Heidegger, Freud et le « négationnisme ontologique » : réponse à l’intervention de J.L. Nancy dans le journal « le Monde ». Par Christoph A. Lamy.

 

M. J.L. Nancy a cru bon de venir en sage après les « houles médiatiques » pour enfin « poser les questions sérieuses ». Il faisait ainsi implicitement allusion à la nouvelle affaire Heidegger qui a suivi la publication et l´analyse par Emmanuel Faye de nouveaux documents prouvant le nazisme profond du penseur Martin Heidegger, dont M. Nancy s´inspire depuis de nombreuses années (E. Faye, L´introduction du nazisme dans la philosophie, Albin Michel, Paris, 2005).

Sans traiter le moins du monde du contenu de cet ouvrage dont il entend pourtant manifestement invalider la portée, M. Nancy croit avoir trouvé la raison psychologique (ou, si l´on veut, philosophique, voire métaphysique) de la dite publication : si Heidegger se trouve selon lui régulièrement l´objet d´ « opérations de destruction et de démolition », c´est qu´avec lui comme avec Freud, et ce serait là leur « point de contact, sinon de convergence », « nous sommes avertis des impasses ou des mensonges du « sens´´, de toute espèce d´accomplissement ou de promesse de sens. » Cet avertissement serait le meilleur d´une modernité dominée par le règne de l´argent combiné avec « les finalités autoreproductrices- c´est-à-dire la technique » (sic.). Dans cette modernité, « en bref, tout se vaut et rien ne mène à rien » (et notre philosophe aurait pu là déployer de nouveau son art une ligne de plus pour ajouter qu´à force d´expériences le temps se détraque, mais la place sinon l´inspiration lui aura manqué).

Traiter du nazisme de Heidegger ce serait, de même que pour certains critiques de la psychanalyse, être en fait en proie à une forme de refoulement. Ce faisant J.L. Nancy viole à la fois la décence et le sens commun en confondant dans un amalgame stylé celui qui fut la victime des nazis et celui qui fut leur complice conscient, comme l´a d´ailleurs relevé M. Pierre Bayard dans sa réponse publiée par le même journal le 08.11.

Alors ? Doit-on voir en M. Nancy un pervers visant à confondre victimes et bourreaux ? Cela on ne peut, on ne veut le croire – pas plus qu´on ne veut croire que dans les temps qui sont les nôtres un grand quotidien national puisse accepter un texte ayant de telles visées.

Alors ? J.L Nancy nous donne des pistes pour comprendre la confusion dans laquelle il patauge au moment même où il prétend s´élever : « Les limites et les fourvoiements de l´un et de l´autre penseur – la tentation de la régénération [sic. Que la chose est embellie ainsi désignée] pour l´un, celle de la scientificité pour l´autre, et, pour les deux, celle d´une efficience [re-sic. Vouloir avoir une efficace sur la maladie mentale serait donc du même ordre que de participer efficacement à la construction du nazisme, puis à celle du négationnisme] – étaient inhérentes aux conditions que leur faisait leur temps, et que presque tous partageaient alors, y compris, bien entendu, les « révolutionnaires´´ [?]. »

Voici donc le juif et le nazi ramenés aux « conditions que leur faisait leur temps », conditions qui engendreraient un aveuglement systématique, comme si en tout temps il n´y avait pas des esprits lucides, courageux et rebelles pour nager à contre courant – et comme si ici on n´avait pas deux penseurs aux trajets contradictoires, l´un voulant remonter à la source, remonter vers l´amont, l´autre s´étant laissé au moins en partie porter par des eaux nauséabondes, et ce à son époque comme à la nôtre, le fascisme actuel dégageant hélas la même odeur que celui d´alors.

Mais surtout, et c´est à cet instant en particulier que le lecteur a le vertige (il a pourtant déjà bien souffert), M. Nancy met au même niveau la « tentation » pour le nazisme (tout en sachant fort bien que le pas fut franchi, ce qui autorise le soupçon de malveillance) et une autre « tentation », celle pour la scientificité. On peine à croire qu´une personne éduquée puisse tomber aussi bas, mais M. Nancy nous le confirme lors du feu d´artifice final en confondant une nouvelle fois dans un même historicisme le père de la psychanalyse et celui de l´existentialisme ontologico-souabe : « Sans doute eût-il été préférable que la pensée de l´être et celle de l´inconscient se gardent plus pures et plus assurées, plus décentes et plus secourables aussi. Mais penser ainsi revient à croire que l´histoire aurait pu s´arranger autrement. » (sic. Qu´advient-il alors de la responsabilité humaine ? Notre philosophe, qui se revendique pourtant à la fois de l´histoire et de la vérité, ne le dit pas).

Il aurait pu le dire, disons le pour lui : JLN s´inspire ici de son maître, Martin H. On sait que c´est après la seconde guerre mondiale, après avoir décrit la motorisation de la Wehrmacht comme un « acte métaphysique », que Martin Heidegger a développé son discours sur l´essence de la technique, essence qui n´aurait rien de technique mais serait la conséquence de la métaphysique occidentale, métaphysique occidentale responsable donc par le biais de la technique de l´ « arraisonnement de l´être » par la techno-science et de la constitution de l´ensemble de l´étant en fond disponible. Ce serait dès lors la métaphysique qui serait à l´origine des dérives de la civilisation occidentale, donc du nazisme : science moderne et extermination, même combat.

Qui ne voit que de tels raccourcis permettaient à point nommé de diluer des responsabilités humaines, trop misérablement humaines, dans la mystagogie de l´histoire de l´être ? Négationnisme, sans doute, mais négationnisme « ontologique », enrobé comme toute la prose heideggérienne dans un concept taillé trop large pour ne pas pouvoir servir à tout y compris à rationaliser le pire, celui de l´ « être ». Il serait gravissime que par ce biais le négationnisme, à force de raccourcis brillants mais creux, fasse enfin la conquête de cette légitimité intellectuelle qu´il recherche tant.

Ce n´était pas le moindre mérite du livre de M. Emmanuel Faye que de mettre au jour dans sa dernière partie la postérité négationniste de Martin Heidegger, telle qu´elle est à l´œuvre aujourd´hui dans différents domaines de la vie intellectuelle, y compris les plus in et les plus réputés nobles. L´intervention de J.L Nancy quant à elle aura eu au moins pour mérite, sans qu´il le veuille (de manière symptomale si on y tient), de mettre au jour la dimension négationniste du discours sur la technique développé après le désastre par un penseur soucieux de se libérer du poids de sa tache, celui des raccourcis trop séduisants par lesquels on identifie nazisme, histoire de la philosophie et désir de science.

C´est au contraire de précision et de clarté dont nous aurions besoin – de scientificité, enfin.

le 07.12/2005

Christoph A. Lamy, étudiant en droit franco-allemand à l´Université de Potsdam.

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Je publie, à la suite de la note de monsieur Lamy, l’article de Jean-Luc Nancy auquel elle répond.
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Freud, Heidegger, notre histoire……Article paru dans l’édition du 04.11.05
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Lorsque les houles médiatiques se calment, le temps vient de poser les questions sérieuses. Heidegger et Freud : pourquoi l’un et l’autre subissent-ils régulièrement le retour d’opérations de dénonciation et de démolition ? Que les pensées de notre héritage soient soumises à relecture, à discussion, à critique et à transformation, c’est la moindre des choses. C’est la vie et le travail de l’esprit, c’est sa praxis.

Mais, avec Heidegger et Freud, il s’agit d’autre chose, comme on le voit bien. On ne les discute pas, on les voue aux gémonies. On veut nous exorciser de leur présence pernicieuse. Le rectorat nazi de l’un et l’extraterritorialité de l’autre (ni proprement médecin, ni psychologue, ni philosophe) sont des motifs très propres aux exécutions sommaires. D’un côté l’infamie politique, de l’autre l’irrespect du protocole positiviste suffisent à mettre en place un a priori de discrédit. A l’abri de ce discrédit, et sans plus d’examen ni de réflexion, on s’acharne sur eux.

Qu’y a-t-il donc de commun entre Heidegger et Freud qui pourrait expliquer l’analogie de ces acharnements compulsifs ? Les deux cas sont entièrement différents, cela va de soi. Ils sont même aux antipodes l’un de l’autre si l’on s’en tient au plus visible, au plus manifeste de leurs figures respectives, tant politiques qu’intellectuelles. Il n’en existe pas moins entre eux un point de contact, sinon de convergence.

Ce point consiste dans une perception qu’on ne peut dire commune, mais concomitante de l’interruption des visions ou des significations du monde. La question dite « de l’être » d’un côté, celle nommée de « l’inconscient » de l’autre ont une espèce d’asymptote commune : le « sens » n’est plus disponible, ni donné, ni constructible ou projetable, ni par déchiffrement ni par encodage du monde, ni par lutte ni par partage. Le « sens » – de l’homme, de l’histoire, de la culture – n’est plus en acte ni en puissance. Lorsque cette perception s’est imposée à Freud comme à Heidegger, une continuité s’est interrompue. Notre tradition a vu s’ouvrir – ou a ouvert elle-même – un fossé entre elle et son passé, même le plus récent, tout autant qu’entre elle et son avenir. Autour de la première guerre mondiale, et à travers, s’est jouée une déposition générale des représentations et des significations. S’est alors ouvert un suspens de sens ou de monde tel que l’histoire occidentale n’en avait pas connu – depuis la fin de Rome – ou bien depuis la veille du premier monde grec.

Nous sommes toujours dans ce suspens. Pour le pire et pour le meilleur. Le meilleur est que nous sommes avertis des impasses ou des mensonges du « sens », de toute espèce d’accomplissement ou de promesse de sens. Le pire est que notre monde devient capable de n’importe quoi dans la mesure où il n’a rien d’autre pour se comprendre lui-même que l’équivalence générale – c’est-à-dire l’argent – combinée avec les finalités autoreproductrices – c’est-à-dire la technique : en bref, tout se vaut et rien ne mène à rien.

Freud et Heidegger ont eu de cette métamorphose une perception aiguë, bouleversée, sans concession. Ils ont pensé le déplacement : pour l’un, du lieu et de l’enjeu du sens (« l’être ») ; pour l’autre, de son émetteur récepteur (« l’inconscient »). Ni « l’être » ni « l’inconscient » ne sont de nouveaux objets dont l’effectivité serait à vérifier. Ce sont des noms – provisoires, même douteux – qui auront été mis au travail pour nous faire penser la mutation du monde.

Les limites et les fourvoiements de l’un et de l’autre penseur – la tentation de la régénération pour l’un, celle de la scientificité pour l’autre, et, pour les deux, celle d’une efficience – étaient inhérentes aux conditions que leur faisait leur temps, et que presque tous partageaient alors, y compris, bien entendu, les « révolutionnaires ». Depuis ce temps – bientôt un siècle -, leurs pensées ont d’elles-mêmes engendré le travail de leur propre dépassement, critique, déconstruction. Nous n’avons pas fini de comprendre ni l’irruption de ces pensées ni leurs insuffisances et leurs risques, car nous n’en avons pas fini avec la transformation du monde. Et nous n’en finirons pas nous-mêmes, ni nos enfants. Mais nous devons d’autant plus, en toutes nos pensées, penser aussi cela : qu’une mutation est en cours pour laquelle, par définition, nulle forme n’est donnée, ni « nature » ni « histoire », ni « homme » ni « Dieu », ni « machine » ni « vivant ». Les énervés crient au nihilisme : ce qu’ils nomment ainsi porte en réalité le savoir et la responsabilité de ce fait que rien ne nous est donné, sinon d’ouvrir les yeux et de tendre l’oreille.

Ils n’ont en vérité qu’un souci : ignorer notre condition présente et renouer avec le temps où conceptions, représentations et valeurs étaient disponibles. Le sachant ou non, ils se comportent comme s’ils étaient en mesure de savoir à quoi Heidegger et Freud ont dérogé et qu’ils n’auraient jamais dû méconnaître.

Sans doute eût-il été préférable que la pensée de l’être et celle de l’inconscient se gardent plus pures et plus assurées, plus décentes et plus secourables aussi. Mais penser ainsi revient à croire que l’histoire aurait pu s’arranger autrement. De même certains Français du XIXe siècle auraient voulu que le gaulois fût reconnu comme langue première de l’homme. C’est de la même inspiration : celle d’un déni de l’histoire et de la vérité………….
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par Jean-Luc Nancy
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………………………………………………………………………………Je publie également une copie de la réponse de monsieur Bayard publiée dans le Monde……………………………………………………..
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Réponse à Jean-Luc Nancy
Article paru dans l’édition du 09.11.05……………………………………………..
Entre Freud et Heidegger, la comparaison est déplacée, voire choquante

Je pense ne pas avoir été le seul lecteur surpris – le mot est faible – par le titre et le contenu de l’article de Jean-Luc Nancy, « Freud, Heidegger, notre histoire » ( Le Monde du 4 novembre). Notant que les deux penseurs sont aujourd’hui l’objet de vives critiques, le philosophe entreprend de montrer qu’un point essentiel permet de les rapprocher. Pour Jean-Luc Nancy, les deux penseurs, l’un par sa réflexion sur l’« être », l’autre par sa réflexion sur l’« inconscient », auraient interrompu une continuité de la tradition philosophique, ouvrant « un suspens de sens ou de monde tel que l’histoire occidentale n’en avait pas connu – depuis la fin de Rome – ou bien depuis la veille du premier monde grec ». C’est cette rupture douloureuse qui vaudrait à Freud et à Heidegger, de la part de ceux qui voudraient renouer avec le passé et ses assurances, une hostilité partagée.

On peut toujours s’amuser à tout comparer, et il n’est pas a priori insensé de considérer que Freud et Heidegger ont conduit notre modernité occidentale à poser autrement la question du sens. Située hors contexte, cette comparaison a cependant quelque chose d’effrayant.

Tout d’abord Jean-Luc Nancy oublie de rappeler que Freud fut une victime des nazis, qui brûlèrent ses livres, le contraignirent à l’exil et exterminèrent plusieurs membres de sa famille dans les camps de la mort, alors qu’Heidegger fut, au moins un temps, leur complice actif. Pour cette seule raison l’association de ces deux penseurs, serait-elle limitée au titre de l’article, n’est pas acceptable.

L’article ne se contente pas de mettre ensemble une victime et un complice des bourreaux, il suggère que leurs erreurs les rapprochent. Comment, là encore, mettre en parallèle les lacunes, théoriques et cliniques, de l’oeuvre de Freud avec la participation d’Heidegger à une entreprise totalitaire qui s’est terminée en génocide ?

Mais le caractère insupportable de cette comparaison vient également de la tentative de rapprocher les attaques dont sont victimes les deux penseurs. Quelles que soient la dureté et l’injustice de certaines critiques faites à la psychanalyse, celles-ci font partie de l’exercice normal du débat scientifique. Les comparer à la dénonciation de la participation d’Heidegger au nazisme relève d’un sophisme, puisque cette dénonciation est politique et morale.

Dans un éclair de lucidité, Jean-Luc Nancy note qu’ « ils sont aux antipodes l’un de l’autre ». S’il s’était limité à cette évidence, il n’aurait pas pris le risque de blesser les descendants des victimes de la Shoah, et, au-delà, tous ceux qui n’oublient pas ce que fut le nazisme……………………………………..

PIERRE BAYARD ……………………………………………………………………………………………..

69 commentaires à Heidegger, Freud et le « négationnisme ontologique » : réponse à l’intervention de J.L. Nancy dans le journal « le Monde ». Par Christoph A. Lamy.

  1. Christoph A. Lamy nous parle de « l´analyse par Emmanuel Faye de nouveaux documents prouvant le nazisme profond du penseur Martin Heidegger ».

    Problème : il ne suffit pas de décréter que ces documents prouvent quoi que ce soit pour qu’il y ait effectivement preuve. Et le fait est que certaines personnes ont entamé, sur ce blog par exemple, une réfutation de nombreux points du livre d’Emmanuel Faye. Or, à ce que je sache, Monsieur Faye n’a pour l’instant pas répondu à ces objections : pas même sur ce blog où, après avoir débattu quelque temps avec monsieur EP, il a vite abandonné la partie, lui qui pourtant affirme la nécessité du débat autour de l’oeuvre de Heidegger. Fait plus troublant encore, monsieur Skildy a effacé tous les messages qui ont suivi la dernière intervention de monsieur Faye, de manière à laisser croire à celui qui découvrirait aujourd’hui ce blog que Faye avait eu alors le dernier mot. Or les objections les plus sérieuses de EP, dont je suis curieux de voir comment Faye aurait pu les lever, ne venaient qu’après, dans un message qui a donc, comme par hasard, été effacé.

    Ces simples faits devraient nous mettre en garde : le « nazisme profond » de Heidegger est-il vraiment prouvé ? Les esquives des accusateurs de Heidegger ne sont-ils pas un indice, au contraire, de l’embarras qui les affecte ?

    On va sans doute me dire : le nazisme de Heidegger est prouvé, le livre de Faye le prouve. Très bien, dans ce cas vous n’aurez aucun problème pour lever, par exemple, les objections de monsieur EP : faîtes le et je me rendrai à votre opinion, monsieur Lamy.

    Rédigé par : Lemon | le 09/12/2005 à 12:34 | Répondre | Modifier
  2. Je prends connaissance du message de « Lemon » qui semble vouloir me mettre en cause. Je répondrai donc par la mise au point suivante: depuis la publication de mes recherches, j’ai participé, en France et en Allemagne, à plus d’une quinzaine de débats publics, répondu à plusieurs entretiens qui ont été publiés (le dernier, dans le n°5 de la revue « Le bateau fantôme », où l’on peut voir que les questions sont tout, sauf de complaisance), mais à chaque fois, j’avais face à moi des hommes et des femmes qui se nommaient et ne se cachaient pas derrière des pseudonymes. Je ne comprends pas ce qui peut justifier l’usage de pseudonymes dans une discussion philosophique, et je n’apprécie pas de devoir dialoguer avec des entités masquées, qu’elles se dénomment « Lemon », « EP », etc.

    J’ajoute que « EP » a développé de longues considérations sur Etre et temps qui ne concernaient pas les démonstrations de mon livre, mais, de manière plus ou moins directe d’ailleurs, le propos, forcément plus elliptique, d’un article paru dans Die Zeit. J’ai cependant apprécié dans ses objections le fait qu’elles n’étaient pas mêlées d’injures, ce qui demeure trop souvent le cas sur les blogs. C’est pourquoi j’ai brièvement répondu aux propos que j’ai pu lire. Je n’ai pas eu l’occasion de prendre connaissance du message, paraît-il, effacé, mais je suis prêt à le prendre en considération s’il m’est à nouveau adressé, et par quelqu’un qui aura la franchise de signer de son nom.

    Je signale enfin qu’il y a eu beaucoup de développements concernant Etre et temps dans plusieurs des articles et entretiens de la presse allemande concernant mon livre (Kurt Flasch, Dieter Thomä, Ernst Tugendhat, etc.). Comme il n’est pas matériellement possible de répondre séparément à toutes les remarques, j’ai décidé de répondre de manière synthétique à l’ensemble des objections qui auront pu être exprimées. J’y joindrai les objections de « EP » s’il veut bien se nommer. Mais le fait qu’il mette sur le même plan le choix du héros au § 74 de Etre et temps et l’intérêt que je porte à la philosophie de René Descartes ne me semble pas témoigner d’une compréhension très aiguë de ce qui est dit dans Etre et temps. Car à un héros, on rend un culte, et c’est ce que fera la Gemeinschaft nazie, Heidegger compris, lorsqu’elle rendra hommage à Schlageter ou à Horst Wessel (Heidegger fera chanter le chant nazi qui le célèbre, avant de prononcer plusieurs de ses discours). Rien à voir, et bien heureusement, avec l’intérêt intellectuel et humain que peut susciter l’œuvre d’un philosophe comme Descartes.

    Emmanuel Faye

    Rédigé par : Emmanuel Faye | le 09/12/2005 à 23:53 | Répondre | Modifier
  3. Eh bien je serais ravi que nous puissions retrouver le message de EP qui concernait l’éloge à Schlageter, soit qu’il l’ait conservé, soit que monsieur Skildy daigne le ressortir.

    MAis avez-vous sinon, Monsieur Faye, répondu aux objections du site « Parole des jours » ? Voilà des gens qui ne se cachent pas sous des pseudos, et qui me semblent présenter les arguments les plus sérieux. Je veux bien que leurs attaques soient violentes (l’importance de l’affaire et ses enjeux ne le justifient-elles pas ?) mais on ne saurait ignorer qu’elles sont toujours précisément argumentées : je pense notamment aux longs articles de Gérard Guest. Réfutez ne serait-ce qu’un de ceux-ci et je pense que vous aurez montré la solidité de vos thèses.

    Rédigé par : Lemon | le 13/12/2005 à 13:33 | Répondre | Modifier
  4. SUR LA RÉPONSE DE PIERRE BAYARD

    Puisque ce blog a été ouvert pour parler des discussions qui ont fait suite au rapprochement insoutenable effectué par Jean-Luc Nancy entre les critiques adressées au souci de scientificité de Sigmund Freud et les recherches sur le nazisme de Martin Heidegger, je voudrais dire un mot de la réponse publiée par Pierre Bayard. Je souscris sans réserve à l’argumentation du début de son article, mais je demeure très réservé sur le passage suivant. L’auteur écrit : « Mais le caractère insupportable de cette comparaison vient également de la tentative de rapprocher les attaques dont sont victimes les deux penseurs. Quelles que soient la dureté et l’injustice de certaines critiques faites à la psychanalyse, celles-ci font partie de l’exercice normal du débat scientifique. Les comparer à la dénonciation de la participation d’Heidegger au nazisme relève d’un sophisme, puisque cette dénonciation est politique et morale. » En effet, les recherches philosophiques et historiques que j’ai effectuées sur les fondements de l’œuvre de Heidegger ne sauraient d’aucune façon s’apparenter à une « dénonciation politique et morale ». Il faut savoir qu’il existe en Allemagne tout un ensemble de recherches sur le national-socialisme dans la philosophie et les sciences humaines, dont témoignent les ouvrages et articles de Volker Böhnigk sur Erich Rothacker, de Teresa Orozko sur Hans-Georg Gadamer, de Reinhard Linde sur Heidegger, de Raphaël Gross sur Carl Schmitt, de Gedeon Volters sur Oskar Becker, de Lucia Scherzberg sur Karl Adam, etc. Mon livre s’apparente en partie à ces recherches, avec la différence que mon travail ne portait pas au départ sur le racisme nazi de Heidegger, mais sur sa conception de l’homme. C’est très progressivement que mes recherches m’ont conduit à mettre à jour les fondements racistes de son œuvre. Une telle découverte ne s’apparente en aucune manière à une « dénonciation ». Que l’on puisse dire aujourd’hui cela montre l’étendue du retard pris par la France dans le domaine de recherche que j’ai évoqué.

    Rédigé par : Emmanuel Faye | le 15/12/2005 à 13:31 | Répondre | Modifier
  5. Mettre à jour les fondements racistes de l’oeuvre de Heidegger est du moins l’ambition de votre livre. Hélas, il se trouve un certain nombre de personnes pour affirmer que vous n’avez strictement rien compris à Heidegger. Et ces personnes sont connues pour en être des spécialistes. Je sais que cela ne prouve rien, mais il me semble tout de même dans l’ordre des choses que vous répondiez aux objections de ceux qui passent pour connaître le mieux le sujet, quand on sait qu’ils n’ont pas eu droit à la parole lors du « débat » en Sorbonne. Encore une fois, je conçois que leurs attaques soient perçues comme insultantes, mais cela ne me semble rien comparé aux accusations que vous leur portez dans votre livre. De plus, si vous arrivez à réfuter, ne serait-ce qu’un seul article de Gérard Guest, toute cette violence dont il aura fait preuve le fera paraître bien ridicule… En revanche, si vous vous soustrayez à cette tâche qui me semble la plus urgente, nous aurons bien du mal à accorder quelque crédit à votre livre.

    Rédigé par : Lemon | le 15/12/2005 à 17:26 | Répondre | Modifier
  6. A titre d’information: personne n’a été interdit de parole durant le débat qui s’est déroulé le 14 mai 2005 en Sorbonne, salle Cavaillès, à l’invitation de mes collègues professeurs de philosophie et responsables de la régionale Paris-Créteil-Versaillers de l’APPEP. Il serait donc souhaitable que les calomnies cessent. Il y a eu notamment de longues interventions de Bernard Sichère et de Gérard Guest auxquelles j’ai répondu point par point. Le débat a été entièrement filmé et il sera très vraisemblablement publié, avec donc mes réponses aux objections de ce dernier.

    Rédigé par : Emmanuel Faye | le 15/12/2005 à 17:57 | Répondre | Modifier
  7. J’étais présent à la communication de la Sorbonne et force est de constater que n’étaient pas réunies les conditions de sérénité et d’écoute indispensables à tout débat philosophique. Mais toujours est-il qu’il n’y a pas vraiment eu de « réponses » de votre part aux critiques de Sichère et Guest , qui , je pense notamment à ce qu’ a pu dire le premier concernant « le monde ambiant » chez Heidegger.
    J’ai lu et relu vos travaux et je regrette qu’il ne soit pas plus convaincant en ce qui concerne Etre et temps : il me semble que l’on n’invalidera jamais cette oeuvre en l’attaquant de biais à partir de tel ou tel paragraphe ; et il me semble aussi que ne cesse pas de lire Platon parce qu’il a fricoté avec un tyran , ou Céline etc…Quand bien même Heidegger aurait été nazi ,les travaux jusque aux années 30-Habermas l’avais bien vu- semblent hors de portée,même après votre essai , d’une critique qui essaie de renvoyer à leur infâmie supposée. Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie,cours nazi? Prolegomena zur geschichte der zeitbegriff cours nazi?
    J’aimerais beaucoup que vous rendiez compte dans vos prochains travaux du nazisme massif de Sein und zeit , si je ne me doutais au fond que c’est impossible.
    Merci de votre écoute, sachez que votre présence sur ce blog est appréciée et que jamais ne sont remis en compte vos capacités d’enquêteur. Mais vos interprétations n’emportent l’adhésion d’aucun spécialiste de l’ouvre de Heidegger.

    Rédigé par : stephane domeracki | le 16/12/2005 à 13:30 | Répondre | Modifier
  8. mes excuses pour les fautes de frappe! salutations

    Rédigé par : stephane domeracki | le 16/12/2005 à 13:31 | Répondre | Modifier
  9. A S. Dom…

    Le rapprochement de Heidegger avec Platon est plus justifié que celui que vous faites avec Celine. Un artiste créée certaines significations ou valeurs qui mettent en jeu le sensible, ou la « connaissance sensible ».
    Ce sont des significations qu’il est possible de disjoindre de significations qu’on pourrait appeler « narratives-idéologiques ».

    Une philosophie, au contraire, est toujours aussi une conception de l’homme qui met en jeu de manière décisive la sphère sociale, l’éthique, l’histoire, la politique.

    Du nazisme philosophiquement crypté est en ce sens beaucoup plus pernicieux qu’un pamphlet injurieux et éructant de Céline.

    Il n’y a pas d’objection à vouloir « sauver » des pages de Heidegger. Mais il faut le faire en connaissance de cause. Et ne pas « négationner » le nazisme de Heidegger en le limitant à la période de 33. Il faut caractériser le plus précisément possible le projet heideggerien. Et son nazisme n’est pas qu’un obstacle à surmonter, mais aussi ce qu’on doit « déconstruire ». Pour autant qu’il s’impose qu’une chose comme le nazisme ne peut se transmettre comme philosophie ou sous couvert de philosophie.

    Skildy

    Rédigé par : Skildy | le 16/12/2005 à 22:30 | Répondre | Modifier
  10. Je ne nie pas la nécéssité de la prise de conscience du nazisme heideggerien.Je repousse les prétentions des « décrypteurs »,analyses fort peu philosophiques qui pensent voir mieux que les autres le nazisme là où il n’est manifestement pas.Ou pas encore.
    Je ne le fais pas ce soir mais il faudra bien que tous ici nous lisions des extraits des travaux de Faye et les commentions ensemble pour voir nos points de divergences.Mais ce ne sontpas que les notres: ce sont ceux d’innombrables spécialistes de Heidegger qui se seraient malencontreusement fourvoyé et auraient « loupés » ce crypto-nazisme.
    J’ose éspérer comprendre un jour le privilège herméneutique de ceux qui défendent cene me semble pour l’instant n’être que chasse aux sorcières , paranoïa et doux délire. J’ai moi-même à la première lecture adhéré momentanément à cette attitude consistant à prendre des airs outrés à la lecture de certains cours non-publiés.Et puis, une fois passé la tristesse de voir un si grand penseur se perdre dans de l’extra-philosophique, je me suis quelque peu rendu compte que la stigmatisation de cette « malignité essentielle » de la pensée heideggerienne n’avait elle-même aucun intérêt proprement philosphique.Je suis alors retourné lire ses oeuvres des années 20 , qui malgré quelques signes douteux sur lesquels sautent les accusateurs,me semblent malgré tout préservés de toute souillure. Désolé pour mon absence de discernement. Je rejoint la longue liste de ceux sensés avoir été bernés
    (Courtine,Franck,Derrida,Dastur,Guest,Marquet,Henry,Marion,Haar,…………………………………….)

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 17/12/2005 à 01:47 | Répondre | Modifier
  11. A S. Dom…

    L’expression de crypto-nazisme n’est peut-être pas judicieuse.

    Elle ne signifie pas, en tous cas, que tous les mots, que toutes les phrases, que toutes les pages de Heidegger ne sont que l’expression codée de son nazisme. Ses lecteurs ne constituent pas une liste de « bernés ».

    Cela dit la tradition de minimisation du nazisme de Heidegger a tout de même des conséquences sur notre manière de le lire.

    Les recherches d’E. Faye renouvelle la problèmatique. Il faut poser le problème avec scientificité. Mais on ne peut nier non plus qu’il y a une tradition universitaire dont certains acteurs font une opposition de principe. Ils ne veulent pas être… dérangés… Ils ne veulent pas que leur construction heideggerienne soit confrontée à des faits difficiles à penser… Il y a tout juste une semaine j’ai entendu un universitaire de Lyon parler de Schopenhauer, Nietzsche, Jünger, Heidegger… C’était un peu court, certes, mais il a donné l’impression de mettre le nazisme sur le dos de Nietzsche. (Tout én étant lui-même nietzschéen). Pour les gens mal informés Heidegger pouvait paraître blanc comme neige. Et comme il donnait aussi un cours d’agreg. on s’interroge sur ce « trafic ».

    De toutes façons que font les universitaires français quand ils privilégient des auteurs qui ont eu un rapport problématique à l’université? Surtout si c’est pour éviter la question du nazisme de Heidegger.

    Rédigé par : Skildy | le 17/12/2005 à 15:41 | Répondre | Modifier
  12. Je suis bien d’accord avec l’idée qu’il ne faut pas minimiser le nazisme de Heidegger ; mais je reste tout à fait étonné qu’on puisse à ce point là le privilégier au point de vouloir le faire passer avant l’enseignement de son oeuvre proprement dite. Car-diable!- va-t-on reprocher à l’infini aux professeurs de philosophie de ne s’enquérir que de philosophie-ou en tout cas que de propos philosophiques? Car ces dénonciations incessantes qui se voudraient « didactiques » ont plus une allure disons « journalistiques ». Accordons leur le titre d’ »historiques » sauf quand, comme il y a peu sur ce blog , des personnes peu inspirées donnaient dans e négatinisme en instituant Heidegger comme instigateur(!) de la Shoah…
    Ni ce penseur majeur , ni d’autres comme Nietzsche ,Schopenhauer (?!) encore moins Jünger ne me semblent impliqués. Et encore le seraient-ils , leurs oeuvres n’en restent pas moins décisives pour nos consciences modernes.
    Quel était cet
    universitaire lyonnais? Francois Guery?…

    Rédigé par : stephane domeracki | le 17/12/2005 à 16:20 | Répondre | Modifier
  13. Quand à la « scientificité » des travaux de Faye fils elle semble tout à fait accordable pour ce qui est de la recollection des écrits non publiés–mais alors pas du tout pour ce qui est de leurs interprétations. L’affirmer ainsi peut sembler gratuit et infâmant ; c’est pour cela que sous peu nous essaierons tous ensembles de relire la série de conférences données à Brême et l’interprétation qui en a été donnée…Non avec le but de diffamer Faye ou de « réhabiliter Heidegger »: juste avec pour but de rendre compte des différents niveaux de lecture qui nous font nous entredéchirer; comme Nietzsche qu’il a tant commenté, Heidegger cultive l’ambiguïté pour le plus grand plaisir des uns ET des autres…avec des fortunes diverses.

    Rédigé par : stephane domeracki | le 17/12/2005 à 16:26 | Répondre | Modifier
  14. A S. D.

    Oui, il s’agissait de F Guery. Et son raccourci m’a choqué.

    Il a eu l’occasion de se resaissir aprés mais sur un autre point non moins significatif.

    1 Hannah Arendt n’a rien dit d’autre que ce que Heidegger (et les autres) avaient déjà dit.

    2 … « Faux »… Hannah Arendt a dit quelque chose.

    Je me demande surtout si votre perspective n’enferme pas le débat dans le philosophique-philosophique.

    Fait-on de la philosophie pour donner du grain à moudre à l’université ou pour penser le rapport de l’homme et du monde?

    Dans ce cas il est absolument acquis que Hannah Arendt a dit des choses qui lui appartiennent. Quand bien meme serait-ce la controversée catégorie de « totalitarisme ».

    Je pense que l’action du philosophe met en perspective son oeuvre. Ce que j’appelle ici action n’est pas réductible à la « vie » (au sens biographique).

    Je viens de tomber sur le livre de Janicaud sur Heidegger et les penseurs français. Je ne le connaissais pas. Mais il est post-Farias et non post-E. Faye.

    Skildy.

    Rédigé par : Skildy | le 17/12/2005 à 17:07 | Répondre | Modifier
  15. Il ne faut en effet pas mépriser la biographie d’un penseur ,mais pas non plus tomber dans le pathos inverse consistant à guetter le moindre faux-pas de celui-ci pour amoindrir son oeuvre. Je ne crois pas dire quelque chose d’extraordinaire en prônant cette prudence. Or la lecture de Faye semble constamment aventureuse et historiographique- d’ailleurs,à n’en pas douter l’ouvrage a dû faire de très bonnes ventes en librairie. Si
    l’Heideggerôlatrie est un phénomène spécifiquement francais tout à fait dommageable , je ne pense pas du tout que son enseignement par
    des universitaires sérieux en fasse partie. Et je le répète ,le nazisme de Heidegger n’entâche pas toutes ses oeuvres. La tentative de Faye reste incomplète et n’est pas philosophique. Il ne s’agit pas de ne faire que de la philosophie avec des oeillères , mais il ne s’agit pas non plus , inversement, de croire qu’un discours moralisant et journalistique puisse rendre compte de la richesse de son oeuvre , qui-encore heureux- est bien plus large que le contexte national-socialiste.
    L’épuration est terminée depuis bien longtemps il serait temps maintenant pour nous tous qui ne souhaitons aucunement cautionner philosophiquement un quelconque génocide à venir ,de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie ; car après tout , ce n’est pas tant ce qu’a écrit Heidegger qui compte : quand bien même tous les grands interprètés se seraient fourvoyés à son sujet , c’est ce qu’ils en font qui compte. Et la pensée Heideggerienne est en l’occurence incroyablement féconde (Le travail de Janicaud en rend notamment bien compte).
    Et- au bout du compte – qui connais des individus néo-nazis heideggeriens? Quand bien même Heidegger aurait été l’instigateur d’une sorte de racisme ontologique son message ,c ‘est le moins que l’on puisse dire , n’aurait trouvé aucun écho!

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 17/12/2005 à 17:36 | Répondre | Modifier
  16. Je ne suis pas d’accord pour dénier le caractère philosophique de la recherche de E. Faye.

    C’est, au contraire, on ne peut plus philosophique que de poser la question du rapport d’une oeuvre et du monde.

    La recherche doit donc se poursuivre en adoptant comme horizon l’hypothèse « optimum ». Aprés on verra plus clair quitte à nuancer. Mais ce travail s’impose absolument.

    Un des problèmes vient du fait que beaucoup de heideggeriens français ne peuvent évidemment pas être soupçonnés d’une quelconque complaisance à l’égard du nazisme.

    Sans le vouloir ils peuvent ainsi contribuer à masquer tel ou tel aspect de l’oeuvre. C’est pourquoi la meilleure réponse est que la recherche doit continuer.

    Mon hypothèse, cependant, est que nous avons changé d’époque. Rien ne dit que Heidegger n’est pas destiné à changer de mains. Rien ne dit que le Heidegger français souvent de gauche ou libéral est fixé pour l’éternité.

    En ce sens, et sous réserve évidemment de bilans scientifiques, la recherche de E Faye m’apparaît fondamentale.

    Elle a déjà mis à mal le récit convenu.

    Rédigé par : Skildy | le 17/12/2005 à 18:58 | Répondre | Modifier
  17. Quelles clés faut-il donc employer pour ouvrir les yeux des philosophes français?

    Quand verront-ils enfin que pour comprendre Heidegger il faut refaire son parcours mental depuis son expérience traumatisante du petit séminaire de Constance jusqu’à l’apothéose de sa libération illusoire fondée sur l’anéantissement total de la « souche » de ceux qui l’ont humilié et offensé.

    « Mon chemin de pensée va du logos au feu », a-t-il déclaré en 1966.

    Quand les philosophes français vont-ils enfin comprendre cette parole de Heidegger? Le jeune Heidegger encore adolescent blessé dans son ambition et dans ses aspirations au plaisir, en 1905, est passé du « logos » de Saint-Jean au « logos » d’Héraclite. Puis du « logos » au « genos », aux « souches » de l’être, et des « souches de l’être » à « l’anéantissement » de ceux qui n’avaient pas, à ses yeux, « l’aptitude à exercer leur hégémonie sur la Terre entière ». (Métaphysique de Nietzsche 1940).

