Heidegger : prudence philosophique de « philosophie magazine »

Vient de paraître le numéro 1 d’un magazine bimestriel consacré à la philosophie : philosophie magazine. C’est plutôt bien. Page 80 on lira une note consacrée à « L’affaire Heidegger ». Le rédacteur, et c’est à son avantage, fait preuve de prudence, et d’une prudence toute philosophique. Présentant l’ouvrage collectif Heidegger à plus forte raison – sous la direction de François Fédier – il présente la « défense » des auteurs :

« Trois ripostes sont avancées.

Premièrement, une philosophie nazie ou nazifiée, ce n’est plus une philosophie, c’est une idéologie. (Si j’ai bien compris : « or comme il y a une philosophie de Heidegger… »).

Deuxièmement : si l’on admet que Heidegger a mis certains concepts philosophiques au service de l’idéologie nazie – ce que les auteurs discutent -, cela ne justifie pas de criminaliser tous ses écrits.

Troisièmement, il n’y a aucun lien profond entre l’oeuvre philosophique de Heidegger et son engagement (comme recteur de l’université et membre du parti national-socialiste). Est-ce à dire que les auteurs dissocient complètement la compromission politique et le génie philosophique? C’est le point le plus délicat de l’argumentation.

On sait que Heidegger s’est dédouané de son errance en l’attribuant à une illusion « volontariste » : il croyait possible d’infléchir l’idéologie nazie dans une sens plus « spirituel ». Il aurait ensuite pris ses distances, en condamnant l’emprise grandissante de la technique. Les auteurs de ce volume lui en font crédit. Ce qui les conduit à rétablir un lien entre le politique et philosophe. Heidegger, ne craignent-ils pas d’affirmer, se serait efforcé « de faire face au danger (au risque d’une compromission momentanée qu’il ne s’agit nullement de minimiser) ».

Que l’un des plus grands philosophes du siècle ait pu soutenir, naïvement ou stratégiquement, l’idéologie nazie n’en reste pas moins un vrai scandale philosophique… Dans l’attente d’une réflexion dépassionnée? » (M. L.)

Il n’empêche qu’il faudra un jour s’étonner philosophiquement de l’usage de l’insulte en philosophie. « Calomnie! Diffamation! Ignominie! ». Il apparaît qu’il fonctionne comme une argumentation circulaire d’indignation. C’est le calomniateur qui insulte Heidegger. En le qualifiant pour ce qu’il est, un calomniateur, l’indignation aurait la vertu de prouver l’innocence de Heidegger.

Quoiqu’il en soit, et en attendant d’en savoir plus sur cette « plaidoirie », je trouve irresponsable que l’ambiguïté heideggerienne, ambiguïté qui va jusqu’à pousser certains auteurs à prêter à Heidegger un « nazisme radical », ne constitue pas un thème d’étude philosophique effectivement dépassionné.

Pour ma part, et pour avoir déclaré  dans un texte daté du 8 mai 1945, qu’une des causes de ce qu’il appelle la « dévastation » est le « bien-être identique de tous les travailleurs compris comme sécurité sociale uniformisée », Heidegger se dévoile comme un nazi obstiné et confirmé : un assassin.

Cette phrase, à elle seule, non seulement justifie Auschwitz mais constitue un regret de son « insuffisance. » C’est parfaitement et absolument abject.

Il faudra comprendre, sauf à déclarer Heidegger schizophrène, comment se fait-il qu’il n’ait vu aucune contradiction entre sa « philosophie » et sa thèse du caractère savalteur de l’inégalité des êtres humains devant la « sécurité sociale ».

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5 commentaires à Heidegger : prudence philosophique de « philosophie magazine »

