Martin Heidegger est mort néo-nazi. Alerte!

Le mythe veut que le « plus grand penseur du XXeme siècle », Martin Heidegger, aprés s’être compromis de manière trés grave en 1933 avec l’hitlérisme, notamment en acceptant une charge de recteur d’université, aurait reconnu avoir fait une « grosse bêtise » et n’aurait eu de cesse, quoiqu’en gardant le silence sur les horreurs du nazisme, de critiquer celui-ci par le biais d’une critique de la métaphysique et de la technique.

Aprés une lecture de l’entretien donné au Spiegel en 1967 par le philosophe, entretien publié de manière posthume en 1976, il m’est apparu que cela relève purement et simplement de la légende. L’entretien, publié notamment en France au Mercure de France, est comme tel un manifeste néo-nazi. Heidegger est un récidiviste. De 1967 à 1976 il avait presque une dizaine d’années pour se reprendre. Il n’en a rien été. Le texte est donc mûrement réfléchi et se présente comme un testament politique destiné à mettre en perspective l’ensemble de l’oeuvre de Heidegger. Ce faisant, et de la manière la plus indigne, il prend comme en otage ses lecteurs philosophes. Il les enjoint de le rejoindre dans sa conception de la fidélité. Et la fidélité, pour Heidegger, est celle qu’il voue au fascisme et plus précisément au national-socialisme.

Est-ce pour avoir craint de participer involontairement à une légitimation heideggerienne de certaines formes de néo-nazisme que le texte du Spiegel a trés peu fait l’objet de critiques en tous cas de critiques largement publiées? Encore aujourd’hui, pour un lecteur non chercheur, il est beaucoup plus facile de se procurer les Essais et conférences que l’entretien publié sous le titre Réponses et questions sur l’histoire et la politique.

Alors que Heidegger est cette année au programme de l’agrégation il n’est plus possible de taire ce scandale. Pour m’être confronté sur mon blog à la manière de faire de certains « heideggeriens » il y a tout lieu de penser que le néo-nazisme heideggerien est de toute façon une réalité, et peut-être, hélas, une réalité universitaire.

A la page de Bloghaus 1, notamment au point 7, on trouvera un premier parcours critique du texte du Spiegel.

Je ne peux ici que donner un résumé et un avis. C’est au visiteur du phiblogZophe intéressé de rectifier cet avis ou de l’amender en faisant lui-même la démarche.

Je soutiens donc que, à l’occasion même de ce qui se présente en apparence comme un aveu d’une véritable adhésion au nazisme – « J’avais le sentiment qu’ici il y avait quelque chose de nouveau, il y avait un départ… Je n’ai pas seulement parlé pour faire semblant; je voyais cette possibilité » – Heidegger commet en réalité un acte politico-philosophique de fidélité au nazisme.

En réalité sa « critique » du nazisme n’a jamais reposé, bien au contraire, sur un refus et un rejet. Ce que Heidegger a surtout critiqué… c’est l’indigence des dirigeants. Heidegger a toujours été, notamment sous l’influence de Jünger, plus « nazi que les nazis ». On peut lire en effet dans l’entretien ceci :

« … je vois bien plutôt la tâche de la pensée consister justement à aider, dans ses limites, à ce que l’homme parvienne d’abord à entrer suffisamment en relation avec l’être de la technique. Le national-socialisme est bien allé dans cette direction; mais la pensée de ces gens était beaucoup trop indigente pour parvenir à une relation vraiment explicite avec ce qui arrive aujourd’hui et qui était en route depuis trois siècles. » (Page 61 de l’entretien au Spiegel dans l’édition du Mercure de France.)

Il y avait une « vérité interne » et une « grandeur » du mouvement notamment dans la perspective jüngerienne de la Domination. Le nazisme en lui-même, en son essence, reçoit ainsi l’approbation et le soutien de Heidegger. Et comme ce qu’il critique c’est l’indigence de ces « gens » on frémit à l’idée de ce que le nazisme peut encore devenir avec des gens non indigents… est-ce à dire heideggerisés?

