La croyance völkisch de Heidegger – Emmanuel Faye

Le phiblogZophe publie un article d’Emmanuel Faye paru au mois d’août dans le quotidien allemand Die Zeit.

Une traduction allemande sera transcrite plus tard à la suite de l’article.

LA CROYANCE VÖLKISCH DE HEIDEGGER

Un demi-siècle s’est écoulé depuis que le jeune Habermas s’était à juste titre dit choqué de la publication par Martin Heidegger, en 1953, d’un cours de 1935 dans lequel il vantait « la vérité interne et la grandeur » du mouvement national-socialiste. Depuis quelques années, cependant, la publication en cours de la Gesamtausgabe de Heidegger laisse apparaître une réalité bien plus grave encore : nous découvrons en effet qu’il a froidement programmé l’édition, lorsqu’il n’aurait plus à en répondre, de certains de ses écrits les plus ouvertement hitlériens et nazis, et cela sans aucune réserve ni repentir. Cette situation exige une nouvelle prise de conscience. Que penser, en effet, de la « philosophie » d’un auteur qui, dans un cours qui s’intitule De l’essence de la vérité, identifie explicitement la vérité au combat pour l’affirmation de soi d’un peuple et d’une race, veut « conduire à la domination « les possibilités fondamentales de l’essence de la race orignairement germanique », et préconise « l’anéantissement total » de l’ennemi enté sur les racines du peuple (GA 36/37, 89-91)? Cette perversion raciste du concept de vérité est-elle digne d’un philosophe? En réalité, nous découvrons que Heidegger n’a repris, dans son livre sur Kant de 1929, la question « qu’est-ce que l’homme? » que pour la transformer, dans ses cours et écrits des années 1930, en la question « qui sommes-nous? ». Il s’agit pour lui de réaliser une « mutation totale » dans l’existence de l’homme, selon « l’éducation pour la vision du monde national-socialiste » inculquée dans le peuple par les discours du Führer (ibid, p. 225).

Peut-on sérieusement considérer qu’il s’agit d’un égarement politique passager, ne remettant pas en cause la valeur de Etre et temps, publié en 1927? Ce serait aller contre les affirmations les explicites de Heidegger lui-même. On le voit en effet expliquer en 1934 à ses étudiants que « le souci-terme le plus central de Etre et temps – est la condition de possibilité pour que l’homme puisse être d’une essence politique » (ibid, p. 218). Heidegger affirme à cette date – un an après la venue au pouvoir du mouvement national-socialiste – que « nous-même », c’est-à-dire le peuple allemand réuni sous la Führung hitlérienne, nous tenons « dans une décision encore plus grande » que celle qui avait été à l’origine de la philosophie grecque! Cette décision, préciste-t-il,  » a été portée à l’expression dans mon livre Etre et temps« . Il s’agit, ajoute-t-il, « d’une croyance qui doit se manifester à travers l’histoire » et concerne « l’histoire spirituelle de notre peuple » (ibid, p. 235). Au fondement de l’oeuvre de Heidegger, ce n’est donc pas une pensée philosophique, mais la croyance völkisch en la supériorité ontologique d’un peuple et d’une souche que l’on trouve. A vrai dire, une lecture attentive des paragraphes de Etre et temps sur la mort et sur l’historicité, avec leur éloge du sacrifice, du choix du héros et du destin authentique du Dasein dans la communauté du peuple, montre que cette croyance était déjà à l’oeuvre en 1927.

Avec Heidegger, la question de l’homme est donc devenue une question völkisch. C’est en ce sens que nous avons pu parler d’une volonté d’introduire le nazisme dans la philosophie. Certes, aucune philosophie ne peut s’accorder avec l’entreprise d’extermination de l’être humain vers laquelle tendait ce mouvement. Nous ne voulons donc pas dire que Heidegger aurait produit une philosophie national-socialiste, mais qu’il n’a pas hésité à utiliser des expressions philosophiques telles que « vérité de l’être » ou « essence de l’homme » pour leur faire dire tout autre chose.

Il y a cependant des textes où Heidegger tombe le masque, et l’on comprend qu’ils aient été écartés de l’édition dite intégrale. C’est le cas du séminaire inédit de l’hiver 1933-1934 intitulé Über Wesen und Begriff von Natur, Geschichte und Staat, dans lequel il dispense explicitement un cours d' »éducation politique » en vue de la formation d’une « noblesse politique » au service du IIIe Reich. Il serait difficile de trouver une exaltation plus radicale de la domination totale de l’hitlérisme sur les esprits. Après avoir fait l’éloge du « destin völkisch » et de l’eros du peuple pour l’Etat du Führer, on voit ainsi Heidegger décrire comment « l’esssence et la supériorité du Führer se sont enfoncés dans l’être, dans l’âme du peuple pour le lier originellement et passionnément à la tâche ». La croyance dont Heidegger faisait état dans ses cours conduit dans ce séminaire à une possession totale de l’être humain, subjugué corps et âme par la Führung hitlérienne.

Peut-on encore prétendre que ces cours et ces séminaires hitlériens correspondraient à un égarement passager, qui se limiterait aux années 1933-35? En réalité, la publication récente de nombreux cours et écrits des années 1940-1942 nous révèle qu’au moment des victoires militaires du IIIe Reich, Heidegger a mis toute son oeuvre au service de la légitimation ontologique et historique, non seulement de la domination national-socialiste en Europe, mais de la sélection raciale qui en fut indissociable. Il nous faut ici préciser que contrairement à ce que certains critiques ont affirmé, notre livre ne se limite nullement à l’analyse des années 1933-35. Nous avons en effet consacré une longue étude aux années 1935-1949, et montré la nécessité d’établir une chronologie précise des textes et de leurs réécritures. Cela permet par exemple de voir que la remise en cause par Heidegger de la planétarisation de la technique et sa récusation radicale de la métaphysique sont largement postérieures à 1945 et donc nullement présentes en juin 1940, lorsqu’il enseigne, en des termes qui sont incontestablement ceux d’une approbation, que la « motorisation de la Wehrmacht » est un « acte métaphysique », plus important que « la suppression de la philosophie » dans l’enseignement (GA 48, 333).

De même, l’analyse des écrits récemment publiés sous le titre : Zu Ernst Jünger montre qu’en 1940 ce n’est nullement, comme aprés 1945, à propos du nihilisme que Heidegger s’intéresse à Jünger, mais à propos du thème de la « nouvelle race » et de la « domination planétaire » de la race allemande érigée en fin ultime. A nouveau, Heidegger évoque sa « croyance » völkisch. Il écrit en effet ceci au début des années 1940 : « que la force de l’essence non encore purifiée des allemands soit capable de préparer dans ses fondements une nouvelle vérité de l’être, telle est notre croyance » (GA 90, 222). Cette évocation de la purification à venir de l’essence d’un peuple, au moment où se prépare la mise en place de la « solution finale » est profondément inquiétante. Il en est de même pour les textes de la même époque où Heidegger évoque « l’être-race » et affirme que « la pensée de la race jaillit de l’expérience de l’être comme subjectivité » (GA 69, 70)! Cette ontologisation du racisme dans le contexte des années 1940-42 est plus grave encore que l’hitlérisme des années 1933-35.

Face à de tels textes, rappeler que des penseurs importants, de Merleau-Ponty à Lévinas, ont subi l’influence de Heidegger, ne saurait constituer un argument véritable en sa faveur, non seulement parce que Lévinas a écrit sur lui quelques unes des pages les plus dures que l’on ait pu lire – notamment sur la « cruauté » de « la scission de l’humanité en autochtones et en étrangers » auquel conduit le mythe heideggerien de l’Être -, mais parce que les écrits sur lesquels s’appuient aujourd’hui nos recherches étaient inconnus de ces philosophes. Or c’est l’étude de ces textes qui nous a conduit à montrer que chez un auteur qui rapporte la relation de l’être et de l’étant à celle du Führerstaat et du peuple compris comme unité de race et de sang, et entend tirer de l’être un « principe völkisch » (GA 65, 42), le racisme nazi n’est pas accidentel, mais fondamental, et qu’il se trouve au coeur même de sa pensée.

Emmanuel Faye

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15 commentaires à La croyance völkisch de Heidegger – Emmanuel Faye

  1. « la remise en cause par Heidegger de la planétarisation de la technique et sa récusation radicale de la métaphysique sont largement postérieures à 1945 »

    La question de l’Überwindung der Metaphysik est présente bien avant 1945. Voir par exemple les fragments de la fin des années 30, DIE GESCHICHTE DES SEYNS, Ga 69, paragraphe 34, p. 36.

    Ce thème est déjà présent dans le paragraphe 6 de Sein und Zeit en tant que Destruktion de l’histoire de l’ontologie, et même encore bien auparavant, dès l’été 1920, dans le cours « Phanomenologie der Anschauung und des Ausdrucks », Ga 59.

