La maison Farnsworth de Mies van der Rohe

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Bienvenue à Farnsworth – « La petite maison dans la forêt » de Mies van der Rohe

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Daniel Pierron, architecte, a confié  au phiblogZophe sa collection de photographies de la maison Farnsworth de Mies van der Rohe.

Cette note commente et analyse ces précieux documents.

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Voici d’abord de ce que disait Richard Weston à propos de la maison Farnsworth (1945-51) : « Dans le milieu de l’architecture, la maison Farnsworth fut généralement considérée comme l’expression insurpassable du plan libre et de l’esthétique miesienne du presque rien (beinahe nichts). Edith Farnsworth trouvait cette transparence intimidante, et comme la construction ne tenait aucun compte du climat et avait coûté près du double du devis, elle décida de poursuivre l’architecte. Il contre-attaqua en réclamant les honoraires non payés et finit par gagner, mais cela déclencha une campagne de dénigrement à la fois de la maison et d' »élite désireuse de nous dicter nos goûts et notre manière de vivre », selon un article du magazine House Beautiful.

Ce projet marqua également un tournant décisif pour Mies. Si la maison conserve quelques éléments du dynamisme et de l’asymétrie caractéristiques de ses travaux des années 1920, rétrospectivement, sa perfection glacée et ses symétries cachées annoncent en quelque sorte une orientation vers la configuration statique, symétrique et fondamentalement néoclassique de ses réalisations ultérieures comme le Crown Hall et le Seagram Building. » (Richard Weston, Plans, Coupes et Elévations. Bâtiments majeurs du XX°siècle, Ed. du Moniteur 2005 Paris, page 92).

De ce point de vue je serais d’accord avec Colin Rowe pour considérer que Mies aura plutôt régressé relativement au pavillon de Barcelone lequel demeure un manifeste radical de modernité.

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Mais visitons cette magnifique « petite maison dans la forêt ».

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Deux axes articulent l’ensemble. Le premier part de la forêt pour aller vers la maison et la clairière; le second repart à angle droit vers la forêt. Je propose le schéma général suivant :

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Ce que j’appelle ici « public » correspond à l’espace accessible aux  non résidants : podium  et loggia. Il est connecté à l’espace de la forêt et de la clairière tout en en étant séparé précisément par les sols et les marches. Le privé correspond au contraire à ceci que plus on pénètre dans la maison plus on se dirige vers la chambre, considérée ici comme le lieu privé par excellence (exception faite du bloc sanitaire). Il est utile, à ce point, d’examiner le plan et d’en qualifier les éléments.

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4 Nous appelons :

– podium : l’avant-scène non couverte faisant la transition entre la maison et la forêt;

– loggia : la partie simplement couverte, et donc ouverte, de la maison accessible depuis le podium;

– séjour : le prolongement clos de la loggia dans la maison proprement dite, ce séjour faisant également office de salle-à-manger;

– salon : la partie déployée devant la cheminée et reliant-séparant au sud le séjour et la chambre;

– la cuisine : la partie située au nord du noyau technique et reliant-séparant  de même la chambre au séjour;

– la chambre : le lieu du repos et de l’intimité celui-ci se trouvant pratiquant à l’extrêmité de la maison en tant qu’elle dessine un arc reliant la vue sur la clairière à la vue proche sur la forêt.

Le rectangle rouge précise la surface dévolue à la fonction protectrice du toit. Dans ce lieu où les arbres constituent d’utiles pare-soleils en été mais d’imparfaits parapluies la maison est comme scandée par trois degrés de fermeture de la boîte (ou de l’écrin) :

1. Le podium ne comporte qu’un côté : le sol.

2. La loggia comporte trois côtés (sur 6) : le sol, le toit, et la partie vitrée correspondant à la grande baie ouest du séjour.

3. Le coeur de la maison, organisé autour du noyau technique, comporte les 6 côtés de l’écrin : sol, toit, face nord, face sud, face ouest, face est.

On remarquera que le noyau technique comporte symétriquement deux  cabinets de toilette l’un se situant du côté « public » (vers le séjour et la logia) l’autre du côté « privé » (en relation directe avec la chambre).

Ce plan est une réalisation exemplaire du plan libre. Le noyau technique, rectangulaire, permet de diviser l’espace du coeur de la maison sans le cloisonner.