    La réalisation de « l’habitat poétique » ne passe pas seulement, chez lui, par la « Destruktion » verbale de la métaphysique platonicienne et chrétienne, elle passe aussi par « l’anéantissement » physique, seule « garantie de conservation » de la « nouvelle justice  » et de la « nouvelle liberté ».

    Ne croyez pas que Heidegger à 44 ans, en 1933, ait plébiscité Hitler par hasard ou par erreur. Il a contribué à mettre en place son tyran démiurge, à le former avec l’aide de « l’économiste » antisémite Feder depuis 1919 pour réaliser son plan diabolique de libération de la terre de la « race » juive source pour lui de l’oppression morale génératrice de sa « conscience malheureuse ». Tout est lisible dès 1930 dans la leçon sur la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. Car, à partir de 1929, il ne se « cache plus. Il y a eu quelque part un effort de fait », dit-il. (Lettre à Jaspers du 10.11.1928)

    Tant qu’on n’a pas compris cela , on n’a rien compris à Heidegger. Son oeuvre s’enracine dans son vécu personnel. « Libérer la Terre pour qu’elle soit une Terre » cela signifie quelque chose, non?

    L’ornementation philosophique n’est que la traduction pour le public lettré de cette ligne mélodique fondamentale.

    Chez Heidegger comme chez Nietzsche la culture classique s’est greffée sur la « rumination » qui, seule, à la manière d’un fleuve, a tracé son sillon passionnel. Vengeance et libération sont allées de pair. Voilà ce que Heidegger, en 1937, a appelé le « salut de l’Occident », salut auquel il a appelé les Français,- ce « peuple faiseur d’histoire »-, à participer. La réponse de la collaboration française ne s’est pas fait attendre. A commencer par Edouard Spenlé recteur de l’Académie de Dijon, entre recteurs « germanistes » au sens pangermanique du terme , on peut s’entendre. Dans le même temps Alphonse de Chateaubriant a créé le journal « La Gerbe » puis le maréchal Pétain entouré de ses épurateurs a fait le reste.

    Mais pour les philosophes français rien de tout cela n’existe sur le plan heideggérien bien que le premier annuaire de la ville de Fribourg publié en 1937 soit une preuve accablante pour Heidegger.

    Philosophes français, réveillez-vous!!!

    La généalogie de la pensée de Heidegger est la seule manière de comprendre l’oeuvre de Heidegger qui n’est pas une oeuvre exclusivement littéraire mais avant tout une oeuvre historique de libération et de « salut ». De prétendue « libération » et de « pseudo salut » par « l’extermination » et par « l’élimination ». Si vous ne comprenez pas ça, alors ce n’est pas la peine d’ouvrir un seul tome de la « Gesamtausgabe ». Jean-François Courtine avait vu juste quand il parlait, au sujet de Sein und Zeit, dans le sillage de Martin Buber, de « véritable perversion des catégories éthico-religieuses, d’un bout à l’autre ».(Heidegger et la phénoménologie, Vrin 1990 p.348) Il avait vu que la phénoménologie de Heidegger était une parodie du christianisme. Mais il n’avait pas vu que cette oeuvre n’était pas seulement verbale, qu’elle était aussi « historiale » , qu’elle s’enracinait dans la « praxis » et dans la « poiesis » et, de manière plus pernicieuse encore dans la « poétique ».

    Voilà pourquoi j’ai honte pour la France qu’Heidegger, le fondateur idéologique du nazisme et son véritable Führer historique, ait vu trois de ses oeuvres préparatoires au génocide de manière lente et subtile, mises au programme de l’agrégation de philosophie. L’aveuglement des philosophes français n’enlève rien à la nocivité des écrits du maître chanteur de Fribourg. Leur apparence philosophique est un leurre qui ne trompe que ceux qui regardent le doigt du maître lorsque celui-ci invite à regarder la lune et ajoute une petite « mise au pas » afin que les récalcitrants suivent bien son chemin.

    Michel Bel

    Rédigé par : bel | le 17/12/2005 à 19:21 | Répondre | Modifier
  18. Misère! Revoilà michel bel…Mais liberté d’expression oblige nous allons bien devoir nous coltiner vos interminables diatribes qui ne sont pas soutenues par E. Faye d’ailleurs.
    La dernière fois que je vous ai vu dans un forum sur le nazisme de Heidegger, vous souteniez des thèses négationnistes à faire pâlir les historiens les plus tolérants! Pensez donc! Heidegger donnant des ordres à Mussolini , Hitler et Hiro-Hito ,Heidegger,responsable en chef du massacre de millions de juifs!…Allez vous persister et signer dans cette direction fort peu appréciée du MRAP? la dernière fois le gérant de ce blog a dû fermer la section commentaire tellement vous alliez loin de vos âneries…

    Rédigé par : stephane domeracki | le 17/12/2005 à 20:31 | Répondre | Modifier
  19. dans

    Rédigé par : stephane domeracki | le 17/12/2005 à 20:32 | Répondre | Modifier
  20. Monsieur Domeracki,
    je ne me laisserai pas insulter par vos propos mensongers, agressifs et stupides. Je n’ai jamais été négationniste et ne le serai jamais. Une poignée de gens qui ne savent pas lire ont voulu me dénigrer parce que je les gênais. Que le fait de dire la vérité sur Heidegger ne vous plaise pas , je le conçois. Cela ne vous donne aucunement le droit de mentir sur mon compte et de me faire passer pour ce que je ne suis pas. Prenez donc le temps de lire correctement ce que j’écris et demandez vous ce qu’est allé faire Heidegger en Italie en 1936. Pourquoi une conférence sur la poésie de Hölderlin était-elle si importante qu’elle nécessitât un déplacement et à cette date justement? Quel rôle joue l’interprétation heideggérienne de Hölderlin dans la mise en place et dans le développement du nazisme?
    D’autre part je vous saurais gré de ne pas mêler Monsieur Faye aux considérations stupides que vous tenez sur moi. Monsieur Faye a fait un travail remarquable alors que vous vous n’êtes capable que de traîner vos contemporains dans la boue de vos sarcasmes.

    Tout ce que j’ai dit sur Heidegger est strictement vrai. Son action sur le milieu aristocratique japonais est aussi connue que son action sur l’aristocratie et l’intelligentsia romaines. Que vous tourniez en dérision la vérité est une chose grave, monsieur Doméracki qui ne prouve que votre ignorance en la matière.

    De toutes façons il n’était nullement question de cela dans ce que j’ai écrit ce soir. Je voudrais seulement attirer l’attention des philosophes et des lecteurs non philosophes sur la nécessité qu’il y a à lire Heidegger chronologiquement en partant du COMMENCEMENT et non en prenant le train en marche comme l’ont fait les philosophes français. Être et temps n’est qu’une station sur sa trajectoire dont la mise en place définitive commence en 1911 lorsque son imprégnation nietzschéenne et hégélienne ont fait de lui un autre homme.Ce nouveau départ métaphysique est confirmé par les lettres à Elfriede de 1915 où son antisémitisme s’affiche déjà de manière éhontée.

    Je ne vois vraiment pas ce que le MRAP peut avoir à faire avec ce que je dis. Ce sont plutôt les propos de Heidegger , ses affirmations répétées concernant le « Verjudung » qu’il doit prendre en considération et me remercier pour mon travail. C’est moi qui nettoie l’écurie philosophique, monsieur, pas vous! Vous, en me salissant par vos mensonges répétés pour qu’ils paraissent plus vrais, vous la salissez.

    Tout ce que j’ai dit sur Heidegger est strictement vrai. Ce n’est pas de ma faute si les gens sont aveugles, s’ils ne savent pas lire ou si, comme certains, ils ne veulent pas car ils ont des intérêts passionnels à défendre. Entre ce que vous avez cru lire, Monsieur, et ce que j’ai écrit, il y a un monde. Un monde que vous ne savez pas voir ou que vous ne voulez pas voir. Du reste je ne tiens nullement à polémiquer avec vous. Je défends ma dignité et mon intégrité bafouées par vos calomnies, c’est tout.

    Je ne cesse de répéter qu’il y a une GENEALOGIE du nazisme et que cette généalogie n’a jamais été analysée correctement. Que le rôle de l’idéologie heideggérienne a été sous-estimé et que la compréhension de cette idéologie en est encore à ses balbutiements. Le véritable Heidegger se cache derrière une façade d’apparence philosophique.
    Son dessein , son « grand dessein », comme il dit, n’est pas philosophique mais sotériologique. Et le « salut » qu’il préconise passe par l’anéantissement d’un peuple.(Cf. La Germanie, Le Rhin, La métaphysique de Nietzsche).

    Quand vous aurez compris ça, vous changerez peut-être de ton. Mais si j’en crois les apparences actuelles, il faudra peut-être beaucoup de temps. Vous savez, Monsieur, Nietzsche a dit un jour une parole profondément juste: « Tout ce qui est décisif ne naît que malgré. » Quand on met en route une révolution copernicienne en matière de nazisme, il ne peut pas en être autrement. Ce n’est pas le soleil qui gravite autour de la lune , Monsieur, mais l’inverse. La lune qui reflète le soleil, c’est Hitler. Le soleil, c’est Heidegger. Quand vous aurez compris ça, vous aurez fait beaucoup de chemin. En attendant je devrai supporter votre incompréhension et votre aveuglement jusqu’au bout.

    Pour moi la patience signifie l’attente et non comme pour Heidegger l’édification d’un bûcher « avec du bois choisi » (Cours de 1930). Savez-vous ce que représentait « le bois choisi » pour lui? Les chemins d’extraction qu’il a ouverts dans la forêt humaine devraient vous éclairer. Il est vrai qu’il n’a pas fait le travail lui-même, il l’a fait faire. Machiavel lui avait donné des leçons de prudence et d’efficacité politique. Hegel et Fichte lui avaient montré comment ces leçons pouvaient s’appliquer à l’Allemagne. Pourquoi pour satisfaire son dessein : l’arrêt de « l’enjuivement « , dessein qui est absolument immonde, ne les aurait-il pas mises en pratique puisqu’elles étaient appropriées à ses désirs?

    La libération de l’Allemagne allait dans le sens de son désir de vengeance. A en croire Le Prince de Machiavel, il serait adulé comme un grand libérateur si les choses tournaient bien. Si elles tournaient mal, comme ce fut le cas, il serait protégé par la mise en avant de son chancelier qui lui dervait de bouclier. Lui en position arrière ne risquait rien. Qui pourrait soupçonner qu’un philosophe parlant de poésie soit le commanditaire du Reich? Qui? Personne ! Sauf un idiot comme Bel peut-être tout juste bon à prendre des « pilules roses », comme une intelligence supérieure me l’a dit dans un forum précédent.
    Pauvre France! Elle est loin d’être « à la hauteur de sa métaphysique » aujourd’hui.
    Mais de quoi est-elle à la hauteur en ce début de XXI° siècle? Je me le demande.

    Et ne vous avisez plus, Monsieur, de me traiter de négationniste, car j’ai d’excellents amis au MRAP, qui me connaissent très bien et qui pourraient vous faire regretter d’avoir dit ce que vous avez dit sur mon compte. J’espère que vous aurez compris et que je ne serai pas obligé de les faire intervenir contre vous.

    Le combat que je mène pour la mise en évidence de la vérité révèle parfois des surprises comme on peut le constater. Je ne vous en veux pas, mais arrêtez-là votre méprise et votre calomnie , s’il vous plaît, et ne vous trompez pas de cible. Ayez au moins le respect des lecteurs. Merci pour eux.

    Rédigé par : Bel | le 17/12/2005 à 23:17 | Répondre | Modifier
  21. Aux visiteurs du blog,

    Puis-je vous recommander de garder votre sang froid et de vous en tenir à des propos mesurés? Accusations, menaces, contre accusations etc. ne sont pas compatibles avec l’esprit d’un débat philosophique,débat que je veux par ailleurs le plus ouvert et le plus riche possible.

    En cas de dramatisation avérée je serai obligé de fermer à nouveau l’espace dévolu aux commentaires.

    En étant optimiste.

    Skildy

    Rédigé par : Skildy | le 17/12/2005 à 23:33 | Répondre | Modifier
  22. Par le terme volontairement provocateur et imprécis de négationniste , je ne tend guère qu’à montrer que l’on se couvre de ridicule en défendant une thèse aussi absurde que celle d’un Heidegger en Führer du Führer…Que celui-ci ait fantasmé cette éventualité, cela ne fait guère de doute- tout le monde à l’époque pensait imprimé au dictateur bruyant sa « vision du monde »…Que Heidegger ait lutté pour que le national-socialisme ne devienne pas « libéral » cela ne fait plus guère de doute non plus. Mais qu’est ce qu’un petit professeur de province pouvait manigancé , dans ce parti dans lequel il a vite été mis sur la touche? Sûrement pas la mise en branle tragique d’une guerre mondiale et d’une génocide gigantesque. Heidegger, comme Jünger , a suivi le nazisme en spectateur et tant qu’on ne m’aura pas fourni des télégrammes implicites de Heidegger à Hitler , Mussolini , Hiro-Hito, ou pourquoi pas Eichmann, puisque il faut rentrer de plain-pied dans le délire,je ne cautionnerai pas de tel propos. Pas plus que la cohorte d’historiens qui seraient probablement ébahis par cette thèse qu’un petit professeur de Fribourg aurait été à l’origine des cinquante millions de morts de 39-45! Quand bien même Heidegger aurait projeté charniers et corvée de bûches pour ses concitoyens, ce que seuls avancent des interprètes téméraires et paranoïaques, rien n’indique que ses propos auraient eu une force agissante sur l’histoire avec un petit h.
    Tout cela est grotesque;je n’ai nullement envie de vous diffamer, vous n’avez besoin de personne pour vous ridiculiser.
    Je souhaiterais néanmoins attiré l’attention sur le point souvent qu’il est impossible de vous réfuter en quoi que ce soit puisque vous inférer des éléments que seule votre science infuse de l’interprétation permet d’établir , et vous ne faites que suggérer. Il ne suffit pas de renvoyer à telle petite phrase ou au voyage de 1936 pour nous convaincre que Hitler était la marionnette du professeur de Fribourg. L’éloge à la page 41 de la GA42 ne signifie en rien que Mussolini et Hitler sont instrumentalisés…Heidegger ne semble guère faire que ce que faisaient tous les ambitieux de l’époque (mais lui avec du talent) : projeter puis reconnaître en ceux qui commandent ses propres désidératas. Il y a de toute évidence une dimension essentiellement sotériologique dans les cours et essais de l’époque : cette tonalité tout à fait nietzschéenne est inconstablement présente dés les premiers travaux aussi: l’époque antière veut dépasser le nihilisme. Mais rien n’indique (je n’ai pas lu les lettres à Elfriede je vais réparer ceci bientôt) philosphiquement que ce dépassement voulu par Heidegger se matérialise dans la destruction du peuple juif. Qu’il ait fermé lâchement les yeux dessus aucun doute là-dessus. En revanche toute vos indications concernant une pensée complètement antisémite ne pourront de toute façon pas être attéstées par quiconque ne sera pas illuminé comme vous. Parce qu’apparemment seuls des élus savent lire entre les lignes. Vous ne pouvez m’en vouloir de grogner parce que je ne suispas équipé d’une telle faculté à lire en Heidegger comme un druide lis l’avenir dans les entrailles. Ce privilège herméneutique qui vôtre ne peut être que célébré ou vertement critiqué comme j’essaie de le faire avec mes faibles moyens. Et si de « grands » ne perdent pas de temps à le faire , il ne faudrait pas tant y voir le signe de leur incorrigible cuistrerie d’universitaires que la révocation de vos propos.
    Michel Bel est-il infaillible? Une chose est sûre: il n’ a pas essayé comme l’a fait courageusement Faye d’écrire un ouvrage public et de la défendre
    : il gigote juste sur quelques forums vides en avancant toujours les mêmes références.

    Rédigé par : Stephane Domeracki | le 17/12/2005 à 23:59 | Répondre | Modifier
  23. Je serais gré à l’adminstrateur du forum de laisser s’épanouir les « passions » tant qu’elles restent courtoises. Personne ici n’en est exempt quand bien même il est avancé que les propos sont uniquement redevable de la « vérité ». (!) Vous même avez choisis votre camp si je ne m’abuse. Fort bien. Laissez donc d’aucuns s’exprimer et s’il vous plaît , n’éffacez rien qui ne soit impoli. Sinon, doutez-vous bien que votre rôle en sera un de censeur arbitraire.Merci d’avance.

    ps : rétablir par exemple les débats où furent présents par exemple le très perspicace Pierre Teitgen serait une preuve de votre « objectivité » , même si ce n’est pas forcément le rôle de votre blog.

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 18/12/2005 à 00:09 | Répondre | Modifier
  24. désolé pour les fautes de frappe le clavier est un très mauvais média pour mon expression

    Rédigé par : stephane domeracki | le 18/12/2005 à 00:10 | Répondre | Modifier
  25. A SD,

    Précisions.

    Meme si c’était pour m’intimider des visiteurs m’ont menacé de mise en examen… J’ai donc fermé certaines pages et « effacer » des commentaires. Il m’a échappé, sur le moment,
    qu’il m’aurait été facile, pour archivage, de capturer les textes avec World… et de voir venir. Inexpérience.

    Que dire? Si messieurs Teitgen et EP ont des archives ils peuvent toujours les soumettre.

    SK.

    Rédigé par : Skildy | le 18/12/2005 à 00:16 | Répondre | Modifier
  26. Monsieur Domeracki,
    je constate avec plaisir que vous êtes revenu à un peu plus de raison et je m’en réjouis. Vous venez enfin d’exposer votre interprétation de Heidegger. Il est donc possible maintenant de faire ressortir ses insuffisances. Plutôt que de dénigrer sans fondement les assertions de Michel bel je vous demanderai de répondre aux deux questions suivantes:

    1° A quel philosophe producteur d’une nouvelle conception du monde Hitler se réfère-t-il dans le livre I de Mein Kampf en 1925 puis dans le livre II en 1927 sans le nommer directement?

    2° A quel philosophe les étudiants nazis se réfèrent-ils dans le journal Der Alemanne en 1933 en le nommant, en le glorifiant et en déclarant ouvertement qu’il a aidé le parti depuis de nombreuses années?

    J’ajouterai une troisième question:
    A quel philosophe qualifié de « pauvre » et d’ »affamé » Hitler se réfère-t-il dans son grand discours sur la culture, traduit et diffusé en France le 4 déc 1936 par les éditions Sorlot intitulé « Pour un idéal purement artistique » paru dans un recueil ayant pour titre : »L’avenir de l’Allemagne »?

    Quand vous aurez répondu à ces trois questions nous pourrons commencer de parler. Pas avant. Je vous rappelle qu’Heidegger a fait sa conférence sur « l’origine de l’oeuvre d’art » en 1935 et que déjà, en 1910, il s’élevait contre « le climat lourd et malsain dans lequel se meut l’art d’aujourd’hui » climat « étouffant », disait-il encore, qui « trahit » avec d’autres signes, « une consternante perte de santé » et l’effondrement de ce qui donne valeur à la vie ». Il se proposait alors de « régénérer l’âme du peuple » et de restaurer non seulement « la santé de l’âme du peuple », mais aussi celle de son « corps » en suivant les exemples d’Abraham a Sancta Clara et du maire antisémite de Vienne: Lueger. (Recueil Champ Vallon 1988 p.9-10).

    Vous ne trouvez pas que tout cela est un bon départ pour une politique de purification raciale pour quelqu’un qui se déclare en privé délibérément antisémite (Cf Lettres à Elfriede et lettre à Schwoerer)

    J’observe pour ma part que cette régénération Heidegger a commencé à la réaliser à partir de 1919 , année au cours de laquelle il a déclaré avoir mis « en pratique son regard phénoménologique ».

    Coïncidence étrange, c’est l’année où le Parti ouvrier allemand s’est constitué et dans lequel Hitler va découvrir la nouvelle « vision philosophique du monde » qui va servir de fondement intellectuel au parti.
    Vous ne trouvez pas que cela fait beaucoup de coïncidences troublantes?
    Oserai-je vous rappeler que tout cela ce sont des faits et non de simples arguments. Je vous ai toujours dit que je travaillais sur des faits et exclusivement sur des faits. Maintenant si vous ne voulez pas les admettre vous êtes libre. On peut toujours se fermer les yeux devant la réalité. Je ne crois pas que ce soit une attitude sensée.

    Oserai-je vous rappeler encore que « l’art » pour Heidegger comme pour Hitler est d’abord et avant tout l’art politique. L’aspect purement esthétique ne vient qu’en second lieu. Conception héritée de Schiller, de Schelling et de Nietzsche auxquels ils font référence tous deux).

    michel bel

    Rédigé par : bel | le 18/12/2005 à 12:12 | Répondre | Modifier
  27. POur tout dire Mein Kampf n’est pas mon livre de chevet ;je l’ai lu avec une curiosité malsaine quand j’étais plus jeune. Je ne me souviens pas de passage rendant hommage à un philosophe. Dans tous les cas Hitler n’aurait pas compris grand chose à Heidegger puisque ce dernier affirme explicitement ne pas avoir conçu de « philosophie » et encore moin vouloir ériger en modèle une quelconque « vision du monde ».
    Vous semblez l’affirmer vous-même , vos supputations se basent sur des faits-certes- ces choses ont été écrites-. Mais elles semblent surtout se baser sur leurs interprétations , et même sur des sentiments si l’on se refère à votre renvoi aux « curieuses coïncidences ». Je ne vous souhaite que d’avoir raison! Mais je souhaite à la philosophie que vous ayez tort car il me semble que durant toutes ces années on a tiré des choses intéréssantes de sa pensée , choses qui n’ont rien de « raciales ». Vos alleguations auraient plus de poids à mes yeux si elles étaient systématisées et étayées dans un essai en bonne et dû forme. Je ne sais à qui rendent hommages Hitler et ces étudiants. Combien se prétendaient philosophes à l’époque? Peut-être s’agissait-il du misérable Goebbels? Je trouve étonnant qu’on puisse donner tant de poids au rêve peu discret, finalement, de Heidegger, d’être le roi secret régnant sur l’Allemagne. Ayez s’il vous plaît le courage d’avancer votre impression d’une éminence grise à l’origine de toutes les catastrophes à des historiens , ou tout simplement sur la place publique! Moi je ne suis qu’un petit étudiant, au fond, il n’y a aucune gloire à m’en imposer, et de se moquer de mon « incompétence ». A ce sujet je rappellerai qu’on ne parle ici jamais de philosophie, toujours d’éléments biographiques mêlés à des phrases éparses sorties de leurs contextes.

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 18/12/2005 à 13:02 | Répondre | Modifier
  28. Il est certes très regrettable que certaines personnes aient menacé de vous poursuivre en justice, monsieur Skildy. Mais je ne comprend pas pourquoi vous n’avez pas alors effacé tous les messages plutôt que de laisser systématiquement en dernière position ceux de monsieur Faye, ou des messages le soutenant, laissant croire par là que le dernieer mot était de leur côté.

    J’aimerais que la discution reprenne de manière précise autour du livre de Faye. Mon intérêt porte tout particulièrement sur son interprétation de Sein und Zeit, et surtout au sujet de la phrase qui clôt le paragraphe 27, phrase que Faye entend interpréter à partir du paragraphe 74. Je n’ai hélas pas le livre de Faye sous la main, j’aimerais donc que l’un des participants au blog cite ce passage pour que nous puissions le discuter de manière précise ; car c’est à partir de lui seul que Faye entend révéler le nazisme latent de Sein und Zeit. Nous avons donc là un passage stratégique il me semble, et à examiner d’urgence. Merci d’avance

    Rédigé par : Lemon | le 18/12/2005 à 15:46 | Répondre | Modifier
  29. Pages 30-31 de l’ouvrage de Faye :
    « (…) Etre et Temps présente le paradoxe d’une ontologie sans catégories, un paradoxe avivé par le faut qu’au moment où il récuse la catégorie aristotélicienne de substance,Heidegger substantifie,de manière toute scolastique,l’infinitif « être » pourp arler désormais de l’Etre. En outre il substitue à l’analytique transcendentale kantienne une analyse de l’existence et propose des « existentiaux »-l’êtr dans le monde, l’être en commun,l’être pour la mort,etc,-en lieu et place d’une table des catégories. Le contrastate entre la visée existentielle du propos et la lourdeur toute scolastique de l’exposé a pu fasciner certains ou en rebuter d’autres, mais l’indetermination apparente du contenu a ,comme l’a montré Löwith, beaucoup contribué au succès de sa récéption. Il y a pourtant dans ce livre bien des signes qui auraient dû mettre en garde les philosophes à commencer par la liquidation du mot « homme » jugé trop déterminé,auquel Heidegger préfère le terme en apparence plus déterminé d’ »existence » (Dasein). L’auteur entretient ainsi l’ambiguïté. Le lecteur peut croire qu’il s’agit de l’existence individuelle , alors qu’il est en réalité question de tout autre chose , comme le révèlent nettement les paragraphes 27 et 74.
    La ligne directrice de l’ouvrage est en effet celle d’une double récusation, qui vise à la fois toute pensée de l’universel et toute philosophie de l’existence individuelle. On comprend donc qu’une cible majeure du livre soit la philosphie de Descartes. Heidegger rejette tout tentative d’eclaircissement (Aufklârung) de l’existence qui s’appuierait sur la compréhension des cultures les plus étrangères (fremdesten Kulturen) et sur la recherche d’une compréhension universelle de l’existence. Selon lui , un tel effort à rendre l’existence étrangère à elle-même et à la perte du sol : Entfremdung et Bodenlosigkeit sont les mots qui reviennent à plusieurs reprises dans cette récusation heideggeriene de tout universel. Il rejette aussi toute philospohie du moi et de l’individualité humaine. Au moi réduit à n’être qu’une « indication formelle »,Heidegger oppose en effet le soi (Selbst)de l’existant,entendu comme un être en commun (Mitdasein). Dans une formulation qui résume tout l’acquis du paragraphe 27,il avance que « la mêmeté du soi existant authentique est ontologiquement séparée par l’identité du moi ». Cette authenticité du soi n’a donc rien d’individuel. Elle n’est conquise que dans la temporalité et l’historicité de l’existence entendue comme destin (Schicksal). Ce destin est lui-même un « advenir (Geschehen) et un « sort » (Geschick)qui « n’est d’aucune façon composé de destin individuels , pas plus que l’être en commun ne peut être conçu comme la présence simultanée de plusieur sujets ». On ne peut donc pas être plus explicite que ne l’est Heidegger : l’existence authentique n’a rien d’un être individuel. Elle ne s’accomplit que comme un destin commun (Geschick)dans « l’advenir de la communauté , du peuple »(das Geschehen der Gemeinschaft des Volkes) »
    Dans cette page du paragraphe 74,qui constitue le point culminant des devellopmeents sur l’hsitoricité de l’existence et donc de l’ouvrage entier, dans la mesure où tout converge vers les pragraphes sur l’historicité ,les ntions qui s’inscrivent aux ofndemants mêmes de la doctrinedu national-socialisme sont déjà présentes ,à savoir les notions de communauté de destin et de communauté du peuple : la Gemeinschaft conçue comme Schicksalgemeinschaft et comme Volkgemeinschaft. Même l’élément biologique est suggéré par le recours à la notions de « génération », présente dans le même paragraphe,terme repris à Dilthey et qui a chez lui une signification à la foi biologique et sociale et par l’appel à l’ »élémentaire ».Dans ce contexte , la distinction entre l’authenticité du Dasein et l’inauthenticité du « on » prend un sens nettement discriminatoire. »

    Cela vous suffira-t-l , Lemon?

    Rédigé par : Stephane Domeracki | le 18/12/2005 à 16:32 | Répondre | Modifier
  30. Je ne peux être que favorable à une poursuite du débat philosophique.
    Ce n’est pas avec l’intention du « dernier mot » que j’ai laissé l’échange entre EP et E Faye.

    N’ayons pas l’obsession du dernier mot.

    Surtout que, à ce jeu, on peut apparemment vaincre un interlocuteur uniquement par harcélement ou par « noyade ».

    Skildy.

    Rédigé par : Skildy | le 18/12/2005 à 17:25 | Répondre | Modifier
  31. Mettons-nous en tête que ce blog n’a pas pour but une quelconque objectivité ou neutralité journalistique. On ne peut en vouloir à Skildy d’avoir choisi son « camp »; remercions-le de ne pas nous censurer car il est tout puissant sur son site.

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 18/12/2005 à 18:31 | Répondre | Modifier
  32. Mettons-nous en tête que ce blog n’a pas pour but une quelconque objectivité ou neutralité journalistique. On ne peut en vouloir à Skildy d’avoir choisi son « camp »; remercions-le de ne pas nous censurer car il est tout puissant sur son site.

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 18/12/2005 à 18:31 | Répondre | Modifier
  33. oups désolé pour le double post

    Rédigé par : steph | le 18/12/2005 à 18:32 | Répondre | Modifier
  34. Monsieur Lemon,
    où est le problème? J’ai lu et relu la page 31 du livre de Faye et, pour être précis, toute la division se rapportant à Être et temps qui va de la page 29 à la page 33. J’ai relu les paragraphes d’Être et temps visés, dans la traduction de Fançois Vezin et je les ai relus dans Sein und Zeit (édition Niemeyer de 1986). J’ai même prolongé la lecture du paragraphe 74 par celle du paragraphe 75 où « la fidélité de l’existence à soi-même » est définie comme « la résolution ».

    La seule possibilité qu’Heidegger donne à cette résolution est « la répétition  » de « l’historialité propre » en la rendant effective par la « résurgence du possible ». Nous sommes à cent coudées de la répétition kierkegaardienne qui privilégie le libre choix de « l’individu »; nous sommes conduits dans un avenir commun formaté par Heidegger en vue de la « résurgence » d’un « avoir été ». Il s’agit de répéter les « possibilités héritées » après les avoir « embrassées » afin de vivre « l’historialité propre ».(E/T p.455; S/Z p.390 « Wiederholen des Erbes von Möglichkeiten »(…) « als eigentliche Geschichtlichkeit ».

    Le « soi » heideggérien n’est donc en aucun cas un soi individuel, c’est un soi standardisé qui doit se conformer à l’héritage historique (lequel?); et comment s’articule-t-il avec l’hérédité? La référence à Dilthey renvoie à la fois à la race et à l’histoire. La race pour Dilthey est, en effet, une composante de l’histoire .

    Avant Être et temps, dans le cours sur le Sophiste en 1924, la notion de « genos » était sans cesse présente dans une extension qui débordait largement le cadre linguistique des « souches de l’être ». L’analyse des catégories platoniciennes était considérée comme une simple propédeutique qui, grâce à l’analogie, permettait d’étendre les propriétés acquises à la totalité de l’être.

    Entre la répétition kierkegaardienne qui permet de constituer le soi dans un vouloir individuel pur, et la répétition heideggérienne qui formate l’individu pour lui faire accepter le « destin commun » lequel consiste à affronter la mort sur le champ de bataille pour effectuer une reprise historiale commune de « l’avoir été » (non précisé; grec? aryen?) il y a un abîme infranchissable.

    Être soi , dans cette perspective, c’est être ce que Heidegger veut qu’on soit. C’est à dire de la chair à canon pour réaliser un empire, son empire aryen désémitisé.

    L’hommage à Schlageter en 1933 le prouvera amplement. Être c’est affronter la mort et en réchapper si l’être le veut. Et si on n’en réchappe pas on sera auréolé de toute façon par la gloire de l’empire qu’on aura contribué à réaliser. Par opposition les Juifs qui sont « liquidés » dans « la fabrique de cadavres », eux ne meurent pas..

    Que dit Faye? Qu’Être et temps représente le passage « du moi individuel à la communauté de destin du peuple ».(p.29)Que « l’authenticité du soi n’a donc rien d’individuel.Elle n’est conquise que dans la temporalité et l’historicité de l’existence entendue comme destin (Schlcksal) » (…) « l’existence authentique n’a rien d’un être individuel. Elle ne s’accomplit que comme un destin commun (Geschick), dans « l’advenir de la communauté, du peuple » (das Geschehen der Gemeinschaft, des Volkes). (p.31).

    Et il ajoute:  » on ne peut donc pas être plus explicite que ne l’est Heidegger ». Ce en quoi il a parfaitement raison.

    Mais en 1927 personne ne pouvait savoir que le Reich heideggérien se réaliserait comme il s’est réalisé. Personne ne pouvait même savoir si le dessein arrêté collectivement en 1919/1920 se réaliserait. Sans le milliard du patronat le projet serait resté dans les circonvolutions des cerveaux comme le Dome de Berlin dans les cartons des architectes du Reich. En revanche la réalisation progressive du Reich nontre l’intentionnalité qui était contenue en puissance dans l’entéléchie du Reich heideggérien. C’est exactement ce que dit Hitler dans Mein Kampf en parlant du philosophe.
    « La tâche de celui qui établit un programme d’action n’est point d’établir les diverses possibilités de réaliser une chose mais d’exposer clairement la chose comme réalisable; c’est à dire se préoccuper moins des moyens que de la fin » (…) « Celui qui établit le programme d’un mouvement doit en établir le but, tandis que l’homme politique doit en poursuivre la réalisation. Donc le premier sera orienté dans sa pensée par l’éternelle vérité, tandis que l’action de l’autre dépendra plutôt des réalités pratiques du moment. » (Mein Kampf NEL Chapitre VIII p.209).

    Comment ne pas voir dans ces conditions que « le philosophe » « créateur de programme » et « l’homme politique  » (l’exécutant, le démiurge, au sens de Platon) ont créé la « Chose » ensemble? Les « frères » moustachus aveient bien conçu les choses. Mais la fortune est femme dit Machiavel dans Le Prince. Tirez-en la conclusion. Je laisse la responsabilité de l’analogie à Machiavel qui devait avoir une expérience malheureuse en la matière.

    Michel bel

    Rédigé par : bel | le 18/12/2005 à 19:26 | Répondre | Modifier
  35. Ce que Lemon essaie de vous dire c’est que la caractérisation du soi n’est renvoyée par Faye qu’à ce paragraphe 74 traitant de l’historialité,alors même que le paragraphe 64 renvoyant à l’isolement insigne du Dasein le caractérise aussi bien , et crée en vérité une tension palpable avec la fin d’être et temps, les références au Comte Yorck etc…Chacun se choisit son Heidegger du Hauptwerk , un peu comme chaucn se choisit son Nietzsche en privilégiant tel ou tel texte,apparemment.Vous ,recherchez l’unité de l’idiosynchrasie et de l’oeuvre là où Lemon semble penser sincèrement qu’Etre et temps est une oeuvre se suffisant à elle-même, aux enseignements suffisamment clairs et décisifs pour défier toute polémique d’ordre politique ou morale.

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 18/12/2005 à 20:28 | Répondre | Modifier
  36. Cher Monsieur Domeracki,
    l’oeuvre d’un philosophe est un tout. Quand on veut connaître la pensée d’un philosophe, il faut prendre l’oeuvre en totalité. On n’a pas le droit de se confectionner un menu à la carte. Faye n’a pas choisi, moi non plus.Chacun de notre côté nous avons suivi l’oeuvre du commencement à la fin. Être et temps n’est qu’une étape sur le chemin sotériologique de Heidegger. Cette étape intermédiaire elle-même a un commencement et une fin. C’est la fin qui donne le sens du commencement.

    Si on veut faire de la philosophie à la carte alors il ne faut plus parler du sens de l’oeuvre. Au lieu d’avoir un sens global, d’être une fin en soi, l’oeuvre se transforme en boîte à outils ce qui lui enlève sa portée initiale.

    Si on veut parler du « soi » chez Heidegger, il faut considérer l’oeuvre en totalité dans sa progression chronologique et sémantique.

    Si on veut parler du « soi » auquel on aspire, on peut effectuer des prélèvements chez n’importe quel auteur. Mais ce n’est plus alors de l’auteur qu’on parle. On a mutilé l’organisme pour en extraire une partie qui perd sa signification globale. On est sur le chemin de l’éclectisme et on sait ce que vaut ce genre de travail.

    Heidegger a voulu créer un monde spirituellement et matériellement, monde qu’il considérait comme la dernière manifestation de l’être, comme la dernière étape de la boucle conduisant à l’eternel retour. Son discours est un roman philosophique mais son intervention historiale, un drame monumental. On peut toujours se servir de ses écrits comme d’une boîte à outils mais je pense que le plus important est de dénoncer ce qu’il a fait sur le plan humain et qui est véritablement monstrueux. D’autant plus monstrueux qu’il en a fait porter la responsabilité totale à Hitler, alors que sans lui, sans sa conception du monde délirante , vindicative et prétendument libératrice, Hitler n’aurait jamais été ce qu’il a été. Or cela, les gens ne l’ont pas encore vu, c’est pourquoi il faut le leur faire découvrir en le mettant progressivement en évidence. hitler a cru en Heidegger et lui a été fidèle comme un chien bien dressé à son maître. Il a été la bête du faux prophète.C’est lui-même qui le nomme « prophète » ce n’est pas moi. Je me contente d’écouter.

    Ne vous laissez pas leurrer. L’esseulement heideggérien n’est qu’un moment sur la voie qui conduit à l’extermination de ceux qu’il considère comme ses ennemis..

    Ouvrez les yeux. Heidegger c’est une passion contrariée devenue totalement perverse. Être et temps n’est qu’un travail préparatoire pour l’accomplissement de la tâche fixée par cette passion.

