O’Liai et l’introduction du nazisme dans la philosophie (par Heidegger)

  

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La revue de philosophie Le Portique  a publié un article de Simon F. O’Liai sur Heidegger et le nazisme.

(On se rendra à l’adresse suivante :  http://leportique.revues.org/document1389.html)

L’auteur s’exprime ainsi sur le projet d’introduction du nazisme dans la philosophie par Heidegger :

Le « nazisme », n’en déplaise aux défenseurs du modèle « européen », n’eut nul besoin d’être « introduit » dans la philosophie européenne parce qu’il a toujours été omniprésent au sein de la société et la culture européennes. Et, à vrai dire, Heidegger ne fut ni le seul ni même le premier philosophe allemand à s’engager en faveur de ce que l’on désignait à l’époque « la révolution nationale » en Allemagne économiquement dévastée de Weimar.
D’autres philosophes allemands comme Bruno Bauch ou Max Wundt, dont les orientations philosophiques furent radicalement différentes de celle de Heidegger (qu’ils critiquaient sévèrement), furent tout aussi persuadés que seul leur genre particulier de « l’idéalisme fichtéen » ou « l’objectivisme scientiste darwinien » pourraient fournir une fondation philosophique adéquate à la doctrine « nazie » de la supériorité raciale de la nation allemande.

Là où O’Liai a raison c’est quand il pointe l’existence d’un « nazisme » dans la philosophie européenne indépendant de l’aura heideggérienne. Théorie de la supériorité du blanc européen (puis du blanc américain) et antisémitisme doctrinal existent par ailleurs dans la pensée européenne bien avant le XX° siècle. Une généaologie du nazisme hitlérien montrerait d’innombrables et anciennes ramifications.

Cependant, et même si certains pourraient s’en plaindre, c’est Heidegger le philosophe le plus connu et le plus prestigieux. Plus qu’un Bauch ou qu’un Wundt il était à même d’instrumentaliser sa position dans le champ philosophique pour introduire le nazisme.

Dans la stricte mesure où c’est Heidegger qui est le « grand philosophe » du XX° siècle, un des plus lus pour le moins du public cultivé, il avait une responsabilité particulière.

Il a interprété cette responsabilité dans le sens d’une fidélité indéfectible à l’hitlérisme.

Une des conditions était qu’en aucun cas son oeuvre apparaisse comme une « philosophie nazie » et encore moins comme une « philosophie hitlérienne ».

Je ne connais ni Bauch ni Wundt, mais peut-être que certains de leurs écrits sont trop explicites pour servir à l’introduction du nazisme.

Tandis que Heidegger lui-même, et tous ceux qui gèrent la Gesamtausgabe, ont  pris un soin extrême, en tous cas jusqu’à présent, à ne publier que des textes admissibles par l’académisme démocratique.

Le nazisme de Heidegger, que je qualifie personnellement d’acharné, y est en filigrane. Il faut un certain éclairage pour le mettre en évidence.

La thèse de l’introduction du nazisme dans la philosophie par Heidegger est parfaitement valide. Il est le seul qui était en situation de le faire à l’échelle de « l’université mondiale ». Et il a particulièrement « peaufiné » le projet.

Et ce ne sont pas seulement des thèmes classiques de la révolution conservatrice qu’il acclimate, c’est l’hitlérisme lui-même qu’il acculture philosophiquement.

Quand nous lisons le texte en filigrane nous découvrons que Heidegger a été un « pétitionnaire » de premier rang pour exiger la mise en oeuvre de la solution finale. Il s’est même plaint qu’Auschwitz a été fermé trop tôt. Et il a rendu un hommage vibrant à Hitler. Sa déception? O’Liai en donne malgré lui une raison : la défaite à Stalingrad. Mais, comme beaucoup d’autres nazis de tête, il s’est consolé en partie à l’idée que des femmes, des enfants, des vieillards, des hommes aient pu être conduits par millions au bord de fosses d’exécution ou vers le gaz zylklon.

Mais là où je retrouve O’Liai, et je l’ai écrit sur le blog, c’est que je pense qu’Heidegger n’est que la quintessence de la barbarie européenne. Une des preuves c’est que, malgré tout, il continue à être bombardé « le plus grand philosophe du XX° siècle ».

Une petite nuance, cependant, c’est qu’il a peut-être malgré tout compris que le « romantisme » de Splengler était une philosophie kamikaze. Elle était d’alleurs assumée comme telle par Spengler.

Si nous n’arrivons pas, malgré les obstacles, à construire peu à peu une civilisation-monde, nous risquons  d’aller vers un super-conflit à caractére génocidaire.

Le racisme spengléro-heideggérien était nécessairement idiot : des non-européens peuvent aujourd’hui faire leur choux gras du thème de « l’oubli  de l’être »!

L’introduction heideggerienne du nazisme dans la philosophie n’obéira pas au fantasme de la langue allemande comme seconde grande langue de l’être après le grec.

Des effets boomerangs sont déjà observables.
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