Les trois points suivants résument ce qu’il en est du néo-nazisme de Heidegger tel qu’il se manifeste dans l’entretien au Spiegel.

* Heidegger dresse un barrage entre la pensée et la démocratie. Et cela dans une déclaration située entre un aveu d’adhésion au nazisme qui est en réalité une déclaration de fidélité et d’engagement, et une critique qui ne porte pas sur « l’essence du mouvement » mais sur l’indigence des dirigeants.

* Heidegger érige la langue allemande – le « souabo-hölderlinien » – au rang de « langue grecque » de l’époque de la technique. L’Oeuvre-Heidegger est ainsi appelée à être le texte fondateur de la langue de la Domination. La « rationalité française » est proprement congédiée. Ainsi que, d’une certaine manière, la philosophie elle-même. Les « Français » sont dits ne pas pouvoir vraiment penser dans leur langue.

* Heidegger « fonde » un néo-nazisme par le fait qu’il amende le fascisme jüngerien du principe de la prise en compte du phénomène du Ge-stell. (Par Ge-stell Heidegger entend le fait que la technique ne se laisse pas maîtriser comme un outil. Pour lui l’échec du nazisme réel tiendrait principalement au fait que les « indigents » auraient été dans l’illusion de l’évidence de la maîtrise de la technique.)

(1)

Pourquoi sait-on si peu de choses, quand on n’est pas un spécialiste, du « vrai » dernier Heidegger? Est-ce parce que l’université française – n’a-t-on pas dit que Heidegger était un philosophe français? – reçoit avec l’entretien au Spiegel l’affront le plus grave de son histoire?

Hélas, pour certains, il ne s’agit probablement ni d’un affront, ni d’une trahison, ni d’une honte.

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(1) Plus précisément le Ge-stell correspond à ceci que nous sommes comme captifs du fait que la technique se déploie comme mise à disposition de l’étant. Nous croyons rester maître de la technique mais nous sommes emportés par le fait qu’elle met à notre disposition l’étant comme réserve, comme stockage, par exemple comme stockage d’énergie. Un lac, par exemple, devient une réserve d’énergie électrique.

2 commentaires

  1. Je ne suis pas spécialiste, loin s’en faut, de Heidegger.J’ étudie la philosophie (encore dans ses prémices) et il se trouve que ce matin, en vours, alors que nous étudions l’existentialisme sartrien, un élève, visant vraissemblablement à mettre mal à l’aise la personne qui commentait un texte extrait de la Nausée à partir de références plus ou moins bien « digérées », à poser la question de savoir si Sartre avait effectivement mal compris Heidegger dans la mesure où certains penseurs lui en avaient fait le reproche.Il te faudra savoir que le commentateur en question avait fait une allusion au « dasein » dans son introduction. Là dessus, le prof est intervenu et, dans une digression, il a rappelé la tendance néo-nazis du philosophe.L’intervenant (pas celui qui faisait l’exposé mais l’autre, celui qui cherchait à le prendre en défaut) a répliqué que Heidegger n’était pas néo nazi.Le professeur l’a renvoyé L’Ontologie politique de Martin Heidegger, par Pierre Bourdieu.Bref, j’aimerais juste avoir quelques précisions quant à l’implication de Heidegger au sein du mouvement.Comment cela s’est manifesté dans les faits? Tu serais bien aimable de m’éclairer un peu plus que ne le fait ton article, interessant par ailleurs!Je te remercie d’avance.

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  2. La prochaine fois, je relirai avant d’envoyer…ça m’évitera
    d’avoir à rougir de mes erreurs….Ne m’en tiens pas rigueur hein! Etudier la philosophie ça fatigue quand même un peu…Et avec mon chat dans les pattes, difficile de me concentrer.houhouhou!!!

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