Que faire « des » Heidegger?

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On peut distinguer quatre figures principales de Heidegger. (Le visiteur du phiblogZophe peut en commentaire en proposer d’autres. J’en tiendrais compte pour enrichir la note.)

1. Selon la première, celle qui a le plus souvent cours, le grand philosophe Heidegger, aprés s’être irrémédiablement compromis avec l’hitlérisme notamment au cours de sa période du rectorat (1933) serait entré dans une sorte de résistance spirituelle. Certains auteurs vont jusqu’à soutenir que Heidegger serait devenu un anti-nazi spirituel. Ceux qui estiment qu’il est un idéologue nazi seraient des calomniateurs et n’auraient rien voulu comprendre, par haine voire par haine de la pensée, de cette résistance spirituelle qui, aprés des années d’errements tragiques, sauve l’âme du philosophe et en fait presque un auteur exemplaire.

2. Une seconde figure, proche de la première, en fait un être faible et opportuniste. Le grand penseur aurait  plus cédé à la tentation – être le conseiller, voire le conseiller fondamental du prince – que tenté de concrétiser par une action politique idéologique et institutionnelle des convictions nazies profondes quoique d’une « autre tenue » que celles affichées généralement.

3. La troisième figure, quant à elle, n’esquive pas le nazisme de Heidegger. C’est un fait acquis. Mais ce nazisme là ne concerne qu’une partie du philosophe, son côté presque « régional » quoique aggravé par une contribution volontaire à un dispositif qui fit du racisme d’état, des camps de concentration et des centres d’extermination, les éléments centraux d’une conception immonde de la domination. Heidegger, dit-on, est abject. Mais c’est l’idéologue qui est abject et non le philosophe qui est grand, incontournable, sublime. On peut et, au nom de la pensée, on doit faire la distinction.

4. La dernière figure, à laquelle le phiblogZophe souscrit, correspondant au doctrinaire cerné par Victor Farias et Emmanuel Faye. On ne peut ni séparer l’idéologue du penseur, ni réduire son nazisme à l’opportunisme d’un faible. Aussi choquant cela puisse-t-il paraître, celui qui a écrit Problèmes fondamentaux de la phénomènologie transcendantale et bien d’autres ouvrages profondément ancrés dans l’histoire de la philosophie était un nazi convaincu et n’a eu de cesse d’instrumentaliser la philosophie en y introduisant, naturellement à pas feutrés, le nazisme lui-même.

Je soutiendrais surtout, dans cette note, que le Heidegger 4 s’impose nécessairement. La raison fondamentale en est que, dans la mesure où pour Heidegger lui-même, sa philosophie ne l’a pas détourné du nazisme il y a tout lieu de faire l’hypothèse selon laquelle il y aurait une stratégie d’instrumentalisation de la philosophie par l’idéologue.

Appelons P la part non idéologique et non nazie du discours Heidegger et I la part idéologique.

Il me semble nécessaire méthodologiquement d’élaborer une interprétation qui justifierait  de la compatibilité de P et de I. Il ne s’agit nullement de pratiquer une sorte de police de la pensée mais, compte tenu des enjeux, de prendre la mesure la plus exacte possible du nazisme à caractère philosophique de Heidegger. Cela ferait apparaître sans doute combien il est en réalité difficile de faire avec précision la part entre l’idéologique et le philosophique. La différence ontologique – la différence de l’être et de l’étant – est un bon exemple de ce que nous avançons. A côté de développements invoquant l’oubli de la question de l’être et les pré-socratiques – justifications culturelles et philosophiques – il existe au moins une interprétation idéologique du Heidegger nazi : le Fürher est au Volk ce que l’être et à l’étant. A partir de ce point, en prenant donc acte que la différence ontologique n’a pas dissuadé Heidegger de se rallier à l’hitlérisme il s’impose, à titre d’hypothèse, de développer le point de vue selon laquelle la différence ontologique est un dispositif discursif à caractère philosophique « fondant » et dissimulant tout à la fois certains des principes de la politique nazie.

