Ces arbres qui vont mourir par millions… par milliards… (« Un géocide est en cours ». M. Deguy)

"UN GEOCIDE EST EN COURS".
(Michel Deguy)

La planéte se réchauffe et cela à un rythme qui n’a rien à voir avec celui des réchauffements naturels (hormis ceux consécutifs à des cataclysmes).

Comment vont se comporter les forêts et leurs arbres? Des scientifiques expliquent que, contraintes de ralentir la photosynthèse, les forêts vont contribuer à augmenter la teneur en CO2 de l’atmosphère. A terme, le réchauffement se combinant à des périodes de sécheresse et de canicule, beaucoup d’arbres tomberont malades et beaucoup périront.

Quelles vont êtres les tâches mais aussi les apories des métiers de la forêt? Que peut-on faire, et alors que le temps de la forêt se compte parfois en centaines d’années, pour intégrer un changement qui équivaut à un glissement en moins d’un siècle de plusieurs centaines de kilomètres vers le Sud?

Notons que l’incertitude règne et quant à la grandeur exacte du réchauffement – certains craignant un emballement de ce réchauffement – et quant à sa répartition. La France, par exemple, pourrait basculer du côté d’un climat continental : hivers trés froids et étés caniculaires.

Aujourd’hui c’est la science libre qui analyse le mieux la pente catastrophique empruntée par le climat sous l’effet au minimum amplifiant des activités industrielles et de transports.

La plupart des mécanismes aujourd’hui décrits étaient inconnus à l’époque de l’épanouissement de la révolution industrielle. L’auraient-ils été, pensera-t-on, que cela n’aurait rien changé.

Selon certains heideggeriens – on n’y échappe pas – cela même ne peut que conforter la critique heideggerienne de la technique.

Je me souviens cependant d’une petite phrase de Marx – nous y voilà! – à propos d’une sorte de portrait du capitaliste : "Aprés-moi le déluge!" Telle est sa maxime. La révolution "bourgeoise" est en marche et elle broie impitoyablement toutes les valeurs humaines y compris celles fondées sur la relation harmonieuse avec la nature.

Le "socialisme dans un seul pays", qui a voulu brûlé les étapes, a repris à son compte la maxime : goulags et désastres écologiques.

Mais la légende d’un Heidegger en nazi repenti permet de mettre en avant sa critique de la technique. Critique qu’il prend soin de déclarer inopérante dans le cadre de la démocratie. Et si, comme je le pense, Heidegger est même devenu à sa manière un "néo-nazi", on ne voit que trop bien à quels résultats politiques l’incompatibilité déclarée entre la démocratie et une politique de la technique risque de mener.

Ce serait un travail à faire, autant historique que philosophique, que de mettre à jour la généalogie de la critique de la technique depuis la révolution industrielle. L’oeuvre du penseur américain Thoreau, par exemple, pourrait être étudiée et mise en valeur.

Le problème principal reste de savoir comment on peut intégrer une véritable politique environnementale dans l’espace démocratique.

La difficulté est immense il est vrai. Car la sagesse, en la matière, ne peut que s’opposer directement à la dynamique des intérêts. Chaque kilomètre parcouru en automobile se traduit, par exemple, par un quantum de géocide.

Pour effacer le rôle des "rapports sociaux" et pour compromettre un plein épanouissement démocratique de la question politique de l’environnement certains n’hésitent pas, au prix de la légende, à choisir le discours heideggerien. ( Là aussi il faudrait tenir compte de la multiplicité de cet heideggerisme.)

Nous allons dans le mur. De profonds bouleversements vont survenir. Et il faudra bien qu’un jour la démocratie fasse sa révolution politique en matière d’environnement et d’usage de la technique. D’ici là les tentations vont être de plus en plus fortes de trouver des bouc émissaires. Des dominants, se sentant à tort ou à raison menacés, vont préférer se livrer à des désignations sacrificielles plutôt que de contribuer à la recherche de solutions démocratiques. C’est pourquoi le néo-nazisme heideggerien, si habilement dissimulé et "légitimé" par la culture philosophique, représente un véritable danger.

