Etrange chose que l’horizon. Il nous donne d’autant plus l’impression de l’infini qu’il s’ordonne autour d’une ligne nette. La brume, le brouillard, la pluie, la neige abîment l’horizon.![]()
Mais cette ligne est d’autant plus suggestive qu’elle sait conjuguer la netteté et la planitude du paysage.
L’horizon d’un désert plat ou d’une mer calme impressionne beaucoup plus que l’horizon d’un paysage montagneux proche. Le mouvement de la terre nous rapproche du sol alors que la calme étendue nous aspire vers le lointain. Mais le plus extraordinaire des horizons est celui que l’on découvre quand on se trouve au point culminant d’une région montagneuse. La force du désert, d’eau ou de sable, est multipliée par le fait qu’elle semble se jouer alors des obstacles des montagnes. L’infini prend tout son sens car il transforme notre corps d’homme en corps d’oiseau. Le regard, après s’être confronté dans une sorte de corps à corps avec la montagne, se métamorphose en vol. L’infini d’horizontalité se double alors d’un infini de verticalité.
(La photographie est celle d’un menhir du Causse Méjean. La vision superposée de l’horizon et du menhir détermine une croix. Bien avant le christianisme le schéme de la croix associait ainsi les deux infinis, celui de la terre, horizontal, et celui du ciel, vertical. Précisément, dans la religion chrétienne, le christ, le crucifié, est celui qui participe des deux infinis. Par son humanité il participe de l’infini horizontal et terrestre; par sa divinité de l’infini céleste vertical. Mais il est troublant qu’un menhir, aussi bien avec le sol qu’avec l’horizon, fasse ainsi un « signe de croix ».)