« L’éthique » de Heidegger : une « ontologie » du camp! « La dévastation et l’attente » est une justification d’Auschwitz.

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La publication de Grammaire et étymologie du mot « être » et de La dévastation et l’attente. Entretien sur le chemin de campagne de Heidegger, le premier avec une présentation de Pascal David – dont la notice biographique a été désavouée par les directeurs de la collection – le second avec des « notes de traduction » de Philippe Arjakovsky et de Hadrien France-Lanord a eu sur moi l’effet sans doute inverse de celui recherché par les « servants » de Heidegger. Elle m’a conforté dans l’idée que Heidegger n’a pas été nazi – cela devient en effet une légende – mais qu’il l’a toujours été ou, plutôt, qu’il l’est devenu à jamais. Heidegger est nazi dans l’armature essentielle de son discours.

Dans La dévastation et l’attente (DA), qui est un dialogue entre deux prisonniers de guerre allemands  – « un plus jeune  » et un « plus âgé » – enfermés dans un camp soviétique, dialogue signé le 8 mai 1945, on trouve par exemple ceci :

Au « plus jeune », qui regrette que quelque chose étouffe « l’apparition et l’éclosion de quelque chose d’essentiel » le plus âgé répond ceci : « Cet étouffement, qui plus est, se dérobe derrière quelque chose de captieux, qui se manifeste sous la figure des idéaux soi-disant les plus hauts de l’humanité, à savoir : le progrès, l’accroissement sans frein de la productivité dans tous les domaines de la production, l’offre de travail identique et indifférenciée pour tout un chacun – et par-dessus tout, enfin : le bien-être identique de tous les travailleurs compris comme sécurité sociale uniformisée ». (DA, p 26.)

Je souligne « … par-dessus tout, enfin : le bien-être identique de tous les travailleurs compris comme sécurité sociale uniformisée ».

L’uniformisé ne porte pas sur le mode de vie, sur la « culture », mais bien sur la « sécurité sociale ». A ce que je sache le contraire de la « sécurité sociale uniformisée » c’est « l’insécurité sociale « modulée » ou, d’une autre manière, la « sécurité sociale différenciée ».

Mais qu’est-ce que cette  » sécurité sociale différenciée » sinon même la règle du camp!? Aux uns la santé, aux autres la maladie et les accidents. Aux uns la sécurité et la tranquillité d’âme, aux autres la peur du lendemain, de l’accident, de la mort. Aux uns l’assurance de la longévité, aux autres la terreur d’être exposés à l’arbitraire des « moduleurs » de sécurité.

Dans son château du Danube – c’est de cet endroit que le courageux Heidegger dit signer son dialogue des deux prisonniers du camp soviétique – Heidegger ne fait pas autre chose que l’apologie du système concentrationnaire, de la conception totalitaire de la société.

La dévastation est alors celle-là même qui envahit la « pensée » de Heidegger, ce nazi dépité, rageur, et bourré de ressentiments.

Ne laissons pas Heidegger dévaster la philosophie!

(A l’adresse suivante on trouvera un journal de lecture de DA, en cours de rédaction :

http://skildy.blog.lemonde.fr/skildy/2006/02/la_dvastation_e_1.html    )

Remarque. Quand on lit le Heidegger des années 20 on comprend pourquoi un étudiant comme Emmanuel Levinas a pu être illuminé par la certitude d’entendre une grande pensée. C’est pourquoi le nazisme de Heidegger constitue aussi une catastrophe philosophique. C’est cette catastrophe qui est porteuse de dévastation. Ma conviction est notamment qu’on ne peut, même si cela n’apparaît pas nécessairement dans le ciel « serein » des idées, contester la « sécurité sociale » dite uniformisée sans construire du même coup une machine de guerre contre l’humanité dans sa diversité et dans son unité. C’est ce qui ne peut que résulter de la prise de position en faveur de l’inégalité des êtres humains devant la « sécurité sociale ». C’est, rétrospectivement, consentir à Auschwitz et le justifier.