    Rédigé par : EP | le 27/09/2005 à 23:27 | Répondre | Modifier
  2. Faye écrit : « A vrai dire, une lecture attentive des paragraphes de Etre et temps sur la mort et sur l’historicité, avec leur éloge du sacrifice, du choix du héros et du destin authentique du Dasein dans la communauté du peuple, montre que cette croyance était déjà à l’oeuvre en 1927. »

    Il n’y a aucun éloge du sacrifice dans Sein und Zeit. L’être envers la mort authentique ne consiste pas à rendre la mort effective en sacrifiant sa vie, mais à se rapporter à la mort comme à une pure possibilité, à la
    « possibiliser » en la tenant au plus loin de toute effectivité, de toute réalisation.

    En allemand, sacrifice se dit « Opfer ». Ce terme n’a qu’une seul occurence dans Sein und Zeit, p. 240., lorsque Heidegger affirme que la mort est la possibilité la plus propre, mienne, insubstituable, celle que l’on ne peut jamais déléguer. On peut bien se sacrifier pour autrui, mais ce n’est jamais lui ôter son mourir, ce n’est jamais mourir de sa mort à sa propre place.

    Cf. Sein und Zeit, p. 240 : « Keiner kann dem Anderen sein Sterben abnehmen.

    Jemand kann wohl »für einen Anderen in den Tod gehen«. Das besagt jedoch immer: für den Anderen sich opfern »in einer bestimmten Sache«. »

    « Nul ne peut prendre son mourir d autrui. L’on peut certes « aller à la mort pour un autre », mais cela ne signifie jamais que ceci : se sacrifier pour l’autre « dans une affaire déterminée ». » (trad. Martineau, p. 178)

    Il s’agit là d’une simple constatation phénoménologique et il n’y a aucun éloge du sacrifice.
    Heidegger évoque aussi à quelques reprises l’Aufgabe. Mais Aufgabe n’a aucune connotation héroique, militaire ou sacrificielle : il signifie renoncement, aban-don (Auf-gabe). C’est à tort que Martineau traduit ce terme par « sacrifice ».
    Cette mise en avant de l’Aufgabe par Heidegger, ou plutôt de la possibilité de l’Aufgabe, a pour objectif de montrer que la résolution devançante signifie constance du soi, maintien, assurance, certitude, être sûr de soi dans ses décisions, mais que cette constance ne signifie pas que le Dasein existant résolument soit incapable de changer, d’évoluer, de se remettre en question, de s’adapter à une nouvelle situation. La résolution est constance, mais non raidissement (Versteifung) ou sclérose de l’existence obstinée sur les possibilités qu’elle a choisit. En devançant la mort, le Dasein devance la possibilité de l’impossibilité. La mort est l’impossibilité du Dasein : en elle toutes ses possibilités deviennent impossibilités. En se décidant pour un possible depuis le devancement de sa propre mort, le Dasein comprend donc toujours en même temps qu’il peut se défaire de ce possible. Il se tient donc libre, disponible pour reprendre (Zurücknehmen) ce qu’il a donné, ce qu’il a choisit, s’il le faut, si sa situation l’exige.

    Cf, Sein und Zeit, p. 307-308 : « Was bedeutet dann die solcher Entschlossenheit zugehörige Gewißheit? Sie soll sich in dem durch den Entschluß Erschlossenen halten. Dies besagt aber: sie kann sich gerade nicht auf die Situation versteifen, sondern muß verstehen, daß der Entschluß seinem eigenen Erschließungssinn nach frei und offen gehalten werden muß für die jeweilige faktische Möglichkeit. Die Gewißheit des Entschlusses bedeutet: Sichfreihalten für seine mögliche und je faktisch notwendige Zurücknahme. »

    « Que signifie alors la certitude qui appartient à une telle résolution ? Elle doit se tenir dans ce qui est ouvert par la décision. Or cela revient à dire qu’elle ne peut justement se raidir sur la situation, mais doit nécessairement comprendre que la décision, suivant son sens d’ouverture propre, doit être tenue libre et ouverte pour toute possibilité factice. La certitude ne la décision signifie :se tenir libre pour sa re-prise possible et à chaque fois facticement nécessaire.  » (trad. Martineau, p. 219)

    L’Aufgabe dont il est question, c’est donc la possibilité pour le Dasein qui existe authentiquement d’évoluer, d’abandonner des décisions pour en prendre d’autres, conformément à ce qu’exige la situation sur laquelle il garde son coup d’oeil (Augenblick ; l’instant).

    Cf. Sein und Zeit, p. 391 : « In der Entschlossenheit liegt die existenzielle Ständigkeit, die ihrem Wesen nach jeden möglichen, ihr entspringenden Augenblick schon vorweggenommen hat. Die
    Entschlossenheit als Schicksal ist die Freiheit für das möglicherweise situationsmäßig geforderte Aufgeben eines bestimmten Entschlusses. »

    « Dans la résolution est contenue la constance existentielle qui, par essence, a déjà anticipé tout instant possible né d’elle. La résolution comme destin est la liberté pour l’abandon, tel qu’il peut être exigé par la situation, d’une décision déterminée. »

    Pour cette raison, le devancement de la mort et lui seul permet au Dasein résolu de ne pas se raidir sur ses décisions. Voilà pourquoi Heidegger écrit :

    Sein und Zeit, p. 264 : « Das Vorlaufen erschließt der Existenz als äußerste Möglichkeit die Selbstaufgabe und zerbricht so jede Versteifung auf die je erreichte Existenz ».

    « Le devancement ouvre à l’existence, à titre de possibilité extrême, l’abandon de soi [ou bien renoncement à soi, ou encore don de soi, comme traduit Vezin] et brise ainsi tout raidissement sur l’existence à chaque fois atteinte ».

    Mais répétons le une fois encore : il ne s’agit en aucun cas de réaliser la mort, de la rendre effective dans un sacrifice. Car le devancement arrache la mort à toute effectivité et la comprend comme possibilité pure et simple.

    Cf. Sein und Zeit p. 261 : « muß die Möglichkeit ungeschwächt als Möglichkeit verstanden, als Möglichkeit ausgebildet und im Verhalten zu ihr als Möglichkeit ausgehalten werden. »
    Et p. 262 : « Die nächste Nähe des Seins zum Tode als Möglichkeit ist einem Wirklichen so fern als möglich ».

    « la possibilité doit être comprise sans aucune atténuation en tant que possibilité, être configurée en tant que possibilité, être soutenue, dans le comportement face à elle, en tant que possibilité ».
    « La proximité la plus proche de l’être pour la mort comme possibilité est aussi éloignée que possible d’un effectif ». (trad. Martineau, p. 219).

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    Passons maintenant au fait que le Dasein résolu se choisit ses héros. Reprenons tout simplement le texte de Heidegger pour voir qu’il n’y a là rien de nazi.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die Wiederholung ist die ausdrückliche Überlieferung, das heißt der Rückgang in Möglichkeiten des dagewesenen Daseins. Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt – gründet existenzial in der vorlaufenden Entschlossenheit; denn in ihr wird allererst die Wahl gewählt, die für die kämpfende Nachfolge und Treue zum Wiederholbaren frei macht. »

    « La répétition est la délivrance expresse, c’est-à-dire le retour dans des possibilités du Dasein qui a été Là. La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit ses héros-se fonde existentialement dans la résolution devançante; car c’est en elle seulement qu’est choisi le choix qui rend libre pour la poursuite du combat et pour la fidélité au répétable ». (trad. Martineau, p. 265).

    Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que le Dasein résolu, en devancant la possibilité ultime de la mort, assume l’ensemble des possibilités qui lui échoient de facto et parmi lesquelles il a à se décider. Mais ces possibilités ont déjà été choisit par d’autres avant lui (ceux que Heidegger appellent Dasein ayant été là). Ces possibilités sont donc traditionelles. Les assumer dans la résolution, c’est donc en hériter. Puisque la possibilité a toujours déjà été choisies par d’autres avant lui, le Dasein, dans sa décision pour cette possibilité, la répéte. Exemple : devenir philosophe est une possibilité dont j’hérite. Mais bien d’autres ont été philosphes avant moi, de sorte que devenir philosophe, c’est répeter cette possibilité, non pas à l’identique, mais en me l’appropriant. Celui qui devient philosophe reprend le flambeau de la philosophie, il poursuit le combat pour la pensée inauguré par d’autres avant lui, il s’est choisit les philosophes pour héros. Les héros n’ont donc ici aucune connotations guerrières. Même Faye, en choisissant, parmi toute les possibilités qui lui echoient, de travailler sur Descartes, a choisis son héros !

    ________________

    Dernier point : Volkgemeinschaft est un terme appartenant au vocabulaire courant du national-socialisme. Mais contrairement à ce qu’affirme Faye, ou à ce qu’il a espéré, Heidegger ne parle pas de communauté du peuple (Volkgemeinschaft) : ce terme n’a aucune occurrence dans Sein und Zeit. A l’inverse, Heidegger parle de la communauté, et du peuple, ce qui est tout à fait différent. Reprenons le texte :

    Cf. Sein und Zeit, p. 384 : « Wenn aber das schicksalhafte Dasein als In-der-Welt-sein wesenhaft im Mitsein mit Anderen existiert, ist sein Geschehen ein Mitgeschehen und bestimmt als Geschick. Damit bezeichnen wir das Geschehen der Gemeinschaft, des Volkes ».

