Sophie Scholl, un film de Marc Rothemund

Un moment j’ai cru voir un film d’exception. Enfin quelqu’un allait réussir à faire une synthèse entre une épure kafkaïenne, diagramme de tout scénario totalitaire, et un documentaire historique. Mais j’ai vite déchanté. Marc Rothemund n’a pas trouvé son registre. Et si Julia Jentsch est excellente dans son incarnation de Sophie Scholl elle est instrumentalisée comme la béquille qui fait tenir le film. Ce n’est donc pas un film d’auteur, tout juste un film d’actrice. Les raccords d’acteurs sont traités en clichés lesquels arrosent généreusement le film.

Il est vrai cependant que le cocktail composé par la machine bureaucratique totalitaire, la jeunesse idéaliste de Sophie Scholl et le déni de justice fonctionne bien. C’eût été un comble si le réalisateur avait aussi raté cela. Le "scénario réel" est d’une force incroyable et il est juste de souligner qu’il y a une vraie tentative pour fouiller du côté de la complexité des personnages. C’est pourquoi le film intéresse et touche. La scéne où les parents, magnifiques d’intelligence, disent à leur fille qu’ils voient pour la dernière fois qu’ils sont fiers de ce qu’elle et son frère ont fait est bouleversante. Mais si le scénario suit au plus prés les événements réels nous devons l’émotion à la grandeur des personnages réels, plus convaincants et surprenants que bien des entités de pure fiction.

L’ombre de Kafka n’est pas la seule à planer sur le film. On pense inévitablement à la Passion de Jeanne d’Arc de Dreyer. Marc Rothemund semble plus à l’aise avec cette référence qu’avec celle, peut-être trop "abyssale", de Kafka. Dreyer n’avait pas fait de Jeanne d’Arc une kamikaze mais une jeune femme brillante, intelligente, inspirée et aimant la vie. Sa sainteté n’avait rien à voir avec le goût du martyre. Il en est de même pour Sophie qui aimait la "musique négre" et celle de Schubert et ses revendications à la fois charnelles et poétiques. C’est cette Allemagne là que célèbre le film et nous applaudissons.

Reste l’Histoire. On nous dit que le film s’appuie sur des témoignages et des actes administratifs. Si Sophie Scholl a vraiment dit que son groupe, la Rose blanche, comptait hâter la fin de la guerre non seulement parce qu’elle était, après la défaite de Stalingrad, vouée à l’échec mais aussi parce qu’il fallait arrêter le massacre des juifs, alors elle a fait preuve de génialité politique.

Car, et c’est la question qui assaille le spectateur, pouquoi les nazis enclenchent la "guerre totale" alors qu’ils savent la guerre perdue? Simple fuite en avant? Non, bien sûr, et l’on pense au "programme" de Wannsee et à la solution finale. Et là le vertige nous prend car il apparaît que la probable victoire des alliés ne dissuade pas les nazis de consommer le génocide. Le film pourrait nous induire ainsi en erreur. Sophie Scholl dit au juge-procureur, au cours de la caricature de procés qui la condamne à la guillotine, qu’il se retrouvera un jour sur le banc des accusés. Je n’ai pas vérifié si tel est ce qui est arrivé au personnage. Mais il est certain que, compte tenu de l’ampleur des crimes nazis, très peu de nazis actifs ont comparu et ont été jugés. Comme si beaucoup  avaient été convaincus que le génocide perpétré contre les juifs d’Europe, et avec la collaboration de nombreuses administrations, pouvait dans les faits atténuer quelque peu  la volonté de justice des vainqueurs.

Ma note du film : 3/10.

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