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Un temple de l’utopie sociale renaît à Guise, en Picardie
LE MONDE | 28.04.08 | 16h52 • Mis à jour le 28.04.08 | 16h52
Guise (Aisne,) Envoyée spéciale
Jeudi 1er mai, un temple de l’utopie sociale va célébrer la Fête du travail en Picardie. 5 000 visiteurs sont attendus au spectaculaire Familistère de Guise (6 000 habitants), qui fait l’objet d’un long et ambitieux programme de rénovation. Baptisé Utopia, il vise à rendre son unité à un monument atypique et maltraité par l’histoire, et à y faire cohabiter logements et musées.
Niché dans une boucle de l’Oise, le Familistère de Guise est composé de trois bâtiments en brique rouge dont le pavillon central avec ses deux ailes ressemble à un palais du Quattrocento. Occupant 6 hectares, l’ensemble est classé monument historique.
Ce Palais social fut au XIXe siècle un lieu d’habitation et de vie sans équivalent. Il a été construit à partir de 1859 par l’industriel Jean-Baptiste André Godin (1817- 1888), un fabricant de poêles, qui avait jusqu’à 2 000 ouvriers – il en reste 200. Godin est un patron inspiré par le socialisme utopique de Charles Fourier et les théories de Saint-Simon. Il considère que la condition première du progrès est l’élévation du niveau intellectuel et moral des classes les plus pauvres.
D’où le Familistère, où furent logés les ouvriers et leurs familles, alors que l’usine est tout près. Godin offre à ses ouvriers un confort inédit pour l’époque (eau courante, bornes-fontaines et toilettes à chaque étage) et des équipements sociaux et culturels : bibliothèque, théâtre, école, pouponnière – et même une piscine. Le lieu fait cohabiter sans hiérarchie sociale les familles des ouvriers, des cadres et des dirigeants. A l’intérieur des cours couvertes, des galeries courent à chaque étage autour desquelles s’ouvrent les portes de 500 appartements. Jusqu’à 1 800 personnes y habitent.![]()
Cette vie autogérée se prolonge après la mort de Godin. Jusqu’en 1968 en fait, date à laquelle l’Association coopérative du capital et du travail Godin, qui gère le Familistère, disparaît. Les logements demeurent, l’utopie collective sombre. En 1981, le Familistère est racheté par des investisseurs qui « n’ont pas tenu compte de l’unité du lieu », dit Jean-Pierre Balligand, président (PS) du conseil général et président du syndicat mixte qui gère aujourd’hui le Familistère.
« CASERNE » OU « LUPANAR »
Le Palais social est alors démantelé appartement par appartement. Le théâtre et l’école sont cédés à la ville qui les fait vivre. Mais la municipalité délaisse, faute de moyens, les autres équipements collectifs : économats, buanderie, piscine, jardins, kiosque à musique tombent en ruine.
Le Familistère a été considéré par ses détracteurs comme une « caserne », un « tas de briques » ou un « lupanar ». Mais Jean-Pierre Balligand, fasciné par « la vision entrepreneuriale et pas du tout paternaliste » de Godin, veut réhabiliter le monument. En 2000, le Syndicat mixte du Familistère Godin est créé et rachète une grande partie des bâtiments et des appartements. Depuis, travaux après travaux, le site affiche chaque année un peu plus son unité retrouvée, tout en maintenant une mixité sociale des logements.
« Nous menons à la fois une réhabilitation du monument et un projet de muséographie », explique Jean-Pierre Balligand. La ville, le département, la région et l’Europe financent les 40 millions d’euros qui doivent permettre l’achèvement de la rénovation en 2015. Le site pourra alors « accueillir entre 70 000 et 100 000 visiteurs par an », contre 30 000 actuellement, selon Frédéric Panni, conservateur du Patrimoine au Familistère.
L’appartement de Godin, au premier étage, dans l’aile droite du Palais social, est en travaux. Il y reste les traces d’un style bourgeois : les derniers lambeaux d’une tapisserie sombre chargée d’ornements, de vastes pièces et une vue stratégique sur l’entrée de l’usine. Il deviendra un musée qui présentera l’environnement familier de l’ancien propriétaire. Le rez-de-chaussée du pavillon central deviendra un musée sur l’histoire des lieux, avec un accueil et des salles d’expositions. Les deux autres étages resteront dévolus aux Familistériens. L’aile gauche du palais abritera un hôtel avec des chambres à bas prix et d’autres plus chères – mais sans abandonner le caractère collectif des sanitaires ou du réfectoire.
En face, le théâtre à l’italienne retrouvera son éclat. La bibliothèque et l’école restent ouvertes aux habitants de Guise. Le kiosque à musique est restauré et les économats sont devenus un musée qui retrace l’histoire de Guise et celle de la construction du Familistère. Quant au bâtiment qui abritait la buanderie et la piscine, réhabilité par l’architecte italien Luca Lotti, « il fait penser aux films d’Antonioni », selon Frédéric Panni : une même lumière diffuse et une légère crainte de disparition.
Blazejczyk Claudie – Cette maison Fischer, en plein coeur de la forêt, donne une sensation d’apaisement, de tranquillité et invite à la décompression. Ses matériaux naturels tels que la pierre (pour les sous-bassements mais aussi pour la cheminée), le bois (les murs, parquets) s’intégrent parfaitement dans l’environnement et proposent tout un site propice au recueillement, à la « zénitude », au calme. De larges baies vitrées invitent à la contemplation, ainsi que le fait que la maison soit au sommet d’un promontoir qui surplombe une étendu d’herbe, une marre, et les arbres.