    « Mais si le Dasein destinal comme être-au-monde existe essentiellement dans l’être-avec avec autrui, son provenir est un co-provenir, il est déterminé comme co-destin, terme par lequel nous désignons le provenir de la communauté, du peuple. » (trad. Martineau, p. 265)

    Le Dasein se destine, s’adresse, se délivre un héritage de possibilités. Mais cet héritage est toujours commun, il est un ensemble de possibilités d’existence avec autrui dans un monde partagé (Mitwelt). L’héritage de possibilités est celui d’une communauté, en laquelle les Dasein peuvent du coup de décider pour une même possibilité. C’est sur le fond de ce même monde, de ce commun héritage, de ce destin commun, qu’est possible l’engagement pour la même chose : ce peut être le fait de partager un projet, de lutter ensemble pour quelque chose, par exemple pour faire connaître la pensée de Heidegger.
    Mais évidemment, seuls peuvent partager et lutter ensemble pour la même chose les Dasein qui sont contemporains les uns des autres, ceux qui appartiennent à la même génération. Voilà pourquoi Heidegger écrit :

    Sein und Zeit, p. 385-384 : « Das schicksalhafte Geschick des Daseins in und mit seiner »Generation«1 macht das volle, eigentliche Geschehen des Daseins aus. »

    « Le co-destin destinal du Dasein dans et avec sa « génération »1 constitué le provenir plein, authentique du Dasein ». » (trad. Martineau, p. 265)

    Il s’agit donc des contemporains, de ceux d’une même génération, et en aucun cas d’une même race ou d’un même sang ! Heidegger, pour la signification de la génération, renvoit à Dilthey, qui n’est absolument pas un nazi.

    Voici la définition qu’il donne de la génération : « une génération forme un cercle assez étroit d’individus qui, malgré la diversité des autres facteurs entrant en ligne de compte, sont reliés en un tout homogène par le fait qu’il dépendent des mêmes grand événements et changements survenus durant leur période de réceptivité ». Dilthey, Le Monde de l’esprit, t. I, Aubier, p. 43.

    Il n’y a aucune trace de racialisme. La communauté est simplement le rassemblement d’individus dans une même situation.

    Rédigé par : EP | le 28/09/2005 à 02:50 | Répondre | Modifier
  3. A EP,

    Il n’est pas surprenant, car cela fait partie de la stratégie, qu’un nazi aussi convaincu et aussi doué que Heidegger ait de quoi proposer au monde un visage respectable.

    Surtout s’il s’agit d’introduire le nazisme dans la philosophie.

    Le système est trés au point. Combien seront-ils à connaître avec précision la Gesamtausgabe?

    Les petits épigones « réviso-négato » pourront à loisir distiller une image culturelle respectable de Martin H.

    D’autres se chargeront du « vrai Heidegger »… celui, par exemple, de l’hommage à Schlageter ou celui des écrits franchement nazis que Faye a pu analyser.

    La langue heideggerienne de la domination est structurellement faite en vue de cette ambivalence… Il faut bien brouiller les pistes… n’est-ce pas?

    Skildy

    Rédigé par : Skildy | le 28/09/2005 à 06:49 | Répondre | Modifier
  4. Les heideggériens de quelque bord qu’ils soient, ne commettent pas d’erreur de lecture. Ils savent très bien ce qu’ils font.Il est inutile de discuter avec eux. Aujourd’hui tous les négationnistes et tous les nostalgiques du nazisme emboîtent le pas aux intellectuels aveugles qui ont cru naîvement que Heidegger était entré dans l’opposition au nazisme en 1934. Il est bien entré dans l’opposition, comme il le dit à jaspers, oui ,mais aux S.A. car il voulait une armée forte pour son combat . Il voulait imposer sa conception de la transcendance à la planète entière et éradiquer l’influence juive dont faisait partie le christianisme selon le point de vue nietzschéen, point de vue qu’il avait fait sien depuis sa lecture de la Généalogie de la morale et de L’homme de ressentiment de Max Scheler au début des années 10.

    Quant à la race, chez lui, c’est une combinaison d’ »origine » et de « rai de lumière » (l’illumination de la caverne), ce qui se retrouve dans les lois de Nuremnberg et dans le Ahnenpass (Rasse und Bekenntnis). Ce que le programme du NSDAP en 1920 traduisait ainsi: »kein Jude kann daher Volksgensse sein » (art. 4). Heidegger le savait parfaitement et ce qu’il a fait, il l’a fait en pleine conscience. C’est une honte pour la France d’aujourd’hui d’encenser un criminel de cette envcergure qui, de surcroît n’a jamaois été philosophe, mais seulement
    manipulateur de la philosophie, et intentionnellement pervers.
    michel bel

    Rédigé par : Bel | le 28/09/2005 à 10:19 | Répondre | Modifier
  5. veuillez excuser les fautes de frappe du message précédent. Merci . Heureusement elles ne gênent en rien la compréhension de l’essentiel
    Michel bel

    Rédigé par : bel | le 28/09/2005 à 11:13 | Répondre | Modifier
  6. Monsieur Bel,

    Si je comprend bien votre réponse vous admettez que Sein und Zeit et le Kantbuch, lus pour eux-mêmes, ne mettent pas en avant la nécessité d’une anthropologie raciale, et qu’il faut mettre les textes en perspectives, comme vous dîtes, pour comprendre ce qui est alors sous-entendu par Heidegger dans ces passages. Le problème est alors, il me semble : comment effectuer cette mise en perspective ? Car tant Sein und Zeit que le Kantbuch rejettent sans ambiguité toute pertinence, entre autres, des déterminations raciales pour la compréhension de l’être, au profit de ce que le Kantbuch nommera la finitude et la transcendance. Or celles-ci ne font pas référence à un quelconque privilège d’un peuple quelconque dans la relation à l’être. La transcendance est le caractère qui s’attache à TOUT dasein et qui fait qu’il possède une relation apriorique à l’étant : par exemple, pour se comporter par rapport à un monde d’outils, le Dasein doit déjà avoir compris préalablement, fût-ce de manière préontologique, les rapports de significativité constitutifs du monde. Rien en cela qui fasse signe vers un quelconque peuple privilégié ; au contraire il me semble vraiment qu’aucun passage de Sein und Zeit n’est intelligible si on fait intervenir une primauté du peuple germanique.

    Qu’attendre alors d’une mise en perspective des textes ? Il me semble que si Heidegger déclare quelque part que le peuple germanique a un rapport privilégié à l’être et qu’il se doit de ce fait de dominer la terre, il ne peut y avoir là qu’une contradiction de Sein und Zeit, bien loin au contraire qu’il s’agisse là d’un éclaircissement. Et donc Sein und Zeit me semble toujours impossible à caractériser comme nazi, si on veut lire le texte pour lui-même et ne pas vouloir l’ »éclairer » par des textes qui le contredisent, s’il y en a.

    Rédigé par : Lemon | le 29/09/2005 à 13:56 | Répondre | Modifier
  7. Merci à EP pour son texte remarquable. Merci à M. Bel pour son appel à la censure. Merci à Skildy qui effacera bien vite ce message, après en avoir éjecté plus d’un et dégoûté beaucoup.

    PS. Si je dis qu’il y a des gens qui ont des arguments, et d’autres qui gesticulent, est-ce une insulte?

    Rédigé par : Gaspard de la Nuit | le 29/09/2005 à 14:00 | Répondre | Modifier
  8. Merci à EP pour son texte remarquable. Merci à M. Bel pour son appel à la censure. Merci à Skildy qui effacera bien vite ce message, après en avoir éjecté plus d’un et dégoûté beaucoup.

    PS. Si je dis qu’il y a des gens qui ont des arguments, et d’autres qui gesticulent, est-ce une insulte?

    Rédigé par : Gaspard de la Nuit | le 29/09/2005 à 14:00 | Répondre | Modifier
  9. IL y a une chose qui ne me semble toujours inexpliquée par Emmanuel Faye : comment Heidegger a-t-il pu inflencer certains des plus grands penseurs qui vinrent après lui. Son explication à ce fait est que les textes dont nous disposons aujourd’hui leur étaient inconnus, donc qu’il n’était pas démasqué comme nazi profond. Faye veut-il dire par là qu’il suffit de ne pas être reconnu comme nazi pour exercer une influence sur la philosophie ? N’est-il pas requis en plus, à ce qu’il me semble au moins, de mettre en avant des idées originales et fécondes pour la pensée ? Peut-être Faye soutiendrait-il alors que ces idées ont été mésinterprétées et prises pour de la philosophie alors qu’elles n’étaient que propagande nazie cachée. Voilà qui serait singulier : ce serait donc par accident que Heidegger aurait été le plus grand penseur du siècle, grâce à des interprètes auxquels ce rang reviendrait donc à bien plus juste titre, puisque ce serait eux qui auraient réussi à construire la philosophie la plus féconde du siècle à partir d’un ensemble de textes nazis, en faisant un contresens énorme, mais extraordinairement chanceux puisqu’il aurait contribué à ouvrir plein de nouveaux champs à la philosophie. Heidegger serait donc involontairement l’auteur d’une grande pensée, plus justement forgée par ses interprètes. Eh bien soit ! Quel danger y a-t-il dans ce cas à diffuser Sein und Zeit, en précisant peut-être, sur sa couverture, cette situation pour le moins étrange et unique dans l’histoire de la pensée ?