Il appartiendra notamment aux historiens des idées de comprendre par quels chemins, passant par les Problèmes fondamentaux de la phénomènologie transcendantale, les Prolégomènes à l’histoire du concept de temps, Etre et Temps, un auteur si brillant ait pu en arriver à une telle ignominie. Un portrait du siècle écoulé? La vérité secrète de l’Occident?

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Complément bibliographique.

Je tiens DA pour un texte confirmant le nazisme de Heidegger. Sa critique du nazisme se borne, si je puis dire, à constater que, subissant la dévastation résultant de la conjonction du nihilisme et de la métaphysique, il aurait été ensuite détruit par elle. Bref, la dévastation aurait fait son office plus sûrement que les forces alliées. Cette défaite (momentanée?..) du nazisme n’est pas, bien au contraire, une source de joie pour Heidegger. Sa critique du nazisme, qu’on suppose anti-nazie, fait le bonheur d’un certain trafic heideggerien. Mais c’est un leurre.  Ce qu’il critique dans le nazisme est précisément ce qui, en l’exposant à la dévastation, l’a mis en situation d’être vaincu. Dans son étude sur les nihilismes Denise Souche-Dagues semble aller dans ce sens. Citation :  » Dans ce texte – il s’agit de l’ Introduction à la Métaphysique de 1935 – Heidegger vilipende l’intellect (Intelligenz), où il voit une interprétation faussée de l’esprit (Geist) faisant servir ce dernier à l’obtention de fins diverses : règlement et domination des rapports matériels de production (c’est le marxisme), explication intellectuelle de ce qui a été préalablement posé (c’est le positivisme)… Parfois, l’emploi de l’Esprit par l’intellect s’accomplit dans le maniement organisationnel (organisatorische Lenkung) de la masse vivante et de la race d’un peuple. – S’il faut reconnaître dans ce dernier avatar de l’Esprit une image du national-socialisme, celle-ci, étant noyée dans un contexte pseudo-philosophique laissé flou (celui de « l’intellectualité »…), perd les contours singuliers qui font du nazisme le défi en tous points exceptionnel, ne serait-ce que par sa violence, à la pensée occidentale dans son ensemble. Non seulement par là le national-socialisme devient un phénomène ordinaire de l’intellectualité régnante, mais il y a plus : ce qu’on pourrait lui reprocher est de ne pas tenir suffisamment compte de la spécificité vivante et donc racique du peuple auquel il s’applique, en raison sans doute de son caractère abstrait ».

Et l’auteur, en note, de poser la question :

– Faut-il dire que Heidegger va jusqu’à renchérir sur les aspirations des Nazis les plus déterminés?

Denise Souche-Dagues, Nihilismes. PUF, Paris 1996 page 125.

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7 commentaires à « L’éthique » de Heidegger : une « ontologie » du camp! « La dévastation et l’attente » est une justification d’Auschwitz.

  1. Cher Skildy,
    si Heidegger est la vérité secrète de l’occident, alors on risque à nouveau de diluer son cas dans des causes bien trop grandes pour lui, et bien trop larges pour être des causes en général…un art de la dilution dans lequel il excellait. Pour ce qui est des années 20 je crois que tout est là rétracté et déguisé, et que le reste n’est qu’un déploiement, une explicitation de sa doctrine de l’historicité et du « devancement de la mort » tels qu’exposée dans Être et temps.
    Mais laissons cela pour l’instant, je voudrais ici envoyer une

    Lettre aux amis.