    Il m’a fallu longtemps pour voir clair derrière les apparences mais aujourd’hui je ne lâcherai plus la proie pour l’ombre. Plus de vingt ans de recherches sur Heidegger ne peuvent pas s’éteindre en un instant. Quand on a cherché le fond pendant plus de vingt ans on ne se laisse plus griser par la surface. Mon polemos avec Heidegger n’est pas un accident, c’est une vie. Et quand on le connaît comme je le connais aujourd’hui on ne s’en laisse plus conter. Il n’y a pas de cadeaux à faire à un « type » pareil. Car c’est un type d’homme nouveau qu’il propose et ce type est réellement diabolique. Lisez avec attention son texte sur la métaphysique de Nietzsche et vous en ressortirez écoeuré. Les anti-héros de Sade étaient des enfants de choeur à côté.

    Ce qu’il y a de pire, c’est qu’il ne s’est pas contenté de dire, il a fait mettre ses principes à exécution dans les camps d’extermination et sur les champs de combat. Et ça, je ne le lui pardonnerai jamais. La philosophie se doit de dénoncer les loups qui s’introduisent dans sa bergerie et de les combattre. C’est son rôle primordial. C’est ainsi que Platon avait commencé. C’est ainsi que je continuerai. Mais son rôle ne se limite pas à ça. Elle a aussi d’autres fonctions à accomplir.

    Michel bel

    Rédigé par : bel | le 18/12/2005 à 22:20 | Répondre | Modifier
  37. Monsieur Doméracki,
    je viens de lire votre citation de Faye. je me permets de vous indiquer que sans le vouloir vous avez oublié quelques mots qui dénaturent le sens de la phrase de Heidegger citée par Faye. Il ne faut pas lire: » séparée par l’identité du moi » mais « séparée par un abîme de l’identité du moi ». J’espère que les lecteurs rétabliront d’eux-mêmes.
    michel bel

    Rédigé par : bel | le 18/12/2005 à 22:39 | Répondre | Modifier
  38. Je ne sais pas trop quoi répondre puisque tout cela s’appuie sur une profession de foi et un polémos personnel , quoique apparemment desinhibé depuis le livre de Faye. Or je n’y ai pas accès et j’avoue ne pas vraiment en avoir envie : c’est probablement une tendance à l’occultation bien banale puisque seul vous avez vu, de façon panoptique, la vérité de la pensée heideggerienne , des premiers émois libidinaux (?! non mais jusqu’où on va en vous suivant) aux dernières charges haineuses(…)
    Quand Lemon viendra il aura probablement plus envie que moi d’appuyer les lectures des oeuvres qui se font hors de considérations biographiques surannées (bref toutes celle qui ne sont pas de vous). Bien le bonsoir!

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 18/12/2005 à 22:43 | Répondre | Modifier
  39. Je remercie Michel Bel d’avoir noté l’erreur de retranscription qui change en effet le sens de la phrase. L’extrait était long à écrire…

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 18/12/2005 à 22:50 | Répondre | Modifier
  40. Vous avez littéralement bottés en touche le paragraphe 64 de Sein und zeit en pensant échapper au reproche d’arbirtraire : un mouvement d’ensemble n’invalide pas un détail -surtout de cette amplitude…
    Moi aussi je peux citer des petites phrases qui m’arrangent:
    « Le Dasein est proprement lui-même dans l’esseulement général de la résolution gardant silence et se mettant soi-même au défi de soutenir l’angoisse » (ed. Vezin p.383)
    Rien dans cet extrait qui ne rende compte de la compréhension de l’être-là à partir de la Gemeinschaft et uniquement elle; mais je compte sur vos talents de falsification pour confronter fissa cette phrase à un hurlement officiel de Hitler ou à une lettre de Heidegger à sa stupide femme…Et pour escamoter ce quiu est écrit dans Etre et temps…

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 18/12/2005 à 22:58 | Répondre | Modifier
  41. Monsieur Skildy,
    comme vous pourrez le constater, il est inutile de poursuivre un débat quand on a à faire à tant de malveillance et tant d’aveuglementde la part de certains interlocuteurs. La quête de la vérité historique et la volonté affichée de provocation ne font pas bon ménage. Je le regrette profondément pour les lecteurs qui avaient quelque chose à apprendre. Quelque chose qui n’a jamais été dit sur le nazisme et sur Heidegger. Mes affirmations sur Heidegger et sur le nazisme sont des assertions obtenues après enquête et vérification. Il appartient au lecteur d’enquêter à son tour afin de vérifier par lui-même si ce que je dis est vrai ou faux. Les pétitions de principe ne servent ici à rien. Seule l’enquête approfondie et conduite avec rigueur est probante. Le reste ne m’intéresse pas. Mesdames et messieurs, bonsoir.
    michel bel

    Rédigé par : Bel | le 19/12/2005 à 10:54 | Répondre | Modifier
  42. Prendre des airs outrés…Vous êtes malheureusement coutumier du fait…Vous réclamez un débat alors même que ce que vous déclamez est complètement idiotique. Soit on approuve vos thèses , soit l’on est malveillant…Voilà qui est pour le moins primaire. Nous ne sommes pas là pour nous émouvoir de l’hostilité de l’autre à l’égard de nos compréhensions du texte heideggerien , surtout quand elle si pauvre.
    La manière dont vous avez parlés en l’expédiant du paragraphe 64 en dit long sur votre compréhension d’Etre et temps et votre obsession pour l’ »épuration ».
    Je me retire de ce blog orienté et paranoïaque et laisserai le soin à Lemon quand il reviendra de vous administrer ce que vous méritez (d’ailleurs votre carrière ne semble pas vraiment avoir démarrée après vingt ans de travaux sur Heidegger, ceci en dit aussi long sur votre inconséquence). Bien le bonjour!

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 19/12/2005 à 12:24 | Répondre | Modifier
  43. Quand on me prête des intentions qui ne sont pas les miennes je ne réponds pas aux imbécillités.
    michel bel

    Rédigé par : bel | le 19/12/2005 à 16:22 | Répondre | Modifier
  44. Eh bien il faut croire que si apparemment!

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 19/12/2005 à 19:54 | Répondre | Modifier
  45. Eh bien il faut croire que si apparemment! De tout ce que je vous ai attribué tous ceux qui ont fréquentés vos longues analyses vous les attribuerons aussi. Il va falloir être plus clair dans vos intentions…

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 19/12/2005 à 19:56 | Répondre | Modifier
  46. Bon plus sérieusement qu’est ce qui vous permet de décréter que le moment essentiel de l’angoisse comme possibilité de la propriation à travers l’esseulement n’est qu’un « moment » sur le chemin menant à la Gemeinschaft? Il ne suffit pas de l’affirmer en renvoyant à d’autres références.La position à la fin de la première partie de la pensée de l’historialité ne signifie pas que celle-ci annule ce qui a été écrit auparavant , ni qu’il ‘agit là d’une « station » de la pensée vers quelque attitude plus authentique. Le cours de 1929-30 lui-même comportait une partie devant traiter de la « solitude ».

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 19/12/2005 à 20:18 | Répondre | Modifier
  47. Bonsoir à tous,

    Je remercie M. Faye de ses interventions ici. Je me bornerai cependant à faire quelques remarques:

    1°) Il n’y a eu de débat contradictoire ni rue Descartes, ni à la Sorbonne: les orateurs étaient tous des défenseurs de la thèse de M. Faye. C’était si j’ose dire de bonne guerre — mais le débat n’a pas eu lieu. Force est de constater que M. Faye n’en est pas le seul responsable: ce livre ne manque pas d’adversaires (y compris la quasi totalité des spécialistes de Heidegger en France, qu’ils soient universitaires ou professeurs de classes préparatoires) — et rien non plus n’a été organisé de leur côté.

    2°) Il est vrai que Gérard Guest a longuement pris la parole à la Sorbonne. Vrai aussi que Jean-Pierre Faye a essayé de l’interrompre de la manière la plus grossière qui soit; faux, à l’évidence, que M. E. Faye ait « répondu point par point » à ses objections. Je repose donc une question qui n’a toujours pas reçu de réponse: comment et en quel sens peut-on prétendre que le terme de « métaphysique » a gardé une acception largement positive chez Heidegger jusqu’à la fin de la guerre? IL suffit de regarder Metaphysik und Nihilismus pour voir que le problème est délicat… sinon plus.

    3°) Sur Sein und Zeit. Il est effectivement dommage que les objections de EP soient passées à la trappe. « Car à un héros, on rend un culte, et c’est ce que fera la Gemeinschaft nazie », dit ici M. Faye. Je regarde Sein und Zeit, et je me demande où Heidegger invite à un tel culte.
    Sans doute faudrait-il d’abord pour saisir le sens du propos, et plutôt qu’à Mein Kampf, renvoyer à la Rhétorique d’Aristote (sur le courage) et à Kierkegaard (par exemple l’incipit de l’Evangile des souffrances) pour comprendre réellement ce que suivre un héros pourrait bien vouloir dire. Je note cependant, et sans vouloir être le moins du monde insultant, que refuser de répondre à EP à cause d’un anonymat (bien modeste: il suffit de cliquer sur son nom pour connaître son patronyme) tout en publiant de longs posts chez un Skildy dont nous ne savons rien, peut laisser un tant soit peu perplexe… Mais baste, passons.

    3°) A MM. Doméraky, Skildy et tous les autres: je suis désolé, mais je n’ai rien, au propre comme au figuré, à « soumettre ». Toute personne le désirant peut cependant m’envoyer un mail, je tâcherai de lui répondre — je ne peux pas dire mieux. L’expérience m’a cependant appris (dans la douleur) qu’il y avait certaines personnes non seulement avec qui l’échange rationnel était impossible, mais qui avaient un talent certain pour l’empêcher entre tous les autres participants — à coups de menaces d’un procès, d’insultes, de travestissements textuels délirants, tout en se présentant sous les avantageux atours du Calomnié, de l’Incompris et du Martyr. Ce sont les vacances scolaires: je gage que M. Bel (puisqu’il faut bien le nommer par son nom) aura largement le temps de se répandre. Je ne relèverai même pas les contresens évidents de sa lecture (en me bornant, par exemple, à renvoyer, sur le problème du « soi-même », aux structures fondamentales que sont la Jemeinigkeit et la Jeweiligkeit). Puisque Skildy a décidé de lui laisser tribune libre, nous promettant par là l’impossibilité de tout échange véritable, j’en tire les conséquences qui s’imposent (à moins de vouloir y passer des heures en pure perte, sur fond d’empoignade où tous les coups sont permis). C’est sans aucun remords que je lui cède la place.

    J’en profite cependant pour souhaiter à tous et à toutes de bonnes fêtes et une heureuse nouvelle année.

    Pierre Teitgen.

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 20/12/2005 à 00:59 | Répondre | Modifier
  48. A P. Teitgen,

    Je veux bien répondre à vos voeux… mais je ne peux vous remercier du reproche que vous me faites de laisser la liberté d’expression à monsieur Bel. C’est à vous, dans le cas où vous seriez fondés à juger ses propos inaptes au dialogue philosophique, à moduler en conséquence vos interventions. Votre liberté d’expression ne vous fait pas obligation de répondre à un interlocuteur que vous ne reconnaissez pas.

    Je n’étais ni à la Sorbonne ni rue Descartes. Mais si monsieur Guest est intervenu de la même manière qu’il écrit – par exemple sur le site Paroles des Jours – on peut comprendre l’énervement d’un JP Faye.

    J’ai encore essayé de le lire… J’abandonne au bout de quelques pages…
    Si c’est ça être « heideggerien »…

    Skildy

    Rédigé par : Skildy | le 20/12/2005 à 11:28 | Répondre | Modifier
  49. Que peut-on répondre à de tels propos? Que la personnalité démoniaque de Heidegger fait encore des émules. Les fils spirituels de Heidegger ont encore de beaux jours sadiques devant eux. Une telle médiocrité est lamentable. Lorsque des aveugles guident des aveugles la chute dans l’abîme est inévitable.

    Puisque personne ne veut refaire le trajet de Heidegger de 1906 à 1976, il est inutile de parler plus longuement. Les docteurs ont toujours raison même lorsqu’ils sont dans l’erreur et se trompent grandement tout simplement parce qu’ils sont docteurs ou apprentis docteurs. Mais que le texte de leur auteur de prédilection s’inscrive dans la vie et ne soit que le reflet de cette dernière ne les affecte pas le moins du monde. Ils ne veulent pas voir que le texte est déjà soumis à une puissante auto-censure de champ comme Heidegger l’a révélé lui-même à Jaspers en 1928(« Je ne me cache plus ») -ce qui ne l’a pas empêché de se dissimuler jusqu’à la fin de sa vie , politique machiavélienne oblige;cette dernière était déjà préconisée par Hegel pour l’Allemagne dès 1802.

    Les doctes renvoient toujours au texte qui n’est qu’un squelette mort alors qu’il faut, à partir de ces vestiges, reconstituer « l’esprit vivant » comme le préconisait Heidegger à propos du christianisme du Moyen âge dans son Duns Scot. Et quand on entre dans l’esprit vivant de Heidegger on n’a qu’une envie, en sortir au plus vite. L’atmosphère est pestilentielle. Il y a des morts, des bûchers et des cadavres partout. Un voile de pseudo philosophie couvre à peine le charnier de cette obscène nudité (textes sur Trakl, Abraham a Sancta Clara, Métaphysique de Nietzsche, Cours de 1933, etc…

    Que Monsieur Teitgen se régale si tel est son bon plaisir. Nous n’avons simplement pas les mêmes goûts. Et je m’en réjouis. Je lui souhaite un joyeux Noël dans le « four du boulanger » où il pourra jouer aux osselets (Lettre à jean Beaufret de 1946). Si tel est son humanisme qu’il le fasse savoir au monde. Quant aux contre sens de Gérard Guest sur les Beiträge ils ne peuvent servir à rien d’autre qu’à alimenter le foyer. Mais c’est Gérard Guest qui l’a dit, n’est-ce pas? Donc c’est un maître. Est-ce un hasard s’il publie dans « ligne de risque »? Quand on ouvre ce manuel de « L’infini » on y découvre que l’adoration de Belzébuth y est à son comble.

    Grâce à Dieu quelques formules choc trahissent un sens qu’on a voulu cacher. Vous me permettrez d’en citer une: » Tout autrement que Marx,en effet, Heidegger est le penseur de l’ »expropriation » devenue planétaire. » (p.295 Gallimard 2005) . Allez dire cela aux descendants des juifs chassés de chez eux et conduits aux fours crématoires pour le bon plaisir de Heidegger, de son démiurge Hitler et de leur escorte d’étoiles S.S., ils comprendront tout de suite. A moins que séduits par ce nouveau joueur de flûte ils ne préfèrent suivre la musique enchanteresse des « fugues » heideggériennes(p.320). Chacun sa musique.
    michel bel

    Rédigé par : bel | le 20/12/2005 à 12:08 | Répondre | Modifier
  50. Du temps que je répondais aux propos très élogieux de monsieur Teitgen, Monsieur Skildy a lui-même fait une répnse à Monsieur Teitgen. Il va de soi que ma réponse ne visait pas du tout la mise au point de monsieur Skildy . C’est la deuxième fois que ce genre de situation arrive. J’en suis navré. Je présente toutes mes excuses à monsieur Skildy pour ce contre temps dans lequel je ne suis strictement pour rien.
    michel bel

    Rédigé par : Bel | le 20/12/2005 à 12:21 | Répondre | Modifier
  51. Bonjour à tous,

    A. M. Skildy: vous avez exactement mis le doigt sur le problème lorsque vous dites:
    « C’est à vous, dans le cas où vous seriez fondés à juger ses propos inaptes au dialogue philosophique, à moduler en conséquence vos interventions ». La seule façon de « moduler en conséquence mes interventions », c’est d’y mettre un terme. J’en suis désolé… Mais il ne me semble guère possible d’en appeler à la liberté d’expression pour tolérer, sinon excuser, les propos de M. Bel: « Que peut-on répondre à de tels propos? Que la personnalité démoniaque de Heidegger fait encore des émules. Les fils spirituels de Heidegger ont encore de beaux jours sadiques devant eux. Une telle médiocrité est lamentable » ou « Quand on ouvre ce manuel de « L’infini » on y découvre que l’adoration de Belzébuth y est à son comble »… Peut-être, au nom de cette fameuse liberté, faut-il tout admettre… J’avoue que je n’ai pas cette force: c’est précisément pour cela, et je le regrette, que je vide les lieux. Tant pis: il y avait bien des choses à dire en somme.
    Sur l’article de Gérard Guest enfin: il est vrai que sa lecture est difficile, sans doute aussi à cause du plan où il se situe. Sans vouloir me faire une publicité aussi tapageuse qu’indigne, je signale cependant à ceux que cela intéresserait qu’ils peuvent lire ma prose dans le dernier recueil pour l’Agrégation paru chez Ellipses — peut-être y trouvera-t-on quelques précisions utiles quant au prétendu « irrationnalisme » de Heidegger, si du moins le propos ne porte pas sur la question du nazisme.

    Un dernier point cependant: il me semble un peu facile, et à tout le moins insuffisant, d’expliquer la réception pour le moins mitigée du livre de E. Faye parmi les spécialistes universitaires de Heidegger et plus largement de phénoménologie, en disant qu’ils défendent aveuglément « leur » auteur ou qu’ils lui sont attachés envers et contre tout, sans doute en raison de leurs juteuses prébendes. Faut-il le rappeler? Le livre en question ne cite AUCUN texte nouveau (le seul inédit est un résumé d’un compte-rendu de séminaire qu’on trouve déjà, et sous une forme plus ample, chez Kisiel); d’autre part, certains parmi ces spécialistes ne se sont pas privés d’attaquer, parfois violemment, Heidegger lui-même (par exemple JF Courtine sur la lecture heideggerienne de la scolastique). Ce genre d’arguments n’en est pas un, pas plus du reste que celui qui accuse Faye de faire fructifier un fonds de commerce légué par son père… avec le succès médiatique que l’on sait (lequel interdit d’ailleurs de parler des « gens non prévenus »: qui en France ignore encore la compromission de Heidegger, même et surtout parmi ceux qui n’en ont pas lu une ligne?). Quoi qu’il en soit, il faudrait peut-être se demander s’il est simplement raisonnable de dire que l’Université est peuplée d’aveugles ou d’adorateurs de Belzébuth… Quand bien même tous diraient que j’ai tord, je continuerai à proclamer que j’ai raison… Cela n’invite-t-il pas plutôt sinon au soupçon, du moins à l’examen critique de la thèse? Force est de voir que cet examen n’a pas eu lieu ici: je m’en désole et, quoi que n’y étant pas tout à fait pour rien, j’y renonce.

    Pierre Teitgen.

    PS. L’ineffable M. Bel m’invite à aller jouer dans les fours crématoires. J’y vais de ce pas, avec une pensée pour tous les membres de ma famille, et ils ne sont pas en petit nombre, qui, après la déportation et la torture pour faits de résistance, y ont trouvé la mort — précisément pour de permettre à des gens comme M. Bel de continuer à baver.

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 20/12/2005 à 13:57 | Répondre | Modifier
  52. Il faudrait peut-être désormais arrêter d’amener des propos théologiques et moralisants sur ce forum pour qualifier les thèses adverses.Laissez-donc,Monsieur Bel, les Belzébuth et les fours crématoires où ils sont,et parlez un peu de philosophie, ça vous changera de vos oripeaux de la sainte inquisition.

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 20/12/2005 à 16:55 | Répondre | Modifier
  53. Ci-joint une note de monsieur Lamy :

    Après lecture des commentaires qui font suite à mon intervention, se pose à moi toute une série de problèmes.
    Je me suis plongé dans la lecture intégrale du site recommandé par M. „Lemon“. Cette longue plongée en eaux troubles m´a laissé, une fois remonté, l´impression d´avoir été sali. La stupeur passée, vient le temps de l´analyse.
    J´avais déjà entendu parler de M. Fédier et de sa suite avant la publication du livre de Emmanuel Faye, et ce par des amis heideggériens, étudiants ou professeurs. Il était d´usage parmi eux de se moquer des traductions de M. Fédier et de son école, tout en m´assurant qu´eux par contre étaient des gens sérieux qui n´avaient rien à voir avec ce groupe marginalisé par la faculté et dont le père spirituel, Jean Beaufret, a soutenu Faurisson. Suite à la publication du livre de M. Emmanuel Faye, ces amis ce sont mis à hurler dans le sens de M. Fédier, ou du moins à reprendre son argumentation sans même forcément en connaître l´origine, mais passons, les amitiés finissent aussi.
    Revenons donc au site, et à l´oeuvre de François Fédier, qui s´est permis de traduire le terme „Nationalsozialismus“ par „socialisme national“-et que dire, sinon qu´une telle „traduction“ ne peut que faire mal à ceux qui aiment à la fois l´Allemagne et la France, et leurs deux langues sans discrimination ? Mais le mieux est sans doute de continuer en citant : dans l´entretien que l´on peut lire sur le cite, on renvoie FF à la note 16 p. 294 de sa „traduction“ des Ecrits politiques de Heidegger, où il fait cette „analyse“ pour blanchir le „Sieg Heil“ du dit Heidegger :
    „Aujourd´hui l´expression „Ski Heil“ s´emploie sans la moindre connotation politique, pour se souhaiter entre randonneurs à ski, une bonne course […] Dans la bouche de Heidegger, „Sieg Heil“ exprime par conséquent le souhait que les ouvertures de la paix trouvent chez les autres nations un écho favorable […]“.
    Et FF de renchérir sur ses propos d´alors en citant une délégation de prolétaires allemands en Russie en 1927 qui aurait salué en braillant „Sieg Heil“, ce qui bien sûr prouve aux yeux de M. FF. l´innocence politique du terme…
    Que dire devant un déni aussi énorme ? Il ne nous reste plus en ce cas, à mon sens, qu´à décrire avec précision. Passons par ailleurs rapidement sur les „articles“ de MM. Sichère et Adrien France-Lanord, le premier avec son calembour grotesque („les Faye défaillent“), le second comparant M. Emmanuel Faye à cette jeune femme qui, pour attirer l´attention sur elle, s´était dessiné une croix gammée sur le ventre. Venons en donc à ce „long article“ de M. Gérard Guest, dont la lecture m´a en effet paru interminable. Citons, donc :
    „Cette étrange et mystérieuse efficace de la pensée de Heidegger (Emmanuel Faye s´en plaint assez…), elle est au fond d´ores et déjà partout à l´oeuvre. Nul doute qu´elle ne doive apparaître comme particulièrement redoutable à ceux-là mêmes qui s´acharnent le plus à l´empêcher de faire son oeuvre et d´être à l´oeuvre dans le temps présent -et à l´avenir. Ceux qui sont manifestement prêts à tout pour faire „interdire“ Heidegger -voire : pour en „finir avec Heidegger“ ! -semblent devoir redouter plus que tout au monde la lumière de l´“histoire de l´Être“ ; plus encore, à ce qu´il semble, que les vampires ne craignent la première lumière du jour, qui leur coupera la respiration…C´est à croire que la moindre radiation de la dite „lumière“ à elle seule, dût leur être assurément fatale, pour peu qu´elle vînt seulement à les effleurer ; à croire que l´“éclairage“ de l´“histoire de l´Être“, une fois répandu sur le paysage de la „métaphysique occidentale“ parvenue enfin „à sa fin“, entrée dans sa phase „terminale“, leur rendrait la vie impossible…“En quoi“-d´ailleurs (comme eût pu dire Descartes)- „il n´est pas invraisemblable que tous se trompent“.
    (Gérard Guest, Heidegger-contre vents et marée, p. 29 -fichier pdf accessible sur le site en question).
    A coup de citations, d´allusions, de guillemets et d´italiques (qui ne passerons peut-être pas le cap du courriel), M. Guest échappe peut être à la condamnation pour menaces, mais il sait faire entendre ce qu´il a à faire entendre, et qui était à la fois annoncé et euphémisé par la citation placée en exergue du texte, le pauvre Rimbaud servant ici à embellir un fantasme morbide :
    „Je songe à une guerre, de droit ou de force, de logique bien imprévue.“
    (A.Rimbaud, Illuminations XXXIV, citation placée au début de l´“article“ cité ci-dessus).
    C´est donc bien une menace d´élimination physique que laisse planer G.Guest, et la prétention du style, contrairement à ce qu´il imagine, n´embellit en rien l´immonde brutalité du propos. Qui croit-il tromper en parlant de phase „terminale“entre guillemets, des „vampires“ à qui la lumière de l´histoire de l´Être heideggerienne devrait couper la respiration, de vie rendue impossible-avec en appui le malheureux Descartes ! Personne. Car il ne s´agit pas de tromper, les personnes visées ont très bien entendu, mais de s´abriter. Le fameux „abri de l´être“ se révèle donc (de manière „phénoménologique“ sans doute) pour ce qu´il est : un moyen de se protéger des lois qui défendent les personnes contre l´appel à la haine.
    Telle est la chose à laquelle renvoie „Lemon“ comme à une réfutation digne de ce nom du livre de Emmanuel Faye. Comment M.Domeracki se situe-t-il par rapport à ces propos, lui qui a cité par ailleurs avec faveur MM. Guest et Sichère ?
    Je rappelle que mon texte visait à pointer chez Jean-Luc Nancy la reprise d´une argumentation négationniste (négationnisme transparaissant dans la mise en équivalence des cas de Freud et de Heidegger, cette mise en équivalence, avec sa justification „historiale“, constituant précisément ce que l´on appelle ici „négationnisme“). Cette argumentation consiste à rendre responsable la „métaphysique occidentale“ du nazisme, dissolvant ainsi toute responsabilité humaine et toute réalité sociale, politique et historique.
    Quand on lit M. Domeracki qui se moque des inquiétudes exprimées par certains, de voir le nazisme retrouver une caution universitaire par Heidegger interposé, on a de quoi s´interroger. Car ce à quoi on assiste, c´est bien à la reprise, en de nombreux lieux, d´argumentations inspirées par le nazisme, que les auteurs en soient conscients ou pas.
    Il n´y certes pas, comme l´a souligné avec ironie M. Domeracki, de nazi heideggérien „officiel“se baladant en brassard dans les couloirs de l´université, mais une baisse générale de la vigilance et, ça et là, des interventions plus que douteuses. Je viens ainsi de lire, sur un site de sciences po (première version), puis sur une revue universitaire en ligne, Astérion (version définitive), l´article d´une doctorante, une certaine Jollivet. Elle y cite des textes abomibables de Heidegger comme ci c´était du Proust, tout en les atténuant en prétendant qu´ils ne concernent que l´“Être“, comme si généraliser la notion de „Polémos“ et de domination à l´ensemble de l´être donnait à ces notions une innocence politique et une valeur „philosophique“. Si on en croit Emmanuel Faye par ailleurs, et cet exemple ne fait que le confirmer, de plus en plus d´étudiants en thèse traiteraient dans leurs travaux du discours de rectorat comme si c´était le livre 6 de l´Ethique à Nicomaque, et c´est en ayant ce problème en tête qu´il faut je crois comprendre son refus d´attribuer un caractère philosophique aux écrits de Heidegger.
    Les auteurs du site en question ne sont peut-être pas des nazis mais ils comptent au moins un révisionniste en leur rang (sans parler du ton général des écrits exposés), et le fait que M.Nancy, dont l´intervention dans le journal le Monde avait éveillé mon inquiétude, publie une lettre sur ce site, me confirme dans ce que je soupçonne chez lui.
    Enfin, j´ai du mal à comprendre en quoi l´engagement nazi de Heidegger pourrait être considéré comme un simple épisode biographique, pour autant que la différence de l´homme et de l´oeuvre ait un sens en philosophie. On sait maintenant à quel point les manifestations d´antisémitisme sont précoces chez Heidegger, dès les années 10 dans les lettres à sa femme, et que c´est lui-même qui a choisi d´identifier la différence être/étant et la différence peuple/état, du moins si on en croit les inédits publiés par Emmanuel Faye dans son livre (car, n´est ce pas M. Domeracki, E. Faye a traduit de nouveaux documents dans son livre, contrairement à ce que vous avancez dans votre commentaire du nouveau texte de Skildy. J´ai néanmoins apprécié que vous le citiez et n´en restiez pas à une critique abstraite, mais l´avez vous bien lu en entier ?), puis de faire publier ses écrits des années 30 après sa mort. Cette question n´est en tout cas pas prise à la légère en Allemagne, comme M. Faye l´a d´ailleurs relevé.
    Récemment par exemple, dans un entretien paru le 06.12/2005 dans le Kölner Stadt Anzeiger (http://www.ksta.de/html/artikel/1132657916536), Ernst Tugendhat, pourtant formé par Heidegger et en partie heideggérien, reconnaît le caractère problématique du § 74 de Sein und Zeit, alors même qu´il ne considère pas cet écrit comme un écrit « nazi », ainsi que la dimension autoritaire de l´enseignement de Heidegger (dont il fait il est vrai un trait d´époque, ce qui de mon point de vue n´excuse rien). Dans sa recension pourtant peu susceptible de sympathie pour Emmanuel Faye, le spécialiste de Heidegger Dieter Thomä relevait avec un peu d´ironie que les français découvraient la lune en la matière (il aurait pu il est vrai, comme l´a fait par ailleurs Kurt Flasch dans le Süddeutsche Zeitung, souligner la nouveauté du travail de Faye, puisqu´avec les séminaires inédits il publie néanmoins des textes nouveaux) : cela a été beaucoup répété, mais le débat est tout de même plus avancé et a une autre tenue de ce côté-ci du Rhin. Si d´aucuns sont actuellement isolés en ce moment, quelle que soit leur position de force à Paris, ce sont les heideggériens français, ce dont on peut fort bien s´apercevoir du reste en vivant en Allemagne.
    Dans la mesure où j´ai lancé par mon article un débat (les messages qui le suivent étant décrits comme des „commentaires“), je demanderai trois choses pour qu´il puisse continuer à se dérouler :
    1/ tout comme M. Faye, je refuserai de débattre avec des pseudonymes (sauf bien sûr avec Skildy, dont c´est le droit en tant que tenant du blog), et je demande qu´il n´en soit plus fait usage.
    2/ j´ajouterai cependant que je refuserai également de dialoguer avec toute personne renvoyant aux écrits de MM. Fédier et Guest comme à des „autorités“, et je souhaite que M. Domeracki précise sa position sur ce point. On peut bien sûr reprendre ponctuellement un de leurs arguments, mais à la condition d´être clair sur les propos et les méthodes que j´ai relevés.
    Emmanuel Faye a choisi de répondre à ce „Lemon“, après avoir sans doute essuyé les crachats de MM. Sichère et France-Lanord. C´est son choix et je le respecte même si je ne partage pas sa patience. Je lui rappelle néanmoins que M. Guest englobait dans sa menace non seulement lui mais ceux qui lui ont ne serait-ce que reconnu une valeur intellectuelle quelconque, ce qui inclue les participants au numéro du magazine littéraire consacré à „l´affaire Heidegger“(le Magazine littéraire n° 443, juin 2005). M. Guest s´en prend en effet nommément dans son article à M. Salanskis, auteur d´un livre sur Heidegger, mais qui a le tort de trouver des passages désagréables dans l´analyse de la mort dans Être et temps, et monsieur Philippe Lacoue-Labarthe, heideggérien de renommée internationale, mais qui a eu le tort de saluer le sérieux du travail de M. Faye et de trouver que le nazisme de Heidegger pouvait être un problème pour la pensée (alors même qu´il le tient pour un grand philosophe !). Ajoutons néanmoins que M. Lacoue-Labarthe a il est vrai ajouté que le problème était compliqué en France par l´existence d´heideggériens fachisants (M. Guest se sera senti visé).
    Enfin M.Guest a cru bon également d´englober dans sa menace une femme, Mme Michèle Cohen-Halimi, germaniste et philosophe, qui a eu également le tort de prendre au sérieux une partie des analyses et des recherches de E.Faye. C´est le droit le plus strict de ce dernier que de répondre comme il l´a fait avec calme et dignité à ceux qui font corps avec de tels écrits, mais il importe à mon sens de ne pas oublier que d´autres que lui ont été pris à partie, et que de ce fait le choix de reconnaître la dignité d´“interlocuteurs“ à ceux qui propagent de tels „essais“ n´engage pas que lui. Je me refuserai quand à moi à répondre en quelque façon (autre que juridique au besoin) à des gens qui renvoient sans distance à ce site où un homme fait preuve d´une telle mufflerie.
    3/ Je rappelle par ailleurs que les „commentaires“ qui suivent mon texte sont censés y répondre. Or celui-ci avait un objectif précis : celui de poindre le caractère scandaleux de la mise en équivalence des cas de Freud et de Heidegger, mise en équivalence (et c´est là le point que j´aurais aimé porter sur la place publique) qui découle à mon sens directement de l´analyse heideggérienne post-seconde guerre mondiale de l´“essence de la technique“ qui, en faisant du nazisme le produit de la métaphysique occidentale, dissout irrémédiablement toute responsabilité humaine ainsi que toute réalité sociale et politique (cette analyse étant d´ailleurs, si on en croit Emmanuel Faye, postérieure à des textes d´avant-guerre à la gloire de la motorisation de la Wehrmacht).
    C´est là précisément qu´à mon sens, par ce „négationnisme ontologique“, Heidegger signe son nazisme persistant d´après-guerre, indépendamment de la republication en 53 de son cours de 35 où il fait l´éloge de la „vérité et de la grandeur interne du mouvement“, des conférences de Brême et de l´entretien du Spiegel en 76.
    M. Nancy, qui reprend cette „analyse“ de l´“essence de la technique“, n´est sans doute pas „nazi“, mais il reprend un argumentaire nazi qui le conduit à des positions pour le moins facheuses, et j´aimerais avoir l´assurance que ce soit sans en percevoir toute la portée. Je le répète donc : mon intervention part d´une analyse du texte de JL Nancy, et même si je cite son travail et l´ai apprécié, notamment du fait de son analyse du „négationnisme ontologique“ avec laquelle je suis en parfait accord (et qui était mienne avant la publication de son ouvrage), mon analyse reste indépendante du travail de M.Faye, que j´ai cité parce que le dit JL Nancy prétendait implicitement lui dénier d´emblée toute pertinence sans prendre le soin de l´étudier ni même de le nommer, forme la plus grossière de „déni“ qui soit.
    Si M. Domeracki, après avoir précisé son rapport au site en question, souhaite engager le débat sur ce problème, je suis tout prêt à le faire ainsi qu´avec toute personne dont on ne peut soupçonner qu´elles cachent sous leur masque des visées répugnantes, et à cet égard je ne suis pas d´accord avec la mise en équivalence des „pros“ et des „antis“ que j´ai lu ailleurs signée du nom de Stéphane Domeracki, et ce du fait des problèmes que j´ai signalés tout au long de cette réponse. Du côté des „antis“, si je trouve les positions de M. Bel excessives et parfois étranges, je ne crois pas qu´il soit un négationniste comme on a pu l´en accuser, et il me semble qu´il y a d´autres personnalités dont les positions intellectuelles sont plus directement problématiques, dont celle dont j´ai analysé le „point de vue“ et dont j´aimerais qu´elle s´explique. J´aimerais néanmoins que M. Bel précise ce qu´il entendait par „peuple désarmé qui en tyrannise un autre armé jusqu´aux dents“, propos qu´il a mis dans la bouche de Socrate dans un dialogue de forme platonicienne publié dans un message daté du 29 juillet 2005 sur le site de Pierre Assouline :
    „[Socrate] (…) „Quand un peuple désarmé en tyrannise un autre qui est armé jusqu´aux dents, il faut bien que quelque chose parte en fumée. Il arrive que ce soit des femmes et des enfants. Mais sans cette fumée la vérité qui est en devenir ne pourrait pas monter jusqu´aux narines des pseudi-libérateurs.
    -Socrate ! Je crains que tu ne sois contraint de boire un deuxième bol de bouillon !“
    Il serait bon que vous précisiez comment vous vous positionnez par rapport à ce discours que vous mettez dans la bouche d´un autre, la tyrannie du peuple désarmé étant un poncif antisémite…

    Quoiqu´il en soit je ne souhaite donc pas voir s´éterniser le débat loin de mon intervention : si d´aucuns souhaitent traiter du livre de E.Faye, Skildy vient d´ouvrir avec son dernier texte sur le sujet un autre espace pour ce débat. Je constate en effet qu´absolument personne ne traite du problème que j´ai posé, ni „Lemon“, trop pressé de taper sur M. Faye et qui a de ce fait d´emblée ruiné toute possibilité de traitement de la question posée, ni Skildy, ni Stéphane Domeracki, ni non plus Emmanuel Faye (mais je pense que dans son cas c´est du fait d´un accord sur le fond, et parce qu´il souhaitais répondre à des attaques personnelles). Quand à M. Bel, dont j´apprécie le fait qu´il ait visiblement beaucoup lu, et pas seulement Heidegger (il m´a appris certaines choses d´importance et a esquissé des pistes intéressantes), si je partage certaines de ses analyses je trouve sa vision de Heidegger comme chef d´orchestre du nazisme parfaitement contre productive (ce n´est d´ailleurs pas du tout celle de Emmanuel Faye, et certainement pas la mienne), et il a contribué, par ses interventions, à propulser le débat à des kilomètres du problème bien déterminé qui était posé.