Il n’est guère concevable qu’un intellectuel comme Heidegger, qui s’est lui-même placé au coeur du système hitlérien, n’ait pas conçu un projet d’instrumentalisation de la philosophie. Dans l’idéologie du nazisme la philosophie et la musique, par exemple, sont des domaines traditionnels d’excellence du Volk appelé à dominer le monde. J’ai déjà dit ailleurs qu’il n’y a pas de contradiction, compte tenu de la spécificité du nazisme, entre la sophistication ou la grandeur de la démarche du « philosophique » et la sottise bestiale du slogan. Car la politique nazie c’est d’abord et avant tout la démolition du politique. Les SS exercent la domination sur des peuples d’esclaves et sur des « qui-ne-peuvent-pas-mourir » tandis que le « philosophe », restant dans une position dehors-dedans, effectue à l’intérieur du champ philosophique, la « révolution culturelle » qui s’impose pour fonder un Reich de mille ans. Les hordes des BBB – belles brutes blondes « nietzchéennes » – sont complémentaires du « sage » de Todnauberg.

Pour le dire autrement, dans la mesure où le nazisme est un projet de société techniquement moderne et socialement esclavagiste et radicalement raciste, la sottise bestiale est autant nécessaire à l’exercice de la domination exercée sur les inférieurs que la « sublime » philosophie l’est pour les dominants, pour les « Maîtres » – pour reprendre le mot au Métropolis de Fritz Lang.

Le fait qu’on puisse trouver éventuellement de quoi penser dans Heidegger ne peut exclure a priori qu’il ait tenté de soumettre la pensée à une sorte de normalisation conforme quant au fond au nazisme.

Je soutiendrais également que c’est à la condition de « jouer » l’hypothèse la plus sombre qu’on sera à même de se saisir de thèmes heideggeriens dans les meilleures conditions pour les développer en toute indépendance du dispositif voulu et imaginé par Heidegger.

Il faudra un jour élucider le pourquoi des « résistances » à cette hypothèse la plus sombre. Elles sont diverses, sans doute. Hélas certaines de ces résistances ont peut être quelque chose à voir avec le fait que, si le cas Heidegger est exceptionnel – et tragiquement exceptionnel – il appartient à toute une famille de cas qui se caractérisent par la croyance en la supériorité de l’homme blanc occidental.

Le couple Heidegger-Auschwitz représente pour le moment le pire d’une problématique raciste inscrite au coeur de « l’occident ».

Ce « dit » est inadmissible diront certains. Mais Heidegger n’a en réalité jamais renoncé à quelque chose comme à un Reich idéal. Un nazi-en-philosophie de l’envergure d’un Heidegger aurait compromis son projet s’il s’était contenté de « suivre » le cours des choses. Sa soi-disante « résistance spirituelle » n’est à mes yeux que l’exercice le plus intelligent qui soit d’une forme de révisionnisme en acte.

Heidegger a mis 7 ans pour préparer son entretien posthume du Spiegel. Ce texte est systèmatiquement mis de côté par la plupart des heideggeriens qui sont intervenus sur le phiblogZophe. Or je maintiens et croit l’avoir montré : c’est un texte néo-nazi. Heidegger est mort néo-nazi.

Il est absolument nécessaire que la recherche fasse toute la lumière sur le nazisme à caractère philosophique de l’auteur de l’entretien du Spiegel.

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Supplément 1.

Quoiqu’il en soit il apparaît qu’il y a un Heidegger qui intervient de manière trés claire dans le champ de l’idéologie hitlérienne et un Heidegger qui se « reconstitue » comme grand penseur dans le champ philosophique.

Je tiens pour acquis qu’il n’a jamais cessé d’être en accord avec ce qui, à ses yeux, constituait la « grandeur du mouvement ». Il a par ailleurs parfaitement conscience du caractère « révolutionnaire » du Reich. Comme il a parfaitement conscience que l’exceptionnalité « aryenne », qui légitime l’existence/non-existence de « ceux qui ne peuvent pas mourir », s’expose aux « retours de flammes » des « masses démocratiques » « soviético-américaines ». Ces expressions ne sont naturellement pas de Heidegger. Je les utilise comme des condensés idéologiques faisant état de la  perception nazie de la réalité historique.

