme tout l’indique dans la profondeur de ses objections. Je me bornerai cependant à constater que les propos de M. Domeracki ont une tenue spéculative (qu’on partage ou non ses vues, c’est un tout autre problème) dont les vôtres feraient bien de s’inspirer.

    Plus profondément, il ne s’agit pas simplement de constater l’absence de tout biologisme racial chez Heidegger ; si je m’accorde avec M. « Mourat » sur un point, c’est effectivement celui-ci : si l’on ne peut pas faire comme si cette absence ne signifiait rien, elle ne saurait à elle seule suffire. Ce qui est intéressant dans le texte que j’ai cité alors, c’est bien plutôt ce que dit Heidegger de la domination planétaire d’une « Rasse », et la façon dont il parle du « nationalisme » et du « socialisme ».
    Le texte, Monsieur, que vous le vouliez ou non, est parfaitement clair sur ces points (pire : il en existe beaucoup d’autres qui vont en ce sens, et il ne saurait s’agir ici d’un quelconque hapax legomenon) ; prenez-le donc un peu au sérieux, et ensuite nous pourrons discuter. A moins que le but ne soit précisément d’éviter soigneusement toute discussion, et par exemple en renvoyant tous ceux qui ont la honte de ne pas partager vos vues dans un quelconque Mandarom — procédé tout emprunt de délicatesse et d’élévation, là encore, surtout lorsqu’il se double d’une dénonciation en règle de la censure. Mais baste ! S’il fallait accorder aux autres ce qu’on réclame pour soi-même, où irait le monde ?

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 08/12/2006 à 02:18 | Répondre | Modifier
  81. J’aimerais quand même remercier directement ce courageux « Hadji Mourat » qui, dans un grand élan démocratique, semble ne reserver la discussion sur l’oeuvre de Heidegger qu’aux seuls agrégés, dont à coup sûr il fait partie…C’est très savoureux. Pour ma part je n’ai tenté ce concours d’excellence qu’une seule fois…Je n’ai en outre jamais prétendu valoir « mieux » que Jean-Pierre Faye, dont j’ai lu les ouvrages sur Heidegger et sur Nietzsche. Je suis juste complètement opposé à ses approches unilatérales qui n’ont qu’un maigre intérêt philosophique. C’est évidemment aussi le cas de l’ouvrage de Losurdo que j’ai lu, et qui n’a guère qu’un intérêt historiographique, et encore (puisque comme dans les ouvrages de Faye-fils et Bourdieu, tout est à charge)…
    Enfin je fais partie de ceux qui n’ont pas compris votre private-joke sur votre pseudo (eh oui , je n’ai que vingt-quatre ans et je découvre tout juste Wittgenstein), mais qui ont bien compris que cela ne dissimulait guère la petitesse du personnage qui se trouve derrière. Là où vous vantez le pamphlet de Losurdo, je retourne pour ma part lire l’ouvrage de Christian Sommer « Heidegger, Luther, Aristote », autrement plus intéressant (en notant au passage que ce professeur a accepté de diriger à long terme mon projet de thèse que vous méprisez par avance – tout comme Didier Franck ou Emmanuel Cattin…Excusez moi de donner plus de crédit à leurs encouragements qu’à vos petits messages mesquins…Mais rassurez-vou : sans agreg rien de tout cela n’est envisageable…)


  82. sinon c’est tout ce que vous avez à dire sur le Losurdo ?
    Pardon pour les piques, mais franchement je n’ai pu m’en empêcher après que P. Teitgen eût legitimé la censure de Jean-Pierre Faye et S.D. la mienne…
    il est juste drôle de lire Pierre Teitgen parlant de vérité, et Stéphane Domeracki de professionnalisme.
    Je connais bien le livre de Sommer, même si je ne suis pas agrégé (je ne prétends pas me placer du côté des professionnels), mais je ne vois pas en quoi cette suite de platitudes lénifiantes éclaire quoi que ce soit. Où est l’histoire dans ce livre de prétendue « histoire de la philosophie » ?
    Enfin cela suffit je vous ai consacré assez de temps.
    Bon vent !
    Hadji Mourat.

    Rédigé par : Mourat Türken | le 18/12/2006 à 13:50 | Répondre | Modifier
  83. bonjour,

    mmh le dernier courriel date de décembre, il semblerait que le soufflé du scandale soit définitvement retombé;

    bon depuis lors j’ai entrepris la lecture de z u z, (traduction de m martineau), c’est en effet une oeuvre majeure, un texte à lire mais permettez moi de réserver mon commentaire qd j’en aurais un peu plus assimiler les concepts (ce n’est en effet pas l’oeuvre de philo la plus facilement accessible)

    mais mais mais …je reste quand même convaincu par les arguments de jean pierre faye sur le recteur de fribourg tout comme je pense qu’il faut ici creuser la question suivante

    « quelle est le caractère philosophique de cette critique ? »

    trsè modestement, on n’a rien compris à jp faye si l’on réduit son attaque d’h à uniquement une volonté de liquidation d’un penseur ouvertement nazi…le propos de la critique de la raison narrative n’est pas celui là c’est plus large plus deluzo-guattarien, par dela le bien et le mal si l’on préfère.

    l’attaque vise plutôt les résonnance de la pensée h qui prenant pour outil les concepts husserlien les étends dans une perspective historique et ontologique (oui je sais c’est justement le sujet de z u z) et de par là enclenche une à une des narrations qui l’emmèneront trsè très loin

    l’intérêt de leur démarche est de réintégrer l’engagement nazi du recteur h dans un agencement complexe dont sa pensée est un maillon fort (avec d’autres voir langage totalitaire) et d’insister que comme justement la pensée de h est philosophique elle ne peut être circonscrite aux circonstance historique données de l’allemagne des année 20-30 mais reste potentiellement active aujourd’hui

    c’est quelque part une marque de respect pour le texte de h de prendre au sérieux toutes ces résonnances et de ne pas en retrancher une part du feu, ne pas séparer « le petit homme » du « grand philosophe  »

    de là, on en a pas fini avec cette pensée (h) qui en effet inspire et irrigue une bonne partie de la pensée française de la seconde moitié du xx siècle

    qd e faye dis que h ce n’est pas de la philo, c’est vrai dans le sens ou la pensée de h va plus loin que cela, elle ambitionne un au delà de la philo ( comme k marx voulait sortir de la philo pour transformer le monde dans une tout autre démarche)

    h reprant à son compte le projet d’aristote de la métaphysique et ambitionne un choc similaire voir bien plus fort…et en effet avec la crise des années 30-50 on peut dire qu’il a été servi pas comme il l’escomptait sans doute.

    Entendons nous bien H = génocide, c’est faux mais considérer son engagement nazi comme inséparable de son oeuvre c’est vrai

    cela entraine -t-il une lecture éthique (idéologique?? ) de sa pensée… oui si l’on philosophe comme e et jp faye dans une tradition héritière de spinoza et donc inséparable elle aussi d’une forme d’engagement (que personellement je partage…)

    quel pharmakon pour cette pensée donc ?

    bien à vous

    alec de vries

    Rédigé par : alec.devries | le 03/04/2007 à 19:58 | Répondre | Modifier
  84. Tu pourrais peut_être nous pondre un artcile sur le « on » comme défaite et anéantissement du « nous ».

    ____________________

    J’essaierai un peu plus tard.

    Sk

    Rédigé par : Nicodème | le 22/02/2008 à 12:22 | Répondre | Modifier
  85. Et vous monsieur le commentateur n’avez-vous jamais fait d’erreur? Avant de jeter la pierre il faut savoir se regarder… Etes-vous si pur que cela pour accuser de manière perverse Heidegger. Le seul reproche que l’on puisse faire à Heidegger pour ses choix de 33, c’est d’avoir choisit la révolution noire, conservatrice, et non la révolution rouge… de n’avoir pas suivi le route avec Brecht… Mais il est loin d’être le seul… Il y avait même un premier ministre britannique qui comparait Hitler à Washington…Il était en bonne compagnie… En effet, dans le contexte de l’époque, c’était le rouge, en dépit de Staline, qu’il fallait choisir…

    Réponse de Skildy :

    Ce n’est pas une erreur que je reproche à Heidegger – tout le monde en fait – mais bien la constance d’un projet de nature hitlérienne.

    Heidegger est nazi de part en part et sans aucun remords. Ce qui n’est pas toujours le cas chez de nombreux « staliniens ».

    Rédigé par : Claude Karnoouh | le 20/02/2010 à 16:25 | Répondre | Modifier
  86. Bonjour,

    Dernier texte à être mis en ligne sur le site « l’herbe entre les pavés » : L’imposture Heidegger.