    Si donc 1/ et 2/ venaient à n´être pas respectés, ou si le débat s´éternise loin de ce qui l´a déclenché, je demanderai à Skildy de bien vouloir fermer la rubrique „commentaires“ de mon article -ce sans user pour ma part de menaces quelconques, mais au nom de ce que j´estime être mon droit, dans la mesure où cette rubrique a été ouverte à la suite de mon article.
    Je tiens néanmoins à saluer les participants à ce blog („Lemon“ exclu), dans la mesure où ils ont mené un débat d´une toute autre tenue que ce que l´on a pu lire ailleurs, ce qui est pour moi une satisfaction. Je ne souhaite pas jouer le rôle du censeur, mais je me rappelle que sous le couvert d´un pseudonyme quelqu´un a osé lancer une citation de Hamsun en hommage à Hitler sur le blog du Monde, et je ne comprends pas que Pierre Assouline ne l´ait pas fermé ou à tout le moins précisé les choses, ce qu´il a fait plutôt mollement, pour ensuite affirmer avec satisfaction que „sur ce blog, tout a été dit“, ce qui est bien ce que je lui reproche (je ne comprends d´ailleur pas que ce soit Skildy qui ait subi des pressions parce qu´il y aurait eu sur son site des propos douteux, et pas M. Assouline qui a trop laissé passer). De même une connaissance au moins minimale du sujet apparaît chez chacun, ce qui n´est pas le cas partout, et quand on parle allemand sans avoir de rapport mystique avec sa langue on a l´occasion de souffrir. Ainsi sur le blog de „elisabethflory“ quelqu´un qui se fait nommer „Cercamon“ a avancé dans son message que
    „J´ai lu que les mouchards nazis qualifiaient son style[celui de Heidegger] de „style talmudique“, ce qui, dans leur bouche, signifie : compliqué, sans doute [sic.] menteur, abstrus… En tout cas, pas deutschlich“, qui signifie „clair“ en allemand (mais où on entend l´adjectif deutsch : allemand). Je reste perplexe à la lecture de vos accusations très lourdes et inexistantes“.
    Le „Cercamon“ qui a lu quelque part quelque chose sur des mouchards nazis (que la publication par Emmanuel Faye d´un rapport inédit sur Heidegger dément), et qui fait une confusion énorme entre „deutschlich“ (? „deutschtümelnd“ ?) et „deutlich“, ajoute „étant moi-même linguiste et philologue (connaisseur des langues germaniques de surcroît)“, ce qui ferait rire si l´enjeu n´était si grave (relevons que sur le site de Skildy „ EP“ a commencé par reprendre la traduction Martineau de Sein und Zeit qui traduit „choisit ses héros“ pour „wählt seinen Helden“ alors que wählen est suivi de l´accusatif, mais suite à la correction de M.Faye „EP“ est passé au singulier, ce qui l´honore, et la faute était moins grossière).
    De même on aimerait ne pas croire que celui qui se fait appeler „Pierre Teitgen“ et qui a fait mettre ses textes sur le site dont il a été question soit universitaire comme il le prétend. A peu près au même niveau que „Cercamon“ sur le site „elisabethflory“, au milieu d´un défilé de mythes fédiéens éventés depuis 15 ans et plus, il convoque à la rescousse Hugo Ott après avoir avancé que Heidegger aurait interdit toutes les associations antisémites alors qu´il était recteur. Faut-il rappeler que Hugo Ott a publié un récit de la déportation des juifs de Fribourg (Laubhüttenfest 1940. Warum Therese Loewy einsam sterben mußte), récit où il raconte entre autres la fin de la veuve du professeur de mathématique de Heidegger, et qu´il ponctue de citations nazies de Heidegger et de Jünger ?
    Convoquer une figure aussi sensible à l´antisémitisme que Hugo Ott pour défendre des bobards éventés depuis si longtemps tient de l´obscénité. Si ce „Pierre Teitgen“ a bien les titres et les postes qu´il prétend avoir cela confirmerait ce que je pense d´une bonne partie des intellectuels français et de leur rapport à l´Allemagne, mais là aussi, passons.
    Après avoir subi les „traductions“ de M. Fédier, j´espère, en tant que franco-allemand, ne plus avoir à subir de confusions entre „deutschlich“ (?) et „deutlich“, surtout si de plus il faut „entendre“ une décomposition tout sauf évidente en allemand, mais qui semble de règle chez les „germanistes“ français. Mais, comme je m´en suis félicité, les mythomanies macabres n´ont pas encore eu trop cours sur ce blog, malgré ce que j´estime être des dérives.
    En souhaitant que les choses restent „deutlich“, je salue donc MM. Faye, Bel et Domeracki, quelles que soient les critiques que j´ai pu formuler à leur égard, ainsi que Skildy qui nous accueille.

    Rédigé par : Skildy-Lamy | le 20/12/2005 à 18:13 | Répondre | Modifier
  54. A sa demande je publie une seconde note, complémentaire de la précédente, de Christoph Lamy.

    Je viens de m´apercevoir que Pierre Teitgen a fait son entrée sur le site.

    Mon message, écrit le lundi 19 alors qu´il n´y avait encore que 42 messages, avait pour but précisément de prévenir ce genre de comportement.

    J´ose espérer qu´il va cesser de se parer de ses références universitaires pour balancer des mensonges aussi énormes et faire l´apologie des messieurs dont j´ai parlé (nous n´avons notamment pas du avoir le même compte rendu de la séance à la Sorbonne et de l´intervention de Jean-Pierre Faye, mais attendons que le tout soit publié, nous verrons).

    Christoph Lamy.

    ***

    Rédigé par : Skildy-Lamy | le 20/12/2005 à 18:25 | Répondre | Modifier
  55. Que de dramatisation! Ce n’est tout de même pas de ma faute si Heidegger a programmé l’extermination et si son démiurge Hitler l’a éxécutée. Maintenant, si monsieur Teitgen ne veut pas lire les Chemins d’explication (l’appel à la collaboration pour le salut de l’occident)1937, la Métaphysique de Nietzsche où l’anéantissement est clairement revendiqué comme une nécessité (1940), les Concepts fondamentaux où il est question en 1941 de « décisions imminentes » et les commentaires des hymnes de Hölderlin où il est question de la « corvée de bûches » pour alimenter le bûcher que la « patience » à permis de dresser avec du bois choisi depuis 1930, je n’y peux rien. Moi je lis. Si Monsieur Teitgen ne veut pas lire c’est son droit.

    Que monsieur Teitgen ne veuille pas reconnaître la responsabilité du penseur qui est à l’origine des souffrances des membres de sa famille m’afflige. Les mensonges de Heidegger après la défaite de l’Allemagne ont induit en erreur beaucoup de philosophes français. Il est maintenant temps d’ouvrir les yeux. « Avons-nous assez navigué dans une onde mauvaise à boire, avons-nous assez divagué ? » aurait dit Apollinaire. Mais on ne peut pas écrire pour Ellipses et reconnaître ses torts.

    Je regrette que Monsieur Teitgen se laisse emporter par les dérives de sa passion et qu’il me fasse dire une fois de plus ce que je n’ai jamais dit. J’espère que Noël lui apportera sérénité et vérité et qu’il se laissera gagner par l’écoute attentive…

    Quant à l’agrégation de philo 2006, ce sera un cru bien nazi. Les textes préparatoires au génocide sont inséparables du génocide même si le conditionnement effectué par Heidegger est subtil, trop subtil pour que nos philosophes formatés depuis des années par Jean Beaufret, François Fédier et Froment-Meurice puissent le voir. S’ils faisaient une étude de Heidegger sur la longue durée le projet du Salut de l’Europe, voire du monde, conçu par Heidegger et sa réalisation par Hitler, l’armée allemande et les S.S leur sauterait aux yeux tout de suite. Mais entre leurs yeux et la réalité s’est interposée une vitre de béton. En mettant en évidence les cours de 33/34 et le séminaire inédit de 34/35 Emmanuel Faye leur a montré ce béton. Ils ne veulent pas le voir.

    Que signifie « initier l’attaque depuis le long terme en vue de l’anantissement total »? ( » auf weite Sicht mit den Ziel der völligen Vernichtung »)(Cours du semestre d’hiver 33/34 L’essence de la vérité . G.A.36-37 p 91 §2; Faye p.276).

    Et page 225 G.A.: « Quand le Führer parle de la rééducation en vue de la vision du monde national socialiste, cela ne signifie pas inculquer n’importe quel slogan mais produire un projet mondial,(« Weltentwurf ») une transformation totale »(« Gesamtwandel ». Les deux mots sont soulignés par Heidegger. (Faye page 160).

    Un « projet mondial » qui inclut « l’extermination », je ne vois pas comment on peut être plus explicite. Je veux bien croire que bel ne sait pas ce qu’il dit, mais lui au moins, il lit Heidegger. Et quand il dit que ses assertions reposent uniquement sur des faits,il n’a peut-être pas tort. Quand Monsieur Teitgen refuse de traduire la page 263 de ce même cours où Heidegger dit que « le sang et le sol sont NECESSAIRES pour le Dasein d’un peuple » bien qu’ils ne soient pas des « conditions suffisantes », cela aussi est un fait. Chacun sait ce qu’est une condition nécessaire en mathématiques. Mais il paraît que Bel ne sait pas lire l’allemand. Alors que voulez-vous quand on a accusé son chien de la rage on ne peut pas lui reconnaître des vertus.Il faut l’abattre. Malheureusement dénigrer Bel ne servira à rien, les faits sont têtus. La Gesamtausgabe a été publiée, alors? Pourquoi s’obstiner? Quel combat d’arrière garde Monsieur Teitgen mène-t-il?

    Qu’il y ait eu scission en 1933/34 au sein de l’équipe philosophique dirigeante n’empêche pas que Heidegger dans la perspective hölderlinienne ait dirigé la politique national-socialiste de 1919 à 1945 et qu’il ait tenté de relancer le mouvement après la défaite, hélas pour lui, sans succès. Le dieu de la guerre, le dernier dieu, qui aurait réalisé son plan mondial n’est pas venu. Mais il viendra, il est mort avec cet espoir. Et il a fait publier la Gesamtausgabe « de dernière main » à cette fin. Ce n’est peut-être pas un hasard s’il emploie pour parler de ses « écrits -chemins » la même expression que Paul de Lagarde. Qui se ressemble, s’assemble. Surtout lorsqu’il est question d’antisémitisme. Et dans ce domaine-là Heidegger n’a de leçons à recevoir de personne.

    Si je parle de « dieu de la guerre », c’est parce que le discours sur la culture de 1936 parle de Napoléon en ces termes: « ce dieu de la guerre » (« Pour un idéal purement artistique) » . Et on sait l’admiration que Hegel, Nietzsche et Heidegger avaient pour Napoléon, sans parler des comtes Yorck. On a de bonnes raisons de penser que le dieu n’a pas changé de nature entre 36 et 76. Heidegger, lui, en tout cas, n’a pas changé. Alors pourquoi son « dieu temporel » l’aurait-il fait?
    michel bel

    Rédigé par : bel | le 20/12/2005 à 19:22 | Répondre | Modifier
  56. Je tiens avant tout à remercier Christophe Lamy pour son intevention qui redonne un vent de sagesse à ce forum qui en manque cruellemment.J’aimerais avoir son sang-froid.Mais j’ai tellement le sentiment de ne pas avoir lu le même Heidegger que certains protagonistes du débat que j’ai du mal à ne pas céder à l’ironie et à la moquerie. Je fais mon méa-culpa, bien sincère puisque j’écris sous mon vrai nom.
    A ce sujet ,je tiens à préciser, et même si il n’a guère beson demon aide pour se défendre, que le dénommé « Lemon » qui est une de mes connaissances, n’a nullement pris un pseudonyme pour masquer de basses intentions; je pense d’ailleurs que ses intentions d’apostropher Faye sur cette page est motivée par l’apparition,d’habitude rare de celui-ci ici.Il me semble aussi que celle-ci n’est pas tant « hors sujet » que cela , mais je laisse à Monsieur Lamy le soin d’administrer au mieux les commentaires.
    Pour ce qui est du cas de Pierre Teitgen,il me semble qu’il ne fait aucun doute qu’il s’agit bien de lui; et , évidemment ,cela ne me désole pas le moins du monde. Au contraire je suis ravi quand les universitaires tant décriés viennent défendre la voie « médiane » du débat.Même si la référence à Ott était incontestablement maladroite (comme toute référence biographique à mon sens) , il semble avoir une connaissance non négligeable de l’oeuvre de Heidegger, mais pas de l’ »affaire ». On nous apprend à être professeurs de philosophie, pas journalistes. On nous apprend à penser ,non à bavarder et à s’improviser historien. Si il y avait dés lors une quelconque lacune quand à l’ »affaire Heidegger » chez l’un des protagonsites de la discussion , je ne lui en voudrais pas. C’est les textes qu’il faut travailler-et il me semble avoir les capacités nécéssaires pour ne pas me laisser « balader » par un Heidegger odieusement nazi. Ma version annotéee du « Nietzsche » est truffée de points d’exclamation dans la marge…Mais pas seulement pour m’étonner de certains passages délirants (par ex. celui de la justificationde la défaite francaise de 1940…) , mais aussi parce qu’en ces cours il ya bien des passages de « résistance  » de Heidegger au nazisme alors en vigueur. J’entend d’ici les ricanements de certains,prompt à affirmer que quiconque ne voit pas en Heidegger le théoricien de la Shoah s’est laissé dupé : cette alternative me paraît incroyablement pauvre.
    En l’occurence puisque l’on me demande de me positionner,je persisterai à penser qu’il est de bon goût de renvoyer dos à dos les illuminés des deux bords.
    Je me souviens être allé voir « la bande à Fédier », à Lausanne, avec « Lémon » d’ailleurs,avec pour simple ambition de bien nous marrer en entendant la réponse de Fédier à sa communication : « Comme je traduit « Ereignis » »…
    C’est avec le même sentiment disons de « non-appartenance » que je suis allé Salle Cavaillès à la Sorbonne voir le show de Faye. L’attitude de Guest et Sichère, rouges de colère et quelque peu ridicules , m’a conforté dans mon absence de prise de position entre ces deux clans qui alternent sagesse,exactitude,pondération avec délire,paranoïa,mensonges éhontés et poses de martyrs. Une chose est sûre les deux parties y trouvenet leur compte. Et ce qui en pâtit , c’est justement la version intermédiaire, j’oserais dire « universitaire » que les deux clans trouvent tour à tour trop « molle » ou « complice ».Ce qui pâtit de l’interminable « affaire Heidegger » c’est l’étude de son oeuvre en dehors du contexte du nazisme– toute celle qui a été possible jusqu’à présent, et qui est désormais moquée,salie mais qui n’a aucunement lieu de disparaître. Le livre réçent de Maxence Caron en est la preuve. Mes références à moi, ce n’est ni Faye ni Fédier, ni Bel ni Guest. Ce sont les Michel Haar, Catherine Malabou,Didier Franck,Jean Greisch……….tous ceux qui sont professeurs de philosophie; pas historiens improvisés,pas redresseurs de tort-inquisiteurs,pas des Cassandre du dimanche etc. Et tous ces gens que du reste je ne connais pas ont été attaqués du moment que l’on a affirmé qu’on ne peut comprendre Heidegger exclusivement qu’à partir du nazisme.Est-ce honteux de trouver cela faux , ou au moins éxagéré?…SD

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 20/12/2005 à 19:52 | Répondre | Modifier
  57. …Heidegger, adorateur de Napoléon?…
    Monsieur Bel , relisez si vous le voulez le tout début du cours de 1936 sur Schelling…La référence à Blüchner suffit à réfuter vos divagations…

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 20/12/2005 à 19:59 | Répondre | Modifier
  58. A M. Lamy

    1°) Où et quand me suis-je paré de mes titres universitaires?
    2°) Que nous ne soyons pas d’accord sur les faits, les textes et leur interprétation est un fait. Que vous en veniez aux injures en est un autre. Je croyais que Skildy avait érigé contre ce genre de dérives certaines règles… Elles ne sont visiblement qu’à sens unique. Tant pis.
    3°) Concernant vos attaques contre Gérard Guest (fils de résistant, déporté, et peu suspect, ne serait-ce que par son orientation politique, d’être un néo-nazi), je ne peux évidemment répondre en son nom. Je peux en revanche répondre au mien propre, quant aux attaques dont je fais ici l’objet: elles ne méritent que le plus profond mépris — soyez donc assuré du mien. Je n’ose dire ce que vous pouvez faire de vos critiques de l’université française.

    Pierre Teitgen

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 20/12/2005 à 20:41 | Répondre | Modifier
  59. PS. Je relis les messages de M. Lamy, et je voudrais tout de même ajouter ceci: les gens par lui visés ne prétendent pas que Heidegger était nazi, mais que ce n’est pas si grave, ou qu’il avait quelque raison de l’être. Ce qu’ils contestent, c’est l’accusation elle-même. On peut donc les traiter de crétins bornés, d’aveugles, d’imbéciles qui n’ont rien compris (et on ne s’est pas privé, ici ou ailleurs, de le faire); il me semble plus délicat de les parer du titre peu glorieux de fachistes ou de néo-nazis. Contester le nazisme de Heidegger, ce n’est pas avoir des sympathies pour le nazisme lui-même (où va-t-on, s’il faut le rappeler? ).

    Les arguments ad hominem développés ici à longueur de pages me semblent donc un peu lassants et ne pas servir à grand chose — surtout quand ils s’appuient sur une psychologie de bas étage supputant les noires intentions de tel ou tel, et donnent lieu à d’invraisemblables diarrhées verbales. Libre cependant à Monsieur Lamy de se plonger dans ce genre de fange s’il le souhaite — qu’il ne compte pas sur moi pour l’y rejoindre, c’est tout.

    Pierre Teitgen

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 21/12/2005 à 00:31 | Répondre | Modifier
  60. Comme je répondais à M. Teitgen les messages de M. Lamy se sont intercalés entre les propos de M.Teitgen et le mien. Ce décalage entre les énoncés peut donner lieu à des méprises. Je ne voudrais pas que ce soit le cas pour mes réponses précédentes.
    Je voudrais d’abord remercier M. Lamy pour ses deux dernières interventions et répondre à la question relative au « peuple désarmé ». Je vois que mes propos satiriques ont été lus et je m’en réjouis. Je ne voudrais pas qu’ils soient pris à contre sens. Le « peuple désarmé » est le peuple juif. C’est lui que les nazis considèrent comme le « tyran » du peuple allemand. Il suffit de lire Mein Kampf pour être conscient de cette absurdité. Mais on sait que les nazis s’appuyaient sur cet infâme torchon qu’est le Protocole des Sages de Sion pour dire cela. Voulant libérer la terre du peuple juif ils se sont identifiés aux tyrannoctones grecs Harmodias et Aristogiton dont ils ont promené les statues dans les rues des villes lors des différents défilés en l’honneur de l’art allemand. Les nazis armés jusqu’aux dents ont accusé les juifs sans armes d’être leurs tyrans. On voit déjà le ridicule de la chose. Mais ce n’est pas tout. persévérant dans leur psychose -car c’en était une- ils ont poussé le vice jusqu’à les envoyer aux fours crématoires , cherchant à passer aux yeux des Allemands pour des libérateurs. Ils espéraient être fêtés en vrais libérateurs pour cet « exploit ». Heidegger , leur tête pensante a déclaré en 1935 dans « L’origine de l’oeuvre d’art »: « L’oeuvre libère la terre pour qu’elle soit une terre ».(Chemins p.35) Las « créateurs », les « gardiens », « la rerre » ne renvoient pas à l’art des sculpteurs dans cette conférence mais à la politique nazie. Il s’agit de rendre la Terre « judefrei ». « Chaque fois qu’un art advient l’histoire commence ou reprend à nouveau » (Chemins p.61). En 1966 au cours de son séminaire sur Héraclite mené conjointement avec Eugène Fink Heidegger dira  » mon chemin de pensée va du logos au feu » et il ajoutera  » si la vérité était fumée on pourrait la recevoir par les narines ». Le tyrannoctone après avoir accompli son oeuvre se souvient encore de l’odeur et n’aspire qu’à recommencer, puisqu’il avait pressenti Eugène Fink pour prendre sa relève. Celui-ci n’a pas voulu. Heidegger lui a répondu par lettre en lui citant ce mot de Nietzsche: « On récompense bien mal un maître quand on ne reste jamais que l’élève » (30 mars 1966).

    1 ) Le pseudo-Socrate:
    J’ai voulu montrer dans ma sotie à la fois l’ignominie et le ridicule de la position nazie. Il est évident qu’un peuple sans défense qui cherche à s’intégrer ne peut pas être le tyran du peuple hôte qui a une puissante armée et une économie prospère. Les prétendus tyrannoctones nazis n’étaient rien d’autre que de vulgaires assassins conditionnés par les « protocoles » dont le Vökischer Beobachter faisait ses choux gras. Heidegger acquis aux idées du pseudo économiste antisémite Feder croyait à la puissance oppressive juive sur le plan financier et intellectuel. Les propos qu’il tient dans « Séjours  » sur « une puissance étrangère » sans la nommer , propos qui font écho à beaucoup d’autres pourraient laisser penser qu’il croyait à l’authenticité des Protocoles. Quoi qu’il en soit on n’a pas besoin de ça pour voir son rôle véritable dans le nazisme.

    Ai-je répondu avec suffisamment de clarté à votre interrogation. Les gens qui m’ont traité de négationniste m’ont lancé une insulte qui m’a profondément blessé car si quelqu’un mène un combat contre les négationnistes et les révisionnistes pro-nazis c’est bien moi. En déformant mes propos on m’a fait dire le contraire de ce que j’ai dit et c’est ignoble. Je leur pardonne car je n’ai jamais gardé de rancune envers qu que ce soit, mais je n’oublierai jamais. Une accusation semblable est trop grave.

    2) Je ne suis pas intervenu sur ce blog pour répondre au problème posé par le texte de Nancy mais pour faire cesser les calomnies de Domeracki et de quelques autres sur mon compte. Il vient un moment où il faut mettre les choses au point.

    3 ) je trouve normal que vous ayez trouvé mes positions excessives et parfois étranges. Ce qui ne veut pas dire qu’elles le soient. Pour arriver à voir les choses comme je les vois aujourd’hui, il faut faire un très long cheminement,- remonter dans l’histoire affective, religieuse et intellectuelle de Heidegger- qui oblige à repenser le statut de l’oeuvre. Je vous en parlerai de vive voix si vous voulez. Mais les philosophes, d’une façon générale, ne sont pas prêts pour ce genre de travail. Ils sont assez peu formés dans le domaine médical et sont pour l’immense majorité peu instruits sur la gnose , sur l’ésotérisme et sur l’alchimie. Ce qui n’était pas le cas pour Heideger.

    4 ) Je crois, pour ma part que si on veut connaître la position exacte de Nancy, il faut lui écrire. C’est ce que je fais avec tous mes interlocuteurs. Je ne me permets jamais de juger avant d’avoir interrogé. Si Heidegger avait été vivant quand j’ai commencé de m’intéresser à son travail, je serais allé l’interroger en lui posant les questions intimes pour lesquelles j’avais besoin d’obtenir une réponse. Je les ai obtenues par ailleurs. L’affaire est donc règlée. Il m’a fallu davantage de temps, c’est tout. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui je peux parler comme je parle. Je n’ai pas à fournir de preuves puisque je les ai. C’est aux chercheurs à continuer de chercher pour trouver le vrai. Après Jean-Pierre Faye, après Bourdieu, après Adorno, après Goldschmidt, Emmanuel Faye vient de gravir quelques marches supplémentaires. L’escalier du vrai se construit peu à peu. Mais le vrai Heidegger n’a pas encore été approché en France. En Allemagne beaucoup de gens le connaissent mais se taisent par peur des représailles. Beaucoup m’ont demandé de garder le secret. C’est dire à quel point le poids politique des nazis est encore fort. Beate Klarsfeld en a fait l’expérience à ses dépens. Son travail consistait à retrouver des personnes pour lesquelles un dossier d’accusation avait été solidement établi.

    Dans le cas de Heidegger les choses sont différentes. Nous sommes ici au coeur du réacteur et le crime n’est pas de même nature.Ici c’est le gnostique qui parle, qui agit, qui ordonne. Hans Jonas a fini par le comprendre et son oeuvre reflète cette compréhension à partir des années 60. Sous l’apparence philosophique, chez Heidegger, il y a la gnose et sous la gnose il y a encore deux autres couches : la plus accessible est celle de la transmutation alchimique de l’humanité par le feu (le bien c’est le mal -cf. son Schelling). Quant au coeur ultime du réacteur je préfère le laisser dans la piscine pour le moment. Il sera toujours temps d’en parler quand l’heure sera venue.Le seul passage de la péri-philosophie à la Gnose occupera les philosophes pendant un bon moment.Quant à la compréhension du « grand art » dont il est question dans la conférence sur l’origine très peu sont capables de le saisir. J’aurais aimé savoir si Matton y a accédé. Il était bien placé pour ça. Mais je ne crois pas qu’il ait fait le pas qui conduit le regard vers l’intérieur de la « Chose ». Françoise Bonardel n’est pas passée loin mais elle est restée en dehors. En ce qui concerne la dernière sphère, la plus intérieure, Florence Tamagne a gravité autour du noyau, mais elle n’a rien vu. Nicolas Sombart sait beaucoup de choses mais il ne les dit que par allusion. Et puis ce ne sont pas des philosophes au sens universitaires du terme.

    Pour ma part je ne connais Nancy que par ses écrits et je n’ai pas encore pu en tirer grand chose pour répondre à mes interrogations. Je préfèrerais que Jean-François Courtine se démarque clairement car il y a chez lui un authentique souci de la recherche. Il est sur le point de faire le saut. Je me demande qu’est-ce qui le retient. Je lui ai écrit. J’attends sa réponse.

    L’article de Nancy qui m’avait paru bizarre et peu convaincant et qui de toute façon est insoutenable invite à se poser une question. Pourquoi Freud et Heidegger à peu près à la même époque ont-ils été conduits à donner une réponse si différente au problème de la « conscience malheureuse », c’est à dire au problème du blocage de la libido par la répression religieuse et morale? Du point de vue où je me place depuis longtemps, il est facile de voir que l’un et l’autre ont cherché un remède au mal. Freud en élaborant une thérapeutique fondée sur une étiologie des névroses et des psychoses, l’autre en produisant une résilience dévoyée. le premier a vu souffrir. Le second a souffert d’une manière plus aiguê que la normale. L’un a étudié , l’autre a cherché à se libérer. Le point commun, c’est qu’ils vivent tous deux dans un siècle où la repression sexuelle est devenue insupportable. Pour faire bonne mesure il eût fallu ajouter Nietzsche. mais en réalité c’est toute une pléiade de penseurs qui travaillent à la libération des êtres humains de leurs chaînes en matière de sexualité.Le remède freudien, le remède nietzschéen et le remède heideggérien sont très différents. Les trois modes de libérations sont aux antipodes. Freud s’appuie sur le transfert et sur la parole, Nietzsche s’en prend au crucifié et propose l’inversion des valeurs , heidegger propose, lui, de prendre les choses à la racine , de s’attaquer à l’origine du mal : le peuple juif , sa métaphysique et sa morale. Le meilleur moyen de s’en débarrasser, c’est non seulement la destruction de la métaphysiqte, mais encore l’anéantisement.Heidegger pense ainsi libérer le monde d’une tyrannie. Les solutions nietzschéenne et heideggérienne sont des solutions de nature psychotique. La solution freudienne est de nature scientifique. Loin d’être une voie de guérison l’attitude nietzschéenne- heideggérienne est une tentative de résilience. Une illussion de libération. Un crime.
    michel bel

    Rédigé par : bel | le 21/12/2005 à 01:25 | Répondre | Modifier
  61. Archives :

    Emmanuel Faye écrit dans un article paru au mois d’août dans le quotidien allemand Die Zeit : « Cela permet par exemple de voir que la remise en cause par Heidegger de la planétarisation de la technique et sa récusation radicale de la métaphysique sont largement postérieures à 1945 et donc nullement présentes en juin 1940, lorsqu’il enseigne, en des termes qui sont incontestablement ceux d’une approbation, que la « motorisation de la Wehrmacht » est un « acte métaphysique » »

    En vérité, le thème de l’accomplissement de la métaphysique (die Vollendung der Metaphysik) dans la volonté du puissance, dans la Machenschaft déchainée, et le dépassement de la métaphysique sont présents bien avant juin 1940, de sorte que les propos de Heidegger sur la motorisation de la Wehrmacht n’ont rien d’une approbation.

    Le tome 67 de la Ga, « Metaphysik und Nihilismus », contient en sa première partie le manuscrit de 1938-1939 intitulé « Die Überwindung der Metaphysik », c’est-à-dire un ensemble de 164 paragraphes consacrés au dépassement de la métaphysique

    Dans le tome 69 de la Ga, Die Geschichte des Seyns, manuscrit de 1938-1940, voir les §§ 33 et 34 :
    § 33. Die Vollendung der Metaphysik
    § 34. Die Überwindung der Metaphysik. Der Übergang

    Même chose en ce qui concerne « la remise en cause par Heidegger de la planétarisation de la technique ».
    Dans ce même volume 67 de la Ga, voir les §§ 140-141 :
    § 140. Machenschaft – Technik – Seyn.
    § 141. »Technik«.

    Voir aussi Besinnung (Ga 66), autre manuscrit de la même époque (1938/1939), les chapitres XI. et XII. :
    XI. Die Technik.
    XII. Historie und Technik.

    ___________________________

    Emmanuel Faye affirme dans un article paru au mois d’août dans le quotidien allemand Die Zeit : « A vrai dire, une lecture attentive des paragraphes de Etre et temps sur la mort et sur l’historicité, avec leur éloge du sacrifice, du choix du héros et du destin authentique du Dasein dans la communauté du peuple, montre que cette croyance était déjà à l’oeuvre en 1927. »

    Il n’y a aucun éloge du sacrifice dans Sein und Zeit. L’être envers la mort authentique ne consiste pas à rendre la mort effective en sacrifiant sa vie, mais à se rapporter à la mort comme à une pure possibilité, à la « possibiliser » en la tenant au plus loin de toute effectivité, de toute réalisation.

    En allemand, sacrifice se dit « Opfer ». Ce terme n’a qu’une seule occurence dans Sein und Zeit, p. 240., lorsque Heidegger affirme que la mort est la possibilité la plus propre, mienne, insubstituable, celle que l’on ne peut jamais déléguer. On peut bien se sacrifier pour autrui, mais ce n’est jamais lui ôter son mourir, ce n’est jamais mourir de sa mort à sa propre place.

    Cf. Sein und Zeit, p. 240 : « Keiner kann dem Anderen sein Sterben abnehmen. Jemand kann wohl »für einen Anderen in den Tod gehen«. Das besagt jedoch
    immer: für den Anderen sich opfern »in einer bestimmten Sache«. »

    « Nul ne peut prendre son mourir d autrui. L’on peut certes « aller à la mort pour un autre », mais cela ne signifie jamais que ceci : se sacrifier pour l’autre « dans une affaire déterminée ». » (trad. Martineau, p. 178)

    Il s’agit là d’une simple constatation phénoménologique et il n’y a aucun éloge du sacrifice.

    Heidegger évoque aussi à quelques reprises l’Aufgabe. Mais Aufgabe n’a aucune connotation héroique, militaire ou sacrificielle : il signifie renoncement, aban-don (Auf-gabe). C’est à tort que Martineau traduit ce terme par « sacrifice ».
    Cette mise en avant de l’Aufgabe par Heidegger, ou plutôt de la possibilité de l’Aufgabe, a pour objectif de montrer que la résolution devançante signifie constance du soi, maintien, assurance, certitude, être sûr de soi dans ses décisions, mais que cette constance ne signifie pas que le Dasein existant résolument soit incapable de changer, d’évoluer, de se remettre en question, de s’adapter à une nouvelle situation. La résolution est constance, mais non raidissement (Versteifung) ou sclérose de l’existence obstinée sur les possibilités qu’elle a choisis.
    En devançant la mort, le Dasein devance la possibilité de l’impossibilité. La mort est l’impossibilité du Dasein : en elle toutes ses possibilités deviennent impossibilités. En se décidant pour un possible depuis le devancement de sa propre mort, le Dasein comprend donc toujours en même temps qu’il peut se défaire de ce possible. Il se tient donc libre, disponible pour reprendre (Zurücknehmen) ce qu’il a donné, ce qu’il a choisit, s’il le faut, si sa situation l’exige.

    Cf, Sein und Zeit, p. 307-308 : « Was bedeutet dann die solcher Entschlossenheit zugehörige Gewißheit? Sie soll sich in dem durch den Entschluß Erschlossenen halten. Dies besagt aber: sie kann sich gerade nicht auf die Situation versteifen, sondern muß verstehen, daß der Entschluß seinem eigenen Erschließungssinn nach frei und offen gehalten werden muß für die jeweilige faktische Möglichkeit. Die Gewißheit des Entschlusses bedeutet: Sichfreihalten für seine mögliche und je faktisch notwendige Zurücknahme. »

    « Que signifie alors la certitude qui appartient à une telle résolution ? Elle doit se tenir dans ce qui est ouvert par la décision. Or cela revient à dire qu’elle ne peut justement se raidir sur la situation, mais doit nécessairement comprendre que la décision, suivant son sens d’ouverture propre, doit être tenue libre et ouverte pour toute possibilité factice. La certitude ne la décision signifie :se tenir libre pour sa re-prise possible et à chaque fois facticement nécessaire.  » (trad. Martineau, p. 219)

    L’Aufgabe dont il est question, c’est donc la possibilité pour le Dasein qui existe authentiquement d’évoluer, d’abandonner des décisions pour en prendre d’autres, conformément à ce qu’exige la situation sur laquelle il garde son coup d’oeil (Augenblick ; l’instant).

    Cf. Sein und Zeit, p. 391 : « In der Entschlossenheit liegt die existenzielle Ständigkeit, die ihrem Wesen nach jeden möglichen, ihr entspringenden Augenblick schon vorweggenommen hat. Die Entschlossenheit als Schicksal ist die Freiheit für das möglicherweise situationsmäßig geforderte Aufgeben eines bestimmten Entschlusses. »

    « Dans la résolution est contenue la constance existentielle qui, par essence, a déjà anticipé tout instant possible né d’elle. La résolution comme destin est la liberté pour l’abandon, tel qu’il peut être exigé par la situation, d’une décision déterminée. »

    Pour cette raison, le devancement de la mort et lui seul permet au Dasein résolu de ne pas se raidir sur ses décisions. Voilà pourquoi Heidegger écrit :

    Sein und Zeit, p. 264 : « Das Vorlaufen erschließt der Existenz als äußerste Möglichkeit die Selbstaufgabe und zerbricht so jede Versteifung auf die je erreichte Existenz ».

    « Le devancement ouvre à l’existence, à titre de possibilité extrême, l’abandon de soi [ou bien renoncement à soi, ou encore don de soi, comme traduit Vezin]et brise ainsi tout raidissement sur l’existence à chaque fois atteinte ».

    Mais répétons le une fois encore : il ne s’agit en aucun cas de réaliser la mort, de la rendre effective dans un sacrifice. Car le devancement arrache la mort à toute effectivité et la comprend comme possibilité pure et simple.

    Cf. Sein und Zeit p. 261 : « muß die Möglichkeit ungeschwächt als Möglichkeit verstanden, als Möglichkeit ausgebildet und im Verhalten zu ihr als Möglichkeit ausgehalten werden. »
    Et p. 262 : « Die nächste Nähe des Seins zum Tode als Möglichkeit ist einem Wirklichen so fern als möglich ».

    « la possibilité doit être comprise sans aucune atténuation en tant que possibilité, être configurée en tant que possibilité, être soutenue, dans le comportement face à elle, en tant que possibilité ».
    « La proximité la plus proche de l’être pour la mort comme possibilité est aussi éloignée que possible d’un effectif ». (trad. Martineau, p. 219).

    ________________

    Passons maintenant au fait que le Dasein résolu se choisit ses héros. Reprenons tout simplement le texte de Heidegger pour voir qu’il n’y a là rien de nazi.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die Wiederholung ist die ausdrückliche
    Überlieferung, das heißt der Rückgang in Möglichkeiten des dagewesenen Daseins. Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt – gründet existenzial in der vorlaufenden Entschlossenheit; denn in ihr wird allererst die Wahl gewählt, die für die kämpfende Nachfolge und Treue zum Wiederholbaren frei macht. »

    « La répétition est la délivrance expresse, c’est-à-dire le retour dans des possibilités du Dasein qui a été Là. La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit ses héros-se fonde existentialement dans la résolution devançante; car c’est en elle seulement qu’est choisi le choix qui rend libre pour la poursuite du combat et pour la fidélité au répétable ». (trad. Martineau, p. 265).

    Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que le Dasein résolu, en devancant la possibilité ultime de la mort, assume l’ensemble des possibilités qui lui échoient de facto et parmi lesquelles il a à se décider. Mais ces possibilités ont déjà été choisies par d’autres avant lui (ceux que Heidegger appelle Dasein ayant été là). Ces possibilités sont donc traditionelles. Les assumer dans la résolution, c’est donc en hériter. Puisque la possibilité a toujours déjà été choisies par d’autres avant lui, le Dasein, dans sa décision pour cette possibilité, la répéte. Exemple : devenir philosophe est une possibilité dont j’hérite. Mais bien d’autres ont été philosophes avant moi, de sorte que devenir philosophe, c’est répeter cette possibilité, non pas à l’identique, mais en me l’appropriant. Celui qui devient philosophe reprend le flambeau de la philosophie, il poursuit le combat pour la pensée inauguré par d’autres avant lui, il s’est choisis les philosophes pour héros. Les héros n’ont donc ici aucune connotations guerrières. Même Faye, en choisissant, parmi toute les possibilités qui lui echoient, de travailler sur Descartes, a choisis son héros !

    ________________

    Dernier point : Volksgemeinschaft est un terme appartenant au vocabulaire courant du national-socialisme. Mais contrairement à ce qu’affirme Faye, ou à ce qu’il a espéré, Heidegger ne parle pas de communauté du peuple (Volksgemeinschaft) : ce terme n’a aucune occurrence dans Sein und Zeit.
    A l’inverse, Heidegger parle de la communauté, et du peuple, ce qui est tout à fait différent. Reprenons le texte :

    Cf. Sein und Zeit, p. 384 : « Wenn aber das schicksalhafte Dasein als Inder-
    Welt-sein wesenhaft im Mitsein mit Anderen existiert, ist sein
    Geschehen ein Mitgeschehen und bestimmt als Geschick. Damit
    bezeichnen wir das Geschehen der Gemeinschaft, des Volkes ».