Pour mémoire on peut ainsi caractériser les expansions spatiales du noyau :

1. Nord du noyau : cuisine en longueur mais servant aussi bien la chambre  que le séjour-salle-à-manger.

2. Ouest du noyau : le séjour et la loggia.

3. Sud du noyau : le salon.

4. Est du noyau : la chambre.

Soulignons que chacune de ces régions  communiquent directement avec ses voisines. On peut noter ainsi « en bande » cette topologie élémentaire, (en partant de NORD) :

NORD <->  EST <->  SUD <->  OUEST  <->  NORD <-> EST <-> etc.

Il faut souligner la qualité extraordinaire du plan, en l’occurrence un plan libre. Le « minimum » de cloisonnement opéré par le plan – less is more! – respecte l’unité dynamique de ce que nous appellerions l’éthos en tant que manière de vivre. Tout d’abord la grande transparence de l’ensemble fait de la boîte une quasi non-boîte. Tout conspire, et alors même que l’objet se montre clairement comme tel, pour adoucir voire nier la délimitation intérieur-extérieur. Mais cette non-boîte ne contient elle-même que les boîtes nécessaires à certains rangements et à la préservation de l’intimité. (On notera que le lit lui-même, qui est accessible en plan libre, peut se représenter comme une sorte de boîte permettant de préserver visuellement l’intimité des corps. Le cinéma abonde de scènes « de lit » tournées dans des chambres et n’offrant au regard que le buste de personnages. Draps et couvertures forment souvent une sorte d’étui protecteur. Celui-ci peut se fermer ou s’ouvrir.)

En fonction de la lumière du jour l’habitant de la Farnworth se déplace dans le plan libre en fonction de ses activités. Voici un scénario schématique.

* Dans la chambre située à l’est X se réveille avec la lumière du  soleil.

* Aprés un passage au noyau de la salle de bains il va à la cuisine se préparer un petit déjeuner.

* Transportant celui-ci sur un plateau il va dans l’angle « salle-à-manger » du séjour pour le prendre.

* Un peu plus tard il se déplace dans le coin « bureau » du même séjour pour lire son courrier et écrire.

* Aprés une promenade il revient à  la cuisine préparer le repas de midi qu’il prend également dans le coin « salle-à-manger » du séjour.

* Le repas terminé X se rend au salon pour déguster un café. (Il allumera le soir la cheminée pour animer une veillée littéraire).

* Ressentant un coup de fatigue X quitte le salon et va s’étendre dans la salle à coucher. Il est 13heures 30…

Evaluons maintenant ce qu’il en est des surfaces, par ailleurs généreuses, de cette… « petite maison »… Pour ce faire regardons le plan en prenant comme règle l’échelle donnée.

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Nous avons, pour estimation, superposé une trame de 10 X 10 mètres en calant la grille (diagonales vertes) sur un des carrés du podium. La maison proprement dite, coeur (ou boîte) plus logia mesure plus de trente mètres de long. On remarque que le carré de 10 X 10 mètres ne coïncide pas parfaitement avec le carré tenu par les poutres du podium. La dimension de celles-ci, par ailleurs, a été déterminée à la fois pour assurer un net surplus des forces destinées à la stabilité des planchers et pour s’harmoniser visuellement à l’ensemble.

Apprécions l’intégration de la logique constructive et structurelle à la logique formelle et esthétique :

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Je le jure… c’est l’objectif qui « flèche » et non Mies… Comme dans le pavillon, mais avec des moyens encore plus simples – poutre soudée, polie et peinte en blanc – Mies « colonnise » les poteaux. Il les conçoit, à l’instar de colonnes, autant comme des éléments tectoniques que comme des éléments formels.

Nous allons maintenant reprendre notre visite et commenter s’il le faut les photographies de la « Farnsworth ».

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La maison Farnsworth est ouverte à la visite. Les amateurs laissent leur voiture dans un parking et approchent de la maison en empruntant une allée forestière. Notons que le système de pilotis est une réponse au fait que le terrain est inondable. Une rivière coule à proximité et, malgré la hauteur des pilotis, il est arrivé à la maison d’être inondée.

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La maison est une résidence d’été. Dissimulée dans un bois privé au bord d’une clairière elle offre des faces transparentes. N’oublions pas :

– le poduim : c’est un parallélépipède moins 5 faces…

– la loggia : un parallélépipède moins 3 faces…

– la maison proprement dite : un parallélépipède complet mais comportant 4 faces transparentes.

Le seul lieu de l’ouvrage opaque est le noyau technique.

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La photographie ci-dessus permet d’apprécier la constitution progressive de la cellule d’habitation : (6-5… 6-3… 6!).