    Cordialement,

    Max Vincent

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Commentaire

87 commentaires

  1. Bonjour Monsieur Gambler,

    Une société qui donne à des gens comme Debord la possibilité de casser du sucre sur son dos, cela s’appelle une société libérale. Il y a des sociétés qui ne tolèrent pas ces gens-là, ce sont des sociétés totalitaires. Laquelle de ces sociétés préférez-vous?
    R. Misslin

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  2. Bonjour à tous,

    Comme je nous trouve un peu sombres en ce moment sur ce blog, je vous livre une pensée de lumière de Hans Jonas (que j’adore), extraite de son livre: « Le concept de Dieu après Auschwitz, une voix juive »:
    « Dieu, après s’être entièrement donné dans le monde en devenir, n’a plus rien à offrir : c’est maintenant à l’homme de lui donner. Et l’homme peut le faire en veillant à ce que, dans les cheminements de sa vie, n’arrive pas, ou n’arrive pas trop souvent, et pas à cause de lui que Dieu puisse regretter d’avoir laissé devenir le monde. »
    Cette pensée me fait pleurer…de joie. Merci l’ami Hans!
    R. Misslin

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  3. Monsieur Er; vous affirmez désormais que les choses vont de pire en pire. Mais en ce cas, quelle est la période où « cela allait mieux »? Faites vous référence à la Grèce des présocratiques ou au règne de VGE, Thatcher et Reagan? Merci de préciser ce « c’était mieux avant ».

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  4. Réponse irrésistiblement amusée à:

    « Bonjour Monsieur Gambler,

    Une société qui donne à des gens comme Debord la possibilité de casser du sucre sur son dos, cela s’appelle une société libérale. Il y a des sociétés qui ne tolèrent pas ces gens-là, ce sont des sociétés totalitaires. Laquelle de ces sociétés préférez-vous?
    R. Misslin »

    Eh bien, cher monsieur Misslin, je voix que le choix est large!
    Me permettrez-vous de rajouter, dans ma profonde naïveté politique (je suis jeune il est vrai, et aux âmes perdues, la candeur n’attend pas le nombre des années…), une autre possibilité?
    Je préfère à tout prendre, à ces sociétés si spectaculairement libérales que l’on y tolère encore que je lise Debord ou Heidegger, et même que je les cite!… oui, je préfère la société de Debord… ou celle de Kafka… ou celle de Joyce… ou celle de… mais oui… de Heidegger…
    Il y a même parfois des nuits, ô combien précieuses, où je me prends à croire, aux milieux des livres annotés par lui, perchés sur les étagères logées partout où il était possible d’en caser, à voir la lune miroiter au milieu des nuées qui remontent sereinement la vallée de Todtnauberg, et du chant du vent dans les arbres voisins, oui, il y a des nuits de paix et de joie très peu solitaire, à dormir près du poële dans la Hütte de Heidegger en entendant la fontaine enchanter continûment les hauteurs de la Forêt noire, en compagnie de Goethe, Hebbel, Hölderlin, Husserl, Platon et Char (et si j’y retournais encore je me permettrais d’y amener un Sollers et un Hemingway…), des nuits où les âmes naïves comme la mienne se prennent à rêver d’une société qui soit « un livre à la vérité, mais c’est livre miraculeux qui n’a ni feuillets , ni caractères; enfin c’est un Livre où pour apprendre les yeux sont inutiles; on n’a besoin que d’oreilles… Ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes, et morts et vivants, qui vous entretiennent de vive voix… »

    Mais un tel livre, une telle société… les sociétés libérales s’en accommoderaient-elles sans peine, s’il lui venait à l’idée de s’incarner parfois?…

    Très amusé, donc,
    A.G.

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  5. Bonjour à tous,

    A M « Yvon Er ».

    Comme vous vous refusez toujours à donner votre nom véritable, même en cherchant longtemps, je ne vois pas très bien ce que je pourrais trouver.

    Sur Pradelle : décidément, encore un imbécile qui n’a rien compris. Ca commence toutefois à faire du monde… Y compris chez les universitaires, et pas uniquement chez les spécialistes de Heidegger, mais c’est un détail. Si son texte « n’innove pas vraiment », c’est sans doute alors parce qu’il affirme assez clairment que le livre de Faye fait largement contresens, et présente un intérêt pour le moins discutable. J’en déduis que Pradelle s’en va rejoindre Dastur dans son hospice, ainsi que quelques autres. Diable : être jugé un peu court par Yvon Er ! Je ne sais pas s’il s’en remettra.

    Sur le « grand ancêtre », je constate que vous êtes visiblement incapable de présenter vos excuses, puisque vos propos n’ont pas exactement la signification que vous leur prêtez maintenant. Dont acte. Si j’en ai parlé cependant, c’est face aux accusations de négationnisme dont j’ai été l’objet de votre part — il serait curieux que j’en vinsse à nier l’existence des chambres à gaz, quand de membres de ma famille y ont laissé leur vie. Il est vrai cependant que vous entendez ce terme en un sens spécial, et qui n’appartient qu’à vous, lequel vous permet d’en faire un large usage, ie de vous en servir comme d’un épouvantail universel, avec un irrespect des morts qui dépasse le mauvais goût, mais qui pour le coup ne regarde que vous, et votre conscience.

    Rien non plus sur le texte du GA 90 que j’ai cité — dommage.

    Quant à « la question du statut de l’individualité dans SuZ… : le Dasein est-il un individu ? C’est pour le moins à débattre », je vous renvoie à la structure de la Jemeinigkeit dans SZ et même avant. Question tellement à débattre que vous pourrez longuement vous en entretenir avec vous-même si ça vous chante.

    Un mot encore sur les conférences de Brême. Qui exactement défend l’interprétation que Faye fait de ce texte ? Pas grand-monde, j’en ai peur… Et même parmi ceux qui sont les plus réservés sur le sujet, comme Lacoue-Labarthe. Je repose la question : si ce texte est à ce point décisif, pourquoi n’en a-t-il jamais été question lors des interventions de Faye dans les journaux allemands (à moins que j’aie loupé quelque chose !) ? Peut-être parce que certains bricolages auraient plus de mal à passer face à des germanophones…

    Quant à la « censure » exercée par l’APPEP, je suis désolé, mais je n’y suis vraiment pour rien. J’étais à la Sorbonne, et je puis vous dire, en comparant mes notes au compte-rendu écrit diffusé par cette association, qu’un certain nombre de déclarations de M. JP Faye ont été effectivement coupées. Comme il s’agissait de propos virant à l’invective pure et simple, (c’était du reste également le cas à Strasbourg), je comprends aisément pourquoi. Il n’est du reste pas le seul : les interventions de G. Guest, par exemple, ont été assez largement amputées, si ce n’est sans doute pas pour les mêmes raisons (elles étaient effectivement assez longues, pour certaines d’entre elles).

    Voilà donc. Je renouvelle toutefois mon invitation à M. « Er », « Ronan » ou quel que soit son nom, à m’indiquer les références de ses travaux ; je dis, une fois encore, que je les lirai (et sans ironie aucune) avec le plus grand intérêt.

    Pierre Teitgen

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  6. Je viens de publier un point 14 à la note correspondante.
    .
    .
    14. Retour sur l’expression de « nazi viscéral ». Le mot est de Pierre Teitgen. Il ne laisse pas de me plonger dans la perplexité. Qu’est-ce qu’un nazi viscéral? Nier que Heidegger fut un nazi viscéral serait la définition, pour Pierre Teitgen, du négationnisme selon Y. Er. Mais, à ce que je sache, « nazi viscéral » ne s’oppose pas seulement à « non-nazi » ou à « anti-nazi » mais aussi à « nazi non viscéral »! Ainsi ne serait pas négationniste une attitude qui consisterait à ne pas nier que Heidegger ait été un « nazi non viscéral »! Mais cela ne suffit-il pas pour un « philosophe »? Ainsi, l’auteur de l’expression reconnaîtrait implicement le nazisme de Heidegger. Que ce nazisme ne fut pas viscéral me semble en effet une des conditions à laquelle a du satisfaire Heidegger lui-même pour introduire le nazisme dans la philosophie. Cela dit cela ne signifie nullement qu’il n’y a pas, chez le Heidegger de la marge, une part de viscéralité dans son nazisme! Mais il lui fallait faire en sorte qu’elle demeure le plus possible invisible, qu’elle soit surtout recouverte d’un vernis de légitimation.

    Mais il y a plus. Admettre implicitement, et cela peut alors s’accompagner de toutes les dénégations du monde – l’alibi du grand penseur, de la grandeur etc. – que Heidegger a été un « nazi non viscéral » revient à se donner comme le droit de l’étudier comme n’importe quel « grand philosophe ». Certes, l’auteur est trouble, mais il est « non viscéral ». Et comme il est « non viscéral » il suffit de broder autour de sa démission de 1934 pour blanchir sa figure académique. Le thème de la calomnie vient alors à la rescousse de l’entreprise de blanchiment.

