E. de Fontenay : lire Heidegger en philosophe 2

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Dans un article paru dans Libération à propos du n° 650 des Temps Modernes consacré à Heidegger et le lieu Elisabeth de Fontenay disait en substance que, quand on lit Heidegger en philosophe, il est impossible de comprendre l’ontologie heideggerienne comme ayant quelque rapport que ce soit avec le nazisme et cela quand bien même la compromission de Heidegger a été plus importante que ce qu’on pensait.

Je soutiens le contraire : « ontologie fondamentale » nomme le nazisme chez Heidegger et « vérité de l’Etre » nomme ce qui  a été administré à toutes les victimes de la biopolitique d’extermination hitlérienne : Juifs, Tziganes, Slaves.

Que faut-il alors entendre par « lire Heidegger en philosophe » et alors même qu’Heidegger lui-même, par exemple à la fin de la Lettre sur l’humanisme déclarait : « La pensée à venir ne sera plus philosophie, parce qu’elle pensera plus originellement que la métaphysique, mot qui désigne la même chose »?

Pour de Fontenay lire Heidegger en philosophe cela revient au fond à prendre les mots pour la chose. « Ontologie fondamentale » signifie « ontologie fondamentale ». Parce que sont des mots philosophiques alors ils signifient une chose philosophique, voire la chose philosophique.  

Je soutiens également que le texte heideggérien a été conçu pour permettre une lecture nazie. Les fondamentaux du nazisme sont transposés dans une langue philosophique. On ne pouvait pas trouver meilleure planque.

Le résultat est ainsi que lire Heidegger en philosophe revient à se prêter au jeu de cache dont a besoin la lecture nazie.

C’est en réalité ce que signifie « lire en philosophe » qui est problématique chez de Fontenay.

Pour nous « lire en philosophe » Heidegger c’est précisément d’abord ne pas être dupe des mots philosophiques, ne pas être dupe de l’opération d’habillage spirituel sinon philosophique du nazisme à laquelle s’est livré Heidegger.

C’est au moins librement, philosophiquement, poser la question. Qu’est-ce que c’est que cette « lecture philosophique » qui aurait à se prosterner devant une terminologie? C’est le contraire même de la philosophie!

C’est pourquoi, du reste, Heidegger avait finalement répudié la philosophie! Il s’en méfiait et à juste titre. D’où son insulte, qui avait acquis un sens nazi : philosophie c’est la même chose que métaphysique! Il faut en finir!

Exemple de signification nazie de la terminologie heideggerienne : l’accomplir.

Les premières phrases de La lettre sur l’humanisme sont ainsi, alors qu’elles ont été écrites au moment où le procès de Nüremberg s’achevait, une défense invraisemblable de l’hitlérisme.

« Nous ne pensons pas encore de façon assez décisive l’essence de l’agir. On ne connait l’agir que comme la production d’un effet dont la réalité est appréciée suivant l’utilité qu’il offre. Mais l’essence de l’agir est l’accomplir. Accomplir signifie : déployer une chose dans la plénitude de son essence, atteindre à cette plénitude; producere ».

Lire en philosophe selon de Fontenay consisterait d’abord et surtout à prendre ce texte pour un texte de pure philosophie. Ce qu’il n’est surtout pas.

Ces premières phrases sont en réalité une justification d’Auschwitz : le nazisme aurait permis, par l’extermination, que se déploie le Volk, le peuple, dans la plénitude de son essence. 

En 1946, face à Nüremberg, Heidegger fait du maréchal Göring un héros, un héros de l’agir comme accomplissement!

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