L’architecte a choisi une forme simple, le carré, pour coller à l’atmosphère, qu’il a ensuite doublé de sorte que la maison offre des vues de tous côtés et donne une sorte d’intimité pour chaque partie de la maison. Maison parfaitement insérée dans son territoire (d’où son socle de pierre) et à son environnement naturel, la maison Fischer offre une atmosphère calme et apaisante.
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Dromard Justine – Cette forme en double carré rattaché par un seul lien permet de créer de nombreuses ouvertures sur l’extérieur et de faire pénétrer une douce lumière naturelle de part et d’autre de la maison.
Cette image de deux formes fusionnant m’évoque les liens entre la mère et son enfant avec le cordon ombilical qui rapproche les deux êtres. En effet, cette maison évoque la famille, elle paraît chaleureuse et gaie. Elle symbolise le cocon familial, lieu de bien-être, évocateur de souvenirs d’enfance.
Les couleurs du bois et de la végétation s’harmonisent parfaitement et donnent une image joyeuse et conviviale de cette maison.
Le cadre boisé dans lequel est immergée la maison permet de filtrer la lumière, comme une enveloppe protectrice qui renvoie une fois encore à l’idée de cocon, enveloppé dans une étole verte.
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Bertrand Marine – Deux volumes qui s’imbriquent et s’articulent de façon à pouvoir contempler sous toutes ses faces, l’écrin de verdure dans lequel ils s’inscrivent. Espace trés libre, circulation fluide, seul quelques murs et cloisons délimitent symboliquement les lieux d’action. Kahn accorde également beaucoup d’importance aux coins, lieux intimes de contemplation, baignés de lumière, ouverts sur la nature. Pluralité des points de vue. Harmonie entre le site et le bâti par cet effet de transparence. Accentuée par les matériaux, à savoir le bois et la pierre, sobrement travaillés.
Variation sur la source de lumière : jeu d’ouvertures. Aussi bien de petites fenêtres hautes que de grandes baies vitrées.
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Vocabulaire : j’ai utilisé à tort le mot de pilastre pour désigner les demi-colonnes de la Maison Carrée. L’erreur est corrigée.
Définition du pilastre :
Un pilastre est un support carré terminé par une base et par un chapiteau. Un pilastre est incrusté dans un mur tandis que le pilier est un élément isolé. Tous deux sont des éléments porteurs.
- Les chapiteaux de pilastres sont de véritables chapiteaux de colonnes tracés sur un plan carré.
- Pilier engagé, colonne plate engagée dans un mur ou en support et formant de légères saillies.
- Pilastre en gaine, profil plus étroit de la base au sommet.
- Ornement de boiseries, de mobilier, figurant un pilastre architectural.
- Montant ajouré, placé de distance en distance dans les travées d’une barrière de balcon.
- Premier poteau placé au bas d’une rampe d’escalier monumental, terminé par un pommeau.
- Dans l’antiquité Grecque le pilastre est aussi appelé Ante.
Pilastres :

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Réédition de la vidéo sur le philharmonique de Jean Nouvel :
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Six crises qui bousculent l’ordre économique mondial
LE MONDE ECONOMIE | 28.04.08 | 14h10 • Mis à jour le 28.04.08 | 19h54
A quelle place l’Histoire situera-t-elle la crise globale – dont les symptômes sont à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques – que subit la planète depuis mi-2007 et qui s’est accélérée en ce premier semestre de l’année 2008 ? Quelle sera son amplitude sur l’échelle de Richter des tremblements de terre économiques et sociaux ? Plus forte que la grande dépression de 1929 ? Similaire à celle des années 1970 où, juste avant le premier choc pétrolier de 1973 et la récession du deuxième semestre 1974, des scientifiques, des industriels et des économistes, fondateurs du Club de Rome en 1968, appelaient dans le rapport Meadows (1972) à stopper la croissance, afin d’éviter l’épuisement des ressources de la planète d’ici à la fin du XXIe siècle ?