  1. Bonsoir Monsieur,

    Je ne sais pas si Heidegger était schizophrène dans le sens clinique du terme, je ne le pense pas. Mais qu’entre son comportement socio-politique et ses textes philosophiques, il y ait un décalage, ça me paraît évident. Heidegger me fait penser à certains curés que j’ai connus dans mon enfance qui, le dimanche, quand ils prêchaient à la messe, utilisaient un langage qui me paraissait complètement ésotérique, parlaient de choses qui n’avaient rien à voir avec la vie réelle, sur un ton inspiré, grandiloquent, comme s’ils savaient des choses inouïes sur une vie extra-terrestre qu’un être suprasensible leur avait révélées et qu’ils étaient chargés d’annoncer aux hommes. Et puis, quand je les voyais dans la vie normale s’occuper de leurs petites affaires, chercher des poules à manger chez les paysans, bavarder, plaisanter, manifester une préférence pour tel ou tel, mais une aversion pour tel autre, baratiner les filles, fréquenter les riches plutôt que les pauvres, dénoncer les communistes, inciter les gens à bien voter, ils m’apparaissaient comme des hommes tout à fait normaux, ordinaires, courants. Au début, je croyais même que c’est parce qu’ils portaient le costume spécial de prêtre les dimanches que leur être était modifié. Pour moi, Heidegger est un curé de la philosophie. Son discours philosophique parle, en général, de trucs qui n’ont pas d’existence dans la vie réelle, qui sont sans prise avec le réel, parce que dépourvu, comme disait si bien Anders, de concrétude, mais qui semblaient concerner une existence transphysique, parallèle à l’existence normale, et où on pensait, c.à.d. où on pratiquait une activité cérébrale sublime, déconnectée, pareille à celle des esprits, « spirituelle ». Et puis, par ailleurs, c’était un type tout à fait ordinaire qui faisait du ski, se construisait des baraques, aimait discuter avec les paysans en fumant une pipe, s’était marié avec une femme qui adorait le scoutisme (c.à.d. la jeunesse hitlérienne), avait des enfants, trouvait que la vie allemande était envahie par les juifs, qu’il fallait nettoyer un peu la société de la vermine bolchévique, que l’Allemagne avait besoin d’un Führer, que les jeunes devaient être repris en main, que tout foutait le camp et que l’Allemagne avait besoin d’un sérieux coup de balai germanique. C’est ce double jeu qui me frappe si fort et je me demande si la conviction que Heidegger avait de l’importance de ce qui se passait dans sa vie parallèle, grandiose, inouïe, méta-physique, quand il PENSAIT (ce que la plupart des hommes ne font pas, bien sûr, tout le monde n’est pas en relation avec les esprits, seuls les chamans le sont)que dans le fond, avoir collaboré avec les nazillons ne lui paraissait pas représenter quelque chose de sérieux. « Peut-être ce digne professeur était-il plus fou qu’il ne paraissait » ont écrit un jour Deleuze et Guattari à son propos. Mais c’est une espèce de folie qui ne figure pas dans la sémiologie clinique. C’est une folie de clerc.
    Amicalement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 04/04/2006 à 23:47 | Répondre | Modifier
  2. Il est certain que ce jeune magazine est bien prudent, et il fait bien. Je me demande pour ma part surtout si dans ce livre à venir François Fédier va comme Jean Beaufret basculer dans l’abîme qu’il a si souvent frôlé.
    Quoiqu’il en soit si il y s’y trouve autant d’insultes que sur le site « Parolesdesjours », c’est la fin de la crédibilité de la maison Gallimard.
    Cher monsieur Misslin, n’y a-t-il pas une forme de contradiction dans votre lecture de Heidegger, puisque vous semblez dire que sa pensée serait elle-même loin de l’engagement, ce que le maître a nié, n’en déplaise à ses disciples ? Il a bien pensé qu’il y avait une cohérence entre son engagement et son nazisme. Il a par ailleurs bien aussi sans doute pensé qu’il se déplaçait dans des sphères intellectuelles trop pures pour être touchées par une forme quelconque de la réalité, mais cela fait partie de ce que vous appelez avec bonheur une « folie de clerc » (quand cette grave maladie va-t-elle enfin être décrite comme telle par la faculté ?).
    Quant au « curé » nous avons déjà eu l’occasion d’en parler : si il y a une dimension théologique indéniable chez Heidegger, il s’agit d’une singulière perversion du christianisme.
    Vous me direz peut-être que cette perversion suit une pente déjà existante, ce qui se défend mais est à argumenter de manière nuancée.
    Bien à vous,
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 05/04/2006 à 19:04 | Répondre | Modifier
  3. Bonjour Monsieur Er,