    Rédigé par : Lemon | le 29/09/2005 à 14:19 | Répondre | Modifier
  10. A ce que je sache, Monsieur Bel n’appelle pas à la censure. Il s’y est même expressément opposé il y a quelque temps.

    Rédigé par : Lemon | le 29/09/2005 à 14:23 | Répondre | Modifier
  11. Réponse à l’objection d’EP sur le choix des héros dans Sein u. Zeit:

    Heidegger ne dit pas que le Dasein se choisit ses héros, mais qu’il se choisit son héros: « das Dasein sich seinen Helden wählt » (p.385). Le pluriel est une faute de traduction d’E. Martineau.

    Sur le fond, interpréter, comme le fait EP, ce choix à la manière sartrienne, c’est-à- dire comme un choix individuel est certainement un contresens. En effet, il s’agit explicitement du dasein tel qu’il advient dans la communauté, le peuple, et non d’un destinindividuel. C’est la Gemeinschaft, c’est le Volk, qui se lie à son héros. Ce que Heidegger a en tête, on le voit en lisant aujourd’hui les cours et séminaires des années 1933-34, où il réinterprète explicitement Sein u. Zeit dans un sens politique, et dans le contexte de l’allégeance du Volk à son Führer.

    Tout cela est très clair également dans la présentation de Sein u. Zeit publiée dans le journal Der Alemanne, le 3 mai 1933.
    J’y reviendrai.
    E.F.

    Rédigé par : Emmanuel Faye | le 29/09/2005 à 14:44 | Répondre | Modifier
  12. A G de la Nuit,

    Mon blog, encore une fois, n’est pas un organe de presse ou quelque chose de ce type. Et je crois avoir été bien plus patient que n’importe quel organe de presse s’agissant de l’agressivité de certains visiteurs.

    J’ai récemment, et sans aucun remord, effacer deux messages qui relevaient du révisionnisme pur et simple.

    Et si j’ai pu dégoûter des réviso. j’en suis fort aise. Qu’ils ne comptent pas, au nom de la liberté d’expression – et alors qu’un blog n’est qu’un journal perso-public – se servir du phiblogZophe pour répandre leur propagande.

    Quant aux « négatos » et à propos de Heidegger cela confine désormais au ridicule et à l’absurde.

    Quant au mode d’emploi académique de Heidegger c’est une autre histoire. Assez délicate au demeurant. Mais elle doit désormais intégrer le fait que Heidegger est un nazi et même, à sa manière, un néo-nazi.

    Il a peut-être écrit quelques bonne pages. Mais la notion de « plus grand philosophe du XXe siècle » est de toute façon absurde.

    S’agissant de Heidegger cela relève désormais d’un marketting au service d’un réviso-négationnisme écoeurant.

    Le dispositif discursif de Heidegger est tel que, si on nie le nazisme de Heidegger, la plus belle dissertation académique à son sujet relève de la gesticulation. Et encore, c’est un euphémisme.

    Qu’appelle-t-on penser Heidegger? C’est penser contre son nazisme…

    C’est penser contre le fait que lui-même, par des positions jamais sur le fond reniées – elles ont même été confirmées dans l’entretien du Spiegel – et par des propos quelque peu en marge par rapport à ses écrits les plus divulgués, cherche à induire un mode d’emploi nazi de ses textes.

    Je préfère être qualifié de gesticulateur que d’avoir l’impression, compte tenu de ce qu’est le dispositif heideggerien, de passer à mes yeux pour un imbécile.

    Je vous prie par ailleurs de mesurer à l’avenir vos propos. Vous êtes ici un visiteur. Je n’hésiterai pas un seul instant à « censurer » comme vous dites perfidement toute agressivité.

    Si un blog n’est pas un organe de presse il peut se penser à l’instar d’une revue. Et une revue est tenue d’être cohérente par rapport à une ligne éditoriale.

    Au minimum il ne saurait être question de publier des commentaires agressifs.

    Rédigé par : Skildy | le 29/09/2005 à 15:01 | Répondre | Modifier
  13. Dans son interprétation, Emmanuel Faye passe de « le Dasein se choisit son héros » à « la communauté/le peuple se choisit son Führer ».

    Tout d’abord : rien ne permet dans le texte de Heidegger de passer de héros à Führer.
    De plus : le Dasein appartient toujours à un peuple, à une communauté avec laquelle il partage son héritage de possibilités d’existence, mais cela ne permet en aucun cas de tirer un trait d’équivalence entre Dasein et communauté, cela n’autorise pas à affirmer Dasein = Gemeinschaft, Volk, et à substituer l’un à l’autre. Le Dasein appartient à un peuple, mais il n’est pas le peuple. Quand Heidegger affirme que le Dasein choisit son héros, cela ne signifie donc pas le choix d’un héros par la communauté.

    De plus, choisir son héros ne signifie en aucun cas choisir un individu appartenant à notre époque présente, un individu contemporain au sein de la communauté pour en faire un héros, un Führer. Car le choix du héros c’est la répétition, c’est à dire un rapport au passé, un rapport au Dasein ayant été là, un rapport aux hommes qui nous ont précédés et qui, par leur existence, nous on ouvert des possibilités dont nous héritons.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die Wiederholung ist die ausdrückliche Überlieferung, das heißt der Rückgang in Möglichkeiten des dagewesenen Daseins. Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt… »

    « La répétition est la délivrance expresse, c’est-à-dire le retour dans des possibilités du Dasein qui a été Là. La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit son héros-… »

    Choisir son héros pour le Dasein, c’est donc, en choisissant une possibilité qui a déjà été choisie par d’autres avant lui, choisir un héros parmi ceux qui nous ont précédés en reprenant le flambeau, en continuant ce qu’ils ont entrepris. Je le répète : en choisissant de travailler sur Descartes, Emmanuel Faye a choisit son héros, parmis d’autres figures possibles du héros.

    Le dernier élément qui réfute définitivement l’interprétation du choix du héros comme étant non un choix individuel mais un choix collectif, celui de la communauté, du peuple, ce dernier élément donc, c’est le fait que ce choix s’origine dans la résolution devançante.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt – gründet existenzial in der vorlaufenden Entschlossenheit ».

    « La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit son héros-se fonde existentialement dans la résolution devançante ».

    Le choix du héros n’est possible que dans la résolution devançante. Or, celle-ci est toujours celle d’un individu singulier isolé sur sa propre mort par l’angoisse. Résolution devançante signifie Vereinzelung : individuation, singularisation, isolement, esseulement… La résolution devance la mort. Celle-ci, en tant que possible qui me concerne moi en propre, moi et moi seul, moi en tant que singulier, rend insignifiant tout les rapports à l’autre : elle rend le Dasein irrelatif (unbezügliche). La disposition affective de la résolution devançante, en laquelle seulement il est possible de choisir son héros, est l’angoisse qui isole le Dasein et l’ouvre comme solus ipse, dans un solipsisme existential.

    Cf, Sein und Zeit, p. 188 : « Die Angst vereinzelt und erschließt so das Dasein als »solus ipse«. »

    « L’angoisse isole et ouvre ainsi le Dasein comme « solus ipse » ». (trad. Martineau, p. 145).

    Cf, Sein und Zeit, p. 263 : « Der Tod »gehört« nicht indifferent nur dem eigenen Dasein zu, sondern er beansprucht dieses als einzelnes. Die im Vorlaufen verstandene Unbezüglichkeit des Todes vereinzelt das Dasein auf es selbst. »

    « La mort n’« appartient » pas seulement indifféremment au Dasein propre, mais elle interpelle celui-ci en tant que singulier [on peut traduire aussi par isolé]. L’absoluité de la mort comprise dans le devancement isole le Dasein vers lui-même ». (trad. Martineau, p. 192).

    Cf, Sein und Zeit, p. 322 : « Das Dasein ist eigentlich selbst in der ursprünglichen Vereinzelung der verschwiegenen, sich Angst zumutenden Entschlossenheit ».

    « Le Dasein est authentiquement lui-même dans l’isolement originaire de cette résolution gardant le silence qui s’intime à elle-même l’angoisse ».