    « Mais si le Dasein destinal comme être-au-monde existe essentiellement dans l’être-avec avec autrui, son provenir est un co-provenir, il est déterminé comme co-destin, terme par lequel nous désignons le provenir de la communauté, du peuple. » (trad. Martineau, p. 265)

    Le Dasein se destine, s’adresse, se délivre un héritage de possibilités. Mais cet héritage est toujours commun, il est un ensemble de possibilités d’existence avec autrui dans un monde partagé (Mitwelt). L’héritage de possibilités est celui d’une communauté, en laquelle les Dasein peuvent du coup de décider pour une même possibilité. C’est sur le fond de ce même monde, de ce commun héritage, de ce destin commun, qu’est possible l’engagement pour la même chose : ce peut être le fait de partager un projet, de lutter ensemble pour quelque chose, par exemple pour faire connaître la pensée de Heidegger.
    Mais évidemment, seuls peuvent partager et lutter ensemble pour la même chose les Dasein qui sont contemporains les uns des autres, ceux qui appartiennent à la même génération. Voilà pourquoi Heidegger écrit :

    Sein und Zeit, p. 385-384 : « Das schicksalhafte Geschick des Daseins in und mit seiner »Generation«1 macht das volle, eigentliche Geschehen des Daseins aus. »

    « Le co-destin destinal du Dasein dans et avec sa « génération »1 constitue le provenir plein, authentique du Dasein ». » (trad. Martineau, p. 265)

    Il s’agit donc des contemporains, de ceux d’une même génération, et en aucun cas d’une même race ou d’un même sang ! Heidegger, pour la signification de la génération, renvoie en note à Dilthey, qui n’est absolument pas un nazi.

    Voici la définition qu’il donne de la génération : « une génération forme une cercle assez étroit d’individus qui, malgré la diversité des autres facteurs entrant en ligne de compte, sont reliés en un tout homogène par le fait qu’il dépendent des mêmes grand événements et changements survenus durant leur période de réceptivité ». Dilthey, Le Monde de l’esprit, t. I, Aubier, p. 43.

    Il n’y a aucune trace de racialisme. La communauté est simplement le rassemblement d’individus dans une même situation.

    ______________________________________________________________________________

    Emmanuel Faye me répond :

    « Réponse à l’objection d’EP sur le choix des héros dans Sein u. Zeit:

    Heidegger ne dit pas que le Dasein se choisit ses héros, mais qu’il se choisit son héros: « das Dasein sich seinen Helden wählt » (p.385). Le pluriel est une faute de traduction d’E. Martineau.

    Sur le fond, interpréter, comme le fait EP, ce choix à la manière sartrienne, c’est-à- dire comme un choix individuel est certainement un contresens. En effet, il s’agit explicitement du dasein tel qu’il advient dans la communauté, le peuple, et non d’un destinindividuel. C’est la Gemeinschaft, c’est le Volk, qui se lie à son héros. Ce que Heidegger a en tête, on le voit en lisant aujourd’hui les cours et séminaires des années 1933-34, où il réinterprète explicitement Sein u. Zeit dans un sens politique, et dans le contexte de l’allégeance du Volk à son Führer.

    Tout cela est très clair également dans la présentation de Sein u. Zeit publiée dans le journal Der Alemanne, le 3 mai 1933.
    J’y reviendrai.
    E.F. »

    ___________________________________

    Dans son interprétation, Emmanuel Faye passe de « le Dasein se choisit son héros » à « la communauté/le peuple se choisit son Führer ».

    Tout d’abord : rien ne permet dans le texte de Heidegger de passer de héros à Führer.
    De plus : le Dasein appartient toujours à un peuple, à une communauté avec laquelle il partage son héritage de possibilités d’existence, mais cela ne permet en aucun cas de tirer un trait d’équivalence entre Dasein et communauté, cela n’autorise pas à affirmer Dasein = Gemeinschaft/Volk, et à substituer l’un à l’autre. Le Dasein appartient à un peuple, mais il n’est pas le peuple. Quand Heidegger affirme que le Dasein choisit son héros, cela ne signifie donc pas le choix d’un héros par la communauté.

    De plus, choisir son héros ne signifie en aucun cas choisir un individu appartenant à notre époque présente, un individu contemporain au sein de la communauté pour en faire un héros, un Führer. Car le choix du héros c’est la répétition, c’est à dire un rapport au passé, un rapport au Dasein ayant été là, un rapport aux hommes qui nous ont précédés et qui, par leur existence, nous on ouvert des possibilités dont nous héritons.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die Wiederholung ist die ausdrückliche Überlieferung, das heißt der Rückgang in Möglichkeiten des dagewesenen Daseins. Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt… »

    « La répétition est la délivrance expresse, c’est-à-dire le retour dans des possibilités du Dasein qui a été Là. La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit son héros-… »

    Choisir son héros pour le Dasein, c’est donc, en choisissant une possibilité qui a déjà été choisie par d’autres avant lui, choisir un héros parmi ceux qui nous ont précédés en reprenant le flambeau, en continuant ce qu’ils ont entrepris. Je le répète : en choisissant de travailler sur Descartes, Emmanuel Faye a choisi son héros, parmi d’autres figures possibles du héros.

    Le dernier élément qui réfute définitivement l’interprétation du choix du héros comme étant non un choix individuel mais un choix collectif, celui de la communauté, du peuple, ce dernier élément donc, c’est le fait que ce choix s’origine dans la résolution devançante.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt – gründet existenzial in der vorlaufenden Entschlossenheit ».

    « La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit son héros-se fonde existentialement dans la résolution devançante ».

    Le choix du héros n’est possible que dans la résolution devançante. Or, celle-ci est toujours celle d’un individu singulier isolé sur sa propre mort par l’angoisse. Résolution devançante signifie Vereinzelung : individuation, singularisation, isolement, esseulement… La résolution devance la mort. Celle-ci, en tant que possible qui me concerne moi en propre, moi et moi seul, moi en tant que singulier, rend insignifiants tous les rapports à l’autre : elle rend le Dasein irrelatif (unbezügliche). La disposition affective de la résolution devançante, en laquelle seulement il est possible de choisir son héros, est l’angoisse qui isole le Dasein et l’ouvre comme solus ipse, dans un solipsisme existential.

    Cf, Sein und Zeit, p. 188 : « Die Angst vereinzelt und erschließt so das Dasein als »solus ipse«. »

    « L’angoisse isole et ouvre ainsi le Dasein comme « solus ipse » ». (trad. Martineau, p. 145).

    Cf, Sein und Zeit, p. 263 : « Der Tod »gehört« nicht indifferent nur dem eigenen Dasein zu, sondern er beansprucht dieses als einzelnes. Die im Vorlaufen verstandene Unbezüglichkeit des Todes vereinzelt das Dasein auf es selbst. »

    « La mort n’« appartient » pas seulement indifféremment au Dasein propre, mais elle interpelle celui-ci en tant que singulier [on peut traduire aussi par isolé]. L’absoluité de la mort comprise dans le devancement isole le Dasein vers lui-même ». (trad. Martineau, p. 192).

    Cf, Sein und Zeit, p. 322 : « Das Dasein ist eigentlich selbst in der ursprünglichen Vereinzelung der verschwiegenen, sich Angst zumutenden Entschlossenheit ».

    « Le Dasein est authentiquement lui-même dans l’isolement originaire de cette résolution gardant le silence qui s’intime à elle-même l’angoisse ».

    La résolution devançante est donc l’individuation même, elle est toujours celle d’un individu, et non d’une communauté, de sorte que cette résolution rend possible à l’individu et à lui seul de choisir son héros. En devançant résolument sa propre mort, le Dasein s’isole radicalement, se soustrait à la dictature du On. Il ne laisse plus le On choisir à sa place. De plus, en devançant la mort, il anticipe l’ensemble des possibilités qui sont les siennes pour les assumer, c’est-à-dire pour en hériter. Alors seulement, sur le fond de cette résolution devançante, le Dasein peut choisir une possibilité d’existence, c’est-à-dire répéter la possibilité d’un Dasein ayant été là, c’est-à-dire choisir son héros.

    _________________________

    A propos de l’hommage à Albert Léo Schlageter.

    Emmanuel Faye veut nous faire croire que ce texte serait le cœur même de la pensée heideggerienne de la mort. En vérité, il ne s’agit pas d’un texte philosophique, mais d’un hommage prononcé entre deux séances de cours, et qui tient sur deux pages dans le volume 16 de la Ga. Il s’agit d’un texte purement idéologique, et qui ne contient, me semble-t-il, pas un gramme de philosophie. L’erreur d’Emmanuel Faye est de lire les textes philosophiques (par exemple le paragraphe 74 de Sein und Zeit) comme s’il s’agissait de discours idéologiques, et de lire les discours idéologiques comme s’il s’agissait de textes philosophiques.

    Emmanuel Faye écrit dans sa dernière réponse : « C’est la « solitude » de Schlageter (« allein… ») dans son anticipation de la mort, qui lui permet de mourir « pour le peuple allemand et pour son Reich » (« für das deutsche Volk und sein Reich zu sterben » GA 16, 759-760) »

    Dans ce cas, l’authenticité heideggerienne comme résolution devançant la mort aurait un sens héroïque, militaire, sacrificiel. L’hommage à Albert-Léo Schlageter serait ainsi comme l’aboutissement, le sens ultime de la pensée heideggerienne de la mort exposée dans Sein und Zeit.
    Or, il suffit de se rapporter au texte pour voir qu’il n’y est jamais question d’anticipation (Vorlaufen) de la mort. Il n’y est question, ni d’être envers la mort, ni de résolution, ni de devancement (Vorlaufen), ni d’authenticité, ni d’inauthenticité, ni de la possibilité de l’impossibilité, ni de l’opposition fameuse entre mourir (sterben) et déceder (ableben ; perdre la vie), ni de l’ir-relationnalité de la mort, ni de la Vereinzelung…

    A propos de la Vereinzelung, l’isolement du Dasein sur sa propre mort en tant que possibilité, Emmanuel Faye croit qu’il s’agit de cela lorsque Heidegger dit que Schlageter est mort seul (allein). Il n’en est rien. Schlageter fut condamné à mort par les autorités françaises et fusillé. La solitude de Schlageter, le fait qu’il soit mort seul (allein), signifie qu’il était seul face aux fusils, que personne n’était à ses cotés, que ceux qui ont lutté avec lui étaient absents.
    Or, la Vereinzelung, l’isolement dont parle Heidegger dans Sein und Zeit n’a rien à voir avec le fait que le Dasein soit seul (allein), n’a rien à voir avec la présence ou l’absence d’autrui à ses cotés. Même lorsque autrui se tient à mes cotés dans la relation la plus intime, je peux en m’angoissant pour ma mort m’isoler sur mon être le plus propre. Mais dans cet isolement sur ma mort, autrui n’est pas pour autant devenu absent ! Je suis isolé-singularisé, mais pas seul (allein). A l’inverse, le Dasein peut très bien être seul (allein) sans pour autant être isolé-singularisé par sa mort au sens de la Vereinzelung. Celui qui vit seul peut tout à fait être perdu dans le On.

    Le texte de l’hommage à Schlageter est même souvent en contradiction avec les développements de Sein und Zeit. Heidegger parle de la mort de Schlageter, de la manière dont il meurt. La mort n’est pas ici la possibilité de l’impossibilité, mais elle désigne l’événement mondain, effectif, du décès. Lorsque Heidegger affirme que Schlageter meurt pour le peuple allemand et pour son Reich, cela ne signifie pas mourir au sens où Heidegger l’entend dans Sein und Zeit, à savoir le rapport du Dasein à sa mort. Le Dasein meurt, c’est-à-dire se rapporte à sa mort, de manière fuyante ou assumée, aussi longtemps qu’il est.

    Cf. Sein und Zeit, p. 251 : « Das Dasein stirbt faktisch, solange es existiert ».

    « Le Dasein meurt facticement aussi longtemps qu’il existe ». (trad. Martineau p. 185)

    Or, cela ne peut avoir de sens d’affirmer que Schlageter meurt pour son peuple aussi longtemps qu’il est. Dans ce cas, la mort désigne bien l’événement qui vient à la fin de la vie, et non le mourir en tant qu’être constamment envers la fin (Sein zum Ende). Dans l’hommage à Schlageter, Heidegger prend donc le verbe mourir au sens vulgaire de perdre la vie (ab-leben), décéder, et non dans le sens proprement philosophique de Sein und Zeit.

    La mort de Schlageter est la mort la plus dure et la plus grande (den schwersten und grössten Tod). La mort la plus dure et la plus grande, cela n’a pas de sens du point de vue même de Sein und Zeit. Car la mort, entendue comme pure possibilité de l’impossibilité de l’existence, n’a ni plus ni moins, elle ne saurait être ni plus grande ni moins grande, ni plus difficile, ni moins difficile selon les circonstances, car elle ne dépend pas de celles-ci et n’a rien à voir avec elles. La mort est absolument sans mesure.

    Cf, Sein und Zeit, p. 262 : « Im Vorlaufen in diese Möglichkeit wird sie »immer größer«, das heißt sie enthüllt sich als solche, die überhaupt kein Maß, kein mehr oder minder kennt, sondern die Möglichkeit der maßlosen Unmöglichkeit der Existenz bedeutet. »

    « Dans le devancement dans cette possibilité, celle-ci devient « toujours plus grande » [notez les guillemets], c’est-à-dire qu’elle se dévoile comme une possibilité qui ne connaît absolument aucune mesure, aucun plus ou moins, mais signifie la possibilité de l’impossibilité sans mesure de l’existence ». (trad. Martineau, p. 192)

    Sein und Zeit et l’hommage à Schlageter sont donc séparés par un abîme, de sorte qu’il est absurde de vouloir interpréter Sein und Zeit à partir de cet hommage.

    Dans sa volonté de faire de ce texte le centre de la pensée heideggerienne de la mort, Emmanuel Faye va même jusqu’à interpréter le « meurent-ils ? » des conférences de Brême (Ga 79) à partir de l’hommage à Schlageter !

    Cf. l’interview de Brice Couturier : « Ce que Heidegger veut dire c’est que les victimes des camps d’extermination ne pouvaient pas mourir parce qu’il n’étaient pas dans leur essence des mortels. Derrière cela il y a la conception nazie de la mort comme « sacrifice de l’individu à la communauté ». On trouve déjà annoncée déjà dans Etre et temps et célébrée par Heidegger en mai 33 dans son discours qui exalte Schlageter le héros des nazis mort fusillé par les français en 26 pour, dit Heidegger, « mourir pour le peuple allemand et son Reich ». C’est pour Heidegger mourir de la manière la plus dure et la plus grande. Mais ceux qui ont péri dans les camps d’anéantissement sont, dit-il, grausig Ungestorben, « horriblement non morts ». Ils ne sont pas morts. Ils ne pouvaient pas mourir car ils n’étaient pas dans la « garde de l’être ». Et là ce n’est pas les conditions effroyables de l’anéantissement nazi dans les camps que dénonce Heidegger. C’est le fait que ceux-là, ne mourraient pas de la mort des héros ».

    La conférence de Brême est prononcée en 1949, soit seize ans après l’hommage à Schlageter, après la guerre, et à une époque où Heidegger est revenu de son engagement depuis déjà longtemps. Il est donc absurde d’interpréter cette conférence à partir de l’hommage de 33. Il suffit de lire le texte pour voir qu’il n’y est jamais question ni de sacrifice, ni de peuple, ni de Reich, ni de héros, et que ce sont bien les conditions effroyables de l’anéantissement que Heidegger dénonce, à savoir la liquidation en masse dans la détresse et l’effroi, la fabrication de cadavre dans les camps d’extermination. Sur ce point, je ne peux que renvoyer à la réponse décisive que Gérard Guest a publié sur Parole des jours : « La censure à son comble ».

    Rédigé par : Etienne PINAT | le 21/12/2005 à 02:25 | Répondre | Modifier
  62. L’acharnement thérapeutique sur un mort n’a jamais pu conduire à sa reviviscence. Ces combats d’arrière garde n’ont aucun sens. Le problème n’est plus de savoir si Heidegger était nazi mais jusqu’à quel degré il l’était et surtout pourquoi il l’a été. La mascarade de l’adhésion officielle en 1933 dissimule une réalité beaucoup plus profonde, une détresse existentielle qu’il serait peut-être urgent d’analyser.

    Le texte, rien que le texte! Qu’est-ce que cela veut dire? Quel est le statut du texte dans la vie de Heidegger? Et y en a-t-il un seul ou plusieurs? Quand cessera-t-on de croire que les textes de Heidegger sont des textes philosophiques? Ils ont une apparence philosophique mais une fonction politico-gnostique que les philosophes français ne veulent pas voir. Et pourquoi l’ont-ils? Quelles ont les conditions sociales qui ont fait germer une telle plante idéologico-historiale? Il faudrait peut-être que les philosophes français sortent de leur coquille et se mettent à penser. Heidegger a joué avec la vie de millions de personnes avec son projet mondial. Il a envoyé à la mort des millions de personnes pour satisfaire son prétendu « grand dessein ». C’était un « idéaliste passionné » au sens médical du terme. Il serait peut-être temps qu’on se demande pourquoi un tel démon a surgi et si les conditions qui l’ont fait surgir ne sont pas en train de se reproduire. Sinon c’est à désespérer de la philosophie.

    La technique. N’avez-vous pas compris que le technique chez Heidegger était bonne quand elle était au service de la volonté de puissance des allemands aryens, qu’elle devient mauvaise quand elle est aux mains des autres peuples? Désolidariser la technique de la volonté de puissance d’un peuple n’a pas de sens chez Heidegger.

    Bergson en 1932 demandait à l’Europe d’avoir un supplément d’âme pour éviter le pire. Peine perdue!. Aujourd’hui c’est d’un supplément d’intelligence dont les philosophes français ont besoin. Sera-ce aussi une peine perdue? Va-t-on passer à nouveau « du père au pire »? J’en ai bien peur.

    Rédigé par : bel | le 21/12/2005 à 09:40 | Répondre | Modifier
  63. La dernière intevention de Bel montre bien à quel point on ne peut engager avec lui qu’un dialogue de sourd; car , malheureusement pour ses divagations, il semble bien qu’Ep ait dit vrai , et on ne peut que se féliciter de sa mise au point brillante.

    Rédigé par : Stéphane Domeracki | le 21/12/2005 à 11:00 | Répondre | Modifier
  64. Réjouissez-vous braves gens Domeracki va sauver le monde avec Heidegger créateur du nazisme comme maître à penser.

    De Gaulle disait : »Les Français sont des veaux ». Je crois qu’il y a pire encore. Je crois que j’ai enfin compris l’état de la France aujourd’hui.

    Merci Messieurs de m’en avoir rendu la conscience encore plus aiguë.

    Vivez heureux avec votre Heidegger assassin. je vous souhaite beaucoup de bonheur. Chaque être humain a le dieu qu’il mérite. Vous avez choisi le vôtre. Il exaucera vos voeux. Exultez de bonheur!

    Quant à moi, je ne suis point des vôtres.

    Rédigé par : bel | le 21/12/2005 à 12:14 | Répondre | Modifier
  65. Je remercie vivement Etienne Pinat de sa contribution solide et argumentée, laquelle fait très heureusement relief par rapport aux autres propros tenus (y compris par moi: le temps me manque, mais ce n’est pas une excuse!) dans ce blog. Deux remarques « techniques » cependant:

    1°) Il me paraît très délicat de traduire Faktizität et ses dérivés par « factice ». Si la Faktizität est bien la condition de possibilité ontologique-existentiale du désappropriement, et donc d’une existence en un sens « factice », elle ne saurait cependant se réduire à cela, puisqu’elle est aussi condition de l’existence proprement assumée. Il me semble préférable de traduire par « factivité ». Sur ce point, je me permets de renvoyer à mon article « Propriété et impropriété comme possibilités existentiales: la place du « propre » dans Sein und Zeit », in La propriété: le propre, l’appropriation, Ellipses, 2004, pp. 73-91, et particulièrement à la page 79.

    2°) Sur le choix du héros: la référence à Kierkegaard, quoiqu’assez évidente, est souvent laissée de côté. Je me permets donc ici de citer, parmi beaucoup d’autres occurrences, l’incipit de l’Evangile des souffrances:

    « Quand le vaillant guerrier s’avance courageusement, reçoit en pleine poitrine toutes les flèches de l’ennemi, mais couvre ainsi le compagnon d’armes qui vient derrière lui, peut-on dire que ce dernier le suit ? Quand l’épouse aimante croit avoir en son mari son bien le plus cher ici-bas, le bel exemple auquel elle a souhaité se conformer dans la vie ; quand elle s’avance à son côté en s’appuyant sur lui comme il sied à une femme (car elle a été tirée de sa côte), peut-on dire qu’elle suit son mari ? Quand le maître sans peur demeure tranquille à sa place, entouré d’insultes, persécuté par la jalousie ; quand toutes les attaques sont dirigées sur lui sans jamais viser le disciple qui se joint à lui, peut-on dire que le disciple le suit ? Quand la poule voyant approcher l’ennemi étend ses ailes pour couvrir les poussins, peut-on dire que les petits suivent leur mère ? Non ; l’on ne saurait tenir ce langage ; il faut un changement de situation. Il faut que le hardi guerrier succombe pour savoir si son compagnon va marcher sur ses traces, le suivre en plein danger, faisant de sa poitrine la cible de toutes les flèches, ou si, au contraire, il va lâchement tourner le dos au péril et perdre courage pour avoir perdu son exemple de vertu. Et le noble époux ? Hélas ! il lui fait aller à l’écart, loin d’elle, pour savoir si la veuve affligée, privée de son appui, va le suivre ou abandonner son exemple. Il faut que le maître sans peur se cache ou soit caché dans un tombeau pour que se révèle si le disciple va le suivre et résister sur place, entouré d’injures, en butte à la jalousie ou si, en pleine vie, il va honteusement déserter la place que le maître a glorieusement laissée en mourant. – Suivre, c’est donc s’engager dans la voie même où marcha celui que l’on suit et qui ne précède plus d’une manière visible. Il était ainsi nécessaire que Christ s’en allât, mourût, pour qu’on vît si le disciple voulait le suivre. Bien des siècles se sont écoulés depuis cet événement et pourtant il se produit toujours de la même manière. Car il est un âge où Christ marche, presque visible, près de l’enfant et le précède ; mais il vient aussi un âge où il s’efface aux yeux de l’imagination sensible, afin qu’apparaisse dans le sérieux de la décision si l’adulte veut le suivre.
    Quand l’enfant tient les jupons de sa mère, peut-on dire qu’il suit le même chemin de la même manière ? Non, certes. Il doit d’abord apprendre à marcher seul et tout seul, avant de pouvoir suivre le même chemin de la même manière. Et quand il apprend à marcher seul, que doit alors faire sa mère ? Elle doit se soustraire à sa vue. Sa tendresse reste la même, inaltérable, elle augmente même justement quand le nourrisson fait cet apprentissage : nous le savons, mais l’enfant le ne comprend peut-être pas toujours. Et cette obligation qu’il a d’apprendre à marcher seul et tout seul c’est, dans le monde de l’esprit, la tâche imposée à qui veut suivre un maître : le disciple doit lui aussi apprendre à marcher seul, et tout seul. Chose curieuse, nous parlons presque en raillant, et toujours avec un sourire, du chagrin de l’enfant en cet apprentissage ; et pourtant, il n’y a peut-être pas de termes plus forts, plus saisissants et plus vrais pour exprimer l’extrême degré de tristesse et de souffrance que ces mots : marcher seul et tout seul. La sollicitude divine reste la même et elle est encore, si possible, plus attentive à ce moment critique ; nous le savons bien, mais on ne le comprend peut-être pas toujours pendant l’apprentissage. – Suivre, c’est donc aller seul et tout seul dans la voie où le maître est allé ; c’est n’avoir devant les yeux personne à qui demander conseil ; c’est être obligé de choisir soi-même ; c’est crier en vain comme l’enfant que sa mère ne doit pas aider d’une manière matérielle ; c’est désespérer en vain, car nul ne peut secourir et le ciel ne doit pas le faire d’une manière visible. Mais le secours invisible, c’est justement d’apprendre à transformer ses sentiments à la ressemblance de ceux du maître que pourtant les yeux de chair ne voient pas. Marcher seul ! Personne, absolument personne ne peut choisir pour toi ni te donner à la fin le conseil décisif touchant la seule chose qui compte : ton salut ; et quand beaucoup y seraient disposés, ils le ne pourraient faire qu’à ton détriment. Seul ! Car après le choix, tu trouveras certes des compagnons de route ; mais au moment décisif et en chaque danger mortel, tu restes seul »

    Un dernier point, parce que je me rends compte que C. Lamy remet également en cause Servanne Jollivet. Il est un peu agaçant que M. Lamy se croie le seul en France à parler allemand, et à connaître l’Allemagne. Servanne Jollivet (ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure), y a quant à elle vécu et enseigné de nombreuses années et a, outre celle de l’Allemagne et de la langue allemande, une connaissance de longue haleine de l’oeuvre de Heidegger.

    Pierre Teitgen.

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 21/12/2005 à 12:33 | Répondre | Modifier
  66. Réponse au commentaire de Stéphane Domeracki du 20.12/ 2005 à 19:52

    Cher Stéphane Domeracki,
    je constate avec un mélange de soulagement et de satisfaction que vous avez pris vos distances avec l´attitude de MM. Fédier, Sichère et Guest, même si ce fut sans un mot sur le passage de M.Guest que j´ai cité (M. Teitgen pourra aller vérifier comme tout le monde les références que j´ai données).
    Je vous crois sur parole quant à « Lemon », même si je crois qu´au moins sur la forme il aurait pu mieux faire. Il n´aura sans doute pas lu en entier ce qu´il appelait le « long article de Gérard Guest » auquel il renvoyait pourtant. Si j´approuve votre refus des « illuminés des deux bords », il est par contre hors de question pour moi de renvoyer dos à dos MM. Fédier et Faye, pour des raisons que j´ai déjà amplement développées.
    J´ai plus de mal avec votre séparation de la pensée et de la vie, des actes et de la philosophie. « On nous apprend à être professeurs de philosophie, pas journalistes », dites vous. J´en suis fort aise. Être professeur de philosophie, est-ce donc se détourner du réel ? En ce cas mieux vaut être journaliste (Marx l´a bien été, et un bon), ce serait plus rigoureux humainement et, en fin de compte, intellectuellement. La philosophie n´est-elle pas le projet de mieux vivre à l´aide de la raison ? N´ayons pas peur de formuler « naivement » les choses, puisque l´on peut aller loin en partant des « évidences »… Une philosophie qui conduit à un désastre humain total et à un aveuglement pareil me paraît déjà invalidée de ce fait, mais passons.
    Vous citez des noms (Haar, Malabou, Greisch, Franck) respectés et dont je connais, pour certains, les travaux. Si il m´est arrivé de trouver des passages intéressants dans les dites oeuvres, je regrette par contre qu´ils persistent à aborder abstraitement les textes, sans prise en considération du contexte historique et de ses enjeux. Cette approche des oeuvres a l´inconvénient de rendre la philosophie bien abstraite, et abstraite de tout
    : des conflits sociaux politiques comme des enjeux existentiaux, de tout ce qui dans le contexte permet de mieux comprendre une oeuvre. Or qui peut dire pouvoir vraiment comprendre quelque chose à Platon sans savoir un peu d´histoire de la Grèce ? Avec Heidegger on a bien affaire à un contexte, et celui-ci n´est pas celui de la Grèce antique. Il n´a d´ailleurs pas fait que lire les grecs dans le texte, comme on le souligne à l´envie, mais aussi par exemple Clauß, ou O.Becker, cité dès Être et temps et encore après guerre…
    Maxence Carron, par sa paraphrase de Heidegger sans référence aux textes, disons, problématiques, s´inscrit dans cette tradition.
    Quant à Pierre Teitgen, dont vous dites qu´il représente la voie « universitaire » et « médiane » (???), vous dites qu´il a une bonne maîtrise des textes, ce qui devrait, pensez vous, le prévenir contre le Heidegger méchant nazi, mais il ne connait pas « l´affaire Heidegger » et ce n´est pas si grave selon vous. Outre le fait que M. Teitgen resterait ainsi dans une perspective « de surplomb » pour le moins problématique pour les raisons que je viens de donner, il est de fait assez grave en ce cas qu´il s´exprime sans cesse pour ressortir sur « l´affaire Heidegger « (en toute ignorance de cause ?) des mythèmes balayés, non pas depuis Emmanuel Faye, mais depuis Hugo Ott et Victor Farias, soit il y a bientôt 20 ans.
    En parlant du livre de Victor Farias, qui n´était il est vrai pas sans faiblesses, il y a néanmoins un fait qu´il a mis en évidence et qui n´a jamais été réfuté : c´est qu´il était d´usage après guerre, donc quand il n´était plus vraiment la peine, pour sauver sa peau, de faire croire que l´on était nazi, de s´échanger des bons voeux pour la nouvelle année, entre Eugen Fischer et Martin Heidegger. Eugen Fischer, le « raciologue », qui a écrit que les Hottentots était des animaux et que les métis de Namibie devaient être exterminés, mais que néanmoins il fallait auparavant en garder quelques uns pour faire des expériences. Eugen Fischer qui a dirigé par la suite sous le régime nazi un institut d´anthropologie raciale où il a formé un certain Mengele. Cet institut est aujourd´hui occupé par la faculté de sciences politiques de la Freie Universität in Berlin. Dans ce bâtiment, donc, l´année dernière, le révisionniste Christian Tilitzki a fait cours sur … Carl Schmitt. Mais c´est une autre histoire, me direz vous ?
    C´est un autre aspect de la même histoire.
    Me direz-vous, M.Domeracki, qu´un tel fait est sans conséquence pour la pensée ? Que cela ne doit pas nous permettre d´interpréter sa « critique » du nazisme, les développements de l´après guerre ?
    Mais laissons là l´homme si vous y tenez. « Indépendamment » (et je ne crois pas que les choses soient ici indépendantes) de son engagement, je pense que la nébulosité propre à la pensée heideggérienne permet bien des travestissements (j´ai quelque peu de mal également avec le concept de « nihilisme » comme cause, trop large et indéterminée à mon sens, des maux de la civilisation occidentale, ou quand on me parle de « décision de l´être », car là à mon avis la logique souffre, la pauvre). Je crois (vous en souvenez vous ? C´était l´argument de mon article) que les fameux développements heideggériens sur « l´essence de la technique », où on apprend que c´est la faute à la métaphysique occidentale si y a eu la guerre, ce qu´on peut croire, justement, si on a aucune culture historique (et épistémologique, ce qui est si souvent le cas chez les étudiants de philosophie), ne vise qu´à noyer des responsabilités humaines. Rien d´autre, et rien de moins.
    Mais si vous le souhaitez nous pourrons nous expliquer ailleurs sur notre amical désaccord. Je vous propose d´envoyer une adresse à Skildy si vous souhaitez discuter de mon article. Je ferai de même, et Skildy nous enverra l´adresse de l´autre. Nous pourrons alors reprendre notre discussion après les fêtes.
    Je pense en effet demander très bientôt à Skildy de fermer la rubrique « commentaires » qui suit mon article. Il est possible que je revienne sur les blogs, mais j´en doute, ne souhaitant plus croiser la meute. Je précise que mon but n´a jamais été de donner une tribune aux affidés de MM. Fédier et Guest.
    Quant à M. Teitgen, puisque c´est lui qui me conduit à ces réflexions un peu désabusées…
    Disons d´abord qu´effectivement Pierre Teitgen semble bien exister, ce n´est pas un pseudonyme comme je l´ai d´abord cru. Il semble donc être « attaché temporaire d´enseignement et de recherche » à l´université de Caen, et non professeur comme je l´ai cru en le lisant ailleurs parler de ses cours à l´université. C´est à la fois inquiétant, et en même temps un soulagement.
    Inquiétant parce que cela prouve la collusion de certains milieux universitaires et de MM. Fédier-Guest et leur suite (qu´en dit le directeur de M. Teitgen, dont les frasques doivent commencer à être connues du monde universitaire ?). C´est un soulagement dans la mesure où M. Teitgen n´est après tout qu´un assistant dans une petite faculté de province, et donc sans grande influence, et je n´aurais sans doute pas dû jeter l´opprobe sur toute l´université.
    J´ai pris connaissance du commentaire où M. Pierre Teitgen m´assure de son mépris. Je suis pour ma part surtout triste. J´ai cité un passage de M.
    Guest qui est pour moi une menace. J´accuse donc M.Guest d´intimidation, ni plus, ni moins, non d´être un « néo-nazi », comme le dit Pierre Teitgen, me diffamant sur ce point (et le fait que M. Guest soit descendant de résistant ou pas n´y change pas grand chose). Pour moi prendre ses distances avec ce genre de texte est un pré-requis, qui n´est donc pas accepté par tous les intervenants sur ce blog. J´en tire toutes les conséquences nécessaires. Je ne pense pas par ailleurs demander de comptes à M. Teitgen, ni ne souhaite que Skildy efface son message, dont j´aimerais au contraire qu´il soit conservé. J´ai constaté par contre qu´il a diffamé Jean-Pierre Faye, ce que l´on verra lors de la publication de la séance dont il parlait. Je pense que le dit JP Faye, qui doit subir depuis des décennies un ostracisme permanent et des diffamations de ce type, et ce parce qu´il a eu le tort de traduire la « Bekenntnis zu Adolf Hitler » du dit Heidegger, est plus qu´habitué, et que cela ne l´atteint pas, pas plus que son fils d´ailleurs, lui aussi rompu à la polémique. Mais JP Faye est un monument de la pensée de ces dernières années qui a atteint un certain âge déjà, ce qui devrait imposer à M.
    Teitgen une certaine politesse, de même pour Hugo Ott, convoqué contre son gré, et qui a atteint lui aussi un âge que l´on dit justement « respectable ».
    Si M. Teitgen prend rapidement ses distances avec le texte de Gérard Guest que j´ai cité, et seulement avec ce texte, et présente ses excuses pour avoir diffamé Jean-Pierre Faye, j´accepterai de continuer. Sinon je demanderai à Skildy de fermer les « commentaires » qui font suite à mon article.
    Je souhaite également laisser à M. Bel le temps de s´expliquer clairement sur le passage malheureux de ses interventions que j´ai relevé.
    En saluant donc MM. Lemon, Bel, Domeracki, et Faye, et notre hôte Skildy, Christoph Lamy.

    Rédigé par : Christoph A. Lamy | le 21/12/2005 à 13:58 | Répondre | Modifier
  67. Je remercie C. Lamy pour ses élogieux commentaires; non seulement je me prendrai pas mes distances avec le texte de G. Guest, mais qui plus est je ne présenterai pas non plus mes excuses à JP Faye, ne l’ayant en rien diffamé. Je n’ose suggérer en revanche à M. Lamy, avant de me donner des leçons de politesse, de présenter ses excuses à Gérard Guest comme à moi-même, comme je ne saurais que trop lui conseiller d’apprendre à lire (cela peut être utile).

    Je ne doute pas que M. C. Lamy soit une autorité internationale quant à l’interprétation des écrits de Martin Heidegger; que son statut ainsi que la certitude qu’il a d’être dans le camp des gentils lui donnent une position de surplomb telle qu’elle lui permet de mépriser et d’insulter ouvertement comme il l’a fait quiconque a le déshonneur de le contredire. Quant à ma situation dans l’Université française, elle m’a a moins assuré d’une chose: le désaveu du livre de E. Faye, au sein des spécialistes de phénoménologie du moins, y est quasi général.

    En ajoutant tout de même que la menace d’un procès, suprême argument s’il en est, n’a été ici évoquée que par MM Bel et Lamy, je leur laisse toute latitude à ce sujet, n’ayant quant à moi jamais menacé personne, même lorsque j’étais (comme à présent) accablé de délicatesses.

    Je me désole cependant que le livre de M. E. Faye (dont il est d’abord ici question, avant les interventions de MM. Lamy et Bel) ait d’aussi piètres défenseurs : il méritait mieux, sans nul doute, à savoir une discussion sérieuse des arguments qui y sont déployés. Parmi tous les intervenants, le seul qui soit allé dans ce sens est Etienne Pinat —peut-être aurait-il alors, M. Lamy, mérité pour cela vos salutations. Mais vous êtes nul doute au-dessus de ce genre de considérations.

    En souhaitant encore et toujours qu’une discussion sérieuse puisse enfin s’engager, par exemple en reprenant pour base les interprétations de M Pinat et en les confrontant au texte de M. E. Faye,

    Pierre Teitgen

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 21/12/2005 à 16:20 | Répondre | Modifier
  68. PS. M. Lamy se demande ce « qu´en dit le directeur de M. Teitgen, dont les frasques doivent commencer à être connues du monde universitaire ?) ». La seule chose que m’aient dite tous les universitaires (et pas seulement mon directeur) qui ont eu connaissance de mes propos est la suivante: ne perdez pas ainsi votre temps à répondre à de telles imbécilités. Je finis par croire qu’ils ont parfaitement raison. En espérant, une fois encore, que la discussion pourra enfin s’engager sur son seul et unique véritable objet, et que les personnalités de tel ou tel ne seront pas sans cesse remises sur le tapis,

    Pierre Teitgen

    Rédigé par : Pierre Teitgen | le 21/12/2005 à 19:14 | Répondre | Modifier
  69. Note écrite suite au commentaire de M. Pierre Teitgen du 21/12/2005 à 16:20

    Nul besoin d’être une autorité internationale pour dire ce que je vais dire, ni d’être une autorité tout court. Simplement de disposer de la droite et saine raison, de s’en tenir à ce que l’on sait, et à ce que l’on sait de ce que l’on doit.