La prudence est de mise. Pour s’en convaincre, il suffit d’abord de relire le rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) « Les crises financières », publié en 2004, et dont les trois auteurs, Robert Boyer, Mario Dehove et Dominique Plihon, rappellent à l’envi que « les crises financières rythment l’histoire du capitalisme », prenant souvent la forme de crises « jumelles » (bancaire et de change), voire multiples si les indices boursiers et l’activité économique s’effondrent. Ils soulignent aussi le caractère ancien de l’interdépendance des marchés. Qui plus est, expliquent-ils, les crises sont plus nombreuses depuis la disparition en 1971 des accords de Bretton-Woods, qui signèrent a la fin du système de change fixe instauré à la fin de la seconde guerre mondiale. Ensuite, insiste Pierre-Cyrille Hautcoeur, professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris, « quand on essaie de quantifier l’ampleur d’une crise, il faut faire attention de distinguer les mécanismes à l’oeuvre et les ajustements qui se produiront in fine ». Concernant l’atterrissage de la crise actuelle, en dépit des révisions à la baisse menées par le Fonds monétaire international (FMI) ou par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance mondiale afficherait une progression située entre 3,5 % et 4 %, et ce grâce aux moteurs chinois et indien, à condition qu’ils ne ralentissent pas trop eux aussi. « Nous n’affrontons donc pas pour le moment, reprend M. Hautcoeur, une crise économique radicale. » Une opinion partagée par Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine, spécialiste des matières premières : « Il est nécessaire de prendre du recul, de relativiser. L’intensité actuelle est forte, mais rappelez-vous la crise des années 1970 : nous avons tous annoncé alors l’avènement d’un nouvel ordre économique international. « En revanche, la nature multiple de la crise actuelle interroge économistes et historiens, qui la qualifient volontiers d’exceptionnelle. Pas forcément pour les mêmes raisons d’ailleurs, mais exceptionnelle néanmoins. M. Chalmin confirme ainsi n’avoir jamais vu « une telle volatilité des marchés de change et de matières premières ». « La référence habituelle à la crise de 1974 paraît tout à fait dépassée, constate-t-il. Le 2 janvier, le pétrole cote 100 dollars le baril – ce qui a été salué comme un record incroyable -, le 25 avril, il est déjà à 117,6 ! » Pour Jean-Paul Betbèze, chef économiste du groupe Crédit agricole, même s’il y a eu l’éclatement de la bulle Internet en 2000, « nous affrontons la première grande crise du XXIe siècle ». Selon lui, il ne s’agit pas du schéma classique d’une crise américaine (ou d’une autre région du globe), qui contamine ensuite telle ou telle partie de la planète. « Nous avons affaire à un schéma inédit, à savoir la conjonction de crises différenciées et interdépendantes. Aux Etats-Unis, c’est la crise d’un pays surendetté ; en Europe, c’est une crise d’une région dont les Etats membres n’ont toujours pas résolu leur gouvernance politique, les empêchant de mener une stratégie économique concertée ; et dans les pays émergents, nous assistons ou allons assister à une crise classique de surchauffe et de croissance. »
Qui plus est, insiste M. Betbèze, « le jeu actuel entre tous les acteurs de ces crises est non coopératif. Ainsi, la chute du dollar n’arrange en rien les Européens, qui voient leurs exportations renchérir. Quant aux Chinois, ils se refusent à réévaluer leur devise, le yuan, ce qui permettrait aux pays occidentaux de regagner en compétitivité. »
Pierre Bezbakh, maître de conférences à l’université Paris-Dauphine, dont une partie des travaux ont porté sur l’histoire des crises, confirme ce jeu d’interdépendance plus compliqué que jamais : « Les Etats du Sud ne sont plus en position de dominés, ils sont désormais intégrés dans la compétition mondiale. Quant aux ex-pays de l’Est, ils se sont eux aussi convertis aux règles du marché. Vous avez donc une multiplicité d’acteurs dont les intérêts sont loin d’être convergents. » A l’instar de Patrick Artus, chef économiste de Natixis, et de Marie-Paule Virard, journaliste, qui ont publié à La Découverte en 2005 Le capitalisme est en train de s’autodétruire, M. Bezbakh pense que la crise actuelle signe « une rupture totale de société. Le capitalisme n’est plus en voie de développement, mais en voie d’achèvement. Les puissances occidentales ne peuvent plus faire payer à d’autres pays le coût de la crise, comme ils l’avaient fait en 1929 avec la baisse du prix des matières premières. Nous assistons à un processus d’autodestruction soit du système, soit de son fonctionnement ». Et la crise actuelle en serait la signature la plus forte.
Article paru dans l’édition du 29.04.08.
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Jean Nouvel en question :
Débat critique sur Jean Nouvel – Emission métropolitain de François Chaslin du 30 04 08 :
Téléchargement nouveljeanmtro300408.mp3
Voici l’Equerre et le Compas, tribune de la critique architecturale, enregistrée en public au centre Pompidou.
Avec Dominique Boudet, Emmanuel Caille, de D’A, Frédéric Edelmann, du Monde, Sophie Flouquet, de L’Œil et du Journal des Arts, et Philippe Trétiack, de Elle et Beaux-Arts Magazine.
Nous parlerons d’un sujet unique, l’architecte Jean Nouvel, qui vient de se voir décerner le grand prix américain Pritzker Prize.
Pritzker Prize. 1979, Philip Johnson; 1980, Luis Barragan; 1981, James Stirling; 1982, Kevin Roche; 1983, Ieoh Ming Pei; 1984, Richard Meier; 1985, Hans Hollein; 1986, Gott-fried Böhm; 1987, Kenzo Tange; 1988, Gordon Bunshaft et Oscar Nie-meyer; 1989, Frank Gehry; 1990, Aldo Rossi, 1991, Robert Venturi, 1992, Alvaro Siza, 1993, Fumihiko Maki, 1994, Christian de Portzamparc, 1995, Tadao Ando, 1996, Rafael Moneo, 1997, Sverre Fehn; 1998, Renzo Piano; 1999, Norman Foster; 2000, Rem Koolhaas; 2001, Herzog et de Meuron; 2002, Glenn Murcutt; 2003, Jorn Utzon; 2004, Zaha Hadid; 2005, Thom Mayne; 2006, Paulo Mendes da Rocha; 2007, Richard Rogers; 2008, Jean Nouvel.
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Une icône de l’architecture moderne fait son entrée dans les ventes d’art
LE MONDE | 30.04.08 | 17h22 • Mis à jour le 30.04.08 | 17h22
Un intrus s’est glissé dans la prestigieuse vente d’art d’après-guerre et d’art contemporain organisée par Christie’s, à New York, le 13 mai. Pour la première fois, une oeuvre d’architecture sera vendue non pas dans une séance dédiée à l’immobilier ou au design, mais dans des enchères d’art. Ce soir-là, 57 lots, parmi lesquels des chefs-d’oeuvre signés Andy Warhol, Francis Bacon ou Mark Rothko, devraient changer de main pour quelques millions de dollars.