    La résolution devançante est donc l’individuation même, elle est toujours celle d’un individu, de sorte qu’elle rend possible à l’individu et à lui seul de choisir son héros. En devançant résolument sa propre mort, le Dasein s’isole radicalement, se soustrait à la dictaure du On. Il ne laisse plus le On choisir à sa place. De plus, en devançant la mort, il anticipe l’ensemble des possibilités qui sont les siennes pour les assumer, c’est-à-dire en hérite. Alors seulement, sur le fond de cette résolution devançante, le Dasein peut choisir une possibilité d’existence, c’est-à-dire répéter la possibilité d’un Dasein ayant été là, c’est-à-dire choisir son héros.

    Rédigé par : EP | le 29/09/2005 à 22:33 | Répondre | Modifier
  14. Je suis sincèrement ravie que E.Faye intervienne directement ici ( je ne pensais pas qu’un universitaire de son renom pourrait le faire ) .J’en profite puor lui poser une question ,en espérant qu’il voudra ou pourra me répondre . J’avoue ne pas connaître grand’chose à Heidegger .Comme le livre de E.Faye ne m’a pas convaincue entièrement ,j’ai musardé sur Internet et trouvé ce site . j’y ai compris la chose suivante :il y a ceux qui disent que Heidegger s’est fourvoyé en 1933 et s’est plus ou moins vite repris ;il y a ceux qui, comme E.Faye et  » Skildy » ,disent qu’il était profondément nazi et qu’il n’a jamais cessé de l’être ;on comprend les arguments de chacune de ces duex options, et ce n’est pas pour l’instant ma queestion .Car il y a aussi ceux qui disent que Heidegger était le vrai chef du régime, son éminence grise, son  » empereur secret  » ,dont Hitler n’était finalement que le pantin. Cette dernière option me semble être la plus extrême ;elle me semble aussi la plus isolée ,puisqu’elle n’est tenue ici (et ailleurs) que par M.Bel. Or, si M.Bel se réclame de votre livre, il me semble que les deux thèses n’ont ni la même radicalité, ni même à vrai dire le même sens ;la question que je voudrais poser à E.Faye est donc la suivante: êtes-vous en accord avec la lecture de M.Bel, qui dit que Hitler était aux ordres de Heidegger? Si oui, pourquoi ne pas l’avoir dit clairement dans votre livre?

    PS.
    Je n’ai pas moi-m^meme internet, et ne peux me connecter que sur mon lieu de travail. J’ai toutefois laissé deux messages ici ; ils ont été tous deux effacés. Peut-être « Skildy » les avait-il trouvé  » insultants  » ou  » aggressifs  » ; j’avais seulement dit (j’espère qu’il ne le prendra pas mal à nouveau) qu’il ne me semblait pas un grand lecteur de Heidegger, se bornant à citer les textes qu’il trouvait dans votre livre ou dans celui de Farias, et qu’il me semblait les découvrir au fur et à mesure qu’il essayait d’étayer sa lecture. J’ai appelé cela ,maladroitement ,une pétition de principe ,j’aurais dû parler de grille de lecture.
    Quoi qu’il en soit ,mes messages ont été effacés .Je tiens à dire cependant que je ne suis ni  » révisionniste  » ,ni  » négationniste « ,mais en revanche (où va-t-on!) que je suis de  » confession juive  » .

    E.DAVID

    Rédigé par : E.DAVID | le 30/09/2005 à 09:51 | Répondre | Modifier
  15. Réponse à l’objection de EP sur le choix du héros (suite)

    J’apprécie que EP ait désormais intégré la traduction exacte de « seinen Helden ».

    Il reste que c’est un piège que d’opposer la solitude dans l’anticipation de la mort et l’appartenance à la communauté, au peuple. En effet, Heidegger lie expressément les deux, non seulement dans S u. Z, mais, par exemple, dans son éloge de Schlageter, auquel les nationaux-socialistes vouaient un culte intense.
    Heidegger écrit en effet: « Er musste allein, aus sich das Bild des künftigen Aufbruchs des Volkes zu seiner Ehre und Grösse sich vor die Seele Stellen, um im Glaube daran zu sterben. »
    C’est la « solitude » de Schlageter (« allein… ») dans son anticipation de la mort, qui lui permet de mourir « pour le peuple allemand et pour son Reich » (« für das deutsche Volk und sein Reich zu sterben » GA 16, 759-760).

    J’ai tenu à répondre à ce point important, mais il ne m’est malheureusement pas possible de continuer à intervenir sur les blogs. Qu’il y ait sur ce blog des approches critiques différentes, celle de Michel Bel, celle de Skildy, etc., est un signe de la diversité et de la richesse de la réflexion que permet enfin un examen sans tabou de l’oeuvre de Heidegger.Si mon livre a pu contribuer à ouvrir cet espace public de discussion, je m’en réjouis sincèrement.

    Bien cordialement,
    EF

    Rédigé par : faye emmanuel | le 30/09/2005 à 14:36 | Répondre | Modifier

15 commentaires

  1. « la remise en cause par Heidegger de la planétarisation de la technique et sa récusation radicale de la métaphysique sont largement postérieures à 1945 »

    La question de l’Überwindung der Metaphysik est présente bien avant 1945. Voir par exemple les fragments de la fin des années 30, DIE GESCHICHTE DES SEYNS, Ga 69, paragraphe 34, p. 36.

    Ce thème est déjà présent dans le paragraphe 6 de Sein und Zeit en tant que Destruktion de l’histoire de l’ontologie, et même encore bien auparavant, dès l’été 1920, dans le cours « Phanomenologie der Anschauung und des Ausdrucks », Ga 59.

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  2. Faye écrit : « A vrai dire, une lecture attentive des paragraphes de Etre et temps sur la mort et sur l’historicité, avec leur éloge du sacrifice, du choix du héros et du destin authentique du Dasein dans la communauté du peuple, montre que cette croyance était déjà à l’oeuvre en 1927. »

    Il n’y a aucun éloge du sacrifice dans Sein und Zeit. L’être envers la mort authentique ne consiste pas à rendre la mort effective en sacrifiant sa vie, mais à se rapporter à la mort comme à une pure possibilité, à la
    « possibiliser » en la tenant au plus loin de toute effectivité, de toute réalisation.

    En allemand, sacrifice se dit « Opfer ». Ce terme n’a qu’une seul occurence dans Sein und Zeit, p. 240., lorsque Heidegger affirme que la mort est la possibilité la plus propre, mienne, insubstituable, celle que l’on ne peut jamais déléguer. On peut bien se sacrifier pour autrui, mais ce n’est jamais lui ôter son mourir, ce n’est jamais mourir de sa mort à sa propre place.

    Cf. Sein und Zeit, p. 240 : « Keiner kann dem Anderen sein Sterben abnehmen.

    Jemand kann wohl »für einen Anderen in den Tod gehen«. Das besagt jedoch immer: für den Anderen sich opfern »in einer bestimmten Sache«. »

    « Nul ne peut prendre son mourir d autrui. L’on peut certes « aller à la mort pour un autre », mais cela ne signifie jamais que ceci : se sacrifier pour l’autre « dans une affaire déterminée ». » (trad. Martineau, p. 178)

    Il s’agit là d’une simple constatation phénoménologique et il n’y a aucun éloge du sacrifice.
    Heidegger évoque aussi à quelques reprises l’Aufgabe. Mais Aufgabe n’a aucune connotation héroique, militaire ou sacrificielle : il signifie renoncement, aban-don (Auf-gabe). C’est à tort que Martineau traduit ce terme par « sacrifice ».
    Cette mise en avant de l’Aufgabe par Heidegger, ou plutôt de la possibilité de l’Aufgabe, a pour objectif de montrer que la résolution devançante signifie constance du soi, maintien, assurance, certitude, être sûr de soi dans ses décisions, mais que cette constance ne signifie pas que le Dasein existant résolument soit incapable de changer, d’évoluer, de se remettre en question, de s’adapter à une nouvelle situation. La résolution est constance, mais non raidissement (Versteifung) ou sclérose de l’existence obstinée sur les possibilités qu’elle a choisit. En devançant la mort, le Dasein devance la possibilité de l’impossibilité. La mort est l’impossibilité du Dasein : en elle toutes ses possibilités deviennent impossibilités. En se décidant pour un possible depuis le devancement de sa propre mort, le Dasein comprend donc toujours en même temps qu’il peut se défaire de ce possible. Il se tient donc libre, disponible pour reprendre (Zurücknehmen) ce qu’il a donné, ce qu’il a choisit, s’il le faut, si sa situation l’exige.