    1/ J’ai constaté avec grand plaisir que M. Bel s’est expliqué sur ce passage un peu troublant que j’avais relevé. Qu’il m’excuse si je n’ai pas réagi plus vite, mais je laisse à mes textes le temps de la maturation avant de les envoyer sur internet (ce qui fait que je ne répondrai pas aux textes postérieurs à l’intervention de M. Teitgen référencée ci-dessus). Je trouve un peu dommage qu’il ait mis de la propagande nazie sans la bouche de Socrate, dont on attend en général qu’il accouche de la vérité, ce qui laissait croire que le mot qu’il avait mis dans cette bouche était le dernier de M. Bel. Ce que je juge une faute de goût gâche par ailleurs des dialogues qui n’étaient pas mal tournés, même si comme je l’ai dit je trouve sa position excessive et de ce fait contre-productive. Comment un homme seul, a fortiori le médiocre recteur de Fribourg, aurait-il pu accoucher du nazisme ? Je trouve que vous surinterprétez les textes que vous citez, même si ce sont sans doute par ailleurs des documents à creuser avec calme et patience.
    Je n’ai nullement l’intention par contre d’écrire à M. Jean-Luc Nancy, qui a fait une intervention publique et doit des explications publiques, ce qu’à cette heure nous sommes nombreux à attendre ou à désespérer d’avoir jamais.
    2/ Quant à Etienne Pinat, qui expose des textes sur le site en question, et n’ a pas pris la peine de prendre ses distances avec les menaces de M.
    Guest, m’en tenir strictement aux principes que j’ai posés m’obligerait à ne pas lui répondre. Je tiens cependant à le faire brièvement, dans la mesure où effectivement ses interventions ont relevé quelque peu le niveau du débat en s’attardant un peu sur les textes, et ce même si il me semble que Emmanuel Faye lui a pour une large part déjà répondu. De plus, M. Etienne Pinat (qui donc, et je salue également ce fait, ne se cache effectivement pas derrière un pseudonyme) a esquissé ce me semble un semblant de réponse au problème que j’ai posé.
    Il me renvoie en effet à des textes antérieurs à la seconde guerre mondiale où Martin Heidegger développe une critique de la métaphysique, sans doute suite aux attaques de l’autre « philosophe » nazi Ernst Krieck. Le problème est que, outre le fait que je doute fort que ces textes développent une critique de la technique similaire à celle d’après la seconde guerre mondiale, mon argument était que c’est précisément la criminalisation de la « métaphysique » qui permet à Heidegger de dissoudre des responsabilités humaines dans la nébulosité de « l’historialité » (pour reprendre la traduction de Martineau du terme qui signifie simplement « historicité »), « historialité » qui redouble de manière mythique l’histoire réelle et les rapports de force qui en sont le moteur. Je regrette donc que M. Etienne Pinat soit passé à côté du dit argument, mais j’apprécie qu’il ait commencé de répondre au problème qui a été posé, et qui n’a jamais été vraiment abordé en plus de 65 commentaires.
    Quant à l’éloge à Schlageter, je ne comprends pas comment vous pouvez vous permettre de le classer parmi les textes « simplement » idéologiques, comme si, rangés parmi les éloges de la schlague, ils n’étaient alors plus un problème, au profit des textes « philosophiques ». C’est pourtant Heidegger lui-même qui a choisi après guerre de classer ces textes parmi ses oeuvres dites complètes, et on a donc le droit d’éclairer d’autres textes considérés comme « nobles » à partir de lui.
    Quoi qu’il en soit si vous souhaitez continuer ce débat je vous suggère d’aller le faire ailleurs. M. Teitgen avance qu’ici il serait avant tout question du livre de M. Emmanuel Faye, et ce « avant les interventions de MM.
    Lamy et Bel ». Avant celles de M. Bel sans doute, ce qui ne signifie pas que je leur dénie toute valeur, mais pas avant les miennes, puisque comme je le rappelle pour la dernière fois les textes qui suivent mon intervention sont décrits comme des « commentaires ». Je constate effectivement que les participants sont incapables de s’y tenir, et j’en tire les conséquences.
    Skildy a ouvert d’autres espaces pour de telles discussions, où si il le souhaite et si Skildy le supporte M. Teitgen pourra aller prendre des poses de martyr censuré, répéter les mêmes arguments d’autorité et parler de toute autre chose que du livre de Emmanuel Faye comme il en a l’usage depuis le début.
    Pour ma part j’estime avoir déjà été trop patient, et si j’ai un tort c’est celui d’avoir réagi trop tard : je jure que mon intention n’a jamais été d’ouvrir un espace aux descendants spirituels de M. Jean Beaufret, prophète de Heidegger en France et soutien, sans doute de manière parfaitement logique à ses yeux, de Faurisson.
    3/ je n’ai par ailleurs menacé encore personne directement de procès : j’ai dit « Je me refuserai quant à moi à répondre en quelque façon (autre que juridique au besoin) à des gens qui renvoient sans distance à ce site où un homme fait preuve d’une telle muflerie. »
    Après avoir lu le texte de M. Gérard Guest et sa menace à peine voilée, je me suis trouvé en droit de penser que ceux qui faisaient corps sans distance avec une telle intimidation étaient susceptibles de la reprendre à leur compte, et j’ai posé d’emblée qu’il y avait certaines limites à ne pas dépasser. C’est pourquoi j’estime que M. Faye n’a pas à répondre à ceux qui ne prennent pas le soin de se distinguer de ce type de texte alors qu’ils renvoient au site en question, et ce dans la mesure où il n’est pas le seul visé. Mais M. Faye reste bien entendu libre de ses choix, ce qui signifie qu’il se doit d’en être responsable.
    M. Teitgen, qui me conseille d’apprendre à lire, me diffame une seconde fois, à moins que ce ne soit involontaire et qu’il m’ait, pour le coup, mal lu. Je n’ai en effet jamais prétendu que Servanne Jollivet ne maîtrisait pas l’allemand et ne connaissait pas l’oeuvre de Heidegger (pas plus que je n’ai accusé M. Guest de fachisme, de nazisme ou de neo-nazisme ; j’ai qualifié l’écrit cité de manoeuvre d’intimidation, et je m’y tiens. Mais M. Teitgen semble très pressé de les défendre d’une telle accusation, ce qui est son droit). Je ne prétends pas être le seul en France à bien parler l’allemand, qui est ma première langue (et je ne vis pas en France, au fait). M. GA Goldschmidt, que Gérard Guest traîne aussi dans la boue dans un autre de ses « articles » en libre accès sur le site en question, le parle bien mieux que moi. Mais pour en revenir à Servanne Jollivet, mon problème est bien plutôt qu’elle traduit fort bien des textes de Martin Heidegger dont elle dit fort bien elle-même qu’ils relèvent de la « Kriegsideologie » (Losurdo), avant de prétendre que somme toute ils sont du plus bel effet philosophique parce qu’ils traiteraient seulement de « l’être ». Je comprends très mal en quoi une théorie de la domination et de la guerre devient éminemment respectable en étant « ontologisée » et ainsi étendue à tout l’être. Je regrette aussi que Servanne Jollivet, qui donc a beaucoup lu Heidegger et maîtrise il est vrai fort bien l’allemand, ait choisi de ne pas citer également les textes de la même période que ceux qu’elle cite où Heidegger ontologise aussi le racisme (voir le dernier numéro en ligne et en libre accès de la revue Astérion pour l’article de S. Jollivet). Pourquoi donc ? Le racisme ne deviendrait-il pas respectable en étant ontologisé, alors que la domination et la guerre le deviendraient ? Mais peu importe, d’autres qu’elle se chargeront de lui rappeler ces textes.
    4/ Skildy, je vous demande donc, pour toutes les raisons déjà données, d’arrêter cette mascarade en désactivant les « commentaires » de mon article.
    Les fêtes de Noël et de fin d’année arrivent, et je tiens à me libérer avant la nouvelle année de la culpabilité d’avoir donné une telle tribune à des causes que ma note avait à l’origine pour but de combattre. Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté…
    J’ai cependant lu avec satisfaction votre nouvel article sur une des « oeuvres » de Gérard Guest. L’intérêt de toute cette odyssée aura quand même été de pointer, en les citant, le caractère intenable moralement et intellectuellement de ces fichiers en format pdf auxquels d’aucuns nous renvoient comme si c’étaient des articles publés dans Mind ou la Revue de Métaphysique et de Morale.
    Si vous avez le courage de continuer, je vous en félicite, mais il me faudra quant à moi du temps avant de replonger en eaux troubles, j’ai besoin d’oxygène. Ce qui ne veut pas dire que je n’interviendrai plus, mais ce ne sera plus sur un « blog », sauf si les conditions que j’ai posées y étaient respectées, ce dont je doute.
    Ami, salut.

    Christoph A. Lamy

    Rédigé par : Christoph A. Lamy | le 21/12/2005 à 21:56 | Répondre | Modifier

69 commentaires

  1. Bonjour à tous,

    A. M. Skildy: vous avez exactement mis le doigt sur le problème lorsque vous dites:
    « C’est à vous, dans le cas où vous seriez fondés à juger ses propos inaptes au dialogue philosophique, à moduler en conséquence vos interventions ». La seule façon de « moduler en conséquence mes interventions », c’est d’y mettre un terme. J’en suis désolé… Mais il ne me semble guère possible d’en appeler à la liberté d’expression pour tolérer, sinon excuser, les propos de M. Bel: « Que peut-on répondre à de tels propos? Que la personnalité démoniaque de Heidegger fait encore des émules. Les fils spirituels de Heidegger ont encore de beaux jours sadiques devant eux. Une telle médiocrité est lamentable » ou « Quand on ouvre ce manuel de « L’infini » on y découvre que l’adoration de Belzébuth y est à son comble »… Peut-être, au nom de cette fameuse liberté, faut-il tout admettre… J’avoue que je n’ai pas cette force: c’est précisément pour cela, et je le regrette, que je vide les lieux. Tant pis: il y avait bien des choses à dire en somme.
    Sur l’article de Gérard Guest enfin: il est vrai que sa lecture est difficile, sans doute aussi à cause du plan où il se situe. Sans vouloir me faire une publicité aussi tapageuse qu’indigne, je signale cependant à ceux que cela intéresserait qu’ils peuvent lire ma prose dans le dernier recueil pour l’Agrégation paru chez Ellipses — peut-être y trouvera-t-on quelques précisions utiles quant au prétendu « irrationnalisme » de Heidegger, si du moins le propos ne porte pas sur la question du nazisme.

    Un dernier point cependant: il me semble un peu facile, et à tout le moins insuffisant, d’expliquer la réception pour le moins mitigée du livre de E. Faye parmi les spécialistes universitaires de Heidegger et plus largement de phénoménologie, en disant qu’ils défendent aveuglément « leur » auteur ou qu’ils lui sont attachés envers et contre tout, sans doute en raison de leurs juteuses prébendes. Faut-il le rappeler? Le livre en question ne cite AUCUN texte nouveau (le seul inédit est un résumé d’un compte-rendu de séminaire qu’on trouve déjà, et sous une forme plus ample, chez Kisiel); d’autre part, certains parmi ces spécialistes ne se sont pas privés d’attaquer, parfois violemment, Heidegger lui-même (par exemple JF Courtine sur la lecture heideggerienne de la scolastique). Ce genre d’arguments n’en est pas un, pas plus du reste que celui qui accuse Faye de faire fructifier un fonds de commerce légué par son père… avec le succès médiatique que l’on sait (lequel interdit d’ailleurs de parler des « gens non prévenus »: qui en France ignore encore la compromission de Heidegger, même et surtout parmi ceux qui n’en ont pas lu une ligne?). Quoi qu’il en soit, il faudrait peut-être se demander s’il est simplement raisonnable de dire que l’Université est peuplée d’aveugles ou d’adorateurs de Belzébuth… Quand bien même tous diraient que j’ai tord, je continuerai à proclamer que j’ai raison… Cela n’invite-t-il pas plutôt sinon au soupçon, du moins à l’examen critique de la thèse? Force est de voir que cet examen n’a pas eu lieu ici: je m’en désole et, quoi que n’y étant pas tout à fait pour rien, j’y renonce.

    Pierre Teitgen.

    PS. L’ineffable M. Bel m’invite à aller jouer dans les fours crématoires. J’y vais de ce pas, avec une pensée pour tous les membres de ma famille, et ils ne sont pas en petit nombre, qui, après la déportation et la torture pour faits de résistance, y ont trouvé la mort — précisément pour de permettre à des gens comme M. Bel de continuer à baver.

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  2. Il faudrait peut-être désormais arrêter d’amener des propos théologiques et moralisants sur ce forum pour qualifier les thèses adverses.Laissez-donc,Monsieur Bel, les Belzébuth et les fours crématoires où ils sont,et parlez un peu de philosophie, ça vous changera de vos oripeaux de la sainte inquisition.

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  3. Ci-joint une note de monsieur Lamy :

    Après lecture des commentaires qui font suite à mon intervention, se pose à moi toute une série de problèmes.
    Je me suis plongé dans la lecture intégrale du site recommandé par M. „Lemon“. Cette longue plongée en eaux troubles m´a laissé, une fois remonté, l´impression d´avoir été sali. La stupeur passée, vient le temps de l´analyse.
    J´avais déjà entendu parler de M. Fédier et de sa suite avant la publication du livre de Emmanuel Faye, et ce par des amis heideggériens, étudiants ou professeurs. Il était d´usage parmi eux de se moquer des traductions de M. Fédier et de son école, tout en m´assurant qu´eux par contre étaient des gens sérieux qui n´avaient rien à voir avec ce groupe marginalisé par la faculté et dont le père spirituel, Jean Beaufret, a soutenu Faurisson. Suite à la publication du livre de M. Emmanuel Faye, ces amis ce sont mis à hurler dans le sens de M. Fédier, ou du moins à reprendre son argumentation sans même forcément en connaître l´origine, mais passons, les amitiés finissent aussi.
    Revenons donc au site, et à l´oeuvre de François Fédier, qui s´est permis de traduire le terme „Nationalsozialismus“ par „socialisme national“-et que dire, sinon qu´une telle „traduction“ ne peut que faire mal à ceux qui aiment à la fois l´Allemagne et la France, et leurs deux langues sans discrimination ? Mais le mieux est sans doute de continuer en citant : dans l´entretien que l´on peut lire sur le cite, on renvoie FF à la note 16 p. 294 de sa „traduction“ des Ecrits politiques de Heidegger, où il fait cette „analyse“ pour blanchir le „Sieg Heil“ du dit Heidegger :
    „Aujourd´hui l´expression „Ski Heil“ s´emploie sans la moindre connotation politique, pour se souhaiter entre randonneurs à ski, une bonne course […] Dans la bouche de Heidegger, „Sieg Heil“ exprime par conséquent le souhait que les ouvertures de la paix trouvent chez les autres nations un écho favorable […]“.
    Et FF de renchérir sur ses propos d´alors en citant une délégation de prolétaires allemands en Russie en 1927 qui aurait salué en braillant „Sieg Heil“, ce qui bien sûr prouve aux yeux de M. FF. l´innocence politique du terme…
    Que dire devant un déni aussi énorme ? Il ne nous reste plus en ce cas, à mon sens, qu´à décrire avec précision. Passons par ailleurs rapidement sur les „articles“ de MM. Sichère et Adrien France-Lanord, le premier avec son calembour grotesque („les Faye défaillent“), le second comparant M. Emmanuel Faye à cette jeune femme qui, pour attirer l´attention sur elle, s´était dessiné une croix gammée sur le ventre. Venons en donc à ce „long article“ de M. Gérard Guest, dont la lecture m´a en effet paru interminable. Citons, donc :
    „Cette étrange et mystérieuse efficace de la pensée de Heidegger (Emmanuel Faye s´en plaint assez…), elle est au fond d´ores et déjà partout à l´oeuvre. Nul doute qu´elle ne doive apparaître comme particulièrement redoutable à ceux-là mêmes qui s´acharnent le plus à l´empêcher de faire son oeuvre et d´être à l´oeuvre dans le temps présent -et à l´avenir. Ceux qui sont manifestement prêts à tout pour faire „interdire“ Heidegger -voire : pour en „finir avec Heidegger“ ! -semblent devoir redouter plus que tout au monde la lumière de l´“histoire de l´Être“ ; plus encore, à ce qu´il semble, que les vampires ne craignent la première lumière du jour, qui leur coupera la respiration…C´est à croire que la moindre radiation de la dite „lumière“ à elle seule, dût leur être assurément fatale, pour peu qu´elle vînt seulement à les effleurer ; à croire que l´“éclairage“ de l´“histoire de l´Être“, une fois répandu sur le paysage de la „métaphysique occidentale“ parvenue enfin „à sa fin“, entrée dans sa phase „terminale“, leur rendrait la vie impossible…“En quoi“-d´ailleurs (comme eût pu dire Descartes)- „il n´est pas invraisemblable que tous se trompent“.
    (Gérard Guest, Heidegger-contre vents et marée, p. 29 -fichier pdf accessible sur le site en question).
    A coup de citations, d´allusions, de guillemets et d´italiques (qui ne passerons peut-être pas le cap du courriel), M. Guest échappe peut être à la condamnation pour menaces, mais il sait faire entendre ce qu´il a à faire entendre, et qui était à la fois annoncé et euphémisé par la citation placée en exergue du texte, le pauvre Rimbaud servant ici à embellir un fantasme morbide :
    „Je songe à une guerre, de droit ou de force, de logique bien imprévue.“
    (A.Rimbaud, Illuminations XXXIV, citation placée au début de l´“article“ cité ci-dessus).
    C´est donc bien une menace d´élimination physique que laisse planer G.Guest, et la prétention du style, contrairement à ce qu´il imagine, n´embellit en rien l´immonde brutalité du propos. Qui croit-il tromper en parlant de phase „terminale“entre guillemets, des „vampires“ à qui la lumière de l´histoire de l´Être heideggerienne devrait couper la respiration, de vie rendue impossible-avec en appui le malheureux Descartes ! Personne. Car il ne s´agit pas de tromper, les personnes visées ont très bien entendu, mais de s´abriter. Le fameux „abri de l´être“ se révèle donc (de manière „phénoménologique“ sans doute) pour ce qu´il est : un moyen de se protéger des lois qui défendent les personnes contre l´appel à la haine.
    Telle est la chose à laquelle renvoie „Lemon“ comme à une réfutation digne de ce nom du livre de Emmanuel Faye. Comment M.Domeracki se situe-t-il par rapport à ces propos, lui qui a cité par ailleurs avec faveur MM. Guest et Sichère ?
    Je rappelle que mon texte visait à pointer chez Jean-Luc Nancy la reprise d´une argumentation négationniste (négationnisme transparaissant dans la mise en équivalence des cas de Freud et de Heidegger, cette mise en équivalence, avec sa justification „historiale“, constituant précisément ce que l´on appelle ici „négationnisme“). Cette argumentation consiste à rendre responsable la „métaphysique occidentale“ du nazisme, dissolvant ainsi toute responsabilité humaine et toute réalité sociale, politique et historique.
    Quand on lit M. Domeracki qui se moque des inquiétudes exprimées par certains, de voir le nazisme retrouver une caution universitaire par Heidegger interposé, on a de quoi s´interroger. Car ce à quoi on assiste, c´est bien à la reprise, en de nombreux lieux, d´argumentations inspirées par le nazisme, que les auteurs en soient conscients ou pas.
    Il n´y certes pas, comme l´a souligné avec ironie M. Domeracki, de nazi heideggérien „officiel“se baladant en brassard dans les couloirs de l´université, mais une baisse générale de la vigilance et, ça et là, des interventions plus que douteuses. Je viens ainsi de lire, sur un site de sciences po (première version), puis sur une revue universitaire en ligne, Astérion (version définitive), l´article d´une doctorante, une certaine Jollivet. Elle y cite des textes abomibables de Heidegger comme ci c´était du Proust, tout en les atténuant en prétendant qu´ils ne concernent que l´“Être“, comme si généraliser la notion de „Polémos“ et de domination à l´ensemble de l´être donnait à ces notions une innocence politique et une valeur „philosophique“. Si on en croit Emmanuel Faye par ailleurs, et cet exemple ne fait que le confirmer, de plus en plus d´étudiants en thèse traiteraient dans leurs travaux du discours de rectorat comme si c´était le livre 6 de l´Ethique à Nicomaque, et c´est en ayant ce problème en tête qu´il faut je crois comprendre son refus d´attribuer un caractère philosophique aux écrits de Heidegger.
    Les auteurs du site en question ne sont peut-être pas des nazis mais ils comptent au moins un révisionniste en leur rang (sans parler du ton général des écrits exposés), et le fait que M.Nancy, dont l´intervention dans le journal le Monde avait éveillé mon inquiétude, publie une lettre sur ce site, me confirme dans ce que je soupçonne chez lui.
    Enfin, j´ai du mal à comprendre en quoi l´engagement nazi de Heidegger pourrait être considéré comme un simple épisode biographique, pour autant que la différence de l´homme et de l´oeuvre ait un sens en philosophie. On sait maintenant à quel point les manifestations d´antisémitisme sont précoces chez Heidegger, dès les années 10 dans les lettres à sa femme, et que c´est lui-même qui a choisi d´identifier la différence être/étant et la différence peuple/état, du moins si on en croit les inédits publiés par Emmanuel Faye dans son livre (car, n´est ce pas M. Domeracki, E. Faye a traduit de nouveaux documents dans son livre, contrairement à ce que vous avancez dans votre commentaire du nouveau texte de Skildy. J´ai néanmoins apprécié que vous le citiez et n´en restiez pas à une critique abstraite, mais l´avez vous bien lu en entier ?), puis de faire publier ses écrits des années 30 après sa mort. Cette question n´est en tout cas pas prise à la légère en Allemagne, comme M. Faye l´a d´ailleurs relevé.
    Récemment par exemple, dans un entretien paru le 06.12/2005 dans le Kölner Stadt Anzeiger (http://www.ksta.de/html/artikel/1132657916536), Ernst Tugendhat, pourtant formé par Heidegger et en partie heideggérien, reconnaît le caractère problématique du § 74 de Sein und Zeit, alors même qu´il ne considère pas cet écrit comme un écrit « nazi », ainsi que la dimension autoritaire de l´enseignement de Heidegger (dont il fait il est vrai un trait d´époque, ce qui de mon point de vue n´excuse rien). Dans sa recension pourtant peu susceptible de sympathie pour Emmanuel Faye, le spécialiste de Heidegger Dieter Thomä relevait avec un peu d´ironie que les français découvraient la lune en la matière (il aurait pu il est vrai, comme l´a fait par ailleurs Kurt Flasch dans le Süddeutsche Zeitung, souligner la nouveauté du travail de Faye, puisqu´avec les séminaires inédits il publie néanmoins des textes nouveaux) : cela a été beaucoup répété, mais le débat est tout de même plus avancé et a une autre tenue de ce côté-ci du Rhin. Si d´aucuns sont actuellement isolés en ce moment, quelle que soit leur position de force à Paris, ce sont les heideggériens français, ce dont on peut fort bien s´apercevoir du reste en vivant en Allemagne.
    Dans la mesure où j´ai lancé par mon article un débat (les messages qui le suivent étant décrits comme des „commentaires“), je demanderai trois choses pour qu´il puisse continuer à se dérouler :
    1/ tout comme M. Faye, je refuserai de débattre avec des pseudonymes (sauf bien sûr avec Skildy, dont c´est le droit en tant que tenant du blog), et je demande qu´il n´en soit plus fait usage.
    2/ j´ajouterai cependant que je refuserai également de dialoguer avec toute personne renvoyant aux écrits de MM. Fédier et Guest comme à des „autorités“, et je souhaite que M. Domeracki précise sa position sur ce point. On peut bien sûr reprendre ponctuellement un de leurs arguments, mais à la condition d´être clair sur les propos et les méthodes que j´ai relevés.
    Emmanuel Faye a choisi de répondre à ce „Lemon“, après avoir sans doute essuyé les crachats de MM. Sichère et France-Lanord. C´est son choix et je le respecte même si je ne partage pas sa patience. Je lui rappelle néanmoins que M. Guest englobait dans sa menace non seulement lui mais ceux qui lui ont ne serait-ce que reconnu une valeur intellectuelle quelconque, ce qui inclue les participants au numéro du magazine littéraire consacré à „l´affaire Heidegger“(le Magazine littéraire n° 443, juin 2005). M. Guest s´en prend en effet nommément dans son article à M. Salanskis, auteur d´un livre sur Heidegger, mais qui a le tort de trouver des passages désagréables dans l´analyse de la mort dans Être et temps, et monsieur Philippe Lacoue-Labarthe, heideggérien de renommée internationale, mais qui a eu le tort de saluer le sérieux du travail de M. Faye et de trouver que le nazisme de Heidegger pouvait être un problème pour la pensée (alors même qu´il le tient pour un grand philosophe !). Ajoutons néanmoins que M. Lacoue-Labarthe a il est vrai ajouté que le problème était compliqué en France par l´existence d´heideggériens fachisants (M. Guest se sera senti visé).
    Enfin M.Guest a cru bon également d´englober dans sa menace une femme, Mme Michèle Cohen-Halimi, germaniste et philosophe, qui a eu également le tort de prendre au sérieux une partie des analyses et des recherches de E.Faye. C´est le droit le plus strict de ce dernier que de répondre comme il l´a fait avec calme et dignité à ceux qui font corps avec de tels écrits, mais il importe à mon sens de ne pas oublier que d´autres que lui ont été pris à partie, et que de ce fait le choix de reconnaître la dignité d´“interlocuteurs“ à ceux qui propagent de tels „essais“ n´engage pas que lui. Je me refuserai quand à moi à répondre en quelque façon (autre que juridique au besoin) à des gens qui renvoient sans distance à ce site où un homme fait preuve d´une telle mufflerie.
    3/ Je rappelle par ailleurs que les „commentaires“ qui suivent mon texte sont censés y répondre. Or celui-ci avait un objectif précis : celui de poindre le caractère scandaleux de la mise en équivalence des cas de Freud et de Heidegger, mise en équivalence (et c´est là le point que j´aurais aimé porter sur la place publique) qui découle à mon sens directement de l´analyse heideggérienne post-seconde guerre mondiale de l´“essence de la technique“ qui, en faisant du nazisme le produit de la métaphysique occidentale, dissout irrémédiablement toute responsabilité humaine ainsi que toute réalité sociale et politique (cette analyse étant d´ailleurs, si on en croit Emmanuel Faye, postérieure à des textes d´avant-guerre à la gloire de la motorisation de la Wehrmacht).
    C´est là précisément qu´à mon sens, par ce „négationnisme ontologique“, Heidegger signe son nazisme persistant d´après-guerre, indépendamment de la republication en 53 de son cours de 35 où il fait l´éloge de la „vérité et de la grandeur interne du mouvement“, des conférences de Brême et de l´entretien du Spiegel en 76.
    M. Nancy, qui reprend cette „analyse“ de l´“essence de la technique“, n´est sans doute pas „nazi“, mais il reprend un argumentaire nazi qui le conduit à des positions pour le moins facheuses, et j´aimerais avoir l´assurance que ce soit sans en percevoir toute la portée. Je le répète donc : mon intervention part d´une analyse du texte de JL Nancy, et même si je cite son travail et l´ai apprécié, notamment du fait de son analyse du „négationnisme ontologique“ avec laquelle je suis en parfait accord (et qui était mienne avant la publication de son ouvrage), mon analyse reste indépendante du travail de M.Faye, que j´ai cité parce que le dit JL Nancy prétendait implicitement lui dénier d´emblée toute pertinence sans prendre le soin de l´étudier ni même de le nommer, forme la plus grossière de „déni“ qui soit.
    Si M. Domeracki, après avoir précisé son rapport au site en question, souhaite engager le débat sur ce problème, je suis tout prêt à le faire ainsi qu´avec toute personne dont on ne peut soupçonner qu´elles cachent sous leur masque des visées répugnantes, et à cet égard je ne suis pas d´accord avec la mise en équivalence des „pros“ et des „antis“ que j´ai lu ailleurs signée du nom de Stéphane Domeracki, et ce du fait des problèmes que j´ai signalés tout au long de cette réponse. Du côté des „antis“, si je trouve les positions de M. Bel excessives et parfois étranges, je ne crois pas qu´il soit un négationniste comme on a pu l´en accuser, et il me semble qu´il y a d´autres personnalités dont les positions intellectuelles sont plus directement problématiques, dont celle dont j´ai analysé le „point de vue“ et dont j´aimerais qu´elle s´explique. J´aimerais néanmoins que M. Bel précise ce qu´il entendait par „peuple désarmé qui en tyrannise un autre armé jusqu´aux dents“, propos qu´il a mis dans la bouche de Socrate dans un dialogue de forme platonicienne publié dans un message daté du 29 juillet 2005 sur le site de Pierre Assouline :
    „[Socrate] (…) „Quand un peuple désarmé en tyrannise un autre qui est armé jusqu´aux dents, il faut bien que quelque chose parte en fumée. Il arrive que ce soit des femmes et des enfants. Mais sans cette fumée la vérité qui est en devenir ne pourrait pas monter jusqu´aux narines des pseudi-libérateurs.
    -Socrate ! Je crains que tu ne sois contraint de boire un deuxième bol de bouillon !“
    Il serait bon que vous précisiez comment vous vous positionnez par rapport à ce discours que vous mettez dans la bouche d´un autre, la tyrannie du peuple désarmé étant un poncif antisémite…

    Quoiqu´il en soit je ne souhaite donc pas voir s´éterniser le débat loin de mon intervention : si d´aucuns souhaitent traiter du livre de E.Faye, Skildy vient d´ouvrir avec son dernier texte sur le sujet un autre espace pour ce débat. Je constate en effet qu´absolument personne ne traite du problème que j´ai posé, ni „Lemon“, trop pressé de taper sur M. Faye et qui a de ce fait d´emblée ruiné toute possibilité de traitement de la question posée, ni Skildy, ni Stéphane Domeracki, ni non plus Emmanuel Faye (mais je pense que dans son cas c´est du fait d´un accord sur le fond, et parce qu´il souhaitais répondre à des attaques personnelles). Quand à M. Bel, dont j´apprécie le fait qu´il ait visiblement beaucoup lu, et pas seulement Heidegger (il m´a appris certaines choses d´importance et a esquissé des pistes intéressantes), si je partage certaines de ses analyses je trouve sa vision de Heidegger comme chef d´orchestre du nazisme parfaitement contre productive (ce n´est d´ailleurs pas du tout celle de Emmanuel Faye, et certainement pas la mienne), et il a contribué, par ses interventions, à propulser le débat à des kilomètres du problème bien déterminé qui était posé.

    Si donc 1/ et 2/ venaient à n´être pas respectés, ou si le débat s´éternise loin de ce qui l´a déclenché, je demanderai à Skildy de bien vouloir fermer la rubrique „commentaires“ de mon article -ce sans user pour ma part de menaces quelconques, mais au nom de ce que j´estime être mon droit, dans la mesure où cette rubrique a été ouverte à la suite de mon article.
    Je tiens néanmoins à saluer les participants à ce blog („Lemon“ exclu), dans la mesure où ils ont mené un débat d´une toute autre tenue que ce que l´on a pu lire ailleurs, ce qui est pour moi une satisfaction. Je ne souhaite pas jouer le rôle du censeur, mais je me rappelle que sous le couvert d´un pseudonyme quelqu´un a osé lancer une citation de Hamsun en hommage à Hitler sur le blog du Monde, et je ne comprends pas que Pierre Assouline ne l´ait pas fermé ou à tout le moins précisé les choses, ce qu´il a fait plutôt mollement, pour ensuite affirmer avec satisfaction que „sur ce blog, tout a été dit“, ce qui est bien ce que je lui reproche (je ne comprends d´ailleur pas que ce soit Skildy qui ait subi des pressions parce qu´il y aurait eu sur son site des propos douteux, et pas M. Assouline qui a trop laissé passer). De même une connaissance au moins minimale du sujet apparaît chez chacun, ce qui n´est pas le cas partout, et quand on parle allemand sans avoir de rapport mystique avec sa langue on a l´occasion de souffrir. Ainsi sur le blog de „elisabethflory“ quelqu´un qui se fait nommer „Cercamon“ a avancé dans son message que
    „J´ai lu que les mouchards nazis qualifiaient son style[celui de Heidegger] de „style talmudique“, ce qui, dans leur bouche, signifie : compliqué, sans doute [sic.] menteur, abstrus… En tout cas, pas deutschlich“, qui signifie „clair“ en allemand (mais où on entend l´adjectif deutsch : allemand). Je reste perplexe à la lecture de vos accusations très lourdes et inexistantes“.
    Le „Cercamon“ qui a lu quelque part quelque chose sur des mouchards nazis (que la publication par Emmanuel Faye d´un rapport inédit sur Heidegger dément), et qui fait une confusion énorme entre „deutschlich“ (? „deutschtümelnd“ ?) et „deutlich“, ajoute „étant moi-même linguiste et philologue (connaisseur des langues germaniques de surcroît)“, ce qui ferait rire si l´enjeu n´était si grave (relevons que sur le site de Skildy „ EP“ a commencé par reprendre la traduction Martineau de Sein und Zeit qui traduit „choisit ses héros“ pour „wählt seinen Helden“ alors que wählen est suivi de l´accusatif, mais suite à la correction de M.Faye „EP“ est passé au singulier, ce qui l´honore, et la faute était moins grossière).
    De même on aimerait ne pas croire que celui qui se fait appeler „Pierre Teitgen“ et qui a fait mettre ses textes sur le site dont il a été question soit universitaire comme il le prétend. A peu près au même niveau que „Cercamon“ sur le site „elisabethflory“, au milieu d´un défilé de mythes fédiéens éventés depuis 15 ans et plus, il convoque à la rescousse Hugo Ott après avoir avancé que Heidegger aurait interdit toutes les associations antisémites alors qu´il était recteur. Faut-il rappeler que Hugo Ott a publié un récit de la déportation des juifs de Fribourg (Laubhüttenfest 1940. Warum Therese Loewy einsam sterben mußte), récit où il raconte entre autres la fin de la veuve du professeur de mathématique de Heidegger, et qu´il ponctue de citations nazies de Heidegger et de Jünger ?
    Convoquer une figure aussi sensible à l´antisémitisme que Hugo Ott pour défendre des bobards éventés depuis si longtemps tient de l´obscénité. Si ce „Pierre Teitgen“ a bien les titres et les postes qu´il prétend avoir cela confirmerait ce que je pense d´une bonne partie des intellectuels français et de leur rapport à l´Allemagne, mais là aussi, passons.
    Après avoir subi les „traductions“ de M. Fédier, j´espère, en tant que franco-allemand, ne plus avoir à subir de confusions entre „deutschlich“ (?) et „deutlich“, surtout si de plus il faut „entendre“ une décomposition tout sauf évidente en allemand, mais qui semble de règle chez les „germanistes“ français. Mais, comme je m´en suis félicité, les mythomanies macabres n´ont pas encore eu trop cours sur ce blog, malgré ce que j´estime être des dérives.
    En souhaitant que les choses restent „deutlich“, je salue donc MM. Faye, Bel et Domeracki, quelles que soient les critiques que j´ai pu formuler à leur égard, ainsi que Skildy qui nous accueille.

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  4. A sa demande je publie une seconde note, complémentaire de la précédente, de Christoph Lamy.

    Je viens de m´apercevoir que Pierre Teitgen a fait son entrée sur le site.

    Mon message, écrit le lundi 19 alors qu´il n´y avait encore que 42 messages, avait pour but précisément de prévenir ce genre de comportement.

    J´ose espérer qu´il va cesser de se parer de ses références universitaires pour balancer des mensonges aussi énormes et faire l´apologie des messieurs dont j´ai parlé (nous n´avons notamment pas du avoir le même compte rendu de la séance à la Sorbonne et de l´intervention de Jean-Pierre Faye, mais attendons que le tout soit publié, nous verrons).

    Christoph Lamy.

    ***

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  5. Que de dramatisation! Ce n’est tout de même pas de ma faute si Heidegger a programmé l’extermination et si son démiurge Hitler l’a éxécutée. Maintenant, si monsieur Teitgen ne veut pas lire les Chemins d’explication (l’appel à la collaboration pour le salut de l’occident)1937, la Métaphysique de Nietzsche où l’anéantissement est clairement revendiqué comme une nécessité (1940), les Concepts fondamentaux où il est question en 1941 de « décisions imminentes » et les commentaires des hymnes de Hölderlin où il est question de la « corvée de bûches » pour alimenter le bûcher que la « patience » à permis de dresser avec du bois choisi depuis 1930, je n’y peux rien. Moi je lis. Si Monsieur Teitgen ne veut pas lire c’est son droit.

    Que monsieur Teitgen ne veuille pas reconnaître la responsabilité du penseur qui est à l’origine des souffrances des membres de sa famille m’afflige. Les mensonges de Heidegger après la défaite de l’Allemagne ont induit en erreur beaucoup de philosophes français. Il est maintenant temps d’ouvrir les yeux. « Avons-nous assez navigué dans une onde mauvaise à boire, avons-nous assez divagué ? » aurait dit Apollinaire. Mais on ne peut pas écrire pour Ellipses et reconnaître ses torts.

    Je regrette que Monsieur Teitgen se laisse emporter par les dérives de sa passion et qu’il me fasse dire une fois de plus ce que je n’ai jamais dit. J’espère que Noël lui apportera sérénité et vérité et qu’il se laissera gagner par l’écoute attentive…

    Quant à l’agrégation de philo 2006, ce sera un cru bien nazi. Les textes préparatoires au génocide sont inséparables du génocide même si le conditionnement effectué par Heidegger est subtil, trop subtil pour que nos philosophes formatés depuis des années par Jean Beaufret, François Fédier et Froment-Meurice puissent le voir. S’ils faisaient une étude de Heidegger sur la longue durée le projet du Salut de l’Europe, voire du monde, conçu par Heidegger et sa réalisation par Hitler, l’armée allemande et les S.S leur sauterait aux yeux tout de suite. Mais entre leurs yeux et la réalité s’est interposée une vitre de béton. En mettant en évidence les cours de 33/34 et le séminaire inédit de 34/35 Emmanuel Faye leur a montré ce béton. Ils ne veulent pas le voir.