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On appréciera la légéreté de la séparation entre la loggia et la partie séjour de la cellule. C’est comme un rideau de verre. Le regard plonge dans la maison en direction de la chambre. Mais la partie la plus intime de celle-ci, constituée par le lit, est dissimulée au regard par le noyau technique en longueur.

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Le regard, à gauche, traverse la cellule jusqu’à la verdure du fond. (Ci-dessus).

13Les deux sols et les trois espaces par temps de pluie. (Ci-dessus).

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14La montée vers le podium, antichambre ouverte de la maison.
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La chambre plonge vers une verdure qui lui sert en été d’écran protecteur et de rideau naturel. L’intimité peut être renforcée avec le rideau blanc dont la fonction est également de diffuser et d’adoucir la lumière dans la journée.

 

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La chambre vue de la forêt. A droite on aperçoit la clairière.

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La cellule et une partie de la loggia vues depuis la clairière. La porte des toilettes côté public est ouverte. On remarque comment le lit est protégé visuellement par le noyau technique en longueur. Celui-ci est comme une boîte opaque dans une boîte transparente laquelle est en réalité une quasi-non boîte.
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Nous découvrons la pelouse de la clairière. On observe comment la proximité avec la végétation est modulée en fonction des « régions » de l’ouvrage.

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Le podium touche le végétal, lequel mord sur son espace,  alors que la loggia s’en éloigne. De même la cuisine est libre visuellement de végétal alors que le salon et surtout la chambre à coucher en sont pourvus.

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Ce qui est très réussi, effectivement, c’est l’impression de pénétration du végétal grâce au caractère virtuel du podium. Dans la partie sud-ouest de l’oeuvre le podium semble tenir  à distance les troncs tout en permettant aux branches de s’inviter dans l’espace domestique. (Ci-dessus).

 

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Nous vérifions au passage qu’un meuble-paravent protège la chambre à coucher. (Ci-dessous).24

Soulignons que l’allée qui relie la maison au réseau viaire se connecte en biais et non de manière frontale.
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Nous jetons par ailleurs un oeil sur le mobilier. Nous remarquons l’espace existant entre le meuble-paravent et la paroi, espace vide qui rétablit la continuité de l’espace de l’oeuvre.

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Bois chaleureux, métal brillant et travertin pour la cheminée.

 

26Le salon vu depuis l’espace de la chambre (ci-dessus).

 

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Nous découvrons maintenant les deux régions du séjour : au premier plan le coin salle-à-manger, au second le coin bureau.
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28Le bureau.

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Coin bureau et coin salle-à-manger réunis sous l’égide de la loggia.

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30Incursion dans la chambre à coucher. Le meuble-paravent fait une chicane avec l’extrêmité du noyau technique.

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La chambre est comme une bulle accrochée dans les arbres.

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32 40.

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Nous pouvons comparer l’axe cuisine-chambre et l’axe cuisine coin salle-à-manger.

33Loggia et podium constituent un cadrage panoramique sur la végétation.
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Variations sur le cadrage.

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Cadrage côté clairière.

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Détails….

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37Détails…

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Salle de bain…

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Asseyons-nous. Et merci à Daniel…
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22 commentaires

    1. je vous salue , s’il vous plait ceux qui ont fais Déja des recherches sur la maison Farnsworth , esq qlq’un peurra m’aidé de ma recherche j’ai besoin des informations sur cette maison mérci ^^

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  1. Eh bien bravo….

    Admiratrice de Mies Van de Rohe…Je ne connaissais pas cette maison, et maintenant j’en suis ravis.
    Une pureté, la propreté de l’aménagement, et la clareté des formes.

    On sent bien là le modernisme avant gardiste de ce superbe architecte.

    Je suis séduite. Et puis admirable, ce jeu entre « dedans-dehors ». Et cette abilité à jouer avec la nature comme écran, et préservation de l’intimité domestique.

    Merci. Teès beau commentaire et superbes photos.
    Bonne continuation.