Si, pour affronter les "cyclones" qui s’annoncent, nous renonçons à l’idéal démocratique, des vagues de violence terrifiantes transformeront la crise en tragédie.

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Adresse d’un article du Monde ajoutée le mardi 28 février 2006 :

http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3228,36-745956@51-690189,0.html

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5 commentaires

  1. Le rapport de l’homme à l’environnement est un problème politique.

    On le sait très nettement depuis Aristote qui avait défini la politique comme « oiko-nomia » (la gestion de la maison). A son époque la maison était toute la terre habitée connue l' »okoumene » (dont le mot oecuménisme aujourd’hui a fait perdre le sens). Les grecs avaient déjà détruit les forêts de l’Attique et après le déboisement l’érosion avait mis à nu le caillou. Homère dans ses transmissions orales avait déjà donné des leçons d’écologie . Il montrait comment utiliser les arbres pour faire des embarcations afin de ne pas détruire les forêts. Aujourd’hui nos plus belles forêts en France sont le résultat de la plantation d’arbres nobles qui étaient destinés à l’origine à la construction de bateaux pour la marine royale, arbres qui n’ont pas été utilisés du fait des techniques nouvelles de construction utilisées après Trafalgar. Progressivement le métal a remplacé le bois. Mais la gestion de la maison Terre n’a pas été pour autant comprise.

    Les abus de gestion de l’oikonomia ont donné naissance au XIX° siècle à l’oiko- logikoi (l’écologie). Mais la raison n’est pas pour autant entrée dans l’esprit des intendants. Les « économes » ont dédaigné l’esprit d’économie aussi bien en ce qui concerne les biens offerts par la nature que les « biens » que constituent les êtres humains. On a saccagé, massacré et on continue. Personne et environnement ont été mis dans le même lot et consirérés comme des matières premières inépuisables. Après les esclaves on a utilisé les serfs et aujourd’hui les « travailleurs jetables ». La raison de ce saccage est un désir de puissance sans frein.

    L’organisation mondiale du commerce (OMC)est aujourd’hui le lieu de l’organisation du saccage. Ni le respect de l’environnement ni le droit du travail ne font partie de ses prérogatives. En faisant de la concurrence la loi de l’univers, elle met la planète et l’humanité en coupe règlée et décide de détruire le milieu et les hommes avec lesquels elle vit et dont elle prétend être la règle de gestion, tout en étant dépourvue de règle.

    Le respect de la concurrence qui ne respecte rien sauf l’obligation de concurrence, qu’est-ce que cela veut dire? C’est le règne de l’absurde. Ceux qui ont inventé puis imposé ce système destructeur sont des criminels. Et je le prouve. La concurrence favorise le concurrent le moins cher. Or le moins cher, c’est celui qui ne respecte ni l’environnement ni les hommes car la reconnaissance de la valeur de l’homme et de la valeur du milieu de vie,-l’autre moitié de l’homme-, a un coût. L’OMC a créé l’organisation du mépris. Le mépris existait avant elle,certes, mais son organisation planétaire pas encore. Voilà qui est fait. Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, deux cents ans après la déclaration des droits de l’homme, le système mondialisé du mépris a été mis en place. Les libéraux qui sont à l’origine de la Déclaration des droits de l’Homme, (car il fallait bien donner, comme l’a montré Marx, un semblant d’universalité aux droits du commerce), sont aujourd’hui à l’origine de la pente qui va conduire à la destruction totale de ces droits à vocation universelle.

    Or les droits de l’homme ne sont pas seulement les droits de l’individu, ce sont aussi les droits collectifs à la solidarité et à jouissance d’un environnement sain et harmonieux. L’obligation de concurrence sans règle détruit le principe moral d’égalité entre les hommes (le respect d’autrui) et le principe de fraternité. Il ne peut y avoir aucune fraternité lorsque la concurrence fait rage.