    Que signifie « initier l’attaque depuis le long terme en vue de l’anantissement total »? ( » auf weite Sicht mit den Ziel der völligen Vernichtung »)(Cours du semestre d’hiver 33/34 L’essence de la vérité . G.A.36-37 p 91 §2; Faye p.276).

    Et page 225 G.A.: « Quand le Führer parle de la rééducation en vue de la vision du monde national socialiste, cela ne signifie pas inculquer n’importe quel slogan mais produire un projet mondial,(« Weltentwurf ») une transformation totale »(« Gesamtwandel ». Les deux mots sont soulignés par Heidegger. (Faye page 160).

    Un « projet mondial » qui inclut « l’extermination », je ne vois pas comment on peut être plus explicite. Je veux bien croire que bel ne sait pas ce qu’il dit, mais lui au moins, il lit Heidegger. Et quand il dit que ses assertions reposent uniquement sur des faits,il n’a peut-être pas tort. Quand Monsieur Teitgen refuse de traduire la page 263 de ce même cours où Heidegger dit que « le sang et le sol sont NECESSAIRES pour le Dasein d’un peuple » bien qu’ils ne soient pas des « conditions suffisantes », cela aussi est un fait. Chacun sait ce qu’est une condition nécessaire en mathématiques. Mais il paraît que Bel ne sait pas lire l’allemand. Alors que voulez-vous quand on a accusé son chien de la rage on ne peut pas lui reconnaître des vertus.Il faut l’abattre. Malheureusement dénigrer Bel ne servira à rien, les faits sont têtus. La Gesamtausgabe a été publiée, alors? Pourquoi s’obstiner? Quel combat d’arrière garde Monsieur Teitgen mène-t-il?

    Qu’il y ait eu scission en 1933/34 au sein de l’équipe philosophique dirigeante n’empêche pas que Heidegger dans la perspective hölderlinienne ait dirigé la politique national-socialiste de 1919 à 1945 et qu’il ait tenté de relancer le mouvement après la défaite, hélas pour lui, sans succès. Le dieu de la guerre, le dernier dieu, qui aurait réalisé son plan mondial n’est pas venu. Mais il viendra, il est mort avec cet espoir. Et il a fait publier la Gesamtausgabe « de dernière main » à cette fin. Ce n’est peut-être pas un hasard s’il emploie pour parler de ses « écrits -chemins » la même expression que Paul de Lagarde. Qui se ressemble, s’assemble. Surtout lorsqu’il est question d’antisémitisme. Et dans ce domaine-là Heidegger n’a de leçons à recevoir de personne.

    Si je parle de « dieu de la guerre », c’est parce que le discours sur la culture de 1936 parle de Napoléon en ces termes: « ce dieu de la guerre » (« Pour un idéal purement artistique) » . Et on sait l’admiration que Hegel, Nietzsche et Heidegger avaient pour Napoléon, sans parler des comtes Yorck. On a de bonnes raisons de penser que le dieu n’a pas changé de nature entre 36 et 76. Heidegger, lui, en tout cas, n’a pas changé. Alors pourquoi son « dieu temporel » l’aurait-il fait?
    michel bel

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  6. Je tiens avant tout à remercier Christophe Lamy pour son intevention qui redonne un vent de sagesse à ce forum qui en manque cruellemment.J’aimerais avoir son sang-froid.Mais j’ai tellement le sentiment de ne pas avoir lu le même Heidegger que certains protagonistes du débat que j’ai du mal à ne pas céder à l’ironie et à la moquerie. Je fais mon méa-culpa, bien sincère puisque j’écris sous mon vrai nom.
    A ce sujet ,je tiens à préciser, et même si il n’a guère beson demon aide pour se défendre, que le dénommé « Lemon » qui est une de mes connaissances, n’a nullement pris un pseudonyme pour masquer de basses intentions; je pense d’ailleurs que ses intentions d’apostropher Faye sur cette page est motivée par l’apparition,d’habitude rare de celui-ci ici.Il me semble aussi que celle-ci n’est pas tant « hors sujet » que cela , mais je laisse à Monsieur Lamy le soin d’administrer au mieux les commentaires.
    Pour ce qui est du cas de Pierre Teitgen,il me semble qu’il ne fait aucun doute qu’il s’agit bien de lui; et , évidemment ,cela ne me désole pas le moins du monde. Au contraire je suis ravi quand les universitaires tant décriés viennent défendre la voie « médiane » du débat.Même si la référence à Ott était incontestablement maladroite (comme toute référence biographique à mon sens) , il semble avoir une connaissance non négligeable de l’oeuvre de Heidegger, mais pas de l' »affaire ». On nous apprend à être professeurs de philosophie, pas journalistes. On nous apprend à penser ,non à bavarder et à s’improviser historien. Si il y avait dés lors une quelconque lacune quand à l' »affaire Heidegger » chez l’un des protagonsites de la discussion , je ne lui en voudrais pas. C’est les textes qu’il faut travailler-et il me semble avoir les capacités nécéssaires pour ne pas me laisser « balader » par un Heidegger odieusement nazi. Ma version annotéee du « Nietzsche » est truffée de points d’exclamation dans la marge…Mais pas seulement pour m’étonner de certains passages délirants (par ex. celui de la justificationde la défaite francaise de 1940…) , mais aussi parce qu’en ces cours il ya bien des passages de « résistance  » de Heidegger au nazisme alors en vigueur. J’entend d’ici les ricanements de certains,prompt à affirmer que quiconque ne voit pas en Heidegger le théoricien de la Shoah s’est laissé dupé : cette alternative me paraît incroyablement pauvre.
    En l’occurence puisque l’on me demande de me positionner,je persisterai à penser qu’il est de bon goût de renvoyer dos à dos les illuminés des deux bords.
    Je me souviens être allé voir « la bande à Fédier », à Lausanne, avec « Lémon » d’ailleurs,avec pour simple ambition de bien nous marrer en entendant la réponse de Fédier à sa communication : « Comme je traduit « Ereignis » »…
    C’est avec le même sentiment disons de « non-appartenance » que je suis allé Salle Cavaillès à la Sorbonne voir le show de Faye. L’attitude de Guest et Sichère, rouges de colère et quelque peu ridicules , m’a conforté dans mon absence de prise de position entre ces deux clans qui alternent sagesse,exactitude,pondération avec délire,paranoïa,mensonges éhontés et poses de martyrs. Une chose est sûre les deux parties y trouvenet leur compte. Et ce qui en pâtit , c’est justement la version intermédiaire, j’oserais dire « universitaire » que les deux clans trouvent tour à tour trop « molle » ou « complice ».Ce qui pâtit de l’interminable « affaire Heidegger » c’est l’étude de son oeuvre en dehors du contexte du nazisme– toute celle qui a été possible jusqu’à présent, et qui est désormais moquée,salie mais qui n’a aucunement lieu de disparaître. Le livre réçent de Maxence Caron en est la preuve. Mes références à moi, ce n’est ni Faye ni Fédier, ni Bel ni Guest. Ce sont les Michel Haar, Catherine Malabou,Didier Franck,Jean Greisch……….tous ceux qui sont professeurs de philosophie; pas historiens improvisés,pas redresseurs de tort-inquisiteurs,pas des Cassandre du dimanche etc. Et tous ces gens que du reste je ne connais pas ont été attaqués du moment que l’on a affirmé qu’on ne peut comprendre Heidegger exclusivement qu’à partir du nazisme.Est-ce honteux de trouver cela faux , ou au moins éxagéré?…SD

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  7. …Heidegger, adorateur de Napoléon?…
    Monsieur Bel , relisez si vous le voulez le tout début du cours de 1936 sur Schelling…La référence à Blüchner suffit à réfuter vos divagations…

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  8. A M. Lamy

    1°) Où et quand me suis-je paré de mes titres universitaires?
    2°) Que nous ne soyons pas d’accord sur les faits, les textes et leur interprétation est un fait. Que vous en veniez aux injures en est un autre. Je croyais que Skildy avait érigé contre ce genre de dérives certaines règles… Elles ne sont visiblement qu’à sens unique. Tant pis.
    3°) Concernant vos attaques contre Gérard Guest (fils de résistant, déporté, et peu suspect, ne serait-ce que par son orientation politique, d’être un néo-nazi), je ne peux évidemment répondre en son nom. Je peux en revanche répondre au mien propre, quant aux attaques dont je fais ici l’objet: elles ne méritent que le plus profond mépris — soyez donc assuré du mien. Je n’ose dire ce que vous pouvez faire de vos critiques de l’université française.

    Pierre Teitgen

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  9. PS. Je relis les messages de M. Lamy, et je voudrais tout de même ajouter ceci: les gens par lui visés ne prétendent pas que Heidegger était nazi, mais que ce n’est pas si grave, ou qu’il avait quelque raison de l’être. Ce qu’ils contestent, c’est l’accusation elle-même. On peut donc les traiter de crétins bornés, d’aveugles, d’imbéciles qui n’ont rien compris (et on ne s’est pas privé, ici ou ailleurs, de le faire); il me semble plus délicat de les parer du titre peu glorieux de fachistes ou de néo-nazis. Contester le nazisme de Heidegger, ce n’est pas avoir des sympathies pour le nazisme lui-même (où va-t-on, s’il faut le rappeler? ).

    Les arguments ad hominem développés ici à longueur de pages me semblent donc un peu lassants et ne pas servir à grand chose — surtout quand ils s’appuient sur une psychologie de bas étage supputant les noires intentions de tel ou tel, et donnent lieu à d’invraisemblables diarrhées verbales. Libre cependant à Monsieur Lamy de se plonger dans ce genre de fange s’il le souhaite — qu’il ne compte pas sur moi pour l’y rejoindre, c’est tout.

    Pierre Teitgen

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  10. Comme je répondais à M. Teitgen les messages de M. Lamy se sont intercalés entre les propos de M.Teitgen et le mien. Ce décalage entre les énoncés peut donner lieu à des méprises. Je ne voudrais pas que ce soit le cas pour mes réponses précédentes.
    Je voudrais d’abord remercier M. Lamy pour ses deux dernières interventions et répondre à la question relative au « peuple désarmé ». Je vois que mes propos satiriques ont été lus et je m’en réjouis. Je ne voudrais pas qu’ils soient pris à contre sens. Le « peuple désarmé » est le peuple juif. C’est lui que les nazis considèrent comme le « tyran » du peuple allemand. Il suffit de lire Mein Kampf pour être conscient de cette absurdité. Mais on sait que les nazis s’appuyaient sur cet infâme torchon qu’est le Protocole des Sages de Sion pour dire cela. Voulant libérer la terre du peuple juif ils se sont identifiés aux tyrannoctones grecs Harmodias et Aristogiton dont ils ont promené les statues dans les rues des villes lors des différents défilés en l’honneur de l’art allemand. Les nazis armés jusqu’aux dents ont accusé les juifs sans armes d’être leurs tyrans. On voit déjà le ridicule de la chose. Mais ce n’est pas tout. persévérant dans leur psychose -car c’en était une- ils ont poussé le vice jusqu’à les envoyer aux fours crématoires , cherchant à passer aux yeux des Allemands pour des libérateurs. Ils espéraient être fêtés en vrais libérateurs pour cet « exploit ». Heidegger , leur tête pensante a déclaré en 1935 dans « L’origine de l’oeuvre d’art »: « L’oeuvre libère la terre pour qu’elle soit une terre ».(Chemins p.35) Las « créateurs », les « gardiens », « la rerre » ne renvoient pas à l’art des sculpteurs dans cette conférence mais à la politique nazie. Il s’agit de rendre la Terre « judefrei ». « Chaque fois qu’un art advient l’histoire commence ou reprend à nouveau » (Chemins p.61). En 1966 au cours de son séminaire sur Héraclite mené conjointement avec Eugène Fink Heidegger dira  » mon chemin de pensée va du logos au feu » et il ajoutera  » si la vérité était fumée on pourrait la recevoir par les narines ». Le tyrannoctone après avoir accompli son oeuvre se souvient encore de l’odeur et n’aspire qu’à recommencer, puisqu’il avait pressenti Eugène Fink pour prendre sa relève. Celui-ci n’a pas voulu. Heidegger lui a répondu par lettre en lui citant ce mot de Nietzsche: « On récompense bien mal un maître quand on ne reste jamais que l’élève » (30 mars 1966).

    1 ) Le pseudo-Socrate:
    J’ai voulu montrer dans ma sotie à la fois l’ignominie et le ridicule de la position nazie. Il est évident qu’un peuple sans défense qui cherche à s’intégrer ne peut pas être le tyran du peuple hôte qui a une puissante armée et une économie prospère. Les prétendus tyrannoctones nazis n’étaient rien d’autre que de vulgaires assassins conditionnés par les « protocoles » dont le Vökischer Beobachter faisait ses choux gras. Heidegger acquis aux idées du pseudo économiste antisémite Feder croyait à la puissance oppressive juive sur le plan financier et intellectuel. Les propos qu’il tient dans « Séjours  » sur « une puissance étrangère » sans la nommer , propos qui font écho à beaucoup d’autres pourraient laisser penser qu’il croyait à l’authenticité des Protocoles. Quoi qu’il en soit on n’a pas besoin de ça pour voir son rôle véritable dans le nazisme.

    Ai-je répondu avec suffisamment de clarté à votre interrogation. Les gens qui m’ont traité de négationniste m’ont lancé une insulte qui m’a profondément blessé car si quelqu’un mène un combat contre les négationnistes et les révisionnistes pro-nazis c’est bien moi. En déformant mes propos on m’a fait dire le contraire de ce que j’ai dit et c’est ignoble. Je leur pardonne car je n’ai jamais gardé de rancune envers qu que ce soit, mais je n’oublierai jamais. Une accusation semblable est trop grave.

    2) Je ne suis pas intervenu sur ce blog pour répondre au problème posé par le texte de Nancy mais pour faire cesser les calomnies de Domeracki et de quelques autres sur mon compte. Il vient un moment où il faut mettre les choses au point.

    3 ) je trouve normal que vous ayez trouvé mes positions excessives et parfois étranges. Ce qui ne veut pas dire qu’elles le soient. Pour arriver à voir les choses comme je les vois aujourd’hui, il faut faire un très long cheminement,- remonter dans l’histoire affective, religieuse et intellectuelle de Heidegger- qui oblige à repenser le statut de l’oeuvre. Je vous en parlerai de vive voix si vous voulez. Mais les philosophes, d’une façon générale, ne sont pas prêts pour ce genre de travail. Ils sont assez peu formés dans le domaine médical et sont pour l’immense majorité peu instruits sur la gnose , sur l’ésotérisme et sur l’alchimie. Ce qui n’était pas le cas pour Heideger.

    4 ) Je crois, pour ma part que si on veut connaître la position exacte de Nancy, il faut lui écrire. C’est ce que je fais avec tous mes interlocuteurs. Je ne me permets jamais de juger avant d’avoir interrogé. Si Heidegger avait été vivant quand j’ai commencé de m’intéresser à son travail, je serais allé l’interroger en lui posant les questions intimes pour lesquelles j’avais besoin d’obtenir une réponse. Je les ai obtenues par ailleurs. L’affaire est donc règlée. Il m’a fallu davantage de temps, c’est tout. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui je peux parler comme je parle. Je n’ai pas à fournir de preuves puisque je les ai. C’est aux chercheurs à continuer de chercher pour trouver le vrai. Après Jean-Pierre Faye, après Bourdieu, après Adorno, après Goldschmidt, Emmanuel Faye vient de gravir quelques marches supplémentaires. L’escalier du vrai se construit peu à peu. Mais le vrai Heidegger n’a pas encore été approché en France. En Allemagne beaucoup de gens le connaissent mais se taisent par peur des représailles. Beaucoup m’ont demandé de garder le secret. C’est dire à quel point le poids politique des nazis est encore fort. Beate Klarsfeld en a fait l’expérience à ses dépens. Son travail consistait à retrouver des personnes pour lesquelles un dossier d’accusation avait été solidement établi.

    Dans le cas de Heidegger les choses sont différentes. Nous sommes ici au coeur du réacteur et le crime n’est pas de même nature.Ici c’est le gnostique qui parle, qui agit, qui ordonne. Hans Jonas a fini par le comprendre et son oeuvre reflète cette compréhension à partir des années 60. Sous l’apparence philosophique, chez Heidegger, il y a la gnose et sous la gnose il y a encore deux autres couches : la plus accessible est celle de la transmutation alchimique de l’humanité par le feu (le bien c’est le mal -cf. son Schelling). Quant au coeur ultime du réacteur je préfère le laisser dans la piscine pour le moment. Il sera toujours temps d’en parler quand l’heure sera venue.Le seul passage de la péri-philosophie à la Gnose occupera les philosophes pendant un bon moment.Quant à la compréhension du « grand art » dont il est question dans la conférence sur l’origine très peu sont capables de le saisir. J’aurais aimé savoir si Matton y a accédé. Il était bien placé pour ça. Mais je ne crois pas qu’il ait fait le pas qui conduit le regard vers l’intérieur de la « Chose ». Françoise Bonardel n’est pas passée loin mais elle est restée en dehors. En ce qui concerne la dernière sphère, la plus intérieure, Florence Tamagne a gravité autour du noyau, mais elle n’a rien vu. Nicolas Sombart sait beaucoup de choses mais il ne les dit que par allusion. Et puis ce ne sont pas des philosophes au sens universitaires du terme.

    Pour ma part je ne connais Nancy que par ses écrits et je n’ai pas encore pu en tirer grand chose pour répondre à mes interrogations. Je préfèrerais que Jean-François Courtine se démarque clairement car il y a chez lui un authentique souci de la recherche. Il est sur le point de faire le saut. Je me demande qu’est-ce qui le retient. Je lui ai écrit. J’attends sa réponse.

    L’article de Nancy qui m’avait paru bizarre et peu convaincant et qui de toute façon est insoutenable invite à se poser une question. Pourquoi Freud et Heidegger à peu près à la même époque ont-ils été conduits à donner une réponse si différente au problème de la « conscience malheureuse », c’est à dire au problème du blocage de la libido par la répression religieuse et morale? Du point de vue où je me place depuis longtemps, il est facile de voir que l’un et l’autre ont cherché un remède au mal. Freud en élaborant une thérapeutique fondée sur une étiologie des névroses et des psychoses, l’autre en produisant une résilience dévoyée. le premier a vu souffrir. Le second a souffert d’une manière plus aiguê que la normale. L’un a étudié , l’autre a cherché à se libérer. Le point commun, c’est qu’ils vivent tous deux dans un siècle où la repression sexuelle est devenue insupportable. Pour faire bonne mesure il eût fallu ajouter Nietzsche. mais en réalité c’est toute une pléiade de penseurs qui travaillent à la libération des êtres humains de leurs chaînes en matière de sexualité.Le remède freudien, le remède nietzschéen et le remède heideggérien sont très différents. Les trois modes de libérations sont aux antipodes. Freud s’appuie sur le transfert et sur la parole, Nietzsche s’en prend au crucifié et propose l’inversion des valeurs , heidegger propose, lui, de prendre les choses à la racine , de s’attaquer à l’origine du mal : le peuple juif , sa métaphysique et sa morale. Le meilleur moyen de s’en débarrasser, c’est non seulement la destruction de la métaphysiqte, mais encore l’anéantisement.Heidegger pense ainsi libérer le monde d’une tyrannie. Les solutions nietzschéenne et heideggérienne sont des solutions de nature psychotique. La solution freudienne est de nature scientifique. Loin d’être une voie de guérison l’attitude nietzschéenne- heideggérienne est une tentative de résilience. Une illussion de libération. Un crime.
    michel bel

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  11. Archives :

    Emmanuel Faye écrit dans un article paru au mois d’août dans le quotidien allemand Die Zeit : « Cela permet par exemple de voir que la remise en cause par Heidegger de la planétarisation de la technique et sa récusation radicale de la métaphysique sont largement postérieures à 1945 et donc nullement présentes en juin 1940, lorsqu’il enseigne, en des termes qui sont incontestablement ceux d’une approbation, que la « motorisation de la Wehrmacht » est un « acte métaphysique » »

    En vérité, le thème de l’accomplissement de la métaphysique (die Vollendung der Metaphysik) dans la volonté du puissance, dans la Machenschaft déchainée, et le dépassement de la métaphysique sont présents bien avant juin 1940, de sorte que les propos de Heidegger sur la motorisation de la Wehrmacht n’ont rien d’une approbation.

    Le tome 67 de la Ga, « Metaphysik und Nihilismus », contient en sa première partie le manuscrit de 1938-1939 intitulé « Die Überwindung der Metaphysik », c’est-à-dire un ensemble de 164 paragraphes consacrés au dépassement de la métaphysique

    Dans le tome 69 de la Ga, Die Geschichte des Seyns, manuscrit de 1938-1940, voir les §§ 33 et 34 :
    § 33. Die Vollendung der Metaphysik
    § 34. Die Überwindung der Metaphysik. Der Übergang

    Même chose en ce qui concerne « la remise en cause par Heidegger de la planétarisation de la technique ».
    Dans ce même volume 67 de la Ga, voir les §§ 140-141 :
    § 140. Machenschaft – Technik – Seyn.
    § 141. »Technik«.

    Voir aussi Besinnung (Ga 66), autre manuscrit de la même époque (1938/1939), les chapitres XI. et XII. :
    XI. Die Technik.
    XII. Historie und Technik.

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    Emmanuel Faye affirme dans un article paru au mois d’août dans le quotidien allemand Die Zeit : « A vrai dire, une lecture attentive des paragraphes de Etre et temps sur la mort et sur l’historicité, avec leur éloge du sacrifice, du choix du héros et du destin authentique du Dasein dans la communauté du peuple, montre que cette croyance était déjà à l’oeuvre en 1927. »

    Il n’y a aucun éloge du sacrifice dans Sein und Zeit. L’être envers la mort authentique ne consiste pas à rendre la mort effective en sacrifiant sa vie, mais à se rapporter à la mort comme à une pure possibilité, à la « possibiliser » en la tenant au plus loin de toute effectivité, de toute réalisation.

    En allemand, sacrifice se dit « Opfer ». Ce terme n’a qu’une seule occurence dans Sein und Zeit, p. 240., lorsque Heidegger affirme que la mort est la possibilité la plus propre, mienne, insubstituable, celle que l’on ne peut jamais déléguer. On peut bien se sacrifier pour autrui, mais ce n’est jamais lui ôter son mourir, ce n’est jamais mourir de sa mort à sa propre place.

    Cf. Sein und Zeit, p. 240 : « Keiner kann dem Anderen sein Sterben abnehmen. Jemand kann wohl »für einen Anderen in den Tod gehen«. Das besagt jedoch
    immer: für den Anderen sich opfern »in einer bestimmten Sache«. »

    « Nul ne peut prendre son mourir d autrui. L’on peut certes « aller à la mort pour un autre », mais cela ne signifie jamais que ceci : se sacrifier pour l’autre « dans une affaire déterminée ». » (trad. Martineau, p. 178)

    Il s’agit là d’une simple constatation phénoménologique et il n’y a aucun éloge du sacrifice.

    Heidegger évoque aussi à quelques reprises l’Aufgabe. Mais Aufgabe n’a aucune connotation héroique, militaire ou sacrificielle : il signifie renoncement, aban-don (Auf-gabe). C’est à tort que Martineau traduit ce terme par « sacrifice ».
    Cette mise en avant de l’Aufgabe par Heidegger, ou plutôt de la possibilité de l’Aufgabe, a pour objectif de montrer que la résolution devançante signifie constance du soi, maintien, assurance, certitude, être sûr de soi dans ses décisions, mais que cette constance ne signifie pas que le Dasein existant résolument soit incapable de changer, d’évoluer, de se remettre en question, de s’adapter à une nouvelle situation. La résolution est constance, mais non raidissement (Versteifung) ou sclérose de l’existence obstinée sur les possibilités qu’elle a choisis.
    En devançant la mort, le Dasein devance la possibilité de l’impossibilité. La mort est l’impossibilité du Dasein : en elle toutes ses possibilités deviennent impossibilités. En se décidant pour un possible depuis le devancement de sa propre mort, le Dasein comprend donc toujours en même temps qu’il peut se défaire de ce possible. Il se tient donc libre, disponible pour reprendre (Zurücknehmen) ce qu’il a donné, ce qu’il a choisit, s’il le faut, si sa situation l’exige.

    Cf, Sein und Zeit, p. 307-308 : « Was bedeutet dann die solcher Entschlossenheit zugehörige Gewißheit? Sie soll sich in dem durch den Entschluß Erschlossenen halten. Dies besagt aber: sie kann sich gerade nicht auf die Situation versteifen, sondern muß verstehen, daß der Entschluß seinem eigenen Erschließungssinn nach frei und offen gehalten werden muß für die jeweilige faktische Möglichkeit. Die Gewißheit des Entschlusses bedeutet: Sichfreihalten für seine mögliche und je faktisch notwendige Zurücknahme. »

    « Que signifie alors la certitude qui appartient à une telle résolution ? Elle doit se tenir dans ce qui est ouvert par la décision. Or cela revient à dire qu’elle ne peut justement se raidir sur la situation, mais doit nécessairement comprendre que la décision, suivant son sens d’ouverture propre, doit être tenue libre et ouverte pour toute possibilité factice. La certitude ne la décision signifie :se tenir libre pour sa re-prise possible et à chaque fois facticement nécessaire.  » (trad. Martineau, p. 219)

    L’Aufgabe dont il est question, c’est donc la possibilité pour le Dasein qui existe authentiquement d’évoluer, d’abandonner des décisions pour en prendre d’autres, conformément à ce qu’exige la situation sur laquelle il garde son coup d’oeil (Augenblick ; l’instant).

    Cf. Sein und Zeit, p. 391 : « In der Entschlossenheit liegt die existenzielle Ständigkeit, die ihrem Wesen nach jeden möglichen, ihr entspringenden Augenblick schon vorweggenommen hat. Die Entschlossenheit als Schicksal ist die Freiheit für das möglicherweise situationsmäßig geforderte Aufgeben eines bestimmten Entschlusses. »

    « Dans la résolution est contenue la constance existentielle qui, par essence, a déjà anticipé tout instant possible né d’elle. La résolution comme destin est la liberté pour l’abandon, tel qu’il peut être exigé par la situation, d’une décision déterminée. »

    Pour cette raison, le devancement de la mort et lui seul permet au Dasein résolu de ne pas se raidir sur ses décisions. Voilà pourquoi Heidegger écrit :

    Sein und Zeit, p. 264 : « Das Vorlaufen erschließt der Existenz als äußerste Möglichkeit die Selbstaufgabe und zerbricht so jede Versteifung auf die je erreichte Existenz ».

    « Le devancement ouvre à l’existence, à titre de possibilité extrême, l’abandon de soi [ou bien renoncement à soi, ou encore don de soi, comme traduit Vezin]et brise ainsi tout raidissement sur l’existence à chaque fois atteinte ».

    Mais répétons le une fois encore : il ne s’agit en aucun cas de réaliser la mort, de la rendre effective dans un sacrifice. Car le devancement arrache la mort à toute effectivité et la comprend comme possibilité pure et simple.

    Cf. Sein und Zeit p. 261 : « muß die Möglichkeit ungeschwächt als Möglichkeit verstanden, als Möglichkeit ausgebildet und im Verhalten zu ihr als Möglichkeit ausgehalten werden. »
    Et p. 262 : « Die nächste Nähe des Seins zum Tode als Möglichkeit ist einem Wirklichen so fern als möglich ».

    « la possibilité doit être comprise sans aucune atténuation en tant que possibilité, être configurée en tant que possibilité, être soutenue, dans le comportement face à elle, en tant que possibilité ».
    « La proximité la plus proche de l’être pour la mort comme possibilité est aussi éloignée que possible d’un effectif ». (trad. Martineau, p. 219).

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    Passons maintenant au fait que le Dasein résolu se choisit ses héros. Reprenons tout simplement le texte de Heidegger pour voir qu’il n’y a là rien de nazi.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die Wiederholung ist die ausdrückliche
    Überlieferung, das heißt der Rückgang in Möglichkeiten des dagewesenen Daseins. Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt – gründet existenzial in der vorlaufenden Entschlossenheit; denn in ihr wird allererst die Wahl gewählt, die für die kämpfende Nachfolge und Treue zum Wiederholbaren frei macht. »

    « La répétition est la délivrance expresse, c’est-à-dire le retour dans des possibilités du Dasein qui a été Là. La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit ses héros-se fonde existentialement dans la résolution devançante; car c’est en elle seulement qu’est choisi le choix qui rend libre pour la poursuite du combat et pour la fidélité au répétable ». (trad. Martineau, p. 265).

    Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que le Dasein résolu, en devancant la possibilité ultime de la mort, assume l’ensemble des possibilités qui lui échoient de facto et parmi lesquelles il a à se décider. Mais ces possibilités ont déjà été choisies par d’autres avant lui (ceux que Heidegger appelle Dasein ayant été là). Ces possibilités sont donc traditionelles. Les assumer dans la résolution, c’est donc en hériter. Puisque la possibilité a toujours déjà été choisies par d’autres avant lui, le Dasein, dans sa décision pour cette possibilité, la répéte. Exemple : devenir philosophe est une possibilité dont j’hérite. Mais bien d’autres ont été philosophes avant moi, de sorte que devenir philosophe, c’est répeter cette possibilité, non pas à l’identique, mais en me l’appropriant. Celui qui devient philosophe reprend le flambeau de la philosophie, il poursuit le combat pour la pensée inauguré par d’autres avant lui, il s’est choisis les philosophes pour héros. Les héros n’ont donc ici aucune connotations guerrières. Même Faye, en choisissant, parmi toute les possibilités qui lui echoient, de travailler sur Descartes, a choisis son héros !

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    Dernier point : Volksgemeinschaft est un terme appartenant au vocabulaire courant du national-socialisme. Mais contrairement à ce qu’affirme Faye, ou à ce qu’il a espéré, Heidegger ne parle pas de communauté du peuple (Volksgemeinschaft) : ce terme n’a aucune occurrence dans Sein und Zeit.
    A l’inverse, Heidegger parle de la communauté, et du peuple, ce qui est tout à fait différent. Reprenons le texte :

    Cf. Sein und Zeit, p. 384 : « Wenn aber das schicksalhafte Dasein als Inder-
    Welt-sein wesenhaft im Mitsein mit Anderen existiert, ist sein
    Geschehen ein Mitgeschehen und bestimmt als Geschick. Damit
    bezeichnen wir das Geschehen der Gemeinschaft, des Volkes ».

    « Mais si le Dasein destinal comme être-au-monde existe essentiellement dans l’être-avec avec autrui, son provenir est un co-provenir, il est déterminé comme co-destin, terme par lequel nous désignons le provenir de la communauté, du peuple. » (trad. Martineau, p. 265)

    Le Dasein se destine, s’adresse, se délivre un héritage de possibilités. Mais cet héritage est toujours commun, il est un ensemble de possibilités d’existence avec autrui dans un monde partagé (Mitwelt). L’héritage de possibilités est celui d’une communauté, en laquelle les Dasein peuvent du coup de décider pour une même possibilité. C’est sur le fond de ce même monde, de ce commun héritage, de ce destin commun, qu’est possible l’engagement pour la même chose : ce peut être le fait de partager un projet, de lutter ensemble pour quelque chose, par exemple pour faire connaître la pensée de Heidegger.
    Mais évidemment, seuls peuvent partager et lutter ensemble pour la même chose les Dasein qui sont contemporains les uns des autres, ceux qui appartiennent à la même génération. Voilà pourquoi Heidegger écrit :

    Sein und Zeit, p. 385-384 : « Das schicksalhafte Geschick des Daseins in und mit seiner »Generation«1 macht das volle, eigentliche Geschehen des Daseins aus. »

    « Le co-destin destinal du Dasein dans et avec sa « génération »1 constitue le provenir plein, authentique du Dasein ». » (trad. Martineau, p. 265)

    Il s’agit donc des contemporains, de ceux d’une même génération, et en aucun cas d’une même race ou d’un même sang ! Heidegger, pour la signification de la génération, renvoie en note à Dilthey, qui n’est absolument pas un nazi.

    Voici la définition qu’il donne de la génération : « une génération forme une cercle assez étroit d’individus qui, malgré la diversité des autres facteurs entrant en ligne de compte, sont reliés en un tout homogène par le fait qu’il dépendent des mêmes grand événements et changements survenus durant leur période de réceptivité ». Dilthey, Le Monde de l’esprit, t. I, Aubier, p. 43.

    Il n’y a aucune trace de racialisme. La communauté est simplement le rassemblement d’individus dans une même situation.

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    Emmanuel Faye me répond :

    « Réponse à l’objection d’EP sur le choix des héros dans Sein u. Zeit:

    Heidegger ne dit pas que le Dasein se choisit ses héros, mais qu’il se choisit son héros: « das Dasein sich seinen Helden wählt » (p.385). Le pluriel est une faute de traduction d’E. Martineau.

    Sur le fond, interpréter, comme le fait EP, ce choix à la manière sartrienne, c’est-à- dire comme un choix individuel est certainement un contresens. En effet, il s’agit explicitement du dasein tel qu’il advient dans la communauté, le peuple, et non d’un destinindividuel. C’est la Gemeinschaft, c’est le Volk, qui se lie à son héros. Ce que Heidegger a en tête, on le voit en lisant aujourd’hui les cours et séminaires des années 1933-34, où il réinterprète explicitement Sein u. Zeit dans un sens politique, et dans le contexte de l’allégeance du Volk à son Führer.

    Tout cela est très clair également dans la présentation de Sein u. Zeit publiée dans le journal Der Alemanne, le 3 mai 1933.
    J’y reviendrai.
    E.F. »

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    Dans son interprétation, Emmanuel Faye passe de « le Dasein se choisit son héros » à « la communauté/le peuple se choisit son Führer ».

    Tout d’abord : rien ne permet dans le texte de Heidegger de passer de héros à Führer.
    De plus : le Dasein appartient toujours à un peuple, à une communauté avec laquelle il partage son héritage de possibilités d’existence, mais cela ne permet en aucun cas de tirer un trait d’équivalence entre Dasein et communauté, cela n’autorise pas à affirmer Dasein = Gemeinschaft/Volk, et à substituer l’un à l’autre. Le Dasein appartient à un peuple, mais il n’est pas le peuple. Quand Heidegger affirme que le Dasein choisit son héros, cela ne signifie donc pas le choix d’un héros par la communauté.

    De plus, choisir son héros ne signifie en aucun cas choisir un individu appartenant à notre époque présente, un individu contemporain au sein de la communauté pour en faire un héros, un Führer. Car le choix du héros c’est la répétition, c’est à dire un rapport au passé, un rapport au Dasein ayant été là, un rapport aux hommes qui nous ont précédés et qui, par leur existence, nous on ouvert des possibilités dont nous héritons.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die Wiederholung ist die ausdrückliche Überlieferung, das heißt der Rückgang in Möglichkeiten des dagewesenen Daseins. Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt… »

    « La répétition est la délivrance expresse, c’est-à-dire le retour dans des possibilités du Dasein qui a été Là. La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit son héros-… »

    Choisir son héros pour le Dasein, c’est donc, en choisissant une possibilité qui a déjà été choisie par d’autres avant lui, choisir un héros parmi ceux qui nous ont précédés en reprenant le flambeau, en continuant ce qu’ils ont entrepris. Je le répète : en choisissant de travailler sur Descartes, Emmanuel Faye a choisi son héros, parmi d’autres figures possibles du héros.

    Le dernier élément qui réfute définitivement l’interprétation du choix du héros comme étant non un choix individuel mais un choix collectif, celui de la communauté, du peuple, ce dernier élément donc, c’est le fait que ce choix s’origine dans la résolution devançante.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt – gründet existenzial in der vorlaufenden Entschlossenheit ».

    « La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit son héros-se fonde existentialement dans la résolution devançante ».

    Le choix du héros n’est possible que dans la résolution devançante. Or, celle-ci est toujours celle d’un individu singulier isolé sur sa propre mort par l’angoisse. Résolution devançante signifie Vereinzelung : individuation, singularisation, isolement, esseulement… La résolution devance la mort. Celle-ci, en tant que possible qui me concerne moi en propre, moi et moi seul, moi en tant que singulier, rend insignifiants tous les rapports à l’autre : elle rend le Dasein irrelatif (unbezügliche). La disposition affective de la résolution devançante, en laquelle seulement il est possible de choisir son héros, est l’angoisse qui isole le Dasein et l’ouvre comme solus ipse, dans un solipsisme existential.

    Cf, Sein und Zeit, p. 188 : « Die Angst vereinzelt und erschließt so das Dasein als »solus ipse«. »

    « L’angoisse isole et ouvre ainsi le Dasein comme « solus ipse » ». (trad. Martineau, p. 145).

    Cf, Sein und Zeit, p. 263 : « Der Tod »gehört« nicht indifferent nur dem eigenen Dasein zu, sondern er beansprucht dieses als einzelnes. Die im Vorlaufen verstandene Unbezüglichkeit des Todes vereinzelt das Dasein auf es selbst. »

    « La mort n’« appartient » pas seulement indifféremment au Dasein propre, mais elle interpelle celui-ci en tant que singulier [on peut traduire aussi par isolé]. L’absoluité de la mort comprise dans le devancement isole le Dasein vers lui-même ». (trad. Martineau, p. 192).

    Cf, Sein und Zeit, p. 322 : « Das Dasein ist eigentlich selbst in der ursprünglichen Vereinzelung der verschwiegenen, sich Angst zumutenden Entschlossenheit ».

    « Le Dasein est authentiquement lui-même dans l’isolement originaire de cette résolution gardant le silence qui s’intime à elle-même l’angoisse ».

    La résolution devançante est donc l’individuation même, elle est toujours celle d’un individu, et non d’une communauté, de sorte que cette résolution rend possible à l’individu et à lui seul de choisir son héros. En devançant résolument sa propre mort, le Dasein s’isole radicalement, se soustrait à la dictature du On. Il ne laisse plus le On choisir à sa place. De plus, en devançant la mort, il anticipe l’ensemble des possibilités qui sont les siennes pour les assumer, c’est-à-dire pour en hériter. Alors seulement, sur le fond de cette résolution devançante, le Dasein peut choisir une possibilité d’existence, c’est-à-dire répéter la possibilité d’un Dasein ayant été là, c’est-à-dire choisir son héros.