    On pourrait rire. Car, précisément, la « non viscéralité » du nazisme de Heidegger ne fait que rendre plus impératif encore l’étude de ce que j’ai appelé le dispositif Heidegger. Il est à la fois pathétique et inquiétant qu’un certain heideggerisme universitaire persiste dans la mythologie d’une substance heideggerienne séparée entre une oeuvre digne et quelques égarements condamnables. Au reste qui ne voit que la condamnation morale de ces égarements – et c’est bien le moins qui puisse se dire – permet de faire l’économie d’un renouveau de « l’exégèse heideggerienne »? Notamment en « gestellisant » le corpus heideggerien lui-même. C’est l’indication qui est donnée avec l’expression de dispositif Heidegger.

    Bien naïfs, et bien roulés dans la farine, seraient les lecteurs qui accepteraient comme ticket d’entrée la condamnation morale du Heidegger de 1933.

    Le dispositif Heidegger est un labyrinthe pervers. Toutes les condamnations du monde des errements du philosophe ne changeront rien à l’affaire. D’autant plus que, précisément, il ne s’agit nullement d’errements, mais d’un programme trés habilement enté sur une entreprise à visage philosophique. Orange mécanique! Le dispositif Heidegger est résolument au-delà du bien et du mal. La condamnation morale des errements du philosophe est absolument impuissante à en neutraliser la criminalité virtuelle.
    .
    Skildy

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  7. Bonjour mon cher Gambler,

    Très amusant en effet. J’espère très franchement que vous pourrez ainsi vous gambader toute votre vie dans les bois pendant que le loup n’y est pas et écouter chanter les voix des poètes. Les sociétés libérales s’en accomoderont sans peine (à condition que vous ayez assez d’argent pour manger et dormir). Quant aux sociétés plus structurées, si je puis dire, si vous voulez continuer à entendre vos voix, faites-le en toute discrétion (et surtout ne le dites à personne, promis?). A bon entendeur, salut.
    PS Dans la liste des poètes dont vous écoutez les voix, vous citez Hebel (que je lis dans le texte) parfait. Mais, vous y mettez aussi Platon. Attention: le divin Platon avait pour modèle de société non point Athènes, la libérale, mais Sparte où on n’aimait pas trop les gambler. Aussi a-t-il bien précisé dans la description de sa cité idéale qu’il n’y aurait pas de place pour les chansonniers. Finalement, restez donc dans notre France pourrie par le libéralisme, les médias, le fric, la sécurité sociale pout TOUS (quelle horreur): ne dit-on pas que c’est seulement en France que tout se termine par des chansons!
    R. Misslin

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  8. Bonjour Monsieur Skildy,

    Beaufret « l’homme le plus intelligent en France » d’après Martin. Je ne sais pas s’il faut à tout prix chercher dans ce compliment une sorte de connivence négationniste. Mais, sans aller aussi loin, je trouve cette phrase on ne peut plus cocasse de la part d’un gaillard qui a pu prétendre qu’un Français ne pouvait philosopher que s’il se mettait à utiliser l’idiome allemand. C’est que ce beau Monsieur devait une fière chandelle à Beaufret: vous vous rendez compte, un Français, un résistant de surcroît, qui après les horreurs nazi se met à glorifier l’oeuvre philosophique d’un Allemand dont les faits de résistance sont plutôt du côté de l’inapparent que du côté de la parousie… mais je suis sûr que Heidegger lui-même a dû se frotter les yeux… J’aimerais que vous puissiez rire un instant avec moi de ce qui peut être lu comme une désopilante farce (j’appelle cette méthode une herméneutique (!)du risible: le sens du ridicule est un épouvantable (au sens propre du mot) manque de l’existential du da-sein de Martin). Et je n’oublie pas le rôle de Char, le poète résistant, qu’on a fourré dans cette farce-galère. La vie heureusement n’est pas tragique tous les jours!
    R. Misslin

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  9. … Dominique Pradelle n’est sûrement pas un imbécile, là n’est pas le problème j’en ai peur.
    Mais je ne suis pas le seul à m’en rendre compte, et je ne vais pas passer ma vie à répéter les mêmes précisions et les mêmes arguments, la « réponse d’Yvon Ronan » suffit, et en un sens il y a été répondu-dois-je dire merci pour cela ?
    M. Teitgen doit être le dernier à n’avoir pas compris qui j’étais, j’en ai dit assez pourtant : il a des supérieurs plus futés que lui, qu’il leur demande si il sait à qui s’adresser.
    Pour le reste, vous m’ennuyez je l’avoue.
    J’ai mieux à faire que de répéter mes définitions à des propagandistes.
    Yvon Er.

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  10. Je reviens par ailleurs de ma lecture du chef d’oeuvre de Gérard Guest, « Hurler avec les loups ».
    On y appprend dès la page 4 que David Rabouin a « attaqué Heidegger » dans le dossier Heidegger du magazine littéraire consacré à Heidegger (ce qui est assez drôle quand on connaît l’oeuvre du bien tiède David Rabouin, que je prenais pour un heideggérien mais bon…), dossier qui n’efface pas la « tâche » que constitue la publication précédente, par la même revue, des entretiens avec Michèle Cohen-Halimi, Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Michel Salanskis. Cette tâche est « ineffaçable » (sic. p. 5).
    P. 10 on apprend que « l’allégation » de Philippe Lacoue-Labarthe selon laquelle « les « passeurs » autoproclamés de Heidegger en France au lendemain de la guerre – eux-mêmes au demeurant négationnistes et fascisants » serait passible du dépôt de plaintes pénales qualifiées « en diffamation » devant les instances juridiques compétentes. Depuis le temps que la bande parle de diffamation on s’étonne qu’ils ne soient pas encore passés à l’acte. Serait-ce de la diffamation que de dire que Jean Beaufret a soutenu Faurisson ?
    P. 12 on retrouve le regret que face à la publication du livre d’Emmanuel Faye, « ce qui tient lieu de « critique » (y compris « universitaire ») n’a jusqu’à présent pas fait mine de s’en émouvoir le moins du monde (du moins publiquement) ». La récente publication des « articles » de M. Pradelle et consorts devrait rassurer un peu M. Guest dans sa solitude, on l’y rejoint.
    Dans la même p. 12 on apprend que le terme « Verjudung » (enjuivement) doit bien être rendu par « abatardissement », mais nous est-il précisé « mais sans haine pour les enfants adultérins ». A la bonne heure.
    Suit une violente attaque contre Michèle Cohen-Halimi, « l’auteure » (note 16 p. 18), même si mettre un e à la fin d’un tel terme est « contraire à l’esprit de la langue française », on aurait là une « graphie politiquement correcte » (Ibid.). L’attaque prend étrangement un tour très personnel, pour des raisons que j’ignore mais bon … : « Si nous écartons l’hypothèse (très improbable…) d’une maligne et néanmoins gratuite envie de nuire (ce qu’à Dieu ne plaise !), tout laisse plutôt ici soupçonner une « connaissance » très superficielle, lacunaire et de seconde main ». On apprend en effet plus loin que Michèle Cohen-Halimi, une de nos plus grandes germanistes de la faculté de philosophie, aurait dit ne pas assez maîtriser l’allemand pour aborder les Beiträge (sic., note 26 p. 25, qui est censé croire un tel témoignage ?-ceux qui ont ouvert une traduction de Michèle Cohen-Halimi et une traduction de Gérard Guest ?). Mais Michèle Cohen-Halimi aurait avoué n’avoir jamais lu les Beiträge zur Philosophie, publiés depuis plus de 15 ans « sous le prétexte qu’ils n’étaient pas encore traduits en français ! » (sic., et ibid. ; il est vrai que madame Cohen-Halimi n’a pas appris l’allemand chez Gérard Guest, cela se voit, et éviterait donc sans doute de traduire le mot « enjuivement » par « abatardissement », fût-ce en protégeant la réputation des enfants adultérins. Pourtant cela, madame Cohen-Halimi l’a bien dit, oui on vous l’assure, « le 26 mai 2003, à la Galerie Leo Sheer, à Paris, après la violente diatribe « anti-Heidegger » qu’elle venait de tenir. »
    Sans doute parce qu’elle ne parle pas le fédiéo-guestien, madame Cohen-Halimi entend sûrement « atteindre la langue allemande elle-même » (p. 26), la méchante : « Comme quoi la « première raison » de Madame Cohen-Halimi, quoi qu’elle fasse pour affecter de mettre de l’ordre dans ses « idées », empiète déjà bel et bien sur sa « seconde raison » (linguistique ou langagière) de chanter les louanges de l’entreprise d’Emmanuel Faye » (p. 26).
    Je ne me rappelle pas avoir lu madame Cohen-Halimi tressant des lauriers à Emmanuel Faye, mais passons. Ses arguments et son textes n’ont de toutes façons pas de valeur en soi, ni l’étude critique d’ailleurs : dans la note 26 p. 25, G. Guest renvoie un « et alors, c’est notre bon droit » à ceux qui demanderait pour l’édition des oeuvres dites complètes de Heidegger n’est pas une édition critique.