    Cf, Sein und Zeit, p. 307-308 : « Was bedeutet dann die solcher Entschlossenheit zugehörige Gewißheit? Sie soll sich in dem durch den Entschluß Erschlossenen halten. Dies besagt aber: sie kann sich gerade nicht auf die Situation versteifen, sondern muß verstehen, daß der Entschluß seinem eigenen Erschließungssinn nach frei und offen gehalten werden muß für die jeweilige faktische Möglichkeit. Die Gewißheit des Entschlusses bedeutet: Sichfreihalten für seine mögliche und je faktisch notwendige Zurücknahme. »

    « Que signifie alors la certitude qui appartient à une telle résolution ? Elle doit se tenir dans ce qui est ouvert par la décision. Or cela revient à dire qu’elle ne peut justement se raidir sur la situation, mais doit nécessairement comprendre que la décision, suivant son sens d’ouverture propre, doit être tenue libre et ouverte pour toute possibilité factice. La certitude ne la décision signifie :se tenir libre pour sa re-prise possible et à chaque fois facticement nécessaire.  » (trad. Martineau, p. 219)

    L’Aufgabe dont il est question, c’est donc la possibilité pour le Dasein qui existe authentiquement d’évoluer, d’abandonner des décisions pour en prendre d’autres, conformément à ce qu’exige la situation sur laquelle il garde son coup d’oeil (Augenblick ; l’instant).

    Cf. Sein und Zeit, p. 391 : « In der Entschlossenheit liegt die existenzielle Ständigkeit, die ihrem Wesen nach jeden möglichen, ihr entspringenden Augenblick schon vorweggenommen hat. Die
    Entschlossenheit als Schicksal ist die Freiheit für das möglicherweise situationsmäßig geforderte Aufgeben eines bestimmten Entschlusses. »

    « Dans la résolution est contenue la constance existentielle qui, par essence, a déjà anticipé tout instant possible né d’elle. La résolution comme destin est la liberté pour l’abandon, tel qu’il peut être exigé par la situation, d’une décision déterminée. »

    Pour cette raison, le devancement de la mort et lui seul permet au Dasein résolu de ne pas se raidir sur ses décisions. Voilà pourquoi Heidegger écrit :

    Sein und Zeit, p. 264 : « Das Vorlaufen erschließt der Existenz als äußerste Möglichkeit die Selbstaufgabe und zerbricht so jede Versteifung auf die je erreichte Existenz ».

    « Le devancement ouvre à l’existence, à titre de possibilité extrême, l’abandon de soi [ou bien renoncement à soi, ou encore don de soi, comme traduit Vezin] et brise ainsi tout raidissement sur l’existence à chaque fois atteinte ».

    Mais répétons le une fois encore : il ne s’agit en aucun cas de réaliser la mort, de la rendre effective dans un sacrifice. Car le devancement arrache la mort à toute effectivité et la comprend comme possibilité pure et simple.

    Cf. Sein und Zeit p. 261 : « muß die Möglichkeit ungeschwächt als Möglichkeit verstanden, als Möglichkeit ausgebildet und im Verhalten zu ihr als Möglichkeit ausgehalten werden. »
    Et p. 262 : « Die nächste Nähe des Seins zum Tode als Möglichkeit ist einem Wirklichen so fern als möglich ».

    « la possibilité doit être comprise sans aucune atténuation en tant que possibilité, être configurée en tant que possibilité, être soutenue, dans le comportement face à elle, en tant que possibilité ».
    « La proximité la plus proche de l’être pour la mort comme possibilité est aussi éloignée que possible d’un effectif ». (trad. Martineau, p. 219).

    ________________

    Passons maintenant au fait que le Dasein résolu se choisit ses héros. Reprenons tout simplement le texte de Heidegger pour voir qu’il n’y a là rien de nazi.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die Wiederholung ist die ausdrückliche Überlieferung, das heißt der Rückgang in Möglichkeiten des dagewesenen Daseins. Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt – gründet existenzial in der vorlaufenden Entschlossenheit; denn in ihr wird allererst die Wahl gewählt, die für die kämpfende Nachfolge und Treue zum Wiederholbaren frei macht. »

    « La répétition est la délivrance expresse, c’est-à-dire le retour dans des possibilités du Dasein qui a été Là. La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit ses héros-se fonde existentialement dans la résolution devançante; car c’est en elle seulement qu’est choisi le choix qui rend libre pour la poursuite du combat et pour la fidélité au répétable ». (trad. Martineau, p. 265).

    Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que le Dasein résolu, en devancant la possibilité ultime de la mort, assume l’ensemble des possibilités qui lui échoient de facto et parmi lesquelles il a à se décider. Mais ces possibilités ont déjà été choisit par d’autres avant lui (ceux que Heidegger appellent Dasein ayant été là). Ces possibilités sont donc traditionelles. Les assumer dans la résolution, c’est donc en hériter. Puisque la possibilité a toujours déjà été choisies par d’autres avant lui, le Dasein, dans sa décision pour cette possibilité, la répéte. Exemple : devenir philosophe est une possibilité dont j’hérite. Mais bien d’autres ont été philosphes avant moi, de sorte que devenir philosophe, c’est répeter cette possibilité, non pas à l’identique, mais en me l’appropriant. Celui qui devient philosophe reprend le flambeau de la philosophie, il poursuit le combat pour la pensée inauguré par d’autres avant lui, il s’est choisit les philosophes pour héros. Les héros n’ont donc ici aucune connotations guerrières. Même Faye, en choisissant, parmi toute les possibilités qui lui echoient, de travailler sur Descartes, a choisis son héros !

    ________________

    Dernier point : Volkgemeinschaft est un terme appartenant au vocabulaire courant du national-socialisme. Mais contrairement à ce qu’affirme Faye, ou à ce qu’il a espéré, Heidegger ne parle pas de communauté du peuple (Volkgemeinschaft) : ce terme n’a aucune occurrence dans Sein und Zeit. A l’inverse, Heidegger parle de la communauté, et du peuple, ce qui est tout à fait différent. Reprenons le texte :

    Cf. Sein und Zeit, p. 384 : « Wenn aber das schicksalhafte Dasein als In-der-Welt-sein wesenhaft im Mitsein mit Anderen existiert, ist sein Geschehen ein Mitgeschehen und bestimmt als Geschick. Damit bezeichnen wir das Geschehen der Gemeinschaft, des Volkes ».

    « Mais si le Dasein destinal comme être-au-monde existe essentiellement dans l’être-avec avec autrui, son provenir est un co-provenir, il est déterminé comme co-destin, terme par lequel nous désignons le provenir de la communauté, du peuple. » (trad. Martineau, p. 265)

    Le Dasein se destine, s’adresse, se délivre un héritage de possibilités. Mais cet héritage est toujours commun, il est un ensemble de possibilités d’existence avec autrui dans un monde partagé (Mitwelt). L’héritage de possibilités est celui d’une communauté, en laquelle les Dasein peuvent du coup de décider pour une même possibilité. C’est sur le fond de ce même monde, de ce commun héritage, de ce destin commun, qu’est possible l’engagement pour la même chose : ce peut être le fait de partager un projet, de lutter ensemble pour quelque chose, par exemple pour faire connaître la pensée de Heidegger.
    Mais évidemment, seuls peuvent partager et lutter ensemble pour la même chose les Dasein qui sont contemporains les uns des autres, ceux qui appartiennent à la même génération. Voilà pourquoi Heidegger écrit :

    Sein und Zeit, p. 385-384 : « Das schicksalhafte Geschick des Daseins in und mit seiner »Generation«1 macht das volle, eigentliche Geschehen des Daseins aus. »

    « Le co-destin destinal du Dasein dans et avec sa « génération »1 constitué le provenir plein, authentique du Dasein ». » (trad. Martineau, p. 265)

    Il s’agit donc des contemporains, de ceux d’une même génération, et en aucun cas d’une même race ou d’un même sang ! Heidegger, pour la signification de la génération, renvoit à Dilthey, qui n’est absolument pas un nazi.

    Voici la définition qu’il donne de la génération : « une génération forme un cercle assez étroit d’individus qui, malgré la diversité des autres facteurs entrant en ligne de compte, sont reliés en un tout homogène par le fait qu’il dépendent des mêmes grand événements et changements survenus durant leur période de réceptivité ». Dilthey, Le Monde de l’esprit, t. I, Aubier, p. 43.

    Il n’y a aucune trace de racialisme. La communauté est simplement le rassemblement d’individus dans une même situation.

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  3. A EP,

    Il n’est pas surprenant, car cela fait partie de la stratégie, qu’un nazi aussi convaincu et aussi doué que Heidegger ait de quoi proposer au monde un visage respectable.

    Surtout s’il s’agit d’introduire le nazisme dans la philosophie.

    Le système est trés au point. Combien seront-ils à connaître avec précision la Gesamtausgabe?

    Les petits épigones « réviso-négato » pourront à loisir distiller une image culturelle respectable de Martin H.

    D’autres se chargeront du « vrai Heidegger »… celui, par exemple, de l’hommage à Schlageter ou celui des écrits franchement nazis que Faye a pu analyser.

    La langue heideggerienne de la domination est structurellement faite en vue de cette ambivalence… Il faut bien brouiller les pistes… n’est-ce pas?