    Ô mes amis !
    Vous qui vous taisez depuis le début de cette affaire, non pas parce qu’il s’agit pour vous de faire comme si de rien n’était afin de pouvoir recommencer l’orage passé à nazifier en douce, mais parce que vous aviez déjà un immense mépris de Heidegger et de sa secte.
    Vous qui me regardez d’un drôle d’air en me demandant ce que je fais là, car enfin il y a mieux à faire (je pense bien sûr à toi aussi, mon ami entre mes amis, toi qui trouves que je perds bien mon temps et qui souries alors que tu me lis).
    Ô mes amis !
    Je sais que je remue un champ stérile où ne poussera jamais rien que des monstres, alors qu’il y a tant de belles et grandes choses à faire.
    Mais pourquoi ne consacres-tu pas toutes tes forces à nous aider à construire tout autre chose, me demandez vous ?
    Ô mes amis !
    Croyez vous que la bête qu’on réveille et élève en douceur dans les cocons de l’université nous laissera vivre en paix, elle qui a un si grand appétit et un si grand vide à combler ?
    Ô mes amis, croyez vous pouvoir vous débarasser des questions humaines et morales pour vous consacrer aux seules connaissances dures, laissant ainsi ce premier champ aux faux littérateurs et aux gourous de Deug ?
    Ô mes amis ! N’ignorez pas l’évolution de cette institution que nous méprisons tant, ne vous détournez pas, et si nous devons partir là-bas loin d’ici n’ignorez pas ce qui s’y passe, car ce serait bien aider la croissance du vide.
    Ô mes amis !
    Rassurez-vous quand même, je ne vais pas m’éterniser…
    A vous et à bientôt,
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 02/03/2006 à 18:29 | Répondre | Modifier
  2. Bonsoir monsieur Er,
    Excusez-moi d’intervenir, mais cela me fait de la peine de vous sentir malheureux. Pourquoi voulez-vous que Heide soit « la vérité secrète de l’occident »? Quelle idée! S’il doit être quelque chose (et personnellement je trouve tout ça plutôt nul), c’est d’avoir été son propre menteur, d’abord, et aussi de s’être laissé berner comme d’autres Allemands par une bande d’affreux maffieux. Il s’est menti à lui-même parce qu’au lieu de se regarder dans le miroir et d’apprendre à se connaître (tout de même pour un prétendant à la philosophie, c’est la moindre des choses, mais je trouve que nous avons tous à faire cela sinon on reste con toute sa vie), il est resté un involué psychique, c.à.d. un type qui a gardé la structure mentale d’un gamin rêvant d’être la toute puissance. Avec ça on fait des toqués de l’Etre, des tyrans et des gourous. A ce propos, je vais être un peu sévère avec une certaine tradition philosophique, celle qui se masturbe (eros!) depuis des siècles avec ce qu’on appelle depuis Aristote la métaphysique. Pourtant, Aristote, mieux que quiconque, savait que cette soi-disant science du ontos était du pipeau, c’était juste une façon pour lui de saluer son patron, le divin! Il aurait mieux fait de s’arrêter à la physique, car nous ne pouvons pas prétendre connaître autre chose que la matière, pas celle des penseurs de l’antiquité, mais celle que scrutent les scientifiques, celle qui donne lieu à l’observation et à l’expérimentation. Nieztsche avait lumineusement compris ça, et bien sûr, le fumeux métaphysicien de Messkirch n’y a vu goutte, lui qui planait dans les sphères éthérées de l’esprit, tout en menant bien entendu une vie petite-bourgeoise exemplaire: carrière, politiquement à l’extrême droite(lepéniste quoi!),famille modèle, skis, Hütte, Schwarzwald’s Kuche, les dimanches seulement.
    Personnellement, j’aurais vraiment voulu vous avoir comme professeur de philosophie, parce votre façon de réfléchir consiste justement à nous débarrasser de l’être, qui n’est qu’un fantasme, et à nous convertir au réel. Voilà le gai savoir, et non point cet affreux et emmerdant galimatias onto-métaphysico-théologico-heididiRIEN.
    Très amicalement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 04/03/2006 à 21:03 | Répondre | Modifier
  3. Cher monsieur Misslin,
    il s’agissait pour moi au contraire de nier que Heidegger fût la vérité de l’Occident ou de l’Allemagne. L’Occident c’est aussi Fibonacci et Balzac, l’Allemagne c’est aussi Goethe et Heinrich Mann.
    Heidegger est peut-être simplement la vérité de l’universitaire au service du pouvoir.
    Je serais également très critique envers la tradition métaphysique et son absence d’objet, ce qui ne veut pas dire qu’elle ait nécessairement partie liée avec le nazisme ou l’idéologie.
    Je suis très touché par ce que vous me dites de votre souhait de m’avoir eu comme professeur et des effets de ma « façon de réfléchir ». Vous avez du toucher quelque chose comme mon « idéal du moi », ne recommencez pas, ce serait trop…
    Bien à vous,
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 06/03/2006 à 15:00 | Répondre | Modifier
  4. Bonjour M. Er,