    Il y en a un qui n’a rien compris à la méchanceté de l’être, c’est Philippe Lacoue-Labarthe, l’heideggérien félon qui a osé penser que le livre d’Emmanuel Faye pourrait en partie se défendre. Il faut pourtant « envisager le vrai visage de l’Être », « Et ce « visage de l’être » pourrait bien, eu égard à ce que nous en montre « la face du monde », ne nous être pas toujours nécessairement « le plus avenant » (p. 45). On se demande pourquoi G.G. verbalise tant si les critiques de Heidegger comme Emmanuel Faye sont voués à subir une « sanction immanente », qui pour Emmanuel Faye « est déjà la sienne (fût-ce encore à l’insu de son auteur). »

    Mais le grand méchant reste Emmanuel Faye, qui est bien un négationniste, un négationniste « philologique » (voir « Intermède »). Sa critique ressemble « à s’y méprendre » aux accusations portées, « en d’autres temps, contre Heidegger par les pires « idéologues » du « Parti national-socialiste » » (p. 57). Voilà on vous l’avait bien dit, critiquer les nazis et être un idéologue nazi soit même, bonnet blanc et blanc bonnet…alors bon toi-même, na :
    « M. E. Faye a délibéremment choisi (jouant ainsi avec le feu) de faire un emploi dangeureusement flou et imprécis de mots tels que « révisionnisme » et « négationnisme », tout espérant qu’ils seront reçus dans le grand public avec tout leur sens d’horreur et d’infamie. Rendons-lui ici, pour une fois, la monnaie de sa pièce – en le payant (une fois n’est pas coutume) de la même monnaie. » (p. 57 note 82).

    Je serais par contre assez d’accord avec GG. pour dire que la tentative de JM Salanskis d’étanchéiser ce qu’il y aurait d’intéressant chez Heidegger est vouée à l’échec, même si j’ai sur la valeur de la philosophie de Heide une position opposée à celle du dit GG. Je serais également d’accord pour dire que l’heideggérisme de gauche est issu de mécompréhensions et de dissimulations, mais GG quant à lui n’en regrette pas la fin -il semble même qu’un heideggérisme de gauche lui répugne. Citons : « Autrement dit : la seule façon acceptable de « sauver Heidegger », aux yeux de M. Salanskis, ce serait que « Martin Heidegger »… ne fût justement plus en rien Martin Heidegger (…) » (p. 78)  » Heidegger serait-il donc devenu, secrètement, indûment et à l’insu de tous, l’un des « maîtres à penser » de la « gauche française » ? – L’état actuel du « paysage » ne permet assurément pas d’en discerner la moindre trace… Et nous soupçonnons qu’il doit plutôt y avoir là, en cette affaire, quelque profond malentendu… Mais quel « crève-coeur », asurément, pour MM. Faye, Droit, Salanskis et leurs amis ! Là se situe peut-être bien l’ultime « blessure » de JM Salanskis. Et l’aveu (assez désarmant) de ce « déchirement » personnel ne manquera pas de lui attribuer la consolation relative de la pitié des âmes compatissantes. Nous ne sommes, quant à nous, nullement tentés de nous laisser aller à cette inclination : la pitié est toujours mauvaise conseillère lorsqu’il s’agit de vérité. » (p. 82).
    On aura au moins compris que, dans cette lutte contre la « nihiline » (p. 84), il ne s’agissait pas de pitié.

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  11. J’ai également terminé le texte d’Henri Crétella auquel M. Domeracki renvoie sur son site. On y apprend p. 3 qu’il n’y aurait « Pas la moindre vanité chez les nazis, mais le stricte souci de l’utilité ». Encore un qui n’a pas vu les plans de Germania…ah, mais j’oubliais que c’est la rationalité qui est coupable.
    On apprend par la suite que « Heidegger n’a jamais cru vraiment à la réussite de son engagement » (pour le rectorat), et que son errement n’est explicable que par une impossibilité de penser comment l’éviter, le problème étant que l’impossibilité « comme telle » ne soit pas saisie, mais seulement subie. Si cette impossibilité avait été appréhendée « en tant » qu’impossibilité, « son effet d’errement ne se serait pas produit »…
    sûrement…
    Le texte se termine sur un passage pour le moins étrange sur l’auto-donation du peuple juif, mais puisque l’essence de la parole est le silence (p. 12), je n’en dirai pas plus.
    Après tout je ne suis pas le seul à m’être rendu compte qu’il y avait un problème : dans Guysen Israel News :
    http://www.guysen.com/articles.php?sid=5184

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  12. Cher Monsieur « Er, « Ronan » ou qui que vous soyez,

    Pour quelqu’un que la répétition ennuie, vous remâchez beaucoup, et souvent les mêmes inepsies. Toujours pas la moindre excuse, toujours pas le moindre commentaire des textes cités par M. Gamlber ou par moi-même. Au lieu de cela, un très-pitoyable exercice de rhétorique qui déploie des critiques ad homien en guise d’argument, selon le bon vieux procédé qui consiste, pour discréditer une thèse, à discréditer ceux qui la défendent — as usual. Si ce genre de répétitions fatiguent M. ER / Ronan / Trucmuche, j’en suis cependant le premier ravi et me permettrai d’ajouter qu’il serait temps.

    J’en profite pour adresser un petit mot à Skildy, dont les talents d’exégète suscitent mon admiration. Je ne saurais répondre en un autre nom que le mien propre, mais il me semble que l’interprétation que vous faites de mes propres paroles est pour le moins contestable (et me rappelle fort certains passages du Protagoras).
    Dire qu’il est étrange de qualifier de négationnistes tous ceux qui contestent l’idée que Heidegger fût un nazi viscéral, cela ne revient certes pas à affirmer que Heidegger était nazi, viscéralement ou pas. Je prends un cas précis : P. Lacoue-Labarthe. Pour lui, la profondeur de l’engagement nazi de Heidegger ne fait guère de doute ; et pourtant, il affirme que l’interprétation donnée par E. Faye des conférences de Brême (là où s’attesterait le « négationnisme ontologique » de Heidegger) lui semble fausse. Faut-il en déduire que P. Lacoue-Labarthe est négationniste ?

    J’ai été d’autre part été moi-même ici et à plusieurs reprises ainsi qualifié : ai-je nié en quoi que ce soit et l’existence des camps de la mort, et la responsabilité de l’Allemagne, et la réalité de l’extermination ? Mon précédent message ne visait donc qu’à souligner un abus de langage — à moins que ce ne soit l’agitation frénétique d’un épouvantail universel censé susciter la réprobation du plus grand nombre.
    J’aimerais assez que vous m’expliquassiez, alors, en quoi les thèses que je défends ici pourraient être qualifiées de négationnistes ; j’aimerais encore plus que vous fissiez droit aux textes de Heidegger que je cite, visiblement en vain.

    Pierre Teitgen.

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  13. bonjour,

    bon avant de me permettre d’entrer dans le débat, j’ai une requête que je réitère

    pourriez-vous me diriger quelque peu dans la lecture de heidegger, auteur que je ne connaît que très peu et qui me semble « important » voir dans un sens radicalement différent dans l’un et l’autre terme de l’alternative (dangereux ou indispensable pour caricaturer)

    Sur le fond, je me permets de mentionner que le lien entre la pensée et l’engagement plitique de heidegger avait été déjà (dé)montré par jean-pierre faye dans l’ouvrage « la raison narative » et cela sans joie aucune de la part de l’auteur.

    c’est sans doute cet aspect là qu’emmanuel faye a développé

    toutefois malgré mon immense admiration pour jean pierre faye, il est indispensable de lire le texte de heidegger pour approfondir afin de mettre au point un « pharmakon » à l’usage de la pensée heidegerrienne

    bref nous voilà obligé de devenir heidegerrien malgré nous 🙂 , je fais confiance dans la probité intellectuelle des visiteurs de ce forum pour m’indiquer par où commencer

    bien à vous

    alec de vries

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  14. bonjour alec ,

    je voudrais vous conseiller de lire : qu’est ce que la metaphysique ?

    mais aussi la lettre sur l’humanisme

    ou encore les concepts fondamentaux de la metaphysique

    si d’autre personnes peuvent aider alec….