    Skildy

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  4. Les heideggériens de quelque bord qu’ils soient, ne commettent pas d’erreur de lecture. Ils savent très bien ce qu’ils font.Il est inutile de discuter avec eux. Aujourd’hui tous les négationnistes et tous les nostalgiques du nazisme emboîtent le pas aux intellectuels aveugles qui ont cru naîvement que Heidegger était entré dans l’opposition au nazisme en 1934. Il est bien entré dans l’opposition, comme il le dit à jaspers, oui ,mais aux S.A. car il voulait une armée forte pour son combat . Il voulait imposer sa conception de la transcendance à la planète entière et éradiquer l’influence juive dont faisait partie le christianisme selon le point de vue nietzschéen, point de vue qu’il avait fait sien depuis sa lecture de la Généalogie de la morale et de L’homme de ressentiment de Max Scheler au début des années 10.

    Quant à la race, chez lui, c’est une combinaison d' »origine » et de « rai de lumière » (l’illumination de la caverne), ce qui se retrouve dans les lois de Nuremnberg et dans le Ahnenpass (Rasse und Bekenntnis). Ce que le programme du NSDAP en 1920 traduisait ainsi: »kein Jude kann daher Volksgensse sein » (art. 4). Heidegger le savait parfaitement et ce qu’il a fait, il l’a fait en pleine conscience. C’est une honte pour la France d’aujourd’hui d’encenser un criminel de cette envcergure qui, de surcroît n’a jamaois été philosophe, mais seulement
    manipulateur de la philosophie, et intentionnellement pervers.
    michel bel

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  5. Monsieur Bel,

    Si je comprend bien votre réponse vous admettez que Sein und Zeit et le Kantbuch, lus pour eux-mêmes, ne mettent pas en avant la nécessité d’une anthropologie raciale, et qu’il faut mettre les textes en perspectives, comme vous dîtes, pour comprendre ce qui est alors sous-entendu par Heidegger dans ces passages. Le problème est alors, il me semble : comment effectuer cette mise en perspective ? Car tant Sein und Zeit que le Kantbuch rejettent sans ambiguité toute pertinence, entre autres, des déterminations raciales pour la compréhension de l’être, au profit de ce que le Kantbuch nommera la finitude et la transcendance. Or celles-ci ne font pas référence à un quelconque privilège d’un peuple quelconque dans la relation à l’être. La transcendance est le caractère qui s’attache à TOUT dasein et qui fait qu’il possède une relation apriorique à l’étant : par exemple, pour se comporter par rapport à un monde d’outils, le Dasein doit déjà avoir compris préalablement, fût-ce de manière préontologique, les rapports de significativité constitutifs du monde. Rien en cela qui fasse signe vers un quelconque peuple privilégié ; au contraire il me semble vraiment qu’aucun passage de Sein und Zeit n’est intelligible si on fait intervenir une primauté du peuple germanique.

    Qu’attendre alors d’une mise en perspective des textes ? Il me semble que si Heidegger déclare quelque part que le peuple germanique a un rapport privilégié à l’être et qu’il se doit de ce fait de dominer la terre, il ne peut y avoir là qu’une contradiction de Sein und Zeit, bien loin au contraire qu’il s’agisse là d’un éclaircissement. Et donc Sein und Zeit me semble toujours impossible à caractériser comme nazi, si on veut lire le texte pour lui-même et ne pas vouloir l' »éclairer » par des textes qui le contredisent, s’il y en a.

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  6. Merci à EP pour son texte remarquable. Merci à M. Bel pour son appel à la censure. Merci à Skildy qui effacera bien vite ce message, après en avoir éjecté plus d’un et dégoûté beaucoup.

    PS. Si je dis qu’il y a des gens qui ont des arguments, et d’autres qui gesticulent, est-ce une insulte?

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  7. Merci à EP pour son texte remarquable. Merci à M. Bel pour son appel à la censure. Merci à Skildy qui effacera bien vite ce message, après en avoir éjecté plus d’un et dégoûté beaucoup.

    PS. Si je dis qu’il y a des gens qui ont des arguments, et d’autres qui gesticulent, est-ce une insulte?

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  8. IL y a une chose qui ne me semble toujours inexpliquée par Emmanuel Faye : comment Heidegger a-t-il pu inflencer certains des plus grands penseurs qui vinrent après lui. Son explication à ce fait est que les textes dont nous disposons aujourd’hui leur étaient inconnus, donc qu’il n’était pas démasqué comme nazi profond. Faye veut-il dire par là qu’il suffit de ne pas être reconnu comme nazi pour exercer une influence sur la philosophie ? N’est-il pas requis en plus, à ce qu’il me semble au moins, de mettre en avant des idées originales et fécondes pour la pensée ? Peut-être Faye soutiendrait-il alors que ces idées ont été mésinterprétées et prises pour de la philosophie alors qu’elles n’étaient que propagande nazie cachée. Voilà qui serait singulier : ce serait donc par accident que Heidegger aurait été le plus grand penseur du siècle, grâce à des interprètes auxquels ce rang reviendrait donc à bien plus juste titre, puisque ce serait eux qui auraient réussi à construire la philosophie la plus féconde du siècle à partir d’un ensemble de textes nazis, en faisant un contresens énorme, mais extraordinairement chanceux puisqu’il aurait contribué à ouvrir plein de nouveaux champs à la philosophie. Heidegger serait donc involontairement l’auteur d’une grande pensée, plus justement forgée par ses interprètes. Eh bien soit ! Quel danger y a-t-il dans ce cas à diffuser Sein und Zeit, en précisant peut-être, sur sa couverture, cette situation pour le moins étrange et unique dans l’histoire de la pensée ?

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  9. Réponse à l’objection d’EP sur le choix des héros dans Sein u. Zeit:

    Heidegger ne dit pas que le Dasein se choisit ses héros, mais qu’il se choisit son héros: « das Dasein sich seinen Helden wählt » (p.385). Le pluriel est une faute de traduction d’E. Martineau.

    Sur le fond, interpréter, comme le fait EP, ce choix à la manière sartrienne, c’est-à- dire comme un choix individuel est certainement un contresens. En effet, il s’agit explicitement du dasein tel qu’il advient dans la communauté, le peuple, et non d’un destinindividuel. C’est la Gemeinschaft, c’est le Volk, qui se lie à son héros. Ce que Heidegger a en tête, on le voit en lisant aujourd’hui les cours et séminaires des années 1933-34, où il réinterprète explicitement Sein u. Zeit dans un sens politique, et dans le contexte de l’allégeance du Volk à son Führer.

    Tout cela est très clair également dans la présentation de Sein u. Zeit publiée dans le journal Der Alemanne, le 3 mai 1933.
    J’y reviendrai.
    E.F.

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  10. A G de la Nuit,

    Mon blog, encore une fois, n’est pas un organe de presse ou quelque chose de ce type. Et je crois avoir été bien plus patient que n’importe quel organe de presse s’agissant de l’agressivité de certains visiteurs.

    J’ai récemment, et sans aucun remord, effacer deux messages qui relevaient du révisionnisme pur et simple.

    Et si j’ai pu dégoûter des réviso. j’en suis fort aise. Qu’ils ne comptent pas, au nom de la liberté d’expression – et alors qu’un blog n’est qu’un journal perso-public – se servir du phiblogZophe pour répandre leur propagande.

    Quant aux « négatos » et à propos de Heidegger cela confine désormais au ridicule et à l’absurde.

    Quant au mode d’emploi académique de Heidegger c’est une autre histoire. Assez délicate au demeurant. Mais elle doit désormais intégrer le fait que Heidegger est un nazi et même, à sa manière, un néo-nazi.

    Il a peut-être écrit quelques bonne pages. Mais la notion de « plus grand philosophe du XXe siècle » est de toute façon absurde.

    S’agissant de Heidegger cela relève désormais d’un marketting au service d’un réviso-négationnisme écoeurant.

    Le dispositif discursif de Heidegger est tel que, si on nie le nazisme de Heidegger, la plus belle dissertation académique à son sujet relève de la gesticulation. Et encore, c’est un euphémisme.

    Qu’appelle-t-on penser Heidegger? C’est penser contre son nazisme…

    C’est penser contre le fait que lui-même, par des positions jamais sur le fond reniées – elles ont même été confirmées dans l’entretien du Spiegel – et par des propos quelque peu en marge par rapport à ses écrits les plus divulgués, cherche à induire un mode d’emploi nazi de ses textes.

    Je préfère être qualifié de gesticulateur que d’avoir l’impression, compte tenu de ce qu’est le dispositif heideggerien, de passer à mes yeux pour un imbécile.

    Je vous prie par ailleurs de mesurer à l’avenir vos propos. Vous êtes ici un visiteur. Je n’hésiterai pas un seul instant à « censurer » comme vous dites perfidement toute agressivité.

    Si un blog n’est pas un organe de presse il peut se penser à l’instar d’une revue. Et une revue est tenue d’être cohérente par rapport à une ligne éditoriale.

    Au minimum il ne saurait être question de publier des commentaires agressifs.