    Très drôle! Décidément, vous êtes un homme très plaisant. Ne vous en faites pas, je n’ai pas l’intention de vous sacraliser, il y a déjà assez de divinités ambiantes. Le divin est l’ennemi de l’homme, car il nous empêche d’aimer la réalité, c.à.d. de la connaître.
    Ce qui me gêne dans la métaphysique c’est qu’elle n’a de compte à rendre à personne, pas même à elle-même: une porte grand’ ouverte à tous les délires du monde.
    Voici une devinette: de qui est ce texte? « Wotan est une qualité, un caractère fondamental de l’âme allemande, un « facteur » psychique de nature irrationnelle, un cyclone qui anéantit et balaie au loin la zone calme où règne la culture. En dépit de leur excentricité, les adorateurs de Wotan semblent avoir jugé les choses plus correctement que les adorateurs de la raison. Apparemment tout le monde a oublié que Wotan est une donnée germanique originelle, la plus authentique expression et la personnification insurpassable d’une donnée fondamentale du peuple allemand… le dieu des Allemands c’est Wotan et non le dieu chrétien allemand. » Non, ce n’est pas du Heide, mais du C.G. Jung (« Wotan », 1936). Mein Gott! Encore un toqué alémanique. Pas étonnant qu’il ait accepté de succéder à Kretschmer, démissionnaire, à la présidence de la « Société allemande de psychothérapie » en 1933. Bien sûr qu’il s’est vivement défendu, après la guerre, d’avoir été pro-nazi et antisémite. NEIN, bien évidemment: nur ein wenig völkisch (j’ai envie d’écrire: völ-kitch)comme son copain Jacob Wilhelm Hauer, fondateur du « Mouvement de la Foi Nordique » (sic!).
    Bien cordialement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 06/03/2006 à 18:17 | Répondre | Modifier
  5. Bonsoir,

    Je me rends compte que j’ai fait une erreur en citant la dernière phrase du texte de Jung: il faut bien sûr lire … »et non le dieu chrétien universel »: voilà que je germanise même le dieu chrétien, on aura tout vu! Je vous jure que ce n’est pas un lapsus!!!
    Mille excuses
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 06/03/2006 à 21:38 | Répondre | Modifier
  6. Cher monsieur Misslin,
    deux mots simplement pour vous dire que ce n’est pas ma tendance de verser dans la surinterprétation, soyez donc rassuré.
    En matière de surinterprétation par contre Michel Bel continue avec enthousiasme sans être freiné le moins du monde par nos objections ou les calomnies dont il a ailleurs été l’objet. Que dire ? Sinon qu’à l’inverse de la plupart des « sur-interprètes » de vocation, il n’est pas méchant…
    Bien à vous,
    Yvon Er.

    Rédigé par : Yvon Er | le 08/03/2006 à 15:08 | Répondre | Modifier
  7. Cher Monsieur Er,

    Ich bin damit ganz einverstanden! Vous voyez, je commence à être complètement teutonisé avec toute cette histoire. Mais, contrairement à M. Bel qui parfois m’inspire une grande compassion, quand je pense qu’il s’est tapé du Heide à des doses dont je ne supporterais même pas le millionième, j’arrive à rire de cette affaire car, comme dirait Montaigne, notre destin est de produire des « hommeries »! Et, sur ce point, Heide ne s’est pas privé, car comme Trissotin de la philosophie, on ne fait pas mieux.
    Amicalement
    R. Misslin

    Rédigé par : Misslin René | le 08/03/2006 à 18:10 | Répondre | Modifier

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7 commentaires

  1. Cher Skildy,
    si Heidegger est la vérité secrète de l’occident, alors on risque à nouveau de diluer son cas dans des causes bien trop grandes pour lui, et bien trop larges pour être des causes en général…un art de la dilution dans lequel il excellait. Pour ce qui est des années 20 je crois que tout est là rétracté et déguisé, et que le reste n’est qu’un déploiement, une explicitation de sa doctrine de l’historicité et du « devancement de la mort » tels qu’exposée dans Être et temps.
    Mais laissons cela pour l’instant, je voudrais ici envoyer une

    Lettre aux amis.