    Merci pour votre commentaire. Je suis très content que vous me répondiez comme vous le faites. Je n’ai pas la certitude du croyant, et par conséquent, le fait d’avoir un interlocuteur est pour moi rassurant.
    Je me suis demandé ausso si je ne me contredisais pas. En ce qui concerne Heide, je dirai ceci: pourquoi écrit-on? Pour soi, bien sûr, mais aussi pour les autres. Il y avait chez lui une véritable compulsion de l’écriture, avec une complaisance narcissique que je trouve vraiment impressionnante (objectivement, car subjectivement, ça ne m’impressionne pas du tout, son « charme » n’opère en rien sur moi). Donc, j’en déduis qu’il jouissait en écriture: en science du comportement, on dit que ça le renforçait au niveau des zones de plaisir du cerveau. On peut se droguer de mille façons. Mais, je pense qu’il souhaitait aussi être renforcé par l’admiration d’autrui, et là, apparaît le clerc. Quelle est la source de renforcement pour un clerc? Le pouvoir. Quel pouvoir? Celui sur les âmes. Et le désir de ce type de pouvoir, je crois, Monsieur Er, qu’il est encore plus jouissif que le désir de pouvoir d’un Adolf!
    Quant à la perversion dont vous parlez, on peut l’appeler ainsi. Mais, personnellement, je suis persuadé que la fréquentation prolongée du monde de la théologie a fortement conditionné le mode d’être de Heide. Songez qu’il se disait encore théologien dans les années 1920, donc à 30 ans. Vous savez, on ne passe pas des années avec les jésuites sans en être marqué à jamais. Le pli était pris. Qu’il ait ensuite utilisé la philosophie pour prêcher, ça ne me paraît pas forcément relevé de la perversion. Je dirais que c’est de l’opportunisme. C’était un opportuniste dans le sens éthologique du terme. On se sert de tout pour satisfaire son ambition. Comment imaginer autrement que ce type, qui avait beaucoup d’étudiants juifs dans ses cours, ait pu continuer de poursuivre sa carrière comme si de rien n’était alors que ces étudiants risquaient la mort, devaient s’expatrier: pendant que son Führer et ses sbires exterminaient les juifs par millions à travers toute l’Europe, Monsieur le Professeur Heidegger poursuivit paisiblement une carrière exemplaire à l’Université de Fribourg, admiré par le monde entier pour avoir écrit des textes fumeux de métaphysique. Monsieur Er, l’ambition est un ressort terrible. Et le monde universitaire n’échappe pas à cette passion qui, comme toutes les passions, peut devenir tragique. L’engagement nazi de Heide relève de cette forme d’égarement passionnel. Ca montre que sa philosophie n’avait rien d’une sagesse. Mais alors, peut-on encore parler de philosophie? Pas d’après Socrate. Mais Heide préférait révéler l’inconscient d’un Dasein impersonnel (alêthêtheia!!!) plutôt que de se dévoiler le sien personnel (gnôthi seauton).
    Bien amicalement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 06/04/2006 à 14:22 | Répondre | Modifier
  4. Ci-joint le commentaire de monsieur Kurt Weill par erreur effacé :
    Bonjour Jean-Pierre,

    Un nouveau commentaire a été déposé sur votre weblog « le phiblogZophe, » sur la note « Heidegger : prudence philosophique de « philosophie magazine ». »

    Commentaire écrit par:

    Nom: Weill Kurt
    Email: kurtweill@club-internet.fr
    Adresse IP: 87.90.96.129

    Commentaire:

    Je ne suis pas un philosophe, mais seulement un ingénieur.

    Je connais un peu la philosophie de Heidegger, que j’ai mis beaucoup de temps à essayer de comprendre (je n’en suis pas au bout !). Mais depuis quelques temps, j’arrive un peu à appliquer certains de ses concepts (notamment l’herméneutique, la notion d’événement, de prise en compte du temps…) à la spécification-conception de systèmes (informatiques)et à la critique des approches menées par le marketing, le service commercial, etc…dans mon entreprise.

    Heidegger m’a ouvert des horizons de pensées, une vision du monde (notamment avec « la question de la technique ») que je n’ai jamais eu avec d’autres philosophes (si, un peu tout de même avec René Girard). Les problèmes de la modernité, de la mondialisation, des crises actuelles, peuvent s’expliquer en grande partie par ses approches sur la critique de la technique.

    Qu’il fut un sale type, cela ne fait aucun doute. Comme Céline, Carl Schmitt, Carl Orff, Staline, Mao, et leurs apôtres.