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  15. Bonjour Monsieur Schildy,

    Permettez-moi de ne pas être tout à fait en phase avec vous quand vous présentez les convictions politiques de Heidegger de strictement « nazi »: à mes yeux, comme aux yeux d’autres, Heidegger a adhéré au nazisme parce que ce dernier représentait à ses yeux le rempart contre la modernité, celle-ci étant elle-même représentée, politiquement, à ses yeux, par la République de Weimar. Or, Heidegger est un opposant « viscéral » à toute forme de démocratie. Il ne croyait pas à la démocratie, parce que pour lui, démocratie était synonyme d’égalitarisme, donc de nivellement culturel, de superficialité, d’inauthenticité, de nihilisme, de perte du sens de l’être et de fondement, de destabilisation ontologique. Voici ce que Semprun écrit dans sa Conférence Marc Bloc (online: http://cmb.ehess.fr) :
    « En 1952, en reprenant pour la première fois depuis la fin de la guerre ses cours publics, Martin Heidegger a traité le sujet Qu’appelle-t-on penser ? Il y dit à un moment donné toujours dans le contexte d’une considération sur Nietzsche – :
    « Qu’est-ce que la Deuxième Guerre mondiale a décidé en fin de compte, pour ne parler ni des atroces conséquences qu’elle a eues dans notre patrie, ni surtout de la déchirure qui traverse son cœur ? »
    Ainsi, fidèle à lui-même, Heidegger ne considère atroces que les conséquences de la guerre en Allemagne. Nul mot sur les conséquences atroces de la guerre de l’Allemagne.
    Rappelons que, quelque temps auparavant, Karl Jaspers avait publié son essai sur La culpabilité allemande. Rappelons-le pour dire que si nous n’étions pas dans un amphithéâtre de la Sorbonne, si nous étions, par exemple, dans un roman, Karl Jaspers aurait été l’un de nos personnages principaux. Il accompagne l’histoire intellectuelle de l’Allemagne tout au long de ce siècle. Il est la preuve que l’on peut penser la modernité lucidement, tout en comprenant qu’il n’est nul besoin de la grandeur du mouvement nazi pour affronter ces problèmes. Mais nous ne sommes pas dans un roman et Karl Jaspers n’a pas encore en France la place que sa pensée mérite.
    Martin Heidegger, donc, pense que la guerre mondiale n’a rien décidé. Toujours les mêmes dangers, toujours la même démocratie inepte, la même Europe déstructurée. « Un plaisir pour les puissances de l’Est et pour la force énorme de leurs peuples », conclut-il. »
    Compte tenu de ses origines rurales auxquelles il était resté attaché de manière « destinale », Heidegger ne pouvait concevoir l’évolution moderne que comme une déchéance. Je crois que si dès 1930, Walter Benjamin et d’autres ont pris conscience du danger de la pensée de Heidegger (voir la lettre qu’il a adressée le 25 avril 1930 à Gershom Sholem dans laquelle il évoque « l’idée de démolir Heidegger… »), c’est parce qu’ils y lisaient le caractère foncièrement inactuelle et réactionnaire de cette pensée. Son thème obsessionnel de « l’oubli de l’être » n’est que le symptôme de l’angoisse que lui inspirait la modernité: son oeuvre représente, à mes yeux, une espèce de système de défense contre la fin d’un monde, celui du néolitique, et contre l’avènement de la « Machenschaft ». Le succès de la pensée de Heidegger, auprès d’une certaine gauche comme d’une certaine droite, correspond sans doute à l’anxiété générée par les bouleversements socio-culturels liés à ce que certains ont appelé l’accélération de l’histoire. Il s’agit d’une crispation qui n’est pas près de s’arrêter…
    Bien cordialement
    R. Misslin

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  16. Bonjour à tous,

    Voici un extrait du livre de M. D. Lecourt, « Contre la peur » (PUF, 1990, pp. 142-143) que je livre à votre méditation:
    « Doit-on conclure que nous sommes irrésistiblement livrés à la « frénésie de la technique », désormais planétaire? Sans doute, au sens où il s’agit, en cette dévastation de la Terre, dont l’américanisme se trouve être le fer de lance, de l’accomplissement de la métaphysique occidentale. Mais Heidegger accentue du pathos qui lui est propre une conclusion oraculaire qui ne va pas dans le sens de la technophobie apocalyptique: « Plus nous nous approchons du danger, et plus clairement les chemins menant vers ce qui sauve commencent à s’éclairer. » On n’en saura pas plus sur ce point… On connaît la provenance de ce type d' »annonces »: celle, en effet, du « salut ». La critique prétendument la plus radicale de l' »onto-théologie » retrouve, pour finir, les figures, et le frisson, de la prédication chrétienne!… Pour les philosophes de la technique qui s’inspirent de Heidegger, la technique ne fait office que de prétexte: sa réalité humaine, intellectuelle et sociale, n’apparaît pas; seule son idée compte. L’idée qu’ils s’en composent pour mieux la démanteler! On ne s’étonnera pas qu’ils triomphent à tous les coups… Et voilà comment chacun peut s’y retrouver. Heidegger était nazi? Antisémite? Où serait la gravité de la question si « nous » ne pensions, sur l’essentiel, comme lui? »
    R. Misslin

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  17. Bonjour à tous,

    Voici une note trouvée en bas de page d’un texte de Francis Schaeffer: « Dieu: illusion ou réalité » (www.bible-ouverte.ch/livres/real3_3.htm) sur Heidegger qui complète bien ce que M. Lecourt (voir mon précédent message) écrivait à propos du messianisme heideggerien:
    « Il est surprenant que le nouvel Heidegger, en changeant de position, ait essayé d’introduire une Chute historique dans son nouveau système. Il y a eu, dit-il, un Age d’or (avant la Chute) à l’époque des grecs présocratiques; après eux, Aristote et ses successeurs sont tombés : ils se sont mis à penser de façon rationnelle. Ainsi Heidegger dit que l’homme est maintenant anormal. Il n’y a pas de preuve historique de cet Age d’or, mais Heidegger déclare que la réponse rationaliste habituelle au dilemme de l’homme – à savoir que l’homme est tel qu’il a toujours été – est insuffisante. Dans la théorie désespérée d’Heidegger Aristote prend la place d’Adam, il est celui qui est tombé; et il semble évident qu’Heidegger se voit comme celui qui sauve. Remarquons que ce concept de la Chute et du salut ne touche pas aux questions morales. Le caractère anormal de l’homme n’est pas d’ordre moral; dans le nouveau système d’Heidegger, Aristote n’a pas mal agi moralement; il n’a fait qu’être le premier à utiliser la mauvaise méthode de l’antithèse et de la rationalité. Il n’y a pas de réponse au dilemme de l’homme, et Heidegger a montré clairement que la philosophie n’en donne pas en se fondant sur le caractère actuellement normal de l’homme et de l’histoire. On pourrait croire qu’Heidegger aurait aimé la réponse chrétienne, mais à condition de ne pas avoir à se courber devant Dieu, aussi bien moralement qu’en reconnaissant avoir besoin de se laisser instruire par lui. »
    Comme le suggérait Farias, le charmant prédicateur, Abraham a Sancta Clara, a joué le rôle d’un véritable pôle identificateur pour Heidegger. Pourquoi ne pas faire de la Hütte une chapelle pour qu’enfin les disciples de Heidegger aient un lieu sacré de pélerinage?
    R. Misslin

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  18. Salut.
    Mais oui René Misslin, Heidegger n’était pas « complètement nazi ». Il suffit de lire ses pages sur l’extermination totale de l’ennemi dans les racines du peuple pour le comprendre. Et Jaspers était un analyste lucide de la modernité, il suffit de lire Losurdo (« Heidegger et l’idéologie de la guerre ») et Lukacs pour s’en rendre compte.
    On a quand même l’occasion de rire sur ce blog, ainsi quand Pierre Teitgen nous balance un brouillon en allemand en essayant de nous faire croire qu’il s’agit d’une critique du nazisme (quelqu’un veut-il bien me dire comment la voir dans ce fatras ?), ou quand il découvre tout à coup que Jean-Pierre Faye ou un méchant anti-heideggérien aurait manipulé la transcription de l’Appep (qui va croire une chose pareille, maintenant que vous le « découvrez » des mois après la parution du dit débat ?), tout en « justifiant » ainsi la censure bien réelle du même Jean-Pierre Faye au colloque de Strasbourg.
    En tous cas pour ce qui est de censure je sais bien quant à moi qui m’a censuré : c’est Stéphane Domeracki sur son site. Alors que le 29 avril 2006 il a publié la diatribe de Catherine Malabou sur « La pensée de Martin Heidegger », en la présentant comme l’avis d’une « universitaire », j’ai tenté de rappeler qu’il y avait eu deux réponses, de jean-Pierre et d’Emmanuel Faye (que je suis allé copier sur le site de Skildy, qui lui donne bien les 3, le texte de C. Malabou avec les réponses) ; ces deux là ne seraient-ils pas des « universitaires » ? Toujours est-il que SD a supprimé mes messages, ne laissant à la place que :
    « Les réponses outrées des « antis » sont lisibles sur le blog de Skildy , le « phiblogzone ».Pas de tribune pour eux ici. Zut!  »
    Zut, donc, la réponse si drôle et touchante de Jean-Pierre Faye aux grognements de Catherine Malabou est « outrée ».
    Zut alors, j’avais pourtant été bien gentil en introduisant Emmanuel Faye et son papa…
    Messieurs les censeurs, bonsoir !
    Hadji Mourat.