    Ô mes amis !
    Vous qui vous taisez depuis le début de cette affaire, non pas parce qu’il s’agit pour vous de faire comme si de rien n’était afin de pouvoir recommencer l’orage passé à nazifier en douce, mais parce que vous aviez déjà un immense mépris de Heidegger et de sa secte.
    Vous qui me regardez d’un drôle d’air en me demandant ce que je fais là, car enfin il y a mieux à faire (je pense bien sûr à toi aussi, mon ami entre mes amis, toi qui trouves que je perds bien mon temps et qui souries alors que tu me lis).
    Ô mes amis !
    Je sais que je remue un champ stérile où ne poussera jamais rien que des monstres, alors qu’il y a tant de belles et grandes choses à faire.
    Mais pourquoi ne consacres-tu pas toutes tes forces à nous aider à construire tout autre chose, me demandez vous ?
    Ô mes amis !
    Croyez vous que la bête qu’on réveille et élève en douceur dans les cocons de l’université nous laissera vivre en paix, elle qui a un si grand appétit et un si grand vide à combler ?
    Ô mes amis, croyez vous pouvoir vous débarasser des questions humaines et morales pour vous consacrer aux seules connaissances dures, laissant ainsi ce premier champ aux faux littérateurs et aux gourous de Deug ?
    Ô mes amis ! N’ignorez pas l’évolution de cette institution que nous méprisons tant, ne vous détournez pas, et si nous devons partir là-bas loin d’ici n’ignorez pas ce qui s’y passe, car ce serait bien aider la croissance du vide.
    Ô mes amis !
    Rassurez-vous quand même, je ne vais pas m’éterniser…
    A vous et à bientôt,
    Yvon Er.

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  2. Bonsoir monsieur Er,
    Excusez-moi d’intervenir, mais cela me fait de la peine de vous sentir malheureux. Pourquoi voulez-vous que Heide soit « la vérité secrète de l’occident »? Quelle idée! S’il doit être quelque chose (et personnellement je trouve tout ça plutôt nul), c’est d’avoir été son propre menteur, d’abord, et aussi de s’être laissé berner comme d’autres Allemands par une bande d’affreux maffieux. Il s’est menti à lui-même parce qu’au lieu de se regarder dans le miroir et d’apprendre à se connaître (tout de même pour un prétendant à la philosophie, c’est la moindre des choses, mais je trouve que nous avons tous à faire cela sinon on reste con toute sa vie), il est resté un involué psychique, c.à.d. un type qui a gardé la structure mentale d’un gamin rêvant d’être la toute puissance. Avec ça on fait des toqués de l’Etre, des tyrans et des gourous. A ce propos, je vais être un peu sévère avec une certaine tradition philosophique, celle qui se masturbe (eros!) depuis des siècles avec ce qu’on appelle depuis Aristote la métaphysique. Pourtant, Aristote, mieux que quiconque, savait que cette soi-disant science du ontos était du pipeau, c’était juste une façon pour lui de saluer son patron, le divin! Il aurait mieux fait de s’arrêter à la physique, car nous ne pouvons pas prétendre connaître autre chose que la matière, pas celle des penseurs de l’antiquité, mais celle que scrutent les scientifiques, celle qui donne lieu à l’observation et à l’expérimentation. Nieztsche avait lumineusement compris ça, et bien sûr, le fumeux métaphysicien de Messkirch n’y a vu goutte, lui qui planait dans les sphères éthérées de l’esprit, tout en menant bien entendu une vie petite-bourgeoise exemplaire: carrière, politiquement à l’extrême droite(lepéniste quoi!),famille modèle, skis, Hütte, Schwarzwald’s Kuche, les dimanches seulement.
    Personnellement, j’aurais vraiment voulu vous avoir comme professeur de philosophie, parce votre façon de réfléchir consiste justement à nous débarrasser de l’être, qui n’est qu’un fantasme, et à nous convertir au réel. Voilà le gai savoir, et non point cet affreux et emmerdant galimatias onto-métaphysico-théologico-heididiRIEN.
    Très amicalement
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  3. Cher monsieur Misslin,
    il s’agissait pour moi au contraire de nier que Heidegger fût la vérité de l’Occident ou de l’Allemagne. L’Occident c’est aussi Fibonacci et Balzac, l’Allemagne c’est aussi Goethe et Heinrich Mann.
    Heidegger est peut-être simplement la vérité de l’universitaire au service du pouvoir.
    Je serais également très critique envers la tradition métaphysique et son absence d’objet, ce qui ne veut pas dire qu’elle ait nécessairement partie liée avec le nazisme ou l’idéologie.
    Je suis très touché par ce que vous me dites de votre souhait de m’avoir eu comme professeur et des effets de ma « façon de réfléchir ». Vous avez du toucher quelque chose comme mon « idéal du moi », ne recommencez pas, ce serait trop…
    Bien à vous,
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  4. Bonjour M. Er,