Mais la pièce la plus chère de la vente est impossible à exposer au Rockefeller Center : il s’agit de la maison Kaufmann, icône de l’architecture moderne, bâtie par Richard Neutra (1892-1970) en 1946 dans le désert de Palm Springs, en Californie. Prix estimé de cette villa de 300 m2 avec piscine : entre 15 et 25 millions de dollars.Le calcul financier n’est pas étranger à cet inédit mélange des genres entre art et architecture. « Si la maison Kaufmann avait été vendue avec des arts décoratifs ou du design, elle n’aurait pas suscité un tel intérêt et son prix aurait semblé excessif comparé aux autres lots », reconnaît Joshua Holdeman, responsable de l’art du XXe siècle chez Christie’s à New York.
Mais l’argent n’est pas seul en cause. « Nous contribuons à inscrire les maisons modernistes dans un contexte culturel, à ce que les gens les voient comme davantage que de l’immobilier », revendiquait la vendeuse de la maison, Beth Harris, dans le Financial Times du 19 avril.
Pour Joshua Holdeman, « désormais les bâtiments pourront être considérés comme aussi importants qu’un tableau de Rothko. La maison Kaufmann va au-delà de l’architecture : on y éprouve le sentiment spirituel d’être relié au monde. Et la sensation de se perdre, comme dans la contemplation d’une oeuvre d’art ». Pas sûr pourtant que les ventes de maisons se multiplient aux côtés des toiles de maître. « Peu de bâtiments peuvent revendiquer le statut de la Kaufmann House, lié à la fois à sa qualité, à son architecte et à l’histoire de sa construction », tempère M. Holdeman.
LIGNES SOBRES
C’est en 1946 qu’un entrepreneur de Pittsburgh, Edgar J. Kaufmann Sr., demande à Richard Neutra, l’un des chefs de file du modernisme américain, de lui dessiner une résidence d’hiver dans les montagnes du désert de Palm Springs, un décor de rocailles et de cactus où riches industriels et stars du cinéma se font construire de petits paradis aux formes transparentes et géométriques.
A l’époque, Kaufmann a déjà accompli en faveur de l’art de bâtir un geste décisif : c’est pour lui que l’un des pères de l’architecture moderne, Frank Lloyd Wright, a conçu en 1935 la merveilleuse résidence de Fallingwater, perchée au-dessus d’une cascade de Pennsylvanie.
La maison Kaufmann sera l’une des réalisations les plus abouties de Neutra. A l’instar des nombreuses villas qui jaillissent, après-guerre, de la rencontre entre la jet-set d’Hollywood et les éclaireurs de l’architecture américaine, la résidence, avec ses lignes sobres, ses parois entièrement vitrées et son toit-terrasse, incarne un « Californian Way of Life » dont les images glamour font rêver l’Amérique. La maison est d’ailleurs photographiée dès 1947 par Julius Shulman, « pape » de la photographie d’architecture et grand témoin du modernisme californien.
Après la mort de Kaufmann en 1955, ce chef-d’oeuvre a pourtant été largement altéré par ses occupants successifs, dont les modifications et les ajouts ont fini par masquer le plan d’une rigoureuse simplicité dessiné par Neutra.
En 1993, les actuels propriétaires, Brent et Beth Harris, achètent la propriété pour 1,5 million de dollars (dix fois moins que l’actuelle estimation la plus basse !) et entreprennent une vaste restauration qui va durer plus de cinq ans pour retrouver l’épure originale. Avec, pour les guider, les images de Julius Shulman, que le photographe exhume de ses cartons.
« C’est une architecture contraignante, qui impose un grand respect et un entretien coûteux, juge Joshua Holdeman. Nous avons dû en tenir compte pour donner une estimation de prix, mais ça n’a pas été facile : il y a peu de points de comparaison. » Depuis l’annonce de la vente, des visites ont été organisées pour les acheteurs potentiels. On saura le 13 mai si le marché adhère à cette innovation.
La ville qui vient
Dessiner en perspective réelle.
Marie-Odile Monchicourt
Si vous regardez une photo du Parthénon, ou si vous regardez le monument en vrai sur place, dans les deux cas vous aurez l’impression de voir une forêt de colonnes parfaitement verticales. Et c’est précisément cette perfection que vous serez tentés d’admirer. Or, pour pouvoir atteindre cette perfection, les grecs savaient qu’il fallait construire des colonnes aux lignes non pas parfaitement parallèles comme on aurait pu le croire, mais convergentes !
L’oeil envoie vers le cerveau des petits segments de droite qu’il perçoit au fur et à mesure qu’il scanne l’environnement. Le cerveau doit quant à lui interpréter le plus vite possible à quel objet correspond ces petits segments, de quoi en tirer une stratégie de survie. Notre système oeil/cerveau, est un système prédictif qui s’est mis en place tout au long de l’histoire de notre évolution, dans le but essentiellement de se protéger des dangers de la vie.
Dessiner en perspective réelle de Xavier Bolot.
Ecoutons – (2mn) :
Téléchargement bolotperspectiverelle.mp3
La perspective est partie intégrante du dessin et de la peinture.
Elle est pourtant aujourd’hui mal comprise. Notre représentation de la perspective date en France du XVIIe siècle, imposée par un arrêt de Louis XIV. Elle consiste à tirer des fuyantes rectilignes à partir d’un point de fuite. Pourtant, dès l’Antiquité, les Grecs utilisaient des courbes spécifiques. Mais cet héritage n’a pas été repris par la Renaissance et n’a été identifié qu’aujourd’hui.