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  11. Dans son interprétation, Emmanuel Faye passe de « le Dasein se choisit son héros » à « la communauté/le peuple se choisit son Führer ».

    Tout d’abord : rien ne permet dans le texte de Heidegger de passer de héros à Führer.
    De plus : le Dasein appartient toujours à un peuple, à une communauté avec laquelle il partage son héritage de possibilités d’existence, mais cela ne permet en aucun cas de tirer un trait d’équivalence entre Dasein et communauté, cela n’autorise pas à affirmer Dasein = Gemeinschaft, Volk, et à substituer l’un à l’autre. Le Dasein appartient à un peuple, mais il n’est pas le peuple. Quand Heidegger affirme que le Dasein choisit son héros, cela ne signifie donc pas le choix d’un héros par la communauté.

    De plus, choisir son héros ne signifie en aucun cas choisir un individu appartenant à notre époque présente, un individu contemporain au sein de la communauté pour en faire un héros, un Führer. Car le choix du héros c’est la répétition, c’est à dire un rapport au passé, un rapport au Dasein ayant été là, un rapport aux hommes qui nous ont précédés et qui, par leur existence, nous on ouvert des possibilités dont nous héritons.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die Wiederholung ist die ausdrückliche Überlieferung, das heißt der Rückgang in Möglichkeiten des dagewesenen Daseins. Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt… »

    « La répétition est la délivrance expresse, c’est-à-dire le retour dans des possibilités du Dasein qui a été Là. La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit son héros-… »

    Choisir son héros pour le Dasein, c’est donc, en choisissant une possibilité qui a déjà été choisie par d’autres avant lui, choisir un héros parmi ceux qui nous ont précédés en reprenant le flambeau, en continuant ce qu’ils ont entrepris. Je le répète : en choisissant de travailler sur Descartes, Emmanuel Faye a choisit son héros, parmis d’autres figures possibles du héros.

    Le dernier élément qui réfute définitivement l’interprétation du choix du héros comme étant non un choix individuel mais un choix collectif, celui de la communauté, du peuple, ce dernier élément donc, c’est le fait que ce choix s’origine dans la résolution devançante.

    Cf, Sein und Zeit, p. 385 : « Die eigentliche Wiederholung einer gewesenen Existenzmöglichkeit – daß das Dasein sich seinen Helden wählt – gründet existenzial in der vorlaufenden Entschlossenheit ».

    « La répétition authentique d’une possibilité d’existence passée -le fait que le Dasein se choisit son héros-se fonde existentialement dans la résolution devançante ».

    Le choix du héros n’est possible que dans la résolution devançante. Or, celle-ci est toujours celle d’un individu singulier isolé sur sa propre mort par l’angoisse. Résolution devançante signifie Vereinzelung : individuation, singularisation, isolement, esseulement… La résolution devance la mort. Celle-ci, en tant que possible qui me concerne moi en propre, moi et moi seul, moi en tant que singulier, rend insignifiant tout les rapports à l’autre : elle rend le Dasein irrelatif (unbezügliche). La disposition affective de la résolution devançante, en laquelle seulement il est possible de choisir son héros, est l’angoisse qui isole le Dasein et l’ouvre comme solus ipse, dans un solipsisme existential.

    Cf, Sein und Zeit, p. 188 : « Die Angst vereinzelt und erschließt so das Dasein als »solus ipse«. »

    « L’angoisse isole et ouvre ainsi le Dasein comme « solus ipse » ». (trad. Martineau, p. 145).

    Cf, Sein und Zeit, p. 263 : « Der Tod »gehört« nicht indifferent nur dem eigenen Dasein zu, sondern er beansprucht dieses als einzelnes. Die im Vorlaufen verstandene Unbezüglichkeit des Todes vereinzelt das Dasein auf es selbst. »

    « La mort n’« appartient » pas seulement indifféremment au Dasein propre, mais elle interpelle celui-ci en tant que singulier [on peut traduire aussi par isolé]. L’absoluité de la mort comprise dans le devancement isole le Dasein vers lui-même ». (trad. Martineau, p. 192).

    Cf, Sein und Zeit, p. 322 : « Das Dasein ist eigentlich selbst in der ursprünglichen Vereinzelung der verschwiegenen, sich Angst zumutenden Entschlossenheit ».

    « Le Dasein est authentiquement lui-même dans l’isolement originaire de cette résolution gardant le silence qui s’intime à elle-même l’angoisse ».

    La résolution devançante est donc l’individuation même, elle est toujours celle d’un individu, de sorte qu’elle rend possible à l’individu et à lui seul de choisir son héros. En devançant résolument sa propre mort, le Dasein s’isole radicalement, se soustrait à la dictaure du On. Il ne laisse plus le On choisir à sa place. De plus, en devançant la mort, il anticipe l’ensemble des possibilités qui sont les siennes pour les assumer, c’est-à-dire en hérite. Alors seulement, sur le fond de cette résolution devançante, le Dasein peut choisir une possibilité d’existence, c’est-à-dire répéter la possibilité d’un Dasein ayant été là, c’est-à-dire choisir son héros.

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  12. Je suis sincèrement ravie que E.Faye intervienne directement ici ( je ne pensais pas qu’un universitaire de son renom pourrait le faire ) .J’en profite puor lui poser une question ,en espérant qu’il voudra ou pourra me répondre . J’avoue ne pas connaître grand’chose à Heidegger .Comme le livre de E.Faye ne m’a pas convaincue entièrement ,j’ai musardé sur Internet et trouvé ce site . j’y ai compris la chose suivante :il y a ceux qui disent que Heidegger s’est fourvoyé en 1933 et s’est plus ou moins vite repris ;il y a ceux qui, comme E.Faye et  » Skildy » ,disent qu’il était profondément nazi et qu’il n’a jamais cessé de l’être ;on comprend les arguments de chacune de ces duex options, et ce n’est pas pour l’instant ma queestion .Car il y a aussi ceux qui disent que Heidegger était le vrai chef du régime, son éminence grise, son  » empereur secret  » ,dont Hitler n’était finalement que le pantin. Cette dernière option me semble être la plus extrême ;elle me semble aussi la plus isolée ,puisqu’elle n’est tenue ici (et ailleurs) que par M.Bel. Or, si M.Bel se réclame de votre livre, il me semble que les deux thèses n’ont ni la même radicalité, ni même à vrai dire le même sens ;la question que je voudrais poser à E.Faye est donc la suivante: êtes-vous en accord avec la lecture de M.Bel, qui dit que Hitler était aux ordres de Heidegger? Si oui, pourquoi ne pas l’avoir dit clairement dans votre livre?

    PS.
    Je n’ai pas moi-m^meme internet, et ne peux me connecter que sur mon lieu de travail. J’ai toutefois laissé deux messages ici ; ils ont été tous deux effacés. Peut-être « Skildy » les avait-il trouvé  » insultants  » ou  » aggressifs  » ; j’avais seulement dit (j’espère qu’il ne le prendra pas mal à nouveau) qu’il ne me semblait pas un grand lecteur de Heidegger, se bornant à citer les textes qu’il trouvait dans votre livre ou dans celui de Farias, et qu’il me semblait les découvrir au fur et à mesure qu’il essayait d’étayer sa lecture. J’ai appelé cela ,maladroitement ,une pétition de principe ,j’aurais dû parler de grille de lecture.
    Quoi qu’il en soit ,mes messages ont été effacés .Je tiens à dire cependant que je ne suis ni  » révisionniste  » ,ni  » négationniste « ,mais en revanche (où va-t-on!) que je suis de  » confession juive  » .

    E.DAVID

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  13. Réponse à l’objection de EP sur le choix du héros (suite)

    J’apprécie que EP ait désormais intégré la traduction exacte de « seinen Helden ».

    Il reste que c’est un piège que d’opposer la solitude dans l’anticipation de la mort et l’appartenance à la communauté, au peuple. En effet, Heidegger lie expressément les deux, non seulement dans S u. Z, mais, par exemple, dans son éloge de Schlageter, auquel les nationaux-socialistes vouaient un culte intense.
    Heidegger écrit en effet: « Er musste allein, aus sich das Bild des künftigen Aufbruchs des Volkes zu seiner Ehre und Grösse sich vor die Seele Stellen, um im Glaube daran zu sterben. »
    C’est la « solitude » de Schlageter (« allein… ») dans son anticipation de la mort, qui lui permet de mourir « pour le peuple allemand et pour son Reich » (« für das deutsche Volk und sein Reich zu sterben » GA 16, 759-760).

    J’ai tenu à répondre à ce point important, mais il ne m’est malheureusement pas possible de continuer à intervenir sur les blogs. Qu’il y ait sur ce blog des approches critiques différentes, celle de Michel Bel, celle de Skildy, etc., est un signe de la diversité et de la richesse de la réflexion que permet enfin un examen sans tabou de l’oeuvre de Heidegger.Si mon livre a pu contribuer à ouvrir cet espace public de discussion, je m’en réjouis sincèrement.

    Bien cordialement,
    EF

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