    Cordialement

    Kurt

    Rédigé par : Skildy | le 08/04/2006 à 10:11 | Répondre | Modifier
  5. Chers lecteurs-blogueurs,
    Il y a longtemps que je n’ai pas dia-blogué avec vous mais aujourd’hui la publication de « L’infini » (Gallimard Juin 2006 N° 95) m’incite à reparler de Heidegger.Depuis de nombreuses années je dis qu’il a été l’éminence grise du nazisme et que sous le sceau du secret et de l’euphémisme de façade, il a dirigé le mouvement nazi de part en part. Je me suis appuyé sur des textes précis, mais personne ne veut me croire parce qu’on ne sait plus lire aujourd’hui ce type de discours pseudo-écclésiastique. Nous ne sommes plus au temps de Pascal et nous avons oublié les Provinciales. Heidegger a pourtant fait savoir à la radio pourquoi il restait en « province ». Il y a un parallèle saisissant à faire entre les « provinciales » du nazisme et les « provinciales » du Jésuitisme dépeint par Pascal. Heidegger connaisait Pascal sur le bout du doigt à tel point qu’il avait proposé à la commission française d’épuration de faire un cours sur Pascal. Ce qui lui fut refusé. Il y avait encore parmi les fonctionnaires d’autorité quelques Français intelligents à l’époque. Mais hélas! trop peu.

    Il y avait trois instances de pouvoir en Allemagne pendant la période nazie: le Parti, l’Etat et l’éminence grise.

    François Fédier et ses comparses , pour des raisons intimes toutes liées à la politique de l’amitié, ont décidé de blanchir Heidegger chef de file de leur mouvement « Phédrique »(Cf. Le Banquet premier discours) et de salir des victimes immédiates du nazisme telles que Jeanne Hersch. Fédier ne tient aucun compte du livre de Jeanne Hersch « Eclairer l’obscur » dont j’ai déjà parlé dans divers blogs et dans lequel elle relate, elle, juive d’origine suisse, étudiante en Allemagne, la commémoration de Schlageter par le recteur Heidegger. Quand on a lu ce témoignage on ne peut plus blanchir Heidegger ni accuser Jeanne Hersch, première victime, d’accusation mensongère comme le fait Fédier (L’infini p.151). Ce monsieur serait-il devenu pro-nazi? Ce qui est terible dans son propos c’est tout ce qu’il passe sous silence concernant le témoignage de Jeanne Hersch et ses propres souffrances.Jeanne Hersch a mis en évidence la tactique d’euphémisation du Professeur-recteur Heidegger. Mais Fédier fait de ses observations très justes un élément à charge contre elle. En prélevant une phrase de son contexte et en l’enrobant de son sirop de guimauve il se montre un parfait disciple de Heidegger au sens hitlérien du terme.

    J’ai dénoncé depuis des années la politique de l’amitié qui se donne pour tâche de blanchir Heidegger depuis 1945, c’est peine perdue. A croire que le comité de lecture de Gallimard préfère les collabo « beaufrétins » aux honnêtes gens. Car ce sont bien Jean Beaufret et ses amis collabo qui ont inauguré le mouvement. Sollers ne ressort pas grandi de cette aventure. Quant à Fédier, s’il a choisi de s’aventurer sur les chemins de l’enfer nazi, libre à lui. Mais à nos yeux, il n’a plus aucun droit à revendiquer le titre de philosophe. Au même titre qu’Heidegger il est devenu « allosophe ». Heidegger, Beaufret, Fédier et leurs disciples sont les fondateurs de l’ »allosophie » en France.

    On se demande bien ce que vont faire les « catho » dans cette galère. Se laisser séduire par le vocabulaire heideggérien, faussement mystique, traduit un manque d’esprit critique grave. L’ »Heide » (le paÏen) et le chrétien devraient faire assez mauvais ménage. Ils s’apprécient comme larrons en foire. Il est vrai que « L’infini » a changé de visage. Sollers oblige.
    Michel Bel