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  19. Censurer? Ne pas donner une tribune aux incompétents c’est une censure? J’ai même donné le nom du site où était lisible les diatribes… Mais il se peut effectivement que ceux que j’aurais « censuré » ne sache pas aller sur google et taper le mot « skildy », ou « Faye »…

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  20. Bonjour Hadji (très drôle comme pseudonyme, j’adore la nouvelle de Tolstoï),

    Je n’ai pas écrit que Heidegger n’était pas un nazi « complet », mais que je trouvais qu’on ne pouvait pas le traiter « strictement » de nazi, sous peine de passer à côté de son jeu, qui était autrement plus subtile, et sans doute plus sournois, que celui des nazis. Je crois que Heidegger avait pour ambition première d’être LE penseur du renouveau de la nation allemande. S’il a voulu détruire la métaphysique, donc la philosophie, telle qu’elle se pratiquait alors, à l’université, c’est parce qu’il trouvait qu’elle était décrépite et qu’il fallait la revigorer, sous sa houlette, c’était la mission qu’il s’est donnée, du moins dans un premier temps. Les choses ne se sont pas passées selon ses désirs, d’une part parce que ses collègues nazis ne l’ont pas suivi, d’autre part parce que Hitler et Cie ont échoué. D’où son attitude attentiste après la guerre, et, comme solution de repli, temporaire, sans doute, en attendant un nouveau kairos, la pose de Cassandre.
    Ulysse

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  21. Bonsoir à tous

    Curieuse posture de celle qui consiste à hurler à la censure tout en s’abritant derrière un pseudonyme (c’est fou ce que le monde contient de courageux qui s’ignorent) — mais je suis sans doute bien naïf de m’en étonner.
    Concernant le texte du GA 90 que j’ai cité, il ne s’agit pas d’un brouillon, mais d’un commentaire extrêmement serré du texte de Jünger — il n’empêche : le propos de Heidegger est parfaitement clair ; il suffit de regarder la dernière phrase, où la domination mondiale d’une rasse est associée à la métaphysique de la subjectivité. On peut ne pas s’accorder avec le diagnostic, le trouver insuffisant ou tout ce qu’on voudra ; mais lorsqu’on sait ce que veut dire « subjectivité » pour Heidegger, on ne peut pas faire comme si Heidegger (dans des écrits qui datent de la période 34-39 tout de même) était l’ardent défenseur d’une biologie raciale et le sectataire de la domination planétaire d’une race.
    Il s’en trouvera peut-être pour me dire que la race qui en secret domine, c’est la race juive… Or il suffit de lire : ce qui est rapporté à ce délire de la subjectivité, ce sont (entre autre) « le socialisme » et « le nationalisme » (et il ne faut pas être Freud pour comprendre : le national-socialisme). Maintenant, si M. « Hadji Mourat » me le demande, je puis lui indiquer quantité d’autres textes (dans Besinnung, Geschichte des Seyns ou les Beiträge, principalement) qui font le même rapprochement.

    Pierre Teitgen

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  22. bonjour a tous,

    si j’ai bien compris il n’ ya plus de debat sur ce blog ; au fait y en a t il eu un un jour ? A part une querelle entre ceux qui defendent la penssée de heidegger, et les autres qui pensent qu’il n’ ya pas la moindre trace de pensée(faye).
    Pour ceux qui voient en heidegger un nazi pur et dur je ne comprends pas leur obstination a parler ici : le nazisme etant par essence un néant de pensée, quel plaisir avez vous de polemiquer avec le vide ?
    je crois que le livre de faye a égaré tout le monde dans la mesure oû son ouvrage reste en dehors de la critique philosophique. En effet il ne recense que des évenements mille fois rabachés : rectorat, denonciation de juifs, autodafe, querelle avec husserl, jaspers. Bref aucune tentative de discerner, si on veut bien s’y attarder, une contradiction entre le penseur et son temps, bref l’essentiel de son oeuvre.
    Aussi je n’ai encore vu personne ici citer Arendt!! Je lis en ce moment condition de l’homme moderne et j’y vois un auteur qui est sans cesse en rapport avec heidegger sans jamais le citer et tout en le critiquant interieurement. Une maniere de faire silence : penser. arendt n’est pas du genre à blablater et à perdre son temps à rabacher et remuer des faits qui ne merite pas l’analyse critique.
    jusqu’oû va aller cette energie à trainer heidegger dans la boue ? Encore combien de qualificatif pour cet homme ? Est ce un concours de scraabble ?
    Il y a dans cette élan de bonté de la part de toute ces attaques une grande hypocrisie. Des universitaires veulent faire la peau à un type sous pretexte qu’ils appartiennent à une democratie, une republique, sous pretexte que depuis le nazisme il faut à tout pris etre anti raciste, anti anti semite, anti violence, … l’heure n’est plus aux isme mais on prefere des prefixes pour fixer ce qui est digne d’etre pensé. D’oû vient cet élan de bonté , de générosité et qui plus est étalé au grand public ?!!!!! N’avez vous pas honte ?
    Durant mes années d’etudes en philosophie je n’ai jamais entendu un professeur etre aussi definitif sur heidegger. Et pourtant farias avait deja ecrit, bourdieu. Mes profs n’etaien pourtant pas des imbéciles; seulement il y avait chez eux quelque chose que je ne vois pas ici : de la sagesse. Et oui et pourtant c’est pas vieux, c’etait de 1997 à 2000. Il y avait de la prudence dans les propos, bref un enseignement digne de soi.
    Quelle honte de voir des gens ici ricaner au nez des autres, etre aussi irrespectueux…
    Pour ma part je continuerai a lire heidegger avec toute la prudence qui s’impose et cela avec n’importe quel philosophe, c’ets a dire une lecture critique , qui demande surtout pas le jugement mais l’ecoute.
    Je n’oublierai pas les tres intelleigentes analyses de heidegger sur l’etre au monde d’abord, car c’est le depart de sa pensée; et oui et ca ne se medite pas à coup de linchage. Sa critique de la subjectivité et surtout de descartes me parait encore essentielle, notament son combat contre le « maitre et pocesseur de la nature » absurde à mes yeux, surtout aujourd’hui, comment le nier. L’homme n’ets il pas plutôt aujourd’hui celui qui possede l’homme et qui peut le detruire à tout moment.
    Car la maitrise de la nature se transforme bien plutôt dans son épuisement et sa destruction. C’est l’homme qui aujourd’hui semble requisitionner par des ideologies religieuses(kamikazes), un esprit de vengeance permanent (irak), violence commerciale(profit virtuel en bourse ne servant l’interet que d’un petit nombre), genocide(darfour)… Voila ce que ce Moi peut faire , tout est possible : je pense donc je veux, mais pas N’IMPORTE QUOI.

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  23. Bonjour Bertrand,

    Discutons, si vous le voulez bien, sans nous chamailler forcément! Permettez-moi de répondre à votre intervention de la façon suivante: je ne suis pas du tout d’accord avec vous, quand vous suivez Heidegger à la lettre, en prétendant que c’est la faute à la philosophie de Descartes si la planète commence à donner des signes de faiblesses. A mes yeux, l’attaque de Heidegger est idéologique, et pas philosophique. Tout d’abord, quelqu’un qui a lu de Descartes autre chose que son Discours sait bien qu’on ne peut pas réduire la pensée cartésienne à la caricature heideggerienne. Mais, si Heidegger s’est spécialement attaqué à Descartes, c’est parce que ça lui permettait en un seul coup de régler le compte à un Français (et, compte tenu de son nationalisme farouche, ça devait bien le renforcer) et aussi à la culture politique française en laquelle il voyait la source de la révolution, de la démocratie, de la modernité, bref, de tout ce que ce philosophe « folklorique » rural (voir, par exemple, comment il a un jour fait un cours sur le ski en tenue de ski!) . Toute cette pose est strictement subjective, n’en déplaise à ce monsieur qui pensait que lui, Heidegger, était capable d’échapper à ce à quoi aucun être humain normal ne peut échapper, la subjectivité. J’entends par subjectivité l’a priori, inconditionné et conditionné, à partir duquel nous agissons, pensons et écrivons. Et son a priori était très marqué par ses origines, mais jamais réellement pensé, c.à.d. soumis à une critique, ce qui est le propre même de la philosophie. Quant à rendre responsable LA métaphysique occidentale (qu’est-ce que c’est que ce machin, la métaphysique????) de la technologie, c’est évidemment une blague. Dès le paléolithique, on observe chez sapiens sapiens, encore faut-il s’ouvrir à autre chose qu’à une pensée solipsiste, un décollage remarquable en ce sens que le primate humain commence à entretenir avec son environnement des activités de maîtrise et de domination: premiers outils, aménagement territorial (voir les peintures rupestres), le feu étant du reste domestiqué depuis belle lurette par les prédécesseurs. Cette évolution se poursuivra et ce que nous observons aujourd’hui n’est qu’un moment de cette évolution que personne en tant que tel ne décide puisqu’elle est l’expression d’une aptitude innée. Quant à la conception de l’être au monde de Heidegger, je ne partage pas non plus votre enthousiasme, car je ne suis pas du tout d’accord avec sa conception de l’homme telle qu’il l’expose dans SùZ, avec son Dasein. Tout cela m’apparaît plus comme des spéculations que comme un savoir fondé sur de vraies connaissances (je me permets de vous renvoyer à l’article de Montebello dont je cite un extrait sur ce même blog, dans « le dispositif de Heidegger »). Je suis tout prêt à engager, si vous le souhaitez, un dialogue serré avec vous, au sujet de la philosophie de Heidegger, même si ce dernier prétend qu’il n’avait pas de philosophie, mais je ne me laisse pas impressionner par ce genre de pose: il a voulu passer toute sa vie pour un grand penseur original, alors que le plus souvent je trouve qu’il est un simple original!
    Bien cordialement
    R. Misslin