Je tiens également qu’il sait parfaitement tirer profit de la fameuse « distance philosophique ». Il joue à fond sur la position que je qualifie dehors-dedans. Quand je parle par ailleurs de « nazisme philosophique » c’est en connaissance de cause du caractère oxymorique de l’expression. Mais elle caractérise à mes yeux ce qui tente de se former, du fait de Heidegger, dans le champ de la philosophie elle-même.

Il y a en ce sens bien pire que les déclarations clairement abjectes de l’idéologue. Quand il parle de sa « grosse bêtise », par exemple, il fait preuve d’intelligence. Surtout quand cela est suivi de sa théorie selon laquelle le nazisme ne serait que l’expression la plus nette du nihilisme consécutif à la définition technique ou techniciste de l’être. C’est sur ce point même qu’on peut saisir sur le vif l’abjection cette fois du Heidegger philosophe en tant qu’il ne cesse pas d’être un « idéologue » nazi.

Car toute cette construction, que je tiens pour ma part caricaturalement métaphysique n’a qu’un seul but : permettre à la fine fleur de l’europe « aryenne » de sauter allégrement par-dessus Auschwitz.

L’opération est en un sens « géniale ». A mon sens l’entretien du Spiegel fait couple avec la théorie de la technique Gestell évidemment compris.

Il ne s’agit rien de moins que de se servir de l’ombre portée des horreurs nazies pour retourner le compliment aux démocraties engluées dans la technique.

J’affirme que c’est là un véritable petit chef d’oeuvre d’instrumentalisation de la philosophie aux fins, en permettant « d’avaler en l’effaçant » Auschwitz, d’introduire l’idéal du Reich dans le champ philosophique.

D’un côté il élabore une métaphysique à effet révisionniste de la technique. C’est tout le sens du Gestell. De l’autre, dans le Spiegel, il dresse un barrage entre la démocratie et la pensée. Et hop! c’est reparti!

En ce sens on ne saurait reprocher à Derrida, par exemple, de ne pas avoir vu clair sur ce point. Il n’a jamais cessé, quant à lui, d’oeuvrer pour empêcher l’édification du barrage entre démocratie et pensée.

Et en un autre sens on comprend a contrario l’acharnement de certains heideggeriens. Sans être nazis ils trouvent dans Heidegger le penseur qui les conforte dans leur désespérance à l’encontre d’un phénomène démocratique que certains n’hésitent pas à construire comme fait social néo-totalitaire. Et cela n’est peut-être surtout qu’une manière d’édifier sa « résidence surveillée ». Si ce mouvement de la « fuite des cerveaux » de la dynamique démocratique se confirmait ne risquerions-nous pas de nous retrouver dans un cas particulièrement dramatique de prophétie réalisatrice?

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8 commentaires

  1. Heidegger n’a pas été seulement « idéologue ». mais reconnaître cette fonction est déjà un premier pas. Le reste suivra. Ses textes , passés au peigne fin sont particulièrement limpides.Toutes ses fonctions sont clairement présentées. Il suffit de s’habituer à son style pour tout comprendre. il est évident que le commandement est plus difficile à admettre sauf si on part de sa jeunessse, d’une part,et de sa compréhension de Hegel d’autre part. Courage!
    Michel bel