    Rédigé par : bel | le 20/06/2006 à 12:52 | Répondre | Modifier

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  1. Bonsoir Monsieur,

    Je ne sais pas si Heidegger était schizophrène dans le sens clinique du terme, je ne le pense pas. Mais qu’entre son comportement socio-politique et ses textes philosophiques, il y ait un décalage, ça me paraît évident. Heidegger me fait penser à certains curés que j’ai connus dans mon enfance qui, le dimanche, quand ils prêchaient à la messe, utilisaient un langage qui me paraissait complètement ésotérique, parlaient de choses qui n’avaient rien à voir avec la vie réelle, sur un ton inspiré, grandiloquent, comme s’ils savaient des choses inouïes sur une vie extra-terrestre qu’un être suprasensible leur avait révélées et qu’ils étaient chargés d’annoncer aux hommes. Et puis, quand je les voyais dans la vie normale s’occuper de leurs petites affaires, chercher des poules à manger chez les paysans, bavarder, plaisanter, manifester une préférence pour tel ou tel, mais une aversion pour tel autre, baratiner les filles, fréquenter les riches plutôt que les pauvres, dénoncer les communistes, inciter les gens à bien voter, ils m’apparaissaient comme des hommes tout à fait normaux, ordinaires, courants. Au début, je croyais même que c’est parce qu’ils portaient le costume spécial de prêtre les dimanches que leur être était modifié. Pour moi, Heidegger est un curé de la philosophie. Son discours philosophique parle, en général, de trucs qui n’ont pas d’existence dans la vie réelle, qui sont sans prise avec le réel, parce que dépourvu, comme disait si bien Anders, de concrétude, mais qui semblaient concerner une existence transphysique, parallèle à l’existence normale, et où on pensait, c.à.d. où on pratiquait une activité cérébrale sublime, déconnectée, pareille à celle des esprits, « spirituelle ». Et puis, par ailleurs, c’était un type tout à fait ordinaire qui faisait du ski, se construisait des baraques, aimait discuter avec les paysans en fumant une pipe, s’était marié avec une femme qui adorait le scoutisme (c.à.d. la jeunesse hitlérienne), avait des enfants, trouvait que la vie allemande était envahie par les juifs, qu’il fallait nettoyer un peu la société de la vermine bolchévique, que l’Allemagne avait besoin d’un Führer, que les jeunes devaient être repris en main, que tout foutait le camp et que l’Allemagne avait besoin d’un sérieux coup de balai germanique. C’est ce double jeu qui me frappe si fort et je me demande si la conviction que Heidegger avait de l’importance de ce qui se passait dans sa vie parallèle, grandiose, inouïe, méta-physique, quand il PENSAIT (ce que la plupart des hommes ne font pas, bien sûr, tout le monde n’est pas en relation avec les esprits, seuls les chamans le sont)que dans le fond, avoir collaboré avec les nazillons ne lui paraissait pas représenter quelque chose de sérieux. « Peut-être ce digne professeur était-il plus fou qu’il ne paraissait » ont écrit un jour Deleuze et Guattari à son propos. Mais c’est une espèce de folie qui ne figure pas dans la sémiologie clinique. C’est une folie de clerc.
    Amicalement
    R. Misslin

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  2. Il est certain que ce jeune magazine est bien prudent, et il fait bien. Je me demande pour ma part surtout si dans ce livre à venir François Fédier va comme Jean Beaufret basculer dans l’abîme qu’il a si souvent frôlé.
    Quoiqu’il en soit si il y s’y trouve autant d’insultes que sur le site « Parolesdesjours », c’est la fin de la crédibilité de la maison Gallimard.
    Cher monsieur Misslin, n’y a-t-il pas une forme de contradiction dans votre lecture de Heidegger, puisque vous semblez dire que sa pensée serait elle-même loin de l’engagement, ce que le maître a nié, n’en déplaise à ses disciples ? Il a bien pensé qu’il y avait une cohérence entre son engagement et son nazisme. Il a par ailleurs bien aussi sans doute pensé qu’il se déplaçait dans des sphères intellectuelles trop pures pour être touchées par une forme quelconque de la réalité, mais cela fait partie de ce que vous appelez avec bonheur une « folie de clerc » (quand cette grave maladie va-t-elle enfin être décrite comme telle par la faculté ?).
    Quant au « curé » nous avons déjà eu l’occasion d’en parler : si il y a une dimension théologique indéniable chez Heidegger, il s’agit d’une singulière perversion du christianisme.
    Vous me direz peut-être que cette perversion suit une pente déjà existante, ce qui se défend mais est à argumenter de manière nuancée.
    Bien à vous,
    Yvon Er.