    Très drôle! Décidément, vous êtes un homme très plaisant. Ne vous en faites pas, je n’ai pas l’intention de vous sacraliser, il y a déjà assez de divinités ambiantes. Le divin est l’ennemi de l’homme, car il nous empêche d’aimer la réalité, c.à.d. de la connaître.
    Ce qui me gêne dans la métaphysique c’est qu’elle n’a de compte à rendre à personne, pas même à elle-même: une porte grand’ ouverte à tous les délires du monde.
    Voici une devinette: de qui est ce texte? « Wotan est une qualité, un caractère fondamental de l’âme allemande, un « facteur » psychique de nature irrationnelle, un cyclone qui anéantit et balaie au loin la zone calme où règne la culture. En dépit de leur excentricité, les adorateurs de Wotan semblent avoir jugé les choses plus correctement que les adorateurs de la raison. Apparemment tout le monde a oublié que Wotan est une donnée germanique originelle, la plus authentique expression et la personnification insurpassable d’une donnée fondamentale du peuple allemand… le dieu des Allemands c’est Wotan et non le dieu chrétien allemand. » Non, ce n’est pas du Heide, mais du C.G. Jung (« Wotan », 1936). Mein Gott! Encore un toqué alémanique. Pas étonnant qu’il ait accepté de succéder à Kretschmer, démissionnaire, à la présidence de la « Société allemande de psychothérapie » en 1933. Bien sûr qu’il s’est vivement défendu, après la guerre, d’avoir été pro-nazi et antisémite. NEIN, bien évidemment: nur ein wenig völkisch (j’ai envie d’écrire: völ-kitch)comme son copain Jacob Wilhelm Hauer, fondateur du « Mouvement de la Foi Nordique » (sic!).
    Bien cordialement
    R. Misslin

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  5. Bonsoir,

    Je me rends compte que j’ai fait une erreur en citant la dernière phrase du texte de Jung: il faut bien sûr lire … »et non le dieu chrétien universel »: voilà que je germanise même le dieu chrétien, on aura tout vu! Je vous jure que ce n’est pas un lapsus!!!
    Mille excuses
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  6. Cher monsieur Misslin,
    deux mots simplement pour vous dire que ce n’est pas ma tendance de verser dans la surinterprétation, soyez donc rassuré.
    En matière de surinterprétation par contre Michel Bel continue avec enthousiasme sans être freiné le moins du monde par nos objections ou les calomnies dont il a ailleurs été l’objet. Que dire ? Sinon qu’à l’inverse de la plupart des « sur-interprètes » de vocation, il n’est pas méchant…
    Bien à vous,
    Yvon Er.

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  7. Cher Monsieur Er,

    Ich bin damit ganz einverstanden! Vous voyez, je commence à être complètement teutonisé avec toute cette histoire. Mais, contrairement à M. Bel qui parfois m’inspire une grande compassion, quand je pense qu’il s’est tapé du Heide à des doses dont je ne supporterais même pas le millionième, j’arrive à rire de cette affaire car, comme dirait Montaigne, notre destin est de produire des « hommeries »! Et, sur ce point, Heide ne s’est pas privé, car comme Trissotin de la philosophie, on ne fait pas mieux.
    Amicalement
    R. Misslin

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