Dans une ambiance d’enquête, ce livre démasque les croyances que nous avons reçues sur la Renaissance et notre culture contemporaine. Nous apprenons à croire ce que nous voyons, pour utiliser une technique naturelle d’une efficacité et d’une simplicité déconcertantes. Nous retrouvons alors le savoir des Anciens Grecs et les recherches de Léonard de Vinci, Henri Matisse ou David Hockney. La « Perspective Réelle » représente un outil pratique pour les artistes, mais aussi une nouvelle approchesensible et scientifique de la perception et de la représentation de l’espace.
L’AUTEUR
Peintre, professeur d’électronique à l’Université de Montréal, Président de l’Association Française dePublicité Industrielle, consultant en relations humaines, Xavier Bolot mène aujourd’hui ses recherches sur la perception avec le support logistique de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de Bourges à l’aide detrois concepts : La Perspective Réelle, La Lumière Neutre, La Vision dans l’Action.
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Pause photo :
Terre mère
de Jean Malaurie
Nous sommes des veilleurs de nuit face à une mondialisation sauvage, à un développement désordonné. Si nous n’y prenons garde, ce sera un développement dévastateur. La Terre souffre. Notre Terre Mère ne souffre que trop. Elle se vengera. Et déjà les signes sont annoncés.
J.M.
Ecoutons Jean Malaurie (50mn) :
Téléchargement terremremalaurie030508.mp3
L’oeuvre de Hegel que j’ai le plus fréquentée, au début pour des raisons didactiques, car j’ai longtemps enseigné l’esthétique, a été son Esthétique : rédigé par des disciples, ce livre est un des plus accessibles et des plus fascinants qu’il ait signé.
(…)
L’ Esthétique offre l’avantage d’être une oeuvre de maturité, méthodique, certes, mais, par ses contenus mêmes, extrêmement suggestive, bien plus que d’autres écrits. Les pages consacrées à l’histoire de l’art sont souvent profondément éclairantes : les critiques artistiques et littéraires d’aujourd’hui ont encore beaucoup à apprendre de ce livre, qui les aiderait à mieux comprendre la relation entre les oeuvres, les artistes et le public, d’une part, et l’esprit général d’une société ou d’un époque, d’autre part.
Dessin de Zaha Hadid pour la caserne des pompiers de Weil/am/Rhein :
Le site est trés intéressant. On y trouve de remarquables explications.
Cette caserne a été construite à Weil am Rhein en Allemagne, pour l’usine Vitra, en 1993.
L’analyse portera sur l’un des dessins dits « conceptuels » utilisés par Hadid pour présenter son projet.
Zaha Hadid est coutumière de ce type de dessin éclaté ayant une valeur propre, indépendamment de sa fonction de représentation (il faudrait d’ailleurs plutôt dire « d’évocation ») du bâtiment qui lui est associé.
On donne toutefois, ici, une photographie de la maquette qui permet de saisir l’allure du bâtiment correspondant au dessin analysé.
l’un des deux paradoxes de transformation : relié / détaché
L’ensemble du dessin forme une trame de fins tracés qui relient la surface en tous sens.
De cette trame, de façon très brutale, se détachent visuellement les larges surfaces d’aplats noirs qui correspondent aux ombres que le bâtiment porte sur le sol.
Il s’agit de l’expression a14 -1- du « relié / détaché ».L’ensemble du dessin forme une trame de fins tracés qui se relient en tous sens.
Dans cette trame, plusieurs dessins se détachent, car on parvient visuellement plus ou moins à les isoler. Dans la partie haute, c’est le dessin d’ensemble du bâtiment qui apparaît et qui se détache ainsi de la trame dense des traits. En bas à gauche, cette fois c’est la vue sur un escalier qui apparaît. Ailleurs, en bas par exemple, d’autres parties du bâtiment émergent du dessin, mais il faut connaître le détail du bâtiment intérieur pour comprendre à quoi elles correspondent.
Il s’agit de l’expression a2 -a- du « relié / détaché ».
l’autre paradoxe de transformation : entraîné / retenu
La forme du bâtiment est prise dans des tracés très dynamiques qui le prolongent vers toutes les directions (schématisés en rouge sur le croquis).
Mais tous ces tracés s’équilibrent au total, de telle sorte que le bâtiment reste visuellement bien calé dans sa position (schématisation bleue et verte), fixité qui est soulignée par de violents aplats d’ombre très noire qui contrastent avec la finesse des multiples tracés.
Il s’agit de l’expression a3 du « entraîné / retenu ».(voir le croquis )
On est perdu, on ne sait où fixer notre regard, tellement de lignes s’offrent à nous pour qu’on les suive. Toujours, quand nous croyons pouvoir fixer de façon plus précise un endroit particulier, les lignes de son dessin nous renvoient plus loin, vers d’autres endroits, vers d’autres détails qui ne nous semblent pas moins intéressants.
Au total, les différentes parties du dessin s’entraident mutuellement, puisque chacune entraîne notre regard à aller vers d’autres parties, mais, dans le même temps, elles se neutralisent mutuellement, puisque chacune nous attire avec la même force que les autres et nous retient ainsi d’aller plus spécialement vers telle ou telle autre.
Il s’agit de l’expression s11 du « entraîné / retenu ».
le paradoxe d’état dominant : fait / défait
Ça part dans tous les sens, ça se disperse et se défait dans tous les sens. Toutefois, globalement, l’équilibre d’ensemble reste bien fait.