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  3. Bonjour Monsieur Er,

    Merci pour votre commentaire. Je suis très content que vous me répondiez comme vous le faites. Je n’ai pas la certitude du croyant, et par conséquent, le fait d’avoir un interlocuteur est pour moi rassurant.
    Je me suis demandé ausso si je ne me contredisais pas. En ce qui concerne Heide, je dirai ceci: pourquoi écrit-on? Pour soi, bien sûr, mais aussi pour les autres. Il y avait chez lui une véritable compulsion de l’écriture, avec une complaisance narcissique que je trouve vraiment impressionnante (objectivement, car subjectivement, ça ne m’impressionne pas du tout, son « charme » n’opère en rien sur moi). Donc, j’en déduis qu’il jouissait en écriture: en science du comportement, on dit que ça le renforçait au niveau des zones de plaisir du cerveau. On peut se droguer de mille façons. Mais, je pense qu’il souhaitait aussi être renforcé par l’admiration d’autrui, et là, apparaît le clerc. Quelle est la source de renforcement pour un clerc? Le pouvoir. Quel pouvoir? Celui sur les âmes. Et le désir de ce type de pouvoir, je crois, Monsieur Er, qu’il est encore plus jouissif que le désir de pouvoir d’un Adolf!
    Quant à la perversion dont vous parlez, on peut l’appeler ainsi. Mais, personnellement, je suis persuadé que la fréquentation prolongée du monde de la théologie a fortement conditionné le mode d’être de Heide. Songez qu’il se disait encore théologien dans les années 1920, donc à 30 ans. Vous savez, on ne passe pas des années avec les jésuites sans en être marqué à jamais. Le pli était pris. Qu’il ait ensuite utilisé la philosophie pour prêcher, ça ne me paraît pas forcément relevé de la perversion. Je dirais que c’est de l’opportunisme. C’était un opportuniste dans le sens éthologique du terme. On se sert de tout pour satisfaire son ambition. Comment imaginer autrement que ce type, qui avait beaucoup d’étudiants juifs dans ses cours, ait pu continuer de poursuivre sa carrière comme si de rien n’était alors que ces étudiants risquaient la mort, devaient s’expatrier: pendant que son Führer et ses sbires exterminaient les juifs par millions à travers toute l’Europe, Monsieur le Professeur Heidegger poursuivit paisiblement une carrière exemplaire à l’Université de Fribourg, admiré par le monde entier pour avoir écrit des textes fumeux de métaphysique. Monsieur Er, l’ambition est un ressort terrible. Et le monde universitaire n’échappe pas à cette passion qui, comme toutes les passions, peut devenir tragique. L’engagement nazi de Heide relève de cette forme d’égarement passionnel. Ca montre que sa philosophie n’avait rien d’une sagesse. Mais alors, peut-on encore parler de philosophie? Pas d’après Socrate. Mais Heide préférait révéler l’inconscient d’un Dasein impersonnel (alêthêtheia!!!) plutôt que de se dévoiler le sien personnel (gnôthi seauton).
    Bien amicalement
    R. Misslin

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  4. Ci-joint le commentaire de monsieur Kurt Weill par erreur effacé :
    Bonjour Jean-Pierre,

    Un nouveau commentaire a été déposé sur votre weblog « le phiblogZophe, » sur la note « Heidegger : prudence philosophique de « philosophie magazine ». »

    Commentaire écrit par:

    Nom: Weill Kurt
    Email: kurtweill@club-internet.fr
    Adresse IP: 87.90.96.129

    Commentaire:

    Je ne suis pas un philosophe, mais seulement un ingénieur.

    Je connais un peu la philosophie de Heidegger, que j’ai mis beaucoup de temps à essayer de comprendre (je n’en suis pas au bout !). Mais depuis quelques temps, j’arrive un peu à appliquer certains de ses concepts (notamment l’herméneutique, la notion d’événement, de prise en compte du temps…) à la spécification-conception de systèmes (informatiques)et à la critique des approches menées par le marketing, le service commercial, etc…dans mon entreprise.