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  2. Je me permets d’ajouter une cinquième figure, à savoir: Heidegger, un Dasein de paumé. Je trouve que cet homme était complètement décalé par rapport à son temps, alors même qu’il aurait souhaité en être son héraut. Il n’avait aucune culture scientifique, sa posture anti-technologique ne dépasse pas celle d’un paysan du néolithique confronté à l’évolution technique moderne, il ne comprenait rien à la politique, aussi n’a-t-il en fait rien vu de la réalité du nazisme, enfin son ontologie traduit un mouvement de régression anté-philosophique et relève de la pensée mythologique ou théologique, ce qui est la même chose. Bref, il a été d’une authentique inactualité.C’est bizarre, il m’inspire de la pitié. Il faut dire que la brutalité avec laquelle la vieille Europe s’est vu contrainte de s’embarquer dans la révolution technico-industrialo-scientifique, plus l’effroyable bouleversement qu’a représenté la première guerre mondiale pour tout le continent et plus encore pour les vaincus ont certainement joué un rôle considérable dans le désarroi de beaucoup de gens. Le succès de l’oeuvre de Heidegger semble indiquer qu’il n’était pas le seul à se sentir perdu dans ce bas monde et à tenter désespérément de s’accrocher à de pitoyables bouées de sauvetage. On peut comprendre que lorsqu’on est pris dans une telle tempête existentielle, on tente de trouver à tout prix une terre ferme. La recherche d’une ontologie, n’est-ce pas l’expression d’un besoin vital de certitude: l’existence et ses phénomènes ne suffisent plus, il faut de l’être. Au fond, pour comprendre Heidegger, ce n’est pas de la philosophie, ni de la psychologie, ni de la sociologie dont on a besoin, mais d’éthologie humaine.
    R. Misslin

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  3. Monsieur Misslin,
    comment pouvez-vous dire: « il n’a rien vu du nazisme »?
    Les grands criminels n’avouent jamais leur crime. Les plus grands d’entre eux le déguisent si bien qu’ils font toujours croire que ce sont les autres qui l’ont commis.Le duc de Valentinois a raté son coup mais le gnostique de Todtnauberg, lui, l’a réussi.On eût été étonné qu’après avoir pris des leçons chez Jacob Boehme, chez Machiavel et chez Edgard Poë, il n’accomplît pas un crime parfait. Enfin presque. N’eût été la « grosse bêtise » (Dummheit) tout eût été presque parfait. Supposons qu’il n’eût pas été recteur et qu’il eût fait conduire sa « mission salvatrice » par un autre, la paternité de l’oeuvre n’aurait pu lui être imputée. Seulement voilà, maître renard par l’odeur alléché se laissa prendre au piège qu’il avait lui-même monté. Même la petite souris que la tapette faillit écraser le vit. Le stratagème était gros comme une maison. Si gros que sa grosseur même empêchait de le voir.Les possédés de Dostoievski lui avaient tellement bien appris la leçon que l’identification à Lucifer fut pout lui un jeu d’enfant. Le maître tenta de s’effacer derrière son oeuvre « comme un démon dans un nuage ». Blake avait vu juste. Et le nuage aujourd’hui encore empêche les thuriféraires de voir le soleil. Ainsi passent les joueurs de flûtes enchantées en laissant derrière eux des nuages de cendres et des cliquetis d’ossements dans la Nuit et le Brouillard…

    mb

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  4. Bonjour M. Bel
    Je ne prétends pas que j’ai raison, j’essaie simplement de cerner la stratégie comportementale du personnage. Vous en faites une figure satanique à la Stavroguine. Pourquoi pas. Mais Stavroguine est allé au bout de son désir absolu de puissance (zur Macht!), tandis que Heidegger m’apparaît plutôt comme une « crapule » dans le sens satrien du mot, c.à.d. duplex: comme Tartuffe essaie de masquer son désir sexuel en se faisant passer pour un dévot, Heidegger dissimule son arrivisme, son carriérisme, son besoin effréné d’ETRE quelqu’un, derrière la phraséologie de l’Etre: « Vous n’y êtes pas, mais alors pas du tout. Mon allégeance apparente au nazisme, ça n’est (et n’était) pas ce que vous croyez. Vous êtes victimes du paraître, alors qu’il faut aller à l’essentiel. » Il n’a cessé d’essayer de tromper son monde… et lui-même. La duplicité est, cependant, un comportement des plus communs. Des heideggers, il y en a partout. La ruse est inscrite dans nos gènes et dans ceux de nombreuses espèces animales. L’humanité n’a pas attendu Machiavel pour être machiavélique. Tout le monde n’est pas capable de regarder en face son inconscient cérébral, il faut un certain courage et un acte d’humilité. Heidegger n’en était visiblement pas capable. Il y a quelque chose de répugnant, je vous l’accorde entièrement, dans sa lâcheté narcissique à avoir été incapable d’exprimer après la guerre, comme beaucoup d’Allemands ont su le faire de manière exemplaire parfois, la reconnaissance du crime nazi et de l’horreur de la Shoa. Il y a quelque chose de pathologique dans le manque d’empathie chez Heidegger, et je ne suis pas le premier à le ressentir ainsi (voir H. Arendt, Deleuze…).
    RM