    L’organisation mondiale du commerce est donc une organisattion diabolique.

    La première organisation diabolique d’envergure planétaire.

    Tous les êtres humains et tous les êtres vivants rejetés par le système sont nécessairement conduits à la mort. Deux mille ans après le principe d’amour mutuel apporté par le christianisme (celui du Christ, s’entend), l’instauration du système d’exploitation systématique des ressources et des hommes et la destruction du milieu de vie par les capitalistes effrénés est la honte de l’humanité.

    S’agit-il d’un géo-cide? Peut-être pas car la planète n’est pas seulement l’éco-sphère qui n’en représente qu’une infime partie – bien qu’elle soit pour nous la plus importante-, mais « l’éco-cide » certainement.

    L’OMC en soumettant toute la vie de la planète à l’obligation de concurrence est le poison mortel de l’humanité. Le cancer qui va la ronger jusqu’à l’os en rongeant à la fois les hommes au travail, les hommes exclus du travail et les productions de la nature considérées exclusivement comme des matières premières. L’OMC ne connaît que des « ressources », les exploitants de ces ressources, les transformations de ces dernières destinées à la vente et le principe de concurrence qui préside à l’enrichissement et à l’élimination. Le non respect des hommes sur-exploités au travail et condamnés à mourir de faim en étant exclus du travail (c’est-à-dire du circuit de production, de consommation et d’échange, (d’échange nécessaire pour pouvoir consommer), conduira nécessairement à la guerre . Non pas seulement à des guerres locales maîtrisables et juteuses pour les marchands d’armes , mais à une guerre planétaire, incontrôlable. L’OMC a mis en place les conditions de la guerre planétaire, de la destruction du milieu et de la destruction des hommes.

    Car pour faire face à une concurrence déloyale, sans règles humaines et sans règles environnementales on est conduit pour ne pas être broyé et pour pouvoir s’enrichir à l’extrême, à mépriser toujours davantage ses semblables et l’environnement.

    Quant à ceux qui voient dans les chemins du « dispositf » heideggérien la libération de cet état de fait, ils se plantent le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Oui le dispositif Heidegger est bien un antilibéralisme mais c’est un anti libéralisme qui conduit à l’esclavage et à la négation totale de l’individu à qui on ne laisse que la liberté de choisir entre vouloir être guerrier et … vouloir être guerrier afin de mettre en place par une guerre sans loi le peuple qui va dominer le monde. Qu’on l’appelle « rasse » ou « Dasein », qu’il soit « germanique » ou pas, cela n’a aucune espèce d’importance. Concurrentialisme et Heideggérienisme ne nous laissent le choix qu’entre la peste et le choléra. Ils sont aussi diaboliques l’un que l’autre. Le Dieu temporel et ses acolytes qui cherchent à établir leur règne aux dépens d’autrui et de l’environnement nous conduisent tout droit à la dévastation de la planète entendue comme bio-sphère.

    S’il reste encore des hommes en ce « monde » il est temps de réagir avant que le seuil critique, le point de non-retour ne soit atteint. Unissons-nous contre les massacres présents et à venir du concurrentialisme et de totalitarisme planétarisés. Demain il sera trop tard. Ceci est un appel lancé à l’intelligence humaine, un appel URGENT.

    Michel Bel
    Agrégé de philosophie

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  2. Et s’il n’en reste qu’un je serai celui-là.

    Je crois qu’en d’autres temps critiques cela a déjà été dit.

    L’histoire se répéterait-elle? Peut-être mais, hélas! en spirale et chaque fois d’une manière plus tragique encore.

    Où sont les philosophes qui devraient se lever en masse pour défendre la planète? Sont-ils devenus les fonctionnaires du système oppressif capitaliste? En d’autres temps cela fut aussi une réalité. Jaurès y laissa la peau , et avant lui, Jésus, dit « le Christ », et avant lui Socrate. La fin de la spirale de l’Histoire serait-elle en train de dérouler son ultime filament?

    michel bel

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