    Heidegger m’a ouvert des horizons de pensées, une vision du monde (notamment avec « la question de la technique ») que je n’ai jamais eu avec d’autres philosophes (si, un peu tout de même avec René Girard). Les problèmes de la modernité, de la mondialisation, des crises actuelles, peuvent s’expliquer en grande partie par ses approches sur la critique de la technique.

    Qu’il fut un sale type, cela ne fait aucun doute. Comme Céline, Carl Schmitt, Carl Orff, Staline, Mao, et leurs apôtres.

    Cordialement

    Kurt

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  5. Chers lecteurs-blogueurs,
    Il y a longtemps que je n’ai pas dia-blogué avec vous mais aujourd’hui la publication de « L’infini » (Gallimard Juin 2006 N° 95) m’incite à reparler de Heidegger.Depuis de nombreuses années je dis qu’il a été l’éminence grise du nazisme et que sous le sceau du secret et de l’euphémisme de façade, il a dirigé le mouvement nazi de part en part. Je me suis appuyé sur des textes précis, mais personne ne veut me croire parce qu’on ne sait plus lire aujourd’hui ce type de discours pseudo-écclésiastique. Nous ne sommes plus au temps de Pascal et nous avons oublié les Provinciales. Heidegger a pourtant fait savoir à la radio pourquoi il restait en « province ». Il y a un parallèle saisissant à faire entre les « provinciales » du nazisme et les « provinciales » du Jésuitisme dépeint par Pascal. Heidegger connaisait Pascal sur le bout du doigt à tel point qu’il avait proposé à la commission française d’épuration de faire un cours sur Pascal. Ce qui lui fut refusé. Il y avait encore parmi les fonctionnaires d’autorité quelques Français intelligents à l’époque. Mais hélas! trop peu.

    Il y avait trois instances de pouvoir en Allemagne pendant la période nazie: le Parti, l’Etat et l’éminence grise.

    François Fédier et ses comparses , pour des raisons intimes toutes liées à la politique de l’amitié, ont décidé de blanchir Heidegger chef de file de leur mouvement « Phédrique »(Cf. Le Banquet premier discours) et de salir des victimes immédiates du nazisme telles que Jeanne Hersch. Fédier ne tient aucun compte du livre de Jeanne Hersch « Eclairer l’obscur » dont j’ai déjà parlé dans divers blogs et dans lequel elle relate, elle, juive d’origine suisse, étudiante en Allemagne, la commémoration de Schlageter par le recteur Heidegger. Quand on a lu ce témoignage on ne peut plus blanchir Heidegger ni accuser Jeanne Hersch, première victime, d’accusation mensongère comme le fait Fédier (L’infini p.151). Ce monsieur serait-il devenu pro-nazi? Ce qui est terible dans son propos c’est tout ce qu’il passe sous silence concernant le témoignage de Jeanne Hersch et ses propres souffrances.Jeanne Hersch a mis en évidence la tactique d’euphémisation du Professeur-recteur Heidegger. Mais Fédier fait de ses observations très justes un élément à charge contre elle. En prélevant une phrase de son contexte et en l’enrobant de son sirop de guimauve il se montre un parfait disciple de Heidegger au sens hitlérien du terme.

    J’ai dénoncé depuis des années la politique de l’amitié qui se donne pour tâche de blanchir Heidegger depuis 1945, c’est peine perdue. A croire que le comité de lecture de Gallimard préfère les collabo « beaufrétins » aux honnêtes gens. Car ce sont bien Jean Beaufret et ses amis collabo qui ont inauguré le mouvement. Sollers ne ressort pas grandi de cette aventure. Quant à Fédier, s’il a choisi de s’aventurer sur les chemins de l’enfer nazi, libre à lui. Mais à nos yeux, il n’a plus aucun droit à revendiquer le titre de philosophe. Au même titre qu’Heidegger il est devenu « allosophe ». Heidegger, Beaufret, Fédier et leurs disciples sont les fondateurs de l' »allosophie » en France.

    On se demande bien ce que vont faire les « catho » dans cette galère. Se laisser séduire par le vocabulaire heideggérien, faussement mystique, traduit un manque d’esprit critique grave. L' »Heide » (le paÏen) et le chrétien devraient faire assez mauvais ménage. Ils s’apprécient comme larrons en foire. Il est vrai que « L’infini » a changé de visage. Sollers oblige.
    Michel Bel

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