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  24. Il y a, en effet, bien longtemps que la simple volonté de nuance n’a plus cours dans le « débat » sur le « nazisme de Heidegger ». Du moins sur internet. Les universitaires continuent à sauver ce qui est effectivement grand et passionnant dans sa pensée, tout en reconnaissant sa dimension obscur. Le problème est le même que pour Nietzsche et Jünger…Et c n’est pas un hasard.

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  25. Le problème, Monsieur Misslin, c’est justement que vous réglez en amont le compte de Heidegger en ne l’abordant que sous l’angle idéologique -écueil que nous devons à Bourdieu. Puisque vous « liquidez » ainsi son cas en ne prenant pas une seconde au sérieux ses apports « conceptuels » (ce n’est pas le bon mot) et philosophiques, vous n’avez rien d’intéressant à dire -philosophiquement parlant. A la limite, à supposer même que Heidegger aurait – c’est absurde – écrit son oeuvre entière afin d’imposer des visions politique, il se trouve que vous ne faites, ici, vous , rien de mieux. On tombe ainsi dans le relativisme le plus plat que vous dénoncez lorsque vous décrétez que ses positions sont purement « subjectives ». Avec de tel propos vous en dites plus long sur vos propres présupposés, sur vos stratégies de lectures (apparemment parasitées par une « pose » pseudo-nietzschéenne complètement galvaudée), que sur l’auteur traité. Mais je ne vous hais point. Surtout depuis que j’ai lu votre article dans l’ouvrage de J-L Petit qui m’a quand même largement rassuré sur vos capacités intellectuelles. Quel dommage que vous jetiez continuellement le bébé avec l’eau du bain, une oeuvre entière dénoncée alors qu’elle s’avère nuancée et protéiforme, ce, au nom d’une posture – certes louable- de lutte anti-nazisme -mais quii ne vous permet en aucun cas de faire la part des choses.
    Ce d’autant que cette approche peut paraître complètement arbitraire, quand l’on sait l’amour que vous portez à l’oeuvre de son « autre », Nietzsche, qui lui aussi a écrit quand même quelques textes gratinés (et si vous avez la mémoire courte à ce sujet je constituerai sur mon blog un florilège des textes les plus éxécrables du philosophe moustachu…)

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  26. Bonjour Monsieur Domeracki,
    J’avais renoncé à vous répondre, ayant le sentiment d’être pour vous un interlocuteur stupide et creux. Mais puique vous m’interpelez d’une manière inhabituellement courtoise chez vous, je veux bien tenter de reprendre la discussion. Je vous accorde le fait que je suis incapable d’imaginer que nous puissions dépasser notre subjectivité, et cela n’a rien à voir avec une « pose pseudo-nietzschéenne galvaudée » (je ne sais pas ce que ça veut dire ce que vous écrivez-là). A mes yeux, comme à ceux de beaucoup d’autres, tout être vivant est une entité subjective dans le sens où il possède une organisation « propre », distincte du milieu dans lequel il vit, ce que Aristote appelait « l’âme », c’est-à-dire la forme qui structure la matière des organismes. Et c’est précisément pour cela que la distinction entre être et étant que Heidegger « a réveillée » (pour reprendre une métaphore de M. Grondin) me paraît non fondée (Nietzsche aussi la récuse du reste). Or, toute son oeuvre est bâtie sur cette distinction. C’est la raison pour laquelle, philosophiquement, sa pensée me paraît primitive et désuète. Mais, parce que je ne crains pas l’idée de la relativité subjective de nos goûts et dégoûts que vous me reprochez (c’est votre droit), je ne vois pas en quoi vous ne pourriez pas trouver de la « grandeur » dans la pensée de Heidegger: notre finitude est bien incarnée dans notre subjectivité de sorte qu’il est normal, c’est le contraire qui serait étonnant, que nous ne partagions pas forcément les mêmes opinions.
    Je suis en revanche tout à fait d’accord avec vous: « le philosophe moustachu », comme vous l’appelez, est capable du meilleur et du pire, mais ses boursouflures même me font rire car il adorait faire des pitreries…
    Voici un texte de lui qui ne manque pas de sel:
    « Le philosophe contre ses rivaux, par exemple contre la science: là il devient sceptique; il se réserve une forme de connaissance qu’il conteste au savant; là il marche avec le prêtre, la main dans la main, de peur d’éveiller le soupçon d’athéisme, de matérialisme; il considère une attaque contre la morale, la vertu, la religion, l’ordre, – il sait faire à ses adversaires une réputation de « mauvais » bergers » et « d’esprits subversifs »; il marche de concert avec l’autorité… Somme toute, quand il se bat, il se bat absolument comme un prêtre, comme une prêtrise. Ce qui est à l’oeuvre, même chez ces véritables amis de la vérité, les philosophes, c’est une finalité souvent ignorée d’eux-mêmes; ils veulent a priori une ceratine vérité, de telle ou telle nature-et bien souvent ils trahissent leurs besoins les plus intimes en suivant le chemin qui est le leur pour aller à leur « vérité ». » (« La Volonté de puissance » (Gallimard, 1995, pp. 18-19).
    Sacré « psychologue », comme il lui arrivait de se qualifier, ce moustachu!
    Cordialement
    R. Misslin

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  27. Re-bonjour,

    Je me rends compte que j’ai mal recopié une phrase dans la citation de Friedrich: il faut lire « … il considère une attaque contre lui comme une attaque contre la morale… »
    A propos de moustaches, celles de Nietzsche pourtant énormes me font moins peur que d’autres pourtant moins disproportionnées. Ca c’est pour rire!
    R. Misslin

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  28. Bien le coup du pseudo…
    je n’ai pas le droit de me prénommer Mourat ?
    Mais « Hadji Mourat » est bien une allusion à Wittgenstein, il y en a au moins un qui a compris. Je ne suis pas encore allé à la Mecque, et usurpe donc un peu le titre ce faisant…mais le renvoi au couple Tolstoi-Witt le vaut bien (voir le roman du premier à ce sujet, et que les grands guerriers blonds se méfient du « chardon »).
    Domeracki se gargarise de sa censure sur son site (on essaie plus de nier au moins), lui qui est un refoulé de l’agreg n’entend citer que des « professionnels » (parce que Jean-Pierre Faye avec sa vingtaine d’ouvrages, hein, par rapport à Stéphane Domeracki et ses déjà fameuses analyses de l’insurrection chez Heidegger… une thèse qui promet avant même d’avoir été commencée !).
    et oui j’ai le droit de ne pas être d’accord avec René Misslin sur tout (sur son admiration pour JF Revel notamment, mais bon), mais si il y en a un qui a la classe ici c’est lui. Admirez les enragés…
    Franchement le Losurdo est à lire (oui je sais René il est de gauche, cela va être dur pour vous, mais allez-y courage, et puis cela ne se sent pas trop c’est surtout un spécialiste de l’extrême droite), et il balaie bien toutes ces platitudes sur la critique de la subjectivité et du nihilisme « accompli » ou pas. Franchement, nous refaire le coup de l’absence de racisme « biologique », il y en a qui ne se lasseront jamais ! Bravo pour l’endurance au moins.
    Tout ceci me fait penser à la citation de Löwith dont part Emmanuel Faye dans son livre :
    « l' »esprit » du national-socialisme avait bien moins affaire à l’élément national ou social qu’à ce radicalisme décidé et dynamique qui refuse toute discussion et tout accord parce qu’il se fie uniquement et exclusivement à lui-même. »
    Yeap…
    rien à dire de plus.
    Les petits bruns vous saluent bien !
    Hadji Mourat.