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  5. Je ne vois pas trop l’intérêt du débat. Que Heidegger ait instrumentalisé la philosophie aux fins d’une politique nazie, que ce soit un fait : soit. Mais qu’importe, puisque d’autres philosophes ont instrumentalisé la philosophie de Heidegger pour d’autres chemins, qui mènent autre part? Ou bien, ce procès ne servirait-il qu’à mettre à l’ombre ce qui demeure de la soit-disante « pensée 68 », en égalisant « héritage de Heidegger »=nazisme, comme on a égalisé « héritage de Marx »=goulag, alors que ces héritages, dans beaucoup de cas, était aussi des trahisons.

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  6. Cher Ismael,
    je ne pense pas que le but de Emmanuel Faye soit d´en finir avec la « pensée 68 », cette expression de Alain Renaut et Luc Ferry englobant d´ailleurs dans un même amalgame des penseurs très divers qui sont qui plus est souvent passés à côté de mai 68. Remarquons que ce ne sont pas les héritiers de cette « pensée 68 » qui tapent avec le plus de violence et de mauvaise foi sur Emmanuel Faye, mais les heideggériens, disons, « fidèles jusqu´au bout », et certains derridéens.
    Mais la question est d´importance, car il importe d´examiner l´héritage de Heidegger et de réévaluer les interprétations que l´on se faisait jusqu´à présent de ses textes à partir de ce que l´on sait désormais de lui et de son engagement, et de la façon dont il a lui même en 33 réinterprété ses oeuvres antérieures (je pense au souci dans SuZ), à moins qu´il n´ait tout simplement donné à l´époque ce qui était pour lui le sens unique et véritable de SuZ. Pour cette question de la postérité heideggérienne, la lecture du livre de Richard Wolin, « Heidegger´s children » (qui analyse notamment les cas de Marcuse et de Hannah Arendt, et la question du rapport de Heidegger à ses élèves juifs), me parait utile.
    Il importe aussi de voir si en reprenant son discours de l´après-guerre on ne reprend pas innocemment (ou pas) un discours dont le but est d´oblitérer les vraies causes du nazisme et les responsabilités réelles au profit de « l´histoire de l´être ».
    Ceci étant dit rien n´empêche effectivement de lire des auteurs s´étant inspiré de Heidegger, mais remarquons qu´il s´agit souvent seulement d´inspiration (comme chez Sartre par exemple) ou d´emprunts limités (l´analyse de l´angoisse par exemple, mais en ce cas il aurait fallu aussi lire Kierkegaard). Le cas le plus intéressant parmi ceux qui ont lu d´assez prêt Heidegger me semble Lévinas, dans la mesure où sa pensée constitue précisément une réponse éthique à l´ontologie heideggérienne. Une manière de rentrer dans Heidegger et d´en sortir…même si personnellement je n´y suis pas entré, et le rejette toujours plus à mesure que je le lis.
    Je pense ainsi qu´on peut bien lire Foucault par exemple, mais en se demandant si il a bien compris le sens de l´insistance heideggérienne sur la finitude, ou le sens de sa critique de la représentation.
    Toute la question, si on s´inspire de Heidegger ou en reprend ponctuellement les analyses, est donc bien d´emprunter d´autres chemins que les siens, mais aussi sans doute (ceci étant la condition de cela) de comprendre pourquoi il a pris ces chemins là, et ce qui dans sa pensée y conduit…
    Il faut bien déterminer la nature de ce que l´on emprunte, et à qui. C´est à ce prix que l´on peut espérer bien s´orienter dans la pensée.
    Bonne route à vous.
    Votre,
    Yvon Er.