Il s’agit de l’expression s16 du « fait / défait ».___________________________________
Dans la partie haute du dessin, le volume d’ensemble du bâtiment est représenté de façon cohérente, compacte. Le bâtiment est fait à cet endroit.
Ailleurs, il se défait et s’écartèle dans tous les sens.
Il s’agit de l’expression a14 du « fait / défait ».En de nombreux endroits du dessin, ce qui est représenté est incertain : on croit que quelque chose est représenté, mais ce que l’on croit comprendre est instable, car c’est à peine fait, c’est-à-dire que c’est à la fois fait et pas fait, suffisamment fait pour que l’on cherche à déchiffrer ce qui est représenté, et insuffisamment fait, en même temps, pour nous décourager d’y trouver quelque chose qui serait précisément représenté.
Il s’agit de l’expression a2 du « fait / défait ».Sur certaines parties, nous pouvons commodément fixer notre regard. Ainsi en va-t-il sur la forme d’ensemble assez compacte qui se trouve en haut du dessin.
D’autres parties, par contre, se dispersent de façon échevelée, dans toutes les directions.
Il s’agit de l’expression a12 du « fait / défait ».
Retour sur la crise alimentaire mondiale :
Ecoutons un débat avec Jean Ziegler (55mn) :
Téléchargement ZieglerCriseAlimentaireMond050508.mp3
Jean Ziegler
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| Michel Griffon Nourrir la planète : pour une révolution doublement verte Odile Jacob – 2006 |
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Huit cents millions de sous-alimentés vivent pour la plupart dans les pays en voie de développement. D’ici 2050, la planète comptera trois milliards d’habitants de plus. Comment allons-nous nous nourrir ?Dès les années 1960, cette question s’est posée, et nous y avons répondu par la Révolution verte, fondée sur la génétique, les engrais, les pesticides, des politiques publiques vigoureuses.Cette stratégie ne suffit plus. Comment aujourd’hui concilier productivité accrue, respect de l’environnement et souci de l’équité entre les hommes ?Michel Griffon brosse le tableau de la crise alimentaire mondiale qui se dessine et jette les bases de ce que devrait être le développement durable de l’agriculture du futur. Il plaide pour une « révolution doublement verte ».
| Michel Griffon Développement durable ensemble ? Platypus Press, Neully-sur-Seine – Mars 2003 |
| Sylvie Brunel Le développement durable PUF – Que-sais-je ? – 25 novembre 2004 |
| Sylvie Brunel L’Afrique : un continent en réserve de développement Bréal, Rosny-sous-Bois – 14/01/2004 |
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Synthèse sur l’Afrique pour la préparation à l’épreuve écrite du Capes d’histoire-géographie et de l’agrégation de géographie. Analyse les sources du retard dans le développement du continent africain, l’évolution de la démographie, les enjeux géopolitiques dans les domaines de l’eau et de l’alimentation, et les perspectives qui s’offrent à l’Afrique dans le cadre de la mondialisation.
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En Birmanie, le dernier bilan officiel du cyclone fait état de près de 4 000 morts
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On annonce en réalité plus de 100 000 morts. Les birmans disent n’avoir jamais connu des cyclones d’une telle puissance.
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Un garçon devant une maison détruite dans la localité de Labutta, dans le sud de la Birmanie, mercredi 7 mai. Selon un responsable locale, 80 000 personnes ont été tuées dans cette seule ville après le passage du cyclone Nargis.
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Zaha Hadid exo
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Julie Jean – Ensemble de blocs anguleux, de lignes brisées projetant des ombres trés géométriques sur le sol. Une flèche gigantesque s’élève dans le ciel et le transperce. Une force étonnante ce dégage de ce lieu. L’architecte a beaucoup joué avec la lumière et les ombres et délimite ainsi de nombreux volumes. Elle crée des espaces dans l’espace. La caserne est composée de différents bâtiments utilisés (béton brut qui révèle une puissance en adéquation avec la fonction attribuée au bâtiment), par de grandes ouvertures cadrant sur les bâtiments annexes.
Le fait d’avoir modifié la fonction pourrait enlever du sens à certains des aspects de l’oeuvre pensée pour être une caserne de pompiers. Cependant le fait que cela soit un musée de design ne choque pas.
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Marie Noirot – Ce bâtiment est particulier de par ses formes géométriques particulières. (?)
Zaha Hadid utilise des lignes droites mais plus sous la forme de triangles ou de losanges que de carrés ou rectangles. Les ouvertures vers l’extérieur sont peu nombreuses mais sont trés grandes, ou certains sont fines comme des meurtrières. Le matériau utilisé est le béton, ce qui donne au bâtiment une allure froide.
Ce bâtiment présente des sortes de pointes qui rendent celui-ci quelque peu agressif.
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Quentin Desenclos – En voyant l’aspect extérieur du bâtiment, on peut penser que l’architecte a voulu donner à l’édifice (malgré ses grosses dimensions) un certain élan, une sorte de dynamique, sans doute pour faire un clin d’oeil à sa fonction. De plus, en voyant cette façade, on peut tout de suite deviner que l’architecte a fait une gros travail de jeu avec les volumes (un?) l’intérieur du bâtiment. (?).
A l’intérieur on est conforté dans notre première impression et l’on remarque un jeu de volume et de lumière dans lequel les parties secondaires (vestiaire, toilette..) sont dans la pénombre alors que les espaces de circulation sont trés éclairés. De plus on remarque de grandes baies vitrées qui permettent de communiquer avec l’extérieur.