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  29. Bonjour à tous,

    M. « Hadj Mourat » a tout loisir de s’en prendre à M. Domeracki (avec une élégance stupéfiante, mais il faut croire que se poser dans le camp des gentils autorise bien des choses) ; il est toujours facile en effet de disqualifier les uns parce qu’ils n’ont pas assez de titres, et les autres parce qu’ils en ont trop (implacable logique suivant laquelle tous ceux qui savent à peu près de quoi ils parlent doivent être disqualifiés d’office… La ficelle est fort grosse : elle a donc toutes les chances d’être efficace). Tant qu’il y est, M. « Mourat » pourra accompagner les paralipomena de sa prose délicate d’un rappel de ses propres contributions et articles, que je lirai (je l’en assure) avec l’attention qui convient — en attendant, les reproches qu’il fait à M. Domeracki pourraient fort bien lui être retournés — mais je ne doute pas que M. Mourat soit un puits de science doublé d’un fin connaisseur des textes heideggeriens, comme tout l’indique dans la profondeur de ses objections. Je me bornerai cependant à constater que les propos de M. Domeracki ont une tenue spéculative (qu’on partage ou non ses vues, c’est un tout autre problème) dont les vôtres feraient bien de s’inspirer.

    Plus profondément, il ne s’agit pas simplement de constater l’absence de tout biologisme racial chez Heidegger ; si je m’accorde avec M. « Mourat » sur un point, c’est effectivement celui-ci : si l’on ne peut pas faire comme si cette absence ne signifiait rien, elle ne saurait à elle seule suffire. Ce qui est intéressant dans le texte que j’ai cité alors, c’est bien plutôt ce que dit Heidegger de la domination planétaire d’une « Rasse », et la façon dont il parle du « nationalisme » et du « socialisme ».
    Le texte, Monsieur, que vous le vouliez ou non, est parfaitement clair sur ces points (pire : il en existe beaucoup d’autres qui vont en ce sens, et il ne saurait s’agir ici d’un quelconque hapax legomenon) ; prenez-le donc un peu au sérieux, et ensuite nous pourrons discuter. A moins que le but ne soit précisément d’éviter soigneusement toute discussion, et par exemple en renvoyant tous ceux qui ont la honte de ne pas partager vos vues dans un quelconque Mandarom — procédé tout emprunt de délicatesse et d’élévation, là encore, surtout lorsqu’il se double d’une dénonciation en règle de la censure. Mais baste ! S’il fallait accorder aux autres ce qu’on réclame pour soi-même, où irait le monde ?

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  30. J’aimerais quand même remercier directement ce courageux « Hadji Mourat » qui, dans un grand élan démocratique, semble ne reserver la discussion sur l’oeuvre de Heidegger qu’aux seuls agrégés, dont à coup sûr il fait partie…C’est très savoureux. Pour ma part je n’ai tenté ce concours d’excellence qu’une seule fois…Je n’ai en outre jamais prétendu valoir « mieux » que Jean-Pierre Faye, dont j’ai lu les ouvrages sur Heidegger et sur Nietzsche. Je suis juste complètement opposé à ses approches unilatérales qui n’ont qu’un maigre intérêt philosophique. C’est évidemment aussi le cas de l’ouvrage de Losurdo que j’ai lu, et qui n’a guère qu’un intérêt historiographique, et encore (puisque comme dans les ouvrages de Faye-fils et Bourdieu, tout est à charge)…
    Enfin je fais partie de ceux qui n’ont pas compris votre private-joke sur votre pseudo (eh oui , je n’ai que vingt-quatre ans et je découvre tout juste Wittgenstein), mais qui ont bien compris que cela ne dissimulait guère la petitesse du personnage qui se trouve derrière. Là où vous vantez le pamphlet de Losurdo, je retourne pour ma part lire l’ouvrage de Christian Sommer « Heidegger, Luther, Aristote », autrement plus intéressant (en notant au passage que ce professeur a accepté de diriger à long terme mon projet de thèse que vous méprisez par avance – tout comme Didier Franck ou Emmanuel Cattin…Excusez moi de donner plus de crédit à leurs encouragements qu’à vos petits messages mesquins…Mais rassurez-vou : sans agreg rien de tout cela n’est envisageable…)

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  31. sinon c’est tout ce que vous avez à dire sur le Losurdo ?
    Pardon pour les piques, mais franchement je n’ai pu m’en empêcher après que P. Teitgen eût legitimé la censure de Jean-Pierre Faye et S.D. la mienne…
    il est juste drôle de lire Pierre Teitgen parlant de vérité, et Stéphane Domeracki de professionnalisme.
    Je connais bien le livre de Sommer, même si je ne suis pas agrégé (je ne prétends pas me placer du côté des professionnels), mais je ne vois pas en quoi cette suite de platitudes lénifiantes éclaire quoi que ce soit. Où est l’histoire dans ce livre de prétendue « histoire de la philosophie » ?
    Enfin cela suffit je vous ai consacré assez de temps.
    Bon vent !
    Hadji Mourat.

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  32. bonjour,

    mmh le dernier courriel date de décembre, il semblerait que le soufflé du scandale soit définitvement retombé;

    bon depuis lors j’ai entrepris la lecture de z u z, (traduction de m martineau), c’est en effet une oeuvre majeure, un texte à lire mais permettez moi de réserver mon commentaire qd j’en aurais un peu plus assimiler les concepts (ce n’est en effet pas l’oeuvre de philo la plus facilement accessible)

    mais mais mais …je reste quand même convaincu par les arguments de jean pierre faye sur le recteur de fribourg tout comme je pense qu’il faut ici creuser la question suivante

    « quelle est le caractère philosophique de cette critique ? »

    trsè modestement, on n’a rien compris à jp faye si l’on réduit son attaque d’h à uniquement une volonté de liquidation d’un penseur ouvertement nazi…le propos de la critique de la raison narrative n’est pas celui là c’est plus large plus deluzo-guattarien, par dela le bien et le mal si l’on préfère.

    l’attaque vise plutôt les résonnance de la pensée h qui prenant pour outil les concepts husserlien les étends dans une perspective historique et ontologique (oui je sais c’est justement le sujet de z u z) et de par là enclenche une à une des narrations qui l’emmèneront trsè très loin

    l’intérêt de leur démarche est de réintégrer l’engagement nazi du recteur h dans un agencement complexe dont sa pensée est un maillon fort (avec d’autres voir langage totalitaire) et d’insister que comme justement la pensée de h est philosophique elle ne peut être circonscrite aux circonstance historique données de l’allemagne des année 20-30 mais reste potentiellement active aujourd’hui

    c’est quelque part une marque de respect pour le texte de h de prendre au sérieux toutes ces résonnances et de ne pas en retrancher une part du feu, ne pas séparer « le petit homme » du « grand philosophe  »

    de là, on en a pas fini avec cette pensée (h) qui en effet inspire et irrigue une bonne partie de la pensée française de la seconde moitié du xx siècle

    qd e faye dis que h ce n’est pas de la philo, c’est vrai dans le sens ou la pensée de h va plus loin que cela, elle ambitionne un au delà de la philo ( comme k marx voulait sortir de la philo pour transformer le monde dans une tout autre démarche)

    h reprant à son compte le projet d’aristote de la métaphysique et ambitionne un choc similaire voir bien plus fort…et en effet avec la crise des années 30-50 on peut dire qu’il a été servi pas comme il l’escomptait sans doute.

    Entendons nous bien H = génocide, c’est faux mais considérer son engagement nazi comme inséparable de son oeuvre c’est vrai

    cela entraine -t-il une lecture éthique (idéologique?? ) de sa pensée… oui si l’on philosophe comme e et jp faye dans une tradition héritière de spinoza et donc inséparable elle aussi d’une forme d’engagement (que personellement je partage…)

    quel pharmakon pour cette pensée donc ?

    bien à vous

    alec de vries

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  33. Tu pourrais peut_être nous pondre un artcile sur le « on » comme défaite et anéantissement du « nous ».

    ____________________

    J’essaierai un peu plus tard.

    Sk

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  34. Et vous monsieur le commentateur n’avez-vous jamais fait d’erreur? Avant de jeter la pierre il faut savoir se regarder… Etes-vous si pur que cela pour accuser de manière perverse Heidegger. Le seul reproche que l’on puisse faire à Heidegger pour ses choix de 33, c’est d’avoir choisit la révolution noire, conservatrice, et non la révolution rouge… de n’avoir pas suivi le route avec Brecht… Mais il est loin d’être le seul… Il y avait même un premier ministre britannique qui comparait Hitler à Washington…Il était en bonne compagnie… En effet, dans le contexte de l’époque, c’était le rouge, en dépit de Staline, qu’il fallait choisir…

    Réponse de Skildy :

    Ce n’est pas une erreur que je reproche à Heidegger – tout le monde en fait – mais bien la constance d’un projet de nature hitlérienne.

    Heidegger est nazi de part en part et sans aucun remords. Ce qui n’est pas toujours le cas chez de nombreux « staliniens ».

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