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  7. Je peux très bien comprendre la réaction de M. Ismaël qui trouve ce débat sans intérêt. Cependant, autant un physicien qui s’intéresse aux travaux de W. Heisenberg peut complètement faire abstraction de la collaboration totale de ce dernier avec le régime nazi, autant, me semble-t-il, c’est plus difficile avec un philosophe, même si, bien entendu, on peut lire SuZ sans se préoccuper le moins du monde de l’attitude de Heidegger vis-à-vis du régime hitlérien. Quant à moi, ce débat me paraît absolument indispensable et je ne peux que remercier M. Faye (après MM Farias et Bourdieu)de l’avoir renouvelé et approfondi après l’électrochoc de Farias. Pourquoi? Parce que j’ai lu M. Castoriadis qui nous rappelle que nous sommes des animaux politiques et que la démocratie est le régime le moins mauvais qui soit. Même si le principe d’incertitude de Heisenberg est une magnifique trouvaille et débouche sur des considérations épistémologiques passionnantes, cela n’excuse pas ce monsieur d’avoir, au nom de sa passion pour sa discipline, pour sa carrière, pour son pays, fermé les yeux sur les horreurs qui se déroulaient sous ses yeux. La passion n’est jamais une excuse, parce qu’elle est narcissique, solipsiste, a-sociale. Une passion, ce n’est pas un droit, mais une invalidité quand elle n’est pas maîtrisée par la conscience civique. Passionnés, nous le sommes (c’est notre ETRE), mais humains nous le devenons par le sens du devoir (merci M. Kant). Si nous laissons tomber ça, je crains le pire. « Mais le pire est derrière nous » allez-vous peut-être dire? Non, si les archives Heidegger continuent à être inaccessibles.
    RM

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  8. bonjour,

    çà fait bientôt une semaine que je visite vos pages quotidiennement, je dois dire que je vous suis reconnaissant, en effet c’est pas facile de trouver des espace oueb de philo d’une telle qualité (enfin quand la pation ne l’emporte pas sur la raison:-).

    De plus, et c’est peut -etre là un effet surprenant vous m’avez donner envie de lire heidegger. entendons-nous bien je suis un « fan » de jean-pierre faye dont j’ai lu avec passion la somme sur les langages totalitaire mais je n’avais malheureusement pas su entrer convenablement dans le second tome de « la critique de la raison narative » car en effet je ne saisissais pas bien l’enjeux de cette focalisation sur les errement du recteur magnifique et ne voyait qu’en heidegger qu’un phenomènologue dissident dont la pensée était empreinte d’un esprit de lourdeur et de séieux quelque peu prétentieux et passablement enuyeuse.

    ben je dois dire que je relis maintenant le (très bel) ouvrage de jean-pierre faye « la raison narative » avec un regard nouveau et plus de passion, et c’est nécessaire vu la difficulté du texte. Comme quoi dire les chose avec un peu moins de délicatesse et d’élégance à le mérite de réveiller certains esprit paresseux (le mien en l’occurence)

    bref, je reste cependant dubitatif sur certain developpement de M BEL bien qu’il soient esthétiquement plaisant, je dois pourtant faire le constat que la pensée de heidegger m’est connue que presque uniquement au travers des écrit de jean pierre faye ce qui me place dans une position délicate face à la polémique sur l’éventuelle dangerosité de cet auteur aussi me décide-je de me lancer dans la lecture du texte original de notre auteur, ne fut-ce que pour donner toute ses chances à un ennemi. j’en profite en passant pour dire que certaine attaque sur jean pierre faye m’ont passablement heurté mais bon l’intéressé en a vu d’autre 🙂

    bref, me voilà contraint et forcé par simple respect intellectuel et par admiration pour jean pierre faye de me coltiner un auteur qui m’est peu sympathique quel paradoxe non ?

    j’en profite encore pour adressé une requête, j’ai la prétention de consacré un peu de temps à la question centrale de cette polémique à savoir « comment accueillir la pensée d’heidegger ?  » aussi vous serai-je reconnaissant de me faire part des éventuel évènement qui anime cette question aujourd’hui enfrance et en belgique

    bien à vous

    et tant qu’on y est pouvez-vous me renseigner quelque repère de lecture pour s’initier à heidegger et sy’retrouver dans sa somme (bref les incontournable les facile les moins facile )

    mercie d’avance

    alec de vries

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