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Croquis numérique obtenu à la gomme en partant de la photo
Charlotte Incardona – Ce bâtiment, ancienne caserne de pompiers, a des formes trés saillantes. Il semble découper l’environnement. La pointe semble percer le ciel. Les arêtes sont trés marquées.
Ensuite, on remarque que ce bâtiment n’est pas orthogonal, tous les murs rappellent la pointe. La forme du bâtiment est plutôt un trapèze, forme reprise par la petite table en béton à l’extérieur.
Ce bâtiment en béton joue beaucoup avec la lumière : fente dans un mur amenant de la lumière sur un mur intérieur, fentes au plafond. Les grandes baies vitrées apportent aussi beaucoup de lumière dans les couloirs et les vestiaires. Ce bâtiment reste tout de même assez fermé à l’extérieur, il n’y a pas beaucoup d’ouverture sur le dehors, mis à part celles qui ont pour rôle d’apporter de la lumière.
Ce bâtiment a été construit comme si on le voyait toujours en perspective, ce qui fait qu’il n’y a pas souvent d’angle à 90°. Enfin la couleur blanche et sobre du béton, avec ses cabochons, confère une allure solennelle à ce bâtiment, qui se détache, détonne parmis le vert de l’herbe et le bleu du ciel.
De loin, on pourrait croire à un paquebot échoué sur terre, avec sa pointe déchirant l’horizon.
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Richard Serra :
Le sculpteur Richard Serra a notamment réalisé la sculpture métallique, que l’on peut traverser, qui se trouve dans la grande galerie du musée Guguenheim de Bilbao de Richard Gehry.
20 mn de radio avec Richard Serra :
Téléchargement RichardSerra.mp3

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Archéologie urbaine :
Nanterre a-t-il été l’ancienne capitale celte des parisii?
Ecoutons (30 mn) :
Téléchargement NanterreCapitaleParisii.mp3
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Un timbre pour votre courrier :
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Ce timbre est réservé à un usage purement interne.
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Au moins dix-huit personnes tuées par le passage d’une tornade dans le centre des Etats-Unis
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Texte :
… le baroque : un effet illusionniste destiné à rendre l’espace perçu plus grand que l’espace réel, obtenu par l’application méticuleuse de procédés et de règles strictes permettant de déterminer avec précision des points de vue particuliers – comme c’est le cas pour les scènes et les coulisses des théâtres -, avec toutefois une régularité de proportions qui pourrait paraître pédante et académique.
Gustavo Giovannoni, L’Urbanisme face aux villes anciennes, Points Essais, Seuil 1998 page 75.
(A propos de Borromini, Cortone, Pozzo…).
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Adresse de la page sur la maison Farnsworth :
http://skildy.blog.lemonde.fr/2006/04/28/2006_04_la_maison_farnw/
Rappel de l’adresse de la page sur le pavillon de Barcelone :
http://skildy.blog.lemonde.fr/2006/02/19/2006_02_le_pavillon_de__1/
Adresse d’une page sur la Maison Carrée :
http://skildy.blog.lemonde.fr/2007/04/22/palladio-a-nimes-la-maison-carree-et-le-temple-de-diane/
Adresse d’une page sur la maison Fischer :
http://skildy.blog.lemonde.fr/2007/06/01/kahn-par-kahn-la-maison-fisher/
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Plus du quart de la faune mondiale a disparu en 35 ans
16.05.08 | 19h40
Plus du quart de la faune mondiale a disparu depuis les années 70, a révélé une étude publiée vendredi par la Société zoologique de Londres en collaboration avec le Fonds mondial pour la nature (WWF).
Cette étude a observé l’évolution de quelque 1.400 espèces de poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux ou mammifères pour conclure à un déclin de 27% de la faune entre 1970 et 2005.
La faune terrestre a reculé de 25%. La population animale en eau de mer a chuté de 28% et celle en eau douce de 29%, selon ce rapport.
L’être humain contribue à la disparition d’environ 1% des espèces animales chaque année, selon le rapport, qui souligne qu’un des « grands épisodes d’extinction » de l’histoire est en cours.
La pollution, l’agriculture, l’expansion urbaine, le recours excessif à la pêche et la chasse, sont les raisons citées pour expliquer cette tendance.
« La réduction de la biodiversité signifie que des millions de personnes font face à un avenir où les réserves en nourriture seront plus vulnérables aux insectes et maladies, et où l’eau sera disponible en quantité faible et irrégulière », a déploré James Leape, le directeur général du WWF.
« Personne ne peut échapper à l’impact de la réduction de la biodiversité sur nos vies parce que cela se traduit très clairement par moins de nouveaux médicaments, une plus grande vulnérabilité aux désastres naturels et des effets accrus sur le réchauffement climatique », a-t-il ajouté.
Ce déclin intervient à une époque où les êtres humains consomment chaque jour plus de ressources naturelles, et où ils utilisent 25% de plus que ce que la nature peut remplacer, selon l’étude.
Ce rapport précède la convention de l’ONU sur la biodiversité qui se tiendra la semaine prochaine à Bonn (Allemagne).
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Construire un monde écologique et solidaire
Avec : Geneviève Azam , maître de conférence en économie à l’université de Toulouse II, membre du conseil scientifique d’Attac.
Emission Terre à terre de France Culture du samedi 17 mai 08.