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  2. Elle est immonde , super glaciale , impossible de vivre dedans. Cependant le concept « vivre dans la forêt » au sens stricte est interessant mais même de l’exterieur elle est moche. Quand les rideaux sont fermés la maison ressemble aux cabanes en plastique sur les chantiers de construction.
    Je suis la seule a trouver que l’article est satirique ? Très bon article

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  3. Merci pour ce joli Blog bien fait.
    Je suis étudiant en Architecture et pardonnez moi l’expression je « bouffe » du Mies van der Rohe et du FL Wright à longueur de semaine. Je lui trouve d’ailleur une similitude avec la maison sur la cascade de ce dernier : deux magnifiques réalisations mondialement connues mais INHABITABLES. Deux bels exemples pour parler de l’architecture mais elles relèvent plus de l’oeuvre d’art que de l’habitation. L’architecte concoit-il des maisons à voir ou à vivre ? bien délicat de répondre pour les deux exemples sus-cités sans penser que l’architecte a était soit égoïste (‘s’est emballé dans son concept) soit s’est trompé (un maison où les habitants ne peuvent y vivre comment appelez-vous cela ?)^^

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  4. Je ne comprend les commentaires de certains dénonçant la non possibilité de vivre dans une maison comme celle-ci. La maison est entourée d’une nature importante qui la cache à n’importe quel entourage. Elle apporte donc une grande intimité. De plus des matériaux chaud tels que le bois, le tapis, le cuire, etc se retrouvent un peu partout dans la maison, elle n’est donc pas si froide que cela. Vivre dans une maison comme celle-là c’est vivre dans un cocon en communion avec la nature et caché aux yeux d’étrangers.

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  5. salut!je suis étudiante en architecture interieure et j’avais un projet qui devrait etre inspiré par mies van der rohe.J’ai trouvé votre site par hasard et je l’ai trouvé époustoufflant!!
    j’ai présenté tous ces photos avec toutes les informations comme recherche et mon professeur m’a felicité d’avoir fait une bonne recherche.C’est grace a vous! Merci bien!!

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  6. je suis d’accord sur le fait que cette maison semble froide,surtout pour la personne ne connaissant pas l’étendu du travail de mies van der rohe.
    les photos prises ce jour là, temps pluvieux ne laissent pas entrevoir la grande qualité recherchée, à savoir la maison dans le contexte boisé.
    c’est une maison qui en effet est surement « froide » en hiver vu la quantité de vitrage ( simple vitrage)…mais le froid conserve après tout.
    par beau temps, il y aurait eu plus de contrastes ,des subtilités d’ombres générés par les arbres…

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  7. Je suis sans voix mais en ai pris plein les yeux! Habitation comme on en rêverait tous sous les tropiques! Toute prétention mise à part, j’ai déjà quelques idées d’adaptation climatique qui la feraient évoluer sans pour autant mettre en péril le génie avant-gardiste du Maître Mies. Merci à l’auteur et à l’excellent photographe!!!

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  8. Je la trouve très belle, bien qu’effectivement cette maison m’ait l’air d’avoir été construite pour être contemplée, non pour être habitée. Car même si elle est isolée et que les parties intimes des appartements sont protégées de tous regards, la personne y vivant doit s’y sentir observée. Personne ne pourrait y vivre à temps plein, déjà rapport à ses défauts quant aux intempéries etc, ensuite parce qu’elle créé une certaine gène, un malaise probablement dû à l’impression de solitude, d’abandon, et en même temps de force par sa communion avec la nature qu’elle procure. Je m’y sentirais continuellement observée et ne pourrais dormir tranquille ne serait-ce qu’une nuit… C’est le problème des commandes aux grands architectes. C’est si difficile de faire rimer sublime à pratique, à mon avis.

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  9. Ce travail d’inspection autour de la maison Farnsworth est vraiment intéressant. Je ne connaissais pas du tout la maison mais à la fin du texte j’ai compris l’ensemble de la construction.

    Les explications sont claires (chose pas facile à faire) et les photos sont de qualité. Merci

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  10. Bonjour,

    En lisant certains commentaires, je me rend compte qu’ils ne comprennent rien à l’Architecture, et surtout ne savent pas de quoi ils parlent (ou ne savent pas lire)….

    En effet, cette Villa, comme l’explique l’auteur, est une maison d’été qui à l’origine était éloignée de la ville. De plus, elle a été conçu pour une seule personne, Dr Edith Farnsworth, qui devait s’y ressourcer… Un peu comme une cellule monacale (cf La Tourette de LC).

    En tout cas, superbe travail ! Félicitations à l’auteur et au photographe qui rendent grâce à cette icone de l’Architecture Moderne.

    Un grand Merci.

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  11. l’hiver c’est froid et l’été c’est chaud et bien c’est comme l’extérieur, alors l’hiver je me couvre et l’été je me découvre, ici ce n’est pas un habitat c’est une idée où la nature est reine dans l’univers cosmique, alors je me dis que je vais en faire une et vivre avec cet univers.

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