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    A propos de l’hommage à Albert Léo Schlageter.

    Emmanuel Faye veut nous faire croire que ce texte serait le cœur même de la pensée heideggerienne de la mort. En vérité, il ne s’agit pas d’un texte philosophique, mais d’un hommage prononcé entre deux séances de cours, et qui tient sur deux pages dans le volume 16 de la Ga. Il s’agit d’un texte purement idéologique, et qui ne contient, me semble-t-il, pas un gramme de philosophie. L’erreur d’Emmanuel Faye est de lire les textes philosophiques (par exemple le paragraphe 74 de Sein und Zeit) comme s’il s’agissait de discours idéologiques, et de lire les discours idéologiques comme s’il s’agissait de textes philosophiques.

    Emmanuel Faye écrit dans sa dernière réponse : « C’est la « solitude » de Schlageter (« allein… ») dans son anticipation de la mort, qui lui permet de mourir « pour le peuple allemand et pour son Reich » (« für das deutsche Volk und sein Reich zu sterben » GA 16, 759-760) »

    Dans ce cas, l’authenticité heideggerienne comme résolution devançant la mort aurait un sens héroïque, militaire, sacrificiel. L’hommage à Albert-Léo Schlageter serait ainsi comme l’aboutissement, le sens ultime de la pensée heideggerienne de la mort exposée dans Sein und Zeit.
    Or, il suffit de se rapporter au texte pour voir qu’il n’y est jamais question d’anticipation (Vorlaufen) de la mort. Il n’y est question, ni d’être envers la mort, ni de résolution, ni de devancement (Vorlaufen), ni d’authenticité, ni d’inauthenticité, ni de la possibilité de l’impossibilité, ni de l’opposition fameuse entre mourir (sterben) et déceder (ableben ; perdre la vie), ni de l’ir-relationnalité de la mort, ni de la Vereinzelung…

    A propos de la Vereinzelung, l’isolement du Dasein sur sa propre mort en tant que possibilité, Emmanuel Faye croit qu’il s’agit de cela lorsque Heidegger dit que Schlageter est mort seul (allein). Il n’en est rien. Schlageter fut condamné à mort par les autorités françaises et fusillé. La solitude de Schlageter, le fait qu’il soit mort seul (allein), signifie qu’il était seul face aux fusils, que personne n’était à ses cotés, que ceux qui ont lutté avec lui étaient absents.
    Or, la Vereinzelung, l’isolement dont parle Heidegger dans Sein und Zeit n’a rien à voir avec le fait que le Dasein soit seul (allein), n’a rien à voir avec la présence ou l’absence d’autrui à ses cotés. Même lorsque autrui se tient à mes cotés dans la relation la plus intime, je peux en m’angoissant pour ma mort m’isoler sur mon être le plus propre. Mais dans cet isolement sur ma mort, autrui n’est pas pour autant devenu absent ! Je suis isolé-singularisé, mais pas seul (allein). A l’inverse, le Dasein peut très bien être seul (allein) sans pour autant être isolé-singularisé par sa mort au sens de la Vereinzelung. Celui qui vit seul peut tout à fait être perdu dans le On.

    Le texte de l’hommage à Schlageter est même souvent en contradiction avec les développements de Sein und Zeit. Heidegger parle de la mort de Schlageter, de la manière dont il meurt. La mort n’est pas ici la possibilité de l’impossibilité, mais elle désigne l’événement mondain, effectif, du décès. Lorsque Heidegger affirme que Schlageter meurt pour le peuple allemand et pour son Reich, cela ne signifie pas mourir au sens où Heidegger l’entend dans Sein und Zeit, à savoir le rapport du Dasein à sa mort. Le Dasein meurt, c’est-à-dire se rapporte à sa mort, de manière fuyante ou assumée, aussi longtemps qu’il est.

    Cf. Sein und Zeit, p. 251 : « Das Dasein stirbt faktisch, solange es existiert ».

    « Le Dasein meurt facticement aussi longtemps qu’il existe ». (trad. Martineau p. 185)

    Or, cela ne peut avoir de sens d’affirmer que Schlageter meurt pour son peuple aussi longtemps qu’il est. Dans ce cas, la mort désigne bien l’événement qui vient à la fin de la vie, et non le mourir en tant qu’être constamment envers la fin (Sein zum Ende). Dans l’hommage à Schlageter, Heidegger prend donc le verbe mourir au sens vulgaire de perdre la vie (ab-leben), décéder, et non dans le sens proprement philosophique de Sein und Zeit.

    La mort de Schlageter est la mort la plus dure et la plus grande (den schwersten und grössten Tod). La mort la plus dure et la plus grande, cela n’a pas de sens du point de vue même de Sein und Zeit. Car la mort, entendue comme pure possibilité de l’impossibilité de l’existence, n’a ni plus ni moins, elle ne saurait être ni plus grande ni moins grande, ni plus difficile, ni moins difficile selon les circonstances, car elle ne dépend pas de celles-ci et n’a rien à voir avec elles. La mort est absolument sans mesure.

    Cf, Sein und Zeit, p. 262 : « Im Vorlaufen in diese Möglichkeit wird sie »immer größer«, das heißt sie enthüllt sich als solche, die überhaupt kein Maß, kein mehr oder minder kennt, sondern die Möglichkeit der maßlosen Unmöglichkeit der Existenz bedeutet. »

    « Dans le devancement dans cette possibilité, celle-ci devient « toujours plus grande » [notez les guillemets], c’est-à-dire qu’elle se dévoile comme une possibilité qui ne connaît absolument aucune mesure, aucun plus ou moins, mais signifie la possibilité de l’impossibilité sans mesure de l’existence ». (trad. Martineau, p. 192)

    Sein und Zeit et l’hommage à Schlageter sont donc séparés par un abîme, de sorte qu’il est absurde de vouloir interpréter Sein und Zeit à partir de cet hommage.

    Dans sa volonté de faire de ce texte le centre de la pensée heideggerienne de la mort, Emmanuel Faye va même jusqu’à interpréter le « meurent-ils ? » des conférences de Brême (Ga 79) à partir de l’hommage à Schlageter !

    Cf. l’interview de Brice Couturier : « Ce que Heidegger veut dire c’est que les victimes des camps d’extermination ne pouvaient pas mourir parce qu’il n’étaient pas dans leur essence des mortels. Derrière cela il y a la conception nazie de la mort comme « sacrifice de l’individu à la communauté ». On trouve déjà annoncée déjà dans Etre et temps et célébrée par Heidegger en mai 33 dans son discours qui exalte Schlageter le héros des nazis mort fusillé par les français en 26 pour, dit Heidegger, « mourir pour le peuple allemand et son Reich ». C’est pour Heidegger mourir de la manière la plus dure et la plus grande. Mais ceux qui ont péri dans les camps d’anéantissement sont, dit-il, grausig Ungestorben, « horriblement non morts ». Ils ne sont pas morts. Ils ne pouvaient pas mourir car ils n’étaient pas dans la « garde de l’être ». Et là ce n’est pas les conditions effroyables de l’anéantissement nazi dans les camps que dénonce Heidegger. C’est le fait que ceux-là, ne mourraient pas de la mort des héros ».

    La conférence de Brême est prononcée en 1949, soit seize ans après l’hommage à Schlageter, après la guerre, et à une époque où Heidegger est revenu de son engagement depuis déjà longtemps. Il est donc absurde d’interpréter cette conférence à partir de l’hommage de 33. Il suffit de lire le texte pour voir qu’il n’y est jamais question ni de sacrifice, ni de peuple, ni de Reich, ni de héros, et que ce sont bien les conditions effroyables de l’anéantissement que Heidegger dénonce, à savoir la liquidation en masse dans la détresse et l’effroi, la fabrication de cadavre dans les camps d’extermination. Sur ce point, je ne peux que renvoyer à la réponse décisive que Gérard Guest a publié sur Parole des jours : « La censure à son comble ».

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  12. L’acharnement thérapeutique sur un mort n’a jamais pu conduire à sa reviviscence. Ces combats d’arrière garde n’ont aucun sens. Le problème n’est plus de savoir si Heidegger était nazi mais jusqu’à quel degré il l’était et surtout pourquoi il l’a été. La mascarade de l’adhésion officielle en 1933 dissimule une réalité beaucoup plus profonde, une détresse existentielle qu’il serait peut-être urgent d’analyser.

    Le texte, rien que le texte! Qu’est-ce que cela veut dire? Quel est le statut du texte dans la vie de Heidegger? Et y en a-t-il un seul ou plusieurs? Quand cessera-t-on de croire que les textes de Heidegger sont des textes philosophiques? Ils ont une apparence philosophique mais une fonction politico-gnostique que les philosophes français ne veulent pas voir. Et pourquoi l’ont-ils? Quelles ont les conditions sociales qui ont fait germer une telle plante idéologico-historiale? Il faudrait peut-être que les philosophes français sortent de leur coquille et se mettent à penser. Heidegger a joué avec la vie de millions de personnes avec son projet mondial. Il a envoyé à la mort des millions de personnes pour satisfaire son prétendu « grand dessein ». C’était un « idéaliste passionné » au sens médical du terme. Il serait peut-être temps qu’on se demande pourquoi un tel démon a surgi et si les conditions qui l’ont fait surgir ne sont pas en train de se reproduire. Sinon c’est à désespérer de la philosophie.

    La technique. N’avez-vous pas compris que le technique chez Heidegger était bonne quand elle était au service de la volonté de puissance des allemands aryens, qu’elle devient mauvaise quand elle est aux mains des autres peuples? Désolidariser la technique de la volonté de puissance d’un peuple n’a pas de sens chez Heidegger.

    Bergson en 1932 demandait à l’Europe d’avoir un supplément d’âme pour éviter le pire. Peine perdue!. Aujourd’hui c’est d’un supplément d’intelligence dont les philosophes français ont besoin. Sera-ce aussi une peine perdue? Va-t-on passer à nouveau « du père au pire »? J’en ai bien peur.

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  13. La dernière intevention de Bel montre bien à quel point on ne peut engager avec lui qu’un dialogue de sourd; car , malheureusement pour ses divagations, il semble bien qu’Ep ait dit vrai , et on ne peut que se féliciter de sa mise au point brillante.

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  14. Réjouissez-vous braves gens Domeracki va sauver le monde avec Heidegger créateur du nazisme comme maître à penser.

    De Gaulle disait : »Les Français sont des veaux ». Je crois qu’il y a pire encore. Je crois que j’ai enfin compris l’état de la France aujourd’hui.

    Merci Messieurs de m’en avoir rendu la conscience encore plus aiguë.

    Vivez heureux avec votre Heidegger assassin. je vous souhaite beaucoup de bonheur. Chaque être humain a le dieu qu’il mérite. Vous avez choisi le vôtre. Il exaucera vos voeux. Exultez de bonheur!

    Quant à moi, je ne suis point des vôtres.

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  15. Je remercie vivement Etienne Pinat de sa contribution solide et argumentée, laquelle fait très heureusement relief par rapport aux autres propros tenus (y compris par moi: le temps me manque, mais ce n’est pas une excuse!) dans ce blog. Deux remarques « techniques » cependant:

    1°) Il me paraît très délicat de traduire Faktizität et ses dérivés par « factice ». Si la Faktizität est bien la condition de possibilité ontologique-existentiale du désappropriement, et donc d’une existence en un sens « factice », elle ne saurait cependant se réduire à cela, puisqu’elle est aussi condition de l’existence proprement assumée. Il me semble préférable de traduire par « factivité ». Sur ce point, je me permets de renvoyer à mon article « Propriété et impropriété comme possibilités existentiales: la place du « propre » dans Sein und Zeit », in La propriété: le propre, l’appropriation, Ellipses, 2004, pp. 73-91, et particulièrement à la page 79.

    2°) Sur le choix du héros: la référence à Kierkegaard, quoiqu’assez évidente, est souvent laissée de côté. Je me permets donc ici de citer, parmi beaucoup d’autres occurrences, l’incipit de l’Evangile des souffrances:

    « Quand le vaillant guerrier s’avance courageusement, reçoit en pleine poitrine toutes les flèches de l’ennemi, mais couvre ainsi le compagnon d’armes qui vient derrière lui, peut-on dire que ce dernier le suit ? Quand l’épouse aimante croit avoir en son mari son bien le plus cher ici-bas, le bel exemple auquel elle a souhaité se conformer dans la vie ; quand elle s’avance à son côté en s’appuyant sur lui comme il sied à une femme (car elle a été tirée de sa côte), peut-on dire qu’elle suit son mari ? Quand le maître sans peur demeure tranquille à sa place, entouré d’insultes, persécuté par la jalousie ; quand toutes les attaques sont dirigées sur lui sans jamais viser le disciple qui se joint à lui, peut-on dire que le disciple le suit ? Quand la poule voyant approcher l’ennemi étend ses ailes pour couvrir les poussins, peut-on dire que les petits suivent leur mère ? Non ; l’on ne saurait tenir ce langage ; il faut un changement de situation. Il faut que le hardi guerrier succombe pour savoir si son compagnon va marcher sur ses traces, le suivre en plein danger, faisant de sa poitrine la cible de toutes les flèches, ou si, au contraire, il va lâchement tourner le dos au péril et perdre courage pour avoir perdu son exemple de vertu. Et le noble époux ? Hélas ! il lui fait aller à l’écart, loin d’elle, pour savoir si la veuve affligée, privée de son appui, va le suivre ou abandonner son exemple. Il faut que le maître sans peur se cache ou soit caché dans un tombeau pour que se révèle si le disciple va le suivre et résister sur place, entouré d’injures, en butte à la jalousie ou si, en pleine vie, il va honteusement déserter la place que le maître a glorieusement laissée en mourant. – Suivre, c’est donc s’engager dans la voie même où marcha celui que l’on suit et qui ne précède plus d’une manière visible. Il était ainsi nécessaire que Christ s’en allât, mourût, pour qu’on vît si le disciple voulait le suivre. Bien des siècles se sont écoulés depuis cet événement et pourtant il se produit toujours de la même manière. Car il est un âge où Christ marche, presque visible, près de l’enfant et le précède ; mais il vient aussi un âge où il s’efface aux yeux de l’imagination sensible, afin qu’apparaisse dans le sérieux de la décision si l’adulte veut le suivre.
    Quand l’enfant tient les jupons de sa mère, peut-on dire qu’il suit le même chemin de la même manière ? Non, certes. Il doit d’abord apprendre à marcher seul et tout seul, avant de pouvoir suivre le même chemin de la même manière. Et quand il apprend à marcher seul, que doit alors faire sa mère ? Elle doit se soustraire à sa vue. Sa tendresse reste la même, inaltérable, elle augmente même justement quand le nourrisson fait cet apprentissage : nous le savons, mais l’enfant le ne comprend peut-être pas toujours. Et cette obligation qu’il a d’apprendre à marcher seul et tout seul c’est, dans le monde de l’esprit, la tâche imposée à qui veut suivre un maître : le disciple doit lui aussi apprendre à marcher seul, et tout seul. Chose curieuse, nous parlons presque en raillant, et toujours avec un sourire, du chagrin de l’enfant en cet apprentissage ; et pourtant, il n’y a peut-être pas de termes plus forts, plus saisissants et plus vrais pour exprimer l’extrême degré de tristesse et de souffrance que ces mots : marcher seul et tout seul. La sollicitude divine reste la même et elle est encore, si possible, plus attentive à ce moment critique ; nous le savons bien, mais on ne le comprend peut-être pas toujours pendant l’apprentissage. – Suivre, c’est donc aller seul et tout seul dans la voie où le maître est allé ; c’est n’avoir devant les yeux personne à qui demander conseil ; c’est être obligé de choisir soi-même ; c’est crier en vain comme l’enfant que sa mère ne doit pas aider d’une manière matérielle ; c’est désespérer en vain, car nul ne peut secourir et le ciel ne doit pas le faire d’une manière visible. Mais le secours invisible, c’est justement d’apprendre à transformer ses sentiments à la ressemblance de ceux du maître que pourtant les yeux de chair ne voient pas. Marcher seul ! Personne, absolument personne ne peut choisir pour toi ni te donner à la fin le conseil décisif touchant la seule chose qui compte : ton salut ; et quand beaucoup y seraient disposés, ils le ne pourraient faire qu’à ton détriment. Seul ! Car après le choix, tu trouveras certes des compagnons de route ; mais au moment décisif et en chaque danger mortel, tu restes seul »

    Un dernier point, parce que je me rends compte que C. Lamy remet également en cause Servanne Jollivet. Il est un peu agaçant que M. Lamy se croie le seul en France à parler allemand, et à connaître l’Allemagne. Servanne Jollivet (ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure), y a quant à elle vécu et enseigné de nombreuses années et a, outre celle de l’Allemagne et de la langue allemande, une connaissance de longue haleine de l’oeuvre de Heidegger.

    Pierre Teitgen.

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  16. Réponse au commentaire de Stéphane Domeracki du 20.12/ 2005 à 19:52

    Cher Stéphane Domeracki,
    je constate avec un mélange de soulagement et de satisfaction que vous avez pris vos distances avec l´attitude de MM. Fédier, Sichère et Guest, même si ce fut sans un mot sur le passage de M.Guest que j´ai cité (M. Teitgen pourra aller vérifier comme tout le monde les références que j´ai données).
    Je vous crois sur parole quant à « Lemon », même si je crois qu´au moins sur la forme il aurait pu mieux faire. Il n´aura sans doute pas lu en entier ce qu´il appelait le « long article de Gérard Guest » auquel il renvoyait pourtant. Si j´approuve votre refus des « illuminés des deux bords », il est par contre hors de question pour moi de renvoyer dos à dos MM. Fédier et Faye, pour des raisons que j´ai déjà amplement développées.
    J´ai plus de mal avec votre séparation de la pensée et de la vie, des actes et de la philosophie. « On nous apprend à être professeurs de philosophie, pas journalistes », dites vous. J´en suis fort aise. Être professeur de philosophie, est-ce donc se détourner du réel ? En ce cas mieux vaut être journaliste (Marx l´a bien été, et un bon), ce serait plus rigoureux humainement et, en fin de compte, intellectuellement. La philosophie n´est-elle pas le projet de mieux vivre à l´aide de la raison ? N´ayons pas peur de formuler « naivement » les choses, puisque l´on peut aller loin en partant des « évidences »… Une philosophie qui conduit à un désastre humain total et à un aveuglement pareil me paraît déjà invalidée de ce fait, mais passons.
    Vous citez des noms (Haar, Malabou, Greisch, Franck) respectés et dont je connais, pour certains, les travaux. Si il m´est arrivé de trouver des passages intéressants dans les dites oeuvres, je regrette par contre qu´ils persistent à aborder abstraitement les textes, sans prise en considération du contexte historique et de ses enjeux. Cette approche des oeuvres a l´inconvénient de rendre la philosophie bien abstraite, et abstraite de tout
    : des conflits sociaux politiques comme des enjeux existentiaux, de tout ce qui dans le contexte permet de mieux comprendre une oeuvre. Or qui peut dire pouvoir vraiment comprendre quelque chose à Platon sans savoir un peu d´histoire de la Grèce ? Avec Heidegger on a bien affaire à un contexte, et celui-ci n´est pas celui de la Grèce antique. Il n´a d´ailleurs pas fait que lire les grecs dans le texte, comme on le souligne à l´envie, mais aussi par exemple Clauß, ou O.Becker, cité dès Être et temps et encore après guerre…
    Maxence Carron, par sa paraphrase de Heidegger sans référence aux textes, disons, problématiques, s´inscrit dans cette tradition.
    Quant à Pierre Teitgen, dont vous dites qu´il représente la voie « universitaire » et « médiane » (???), vous dites qu´il a une bonne maîtrise des textes, ce qui devrait, pensez vous, le prévenir contre le Heidegger méchant nazi, mais il ne connait pas « l´affaire Heidegger » et ce n´est pas si grave selon vous. Outre le fait que M. Teitgen resterait ainsi dans une perspective « de surplomb » pour le moins problématique pour les raisons que je viens de donner, il est de fait assez grave en ce cas qu´il s´exprime sans cesse pour ressortir sur « l´affaire Heidegger « (en toute ignorance de cause ?) des mythèmes balayés, non pas depuis Emmanuel Faye, mais depuis Hugo Ott et Victor Farias, soit il y a bientôt 20 ans.
    En parlant du livre de Victor Farias, qui n´était il est vrai pas sans faiblesses, il y a néanmoins un fait qu´il a mis en évidence et qui n´a jamais été réfuté : c´est qu´il était d´usage après guerre, donc quand il n´était plus vraiment la peine, pour sauver sa peau, de faire croire que l´on était nazi, de s´échanger des bons voeux pour la nouvelle année, entre Eugen Fischer et Martin Heidegger. Eugen Fischer, le « raciologue », qui a écrit que les Hottentots était des animaux et que les métis de Namibie devaient être exterminés, mais que néanmoins il fallait auparavant en garder quelques uns pour faire des expériences. Eugen Fischer qui a dirigé par la suite sous le régime nazi un institut d´anthropologie raciale où il a formé un certain Mengele. Cet institut est aujourd´hui occupé par la faculté de sciences politiques de la Freie Universität in Berlin. Dans ce bâtiment, donc, l´année dernière, le révisionniste Christian Tilitzki a fait cours sur … Carl Schmitt. Mais c´est une autre histoire, me direz vous ?
    C´est un autre aspect de la même histoire.
    Me direz-vous, M.Domeracki, qu´un tel fait est sans conséquence pour la pensée ? Que cela ne doit pas nous permettre d´interpréter sa « critique » du nazisme, les développements de l´après guerre ?
    Mais laissons là l´homme si vous y tenez. « Indépendamment » (et je ne crois pas que les choses soient ici indépendantes) de son engagement, je pense que la nébulosité propre à la pensée heideggérienne permet bien des travestissements (j´ai quelque peu de mal également avec le concept de « nihilisme » comme cause, trop large et indéterminée à mon sens, des maux de la civilisation occidentale, ou quand on me parle de « décision de l´être », car là à mon avis la logique souffre, la pauvre). Je crois (vous en souvenez vous ? C´était l´argument de mon article) que les fameux développements heideggériens sur « l´essence de la technique », où on apprend que c´est la faute à la métaphysique occidentale si y a eu la guerre, ce qu´on peut croire, justement, si on a aucune culture historique (et épistémologique, ce qui est si souvent le cas chez les étudiants de philosophie), ne vise qu´à noyer des responsabilités humaines. Rien d´autre, et rien de moins.
    Mais si vous le souhaitez nous pourrons nous expliquer ailleurs sur notre amical désaccord. Je vous propose d´envoyer une adresse à Skildy si vous souhaitez discuter de mon article. Je ferai de même, et Skildy nous enverra l´adresse de l´autre. Nous pourrons alors reprendre notre discussion après les fêtes.
    Je pense en effet demander très bientôt à Skildy de fermer la rubrique « commentaires » qui suit mon article. Il est possible que je revienne sur les blogs, mais j´en doute, ne souhaitant plus croiser la meute. Je précise que mon but n´a jamais été de donner une tribune aux affidés de MM. Fédier et Guest.
    Quant à M. Teitgen, puisque c´est lui qui me conduit à ces réflexions un peu désabusées…
    Disons d´abord qu´effectivement Pierre Teitgen semble bien exister, ce n´est pas un pseudonyme comme je l´ai d´abord cru. Il semble donc être « attaché temporaire d´enseignement et de recherche » à l´université de Caen, et non professeur comme je l´ai cru en le lisant ailleurs parler de ses cours à l´université. C´est à la fois inquiétant, et en même temps un soulagement.
    Inquiétant parce que cela prouve la collusion de certains milieux universitaires et de MM. Fédier-Guest et leur suite (qu´en dit le directeur de M. Teitgen, dont les frasques doivent commencer à être connues du monde universitaire ?). C´est un soulagement dans la mesure où M. Teitgen n´est après tout qu´un assistant dans une petite faculté de province, et donc sans grande influence, et je n´aurais sans doute pas dû jeter l´opprobe sur toute l´université.
    J´ai pris connaissance du commentaire où M. Pierre Teitgen m´assure de son mépris. Je suis pour ma part surtout triste. J´ai cité un passage de M.
    Guest qui est pour moi une menace. J´accuse donc M.Guest d´intimidation, ni plus, ni moins, non d´être un « néo-nazi », comme le dit Pierre Teitgen, me diffamant sur ce point (et le fait que M. Guest soit descendant de résistant ou pas n´y change pas grand chose). Pour moi prendre ses distances avec ce genre de texte est un pré-requis, qui n´est donc pas accepté par tous les intervenants sur ce blog. J´en tire toutes les conséquences nécessaires. Je ne pense pas par ailleurs demander de comptes à M. Teitgen, ni ne souhaite que Skildy efface son message, dont j´aimerais au contraire qu´il soit conservé. J´ai constaté par contre qu´il a diffamé Jean-Pierre Faye, ce que l´on verra lors de la publication de la séance dont il parlait. Je pense que le dit JP Faye, qui doit subir depuis des décennies un ostracisme permanent et des diffamations de ce type, et ce parce qu´il a eu le tort de traduire la « Bekenntnis zu Adolf Hitler » du dit Heidegger, est plus qu´habitué, et que cela ne l´atteint pas, pas plus que son fils d´ailleurs, lui aussi rompu à la polémique. Mais JP Faye est un monument de la pensée de ces dernières années qui a atteint un certain âge déjà, ce qui devrait imposer à M.
    Teitgen une certaine politesse, de même pour Hugo Ott, convoqué contre son gré, et qui a atteint lui aussi un âge que l´on dit justement « respectable ».
    Si M. Teitgen prend rapidement ses distances avec le texte de Gérard Guest que j´ai cité, et seulement avec ce texte, et présente ses excuses pour avoir diffamé Jean-Pierre Faye, j´accepterai de continuer. Sinon je demanderai à Skildy de fermer les « commentaires » qui font suite à mon article.
    Je souhaite également laisser à M. Bel le temps de s´expliquer clairement sur le passage malheureux de ses interventions que j´ai relevé.
    En saluant donc MM. Lemon, Bel, Domeracki, et Faye, et notre hôte Skildy, Christoph Lamy.

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  17. Je remercie C. Lamy pour ses élogieux commentaires; non seulement je me prendrai pas mes distances avec le texte de G. Guest, mais qui plus est je ne présenterai pas non plus mes excuses à JP Faye, ne l’ayant en rien diffamé. Je n’ose suggérer en revanche à M. Lamy, avant de me donner des leçons de politesse, de présenter ses excuses à Gérard Guest comme à moi-même, comme je ne saurais que trop lui conseiller d’apprendre à lire (cela peut être utile).

    Je ne doute pas que M. C. Lamy soit une autorité internationale quant à l’interprétation des écrits de Martin Heidegger; que son statut ainsi que la certitude qu’il a d’être dans le camp des gentils lui donnent une position de surplomb telle qu’elle lui permet de mépriser et d’insulter ouvertement comme il l’a fait quiconque a le déshonneur de le contredire. Quant à ma situation dans l’Université française, elle m’a a moins assuré d’une chose: le désaveu du livre de E. Faye, au sein des spécialistes de phénoménologie du moins, y est quasi général.

    En ajoutant tout de même que la menace d’un procès, suprême argument s’il en est, n’a été ici évoquée que par MM Bel et Lamy, je leur laisse toute latitude à ce sujet, n’ayant quant à moi jamais menacé personne, même lorsque j’étais (comme à présent) accablé de délicatesses.

    Je me désole cependant que le livre de M. E. Faye (dont il est d’abord ici question, avant les interventions de MM. Lamy et Bel) ait d’aussi piètres défenseurs : il méritait mieux, sans nul doute, à savoir une discussion sérieuse des arguments qui y sont déployés. Parmi tous les intervenants, le seul qui soit allé dans ce sens est Etienne Pinat —peut-être aurait-il alors, M. Lamy, mérité pour cela vos salutations. Mais vous êtes nul doute au-dessus de ce genre de considérations.

    En souhaitant encore et toujours qu’une discussion sérieuse puisse enfin s’engager, par exemple en reprenant pour base les interprétations de M Pinat et en les confrontant au texte de M. E. Faye,

    Pierre Teitgen

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  18. PS. M. Lamy se demande ce « qu´en dit le directeur de M. Teitgen, dont les frasques doivent commencer à être connues du monde universitaire ?) ». La seule chose que m’aient dite tous les universitaires (et pas seulement mon directeur) qui ont eu connaissance de mes propos est la suivante: ne perdez pas ainsi votre temps à répondre à de telles imbécilités. Je finis par croire qu’ils ont parfaitement raison. En espérant, une fois encore, que la discussion pourra enfin s’engager sur son seul et unique véritable objet, et que les personnalités de tel ou tel ne seront pas sans cesse remises sur le tapis,

    Pierre Teitgen

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  19. Note écrite suite au commentaire de M. Pierre Teitgen du 21/12/2005 à 16:20

    Nul besoin d’être une autorité internationale pour dire ce que je vais dire, ni d’être une autorité tout court. Simplement de disposer de la droite et saine raison, de s’en tenir à ce que l’on sait, et à ce que l’on sait de ce que l’on doit.

    1/ J’ai constaté avec grand plaisir que M. Bel s’est expliqué sur ce passage un peu troublant que j’avais relevé. Qu’il m’excuse si je n’ai pas réagi plus vite, mais je laisse à mes textes le temps de la maturation avant de les envoyer sur internet (ce qui fait que je ne répondrai pas aux textes postérieurs à l’intervention de M. Teitgen référencée ci-dessus). Je trouve un peu dommage qu’il ait mis de la propagande nazie sans la bouche de Socrate, dont on attend en général qu’il accouche de la vérité, ce qui laissait croire que le mot qu’il avait mis dans cette bouche était le dernier de M. Bel. Ce que je juge une faute de goût gâche par ailleurs des dialogues qui n’étaient pas mal tournés, même si comme je l’ai dit je trouve sa position excessive et de ce fait contre-productive. Comment un homme seul, a fortiori le médiocre recteur de Fribourg, aurait-il pu accoucher du nazisme ? Je trouve que vous surinterprétez les textes que vous citez, même si ce sont sans doute par ailleurs des documents à creuser avec calme et patience.
    Je n’ai nullement l’intention par contre d’écrire à M. Jean-Luc Nancy, qui a fait une intervention publique et doit des explications publiques, ce qu’à cette heure nous sommes nombreux à attendre ou à désespérer d’avoir jamais.
    2/ Quant à Etienne Pinat, qui expose des textes sur le site en question, et n’ a pas pris la peine de prendre ses distances avec les menaces de M.
    Guest, m’en tenir strictement aux principes que j’ai posés m’obligerait à ne pas lui répondre. Je tiens cependant à le faire brièvement, dans la mesure où effectivement ses interventions ont relevé quelque peu le niveau du débat en s’attardant un peu sur les textes, et ce même si il me semble que Emmanuel Faye lui a pour une large part déjà répondu. De plus, M. Etienne Pinat (qui donc, et je salue également ce fait, ne se cache effectivement pas derrière un pseudonyme) a esquissé ce me semble un semblant de réponse au problème que j’ai posé.
    Il me renvoie en effet à des textes antérieurs à la seconde guerre mondiale où Martin Heidegger développe une critique de la métaphysique, sans doute suite aux attaques de l’autre « philosophe » nazi Ernst Krieck. Le problème est que, outre le fait que je doute fort que ces textes développent une critique de la technique similaire à celle d’après la seconde guerre mondiale, mon argument était que c’est précisément la criminalisation de la « métaphysique » qui permet à Heidegger de dissoudre des responsabilités humaines dans la nébulosité de « l’historialité » (pour reprendre la traduction de Martineau du terme qui signifie simplement « historicité »), « historialité » qui redouble de manière mythique l’histoire réelle et les rapports de force qui en sont le moteur. Je regrette donc que M. Etienne Pinat soit passé à côté du dit argument, mais j’apprécie qu’il ait commencé de répondre au problème qui a été posé, et qui n’a jamais été vraiment abordé en plus de 65 commentaires.
    Quant à l’éloge à Schlageter, je ne comprends pas comment vous pouvez vous permettre de le classer parmi les textes « simplement » idéologiques, comme si, rangés parmi les éloges de la schlague, ils n’étaient alors plus un problème, au profit des textes « philosophiques ». C’est pourtant Heidegger lui-même qui a choisi après guerre de classer ces textes parmi ses oeuvres dites complètes, et on a donc le droit d’éclairer d’autres textes considérés comme « nobles » à partir de lui.
    Quoi qu’il en soit si vous souhaitez continuer ce débat je vous suggère d’aller le faire ailleurs. M. Teitgen avance qu’ici il serait avant tout question du livre de M. Emmanuel Faye, et ce « avant les interventions de MM.
    Lamy et Bel ». Avant celles de M. Bel sans doute, ce qui ne signifie pas que je leur dénie toute valeur, mais pas avant les miennes, puisque comme je le rappelle pour la dernière fois les textes qui suivent mon intervention sont décrits comme des « commentaires ». Je constate effectivement que les participants sont incapables de s’y tenir, et j’en tire les conséquences.
    Skildy a ouvert d’autres espaces pour de telles discussions, où si il le souhaite et si Skildy le supporte M. Teitgen pourra aller prendre des poses de martyr censuré, répéter les mêmes arguments d’autorité et parler de toute autre chose que du livre de Emmanuel Faye comme il en a l’usage depuis le début.
    Pour ma part j’estime avoir déjà été trop patient, et si j’ai un tort c’est celui d’avoir réagi trop tard : je jure que mon intention n’a jamais été d’ouvrir un espace aux descendants spirituels de M. Jean Beaufret, prophète de Heidegger en France et soutien, sans doute de manière parfaitement logique à ses yeux, de Faurisson.
    3/ je n’ai par ailleurs menacé encore personne directement de procès : j’ai dit « Je me refuserai quant à moi à répondre en quelque façon (autre que juridique au besoin) à des gens qui renvoient sans distance à ce site où un homme fait preuve d’une telle muflerie. »
    Après avoir lu le texte de M. Gérard Guest et sa menace à peine voilée, je me suis trouvé en droit de penser que ceux qui faisaient corps sans distance avec une telle intimidation étaient susceptibles de la reprendre à leur compte, et j’ai posé d’emblée qu’il y avait certaines limites à ne pas dépasser. C’est pourquoi j’estime que M. Faye n’a pas à répondre à ceux qui ne prennent pas le soin de se distinguer de ce type de texte alors qu’ils renvoient au site en question, et ce dans la mesure où il n’est pas le seul visé. Mais M. Faye reste bien entendu libre de ses choix, ce qui signifie qu’il se doit d’en être responsable.
    M. Teitgen, qui me conseille d’apprendre à lire, me diffame une seconde fois, à moins que ce ne soit involontaire et qu’il m’ait, pour le coup, mal lu. Je n’ai en effet jamais prétendu que Servanne Jollivet ne maîtrisait pas l’allemand et ne connaissait pas l’oeuvre de Heidegger (pas plus que je n’ai accusé M. Guest de fachisme, de nazisme ou de neo-nazisme ; j’ai qualifié l’écrit cité de manoeuvre d’intimidation, et je m’y tiens. Mais M. Teitgen semble très pressé de les défendre d’une telle accusation, ce qui est son droit). Je ne prétends pas être le seul en France à bien parler l’allemand, qui est ma première langue (et je ne vis pas en France, au fait). M. GA Goldschmidt, que Gérard Guest traîne aussi dans la boue dans un autre de ses « articles » en libre accès sur le site en question, le parle bien mieux que moi. Mais pour en revenir à Servanne Jollivet, mon problème est bien plutôt qu’elle traduit fort bien des textes de Martin Heidegger dont elle dit fort bien elle-même qu’ils relèvent de la « Kriegsideologie » (Losurdo), avant de prétendre que somme toute ils sont du plus bel effet philosophique parce qu’ils traiteraient seulement de « l’être ». Je comprends très mal en quoi une théorie de la domination et de la guerre devient éminemment respectable en étant « ontologisée » et ainsi étendue à tout l’être. Je regrette aussi que Servanne Jollivet, qui donc a beaucoup lu Heidegger et maîtrise il est vrai fort bien l’allemand, ait choisi de ne pas citer également les textes de la même période que ceux qu’elle cite où Heidegger ontologise aussi le racisme (voir le dernier numéro en ligne et en libre accès de la revue Astérion pour l’article de S. Jollivet). Pourquoi donc ? Le racisme ne deviendrait-il pas respectable en étant ontologisé, alors que la domination et la guerre le deviendraient ? Mais peu importe, d’autres qu’elle se chargeront de lui rappeler ces textes.
    4/ Skildy, je vous demande donc, pour toutes les raisons déjà données, d’arrêter cette mascarade en désactivant les « commentaires » de mon article.
    Les fêtes de Noël et de fin d’année arrivent, et je tiens à me libérer avant la nouvelle année de la culpabilité d’avoir donné une telle tribune à des causes que ma note avait à l’origine pour but de combattre. Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté…
    J’ai cependant lu avec satisfaction votre nouvel article sur une des « oeuvres » de Gérard Guest. L’intérêt de toute cette odyssée aura quand même été de pointer, en les citant, le caractère intenable moralement et intellectuellement de ces fichiers en format pdf auxquels d’aucuns nous renvoient comme si c’étaient des articles publés dans Mind ou la Revue de Métaphysique et de Morale.
    Si vous avez le courage de continuer, je vous en félicite, mais il me faudra quant à moi du temps avant de replonger en eaux troubles, j’ai besoin d’oxygène. Ce qui ne veut pas dire que je n’interviendrai plus, mais ce ne sera plus sur un « blog », sauf si les conditions que j’ai posées y étaient respectées, ce dont je doute.
    Ami, salut.

    Christoph A. Lamy

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