Téléchargement AzamEcoMondeSolidaire170508.mp3
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Notes de l’exercice sur Zaha Hadid :
Barthélémy G = 14
Basset Elodie = 14
Bertrand Marine = 11
Bousselin Adeline = 11
Chavanes P. Emmanuel = 13
Colombo Pauline = 13
Desenclos Q = 11
Hayraye-Rémy E = 12
Hochleitner P = 12
Julie Jean = 13
Incardona C = 11
Kim J Y = 10
Martin E = 13
Maulini C = 13
Noirot M = 11
Nonat A = 12
Pagnani A = 9
Peter D = 14
Rosette T = 10
Tranchida A = 12
Ziegler F = 11
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Planter du riz pour isoler les toits
LE MONDE | 20.05.08 | 16h07 • Mis à jour le 20.05.08 | 16h07
Les enfants japonais pataugent dans une rizière installée sur le toit d’un immeuble de Tokyo consacré à l’éducation à l’environnement. Le 17 mai, ils y ont planté du riz, afin d’obtenir une couverture végétale qui aura pour fonction d’isoler le bâtiment et de réduire la facture énergétique. La ville de Tokyo exige que 20 % de la surface occupée par les immeubles dépassant 930 m2 soit couverte de végétaux.
Architectes et urbanistes redécouvrent les vertus de la toiture végétale, qui existe depuis la préhistoire. Ses déclinaisons modernes limitent les conséquences de l' »artificialisation » de l’environnement urbain : elles captent et filtrent l’eau, humidifient l’air et réduisent le phénomène des « îlots de chaleur urbains », qui voit la température des villes dépasser de plusieurs degrés celle des zones environnantes. Cette végétation a aussi pour avantage de fixer les poussières et polluants atmosphériques et de protéger le toit du vieillissement. Seules contraintes : disposer d’une structure suffisamment solide, d’une pente faible et d’un accès facile pour l’entretien.
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Texte :
La rue
La monumentalité de l’espace urbain, partout où elle peut être historiquement observée, a rapport avec l’affirmation d’un pouvoir; elle est même son expression publique par excellence. On a vu qu’en Mésopotamie la différence dans la taille des édifices et leur différenciation hiérarchique est ce qui constituait le trait spécifique des lieux urbains par rapport aux grosses bourgades paysannes.
(…)
Il est alors intéressant de remarquer que face à cette situation il est un élément de la ville qui tend à transgresser les séparations hiérarchiques; cet élément, c’est la rue. La rue, si familière, est pourtant un élément urbain surprenant : elle n’est pas un monument, elle est un interstice, un espace de transit, mais aussi un lieu de rencontre et plus officiellement aussi un lieu de marché. En fait, sa fonction diverge profondément d’une civilisation à l’autre, et selon les époques. Dans les villes mésopotamiennes comme dans les villes chinoises anciennes elle n’était qu’une sorte de couloir de circulation entre des résidences ceinturées de murs. Mais dans les deux cas la vie marchande s’est installée spontanément sous les murs; dans la ville grecque ou romaine, il était d’usage que les artisans aient des boutiques s’ouvrant sur la rue. Ces rues où circulent, se rencontrent et commercent les citadins de toutes conditions sont aussi celles que doivent emprunter les élites sociales et politiques pour aller et venir ou pour se rendre chez eux. La rue peut non seulement mêler les populations les plus diverses, mais elle donne accès à tous les monuments et palais de la ville (du moins à leur abord). De n’importe quelle rue, on peut se rendre en n’importe quel autre point de la ville. On ne peut par fermer une rue car l’arrière des maisons donne accès sur une autre rue; il faut alors fermer tout le bloc ou tout le quartier; on a vu cela avec les ghettos ou les quartiers réservés : la logique du réseau reprend alors au sein de cette clôture elle-même. Le dispositif des rues, qu’il soit en damier ou non, constitue un réseau qui spatialement et socialement tend à annuler l’ordre hiérarchique monumental. La rue dans son existence spatiale qui est celle d’un réseau non centré, aléatoire dans son usage et ses connexions, anticipe et contient une possibilité propre à la ville : celle d’une relation égalitaire, celle qui, par exemple, ne cessera de s’affirmer comme « liberté communale » durant le Moyen-Age européen (au-delà de cette approche urbanistique de la rue, nous envisagerons plus loin son importance, associée à celle de la place, comme expérience privilégiée de l’ espace commun).
Marce Hénaff, La ville qui vient, L’Herne, Paris 2008, page 136.
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Cinéphil’o club :
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Ecoutons « l’air du phonographe » de l’Atalante (Jean Vigo-1934) :
Musique de Maurice Jaubert
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Jean Nouvel lauréat de la future tour Signal à la Défense
LE MONDE | 27.05.08 | 09h05 • Mis à jour le 27.05.08 | 10h00
La future tour Signal de la Défense sera signée par Jean Nouvel, a décidé, lundi 26 mai, le jury du concours organisé par l’Etablissement public de la Défense (EPAD), a-t-on appris mardi. C’est un projet marqué par l’essentiel des préoccupations du récent Grenelle de l’environnement. Arrivera-t-il pour autant à faire pâlir l’aura de la future tour Phare, que l’architecte américain Tom Mayne (agence Morphosis) doit construire près du CNIT pour le groupe Unibail, et dont le concours a marqué, par son audace formelle et une ambition écologique affichée, le renouveau du quartier financier de l’Ouest parisien ? C’est l’un des buts de l’EPAD : la nouvelle tour doit être l’emblème du « renouveau » de la Défense, dont le plan a été lancé en 2006 par Nicolas Sarkozy et repris par son successeur à la tête du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian.
Jean Nouvel, 62 ans, lauréat du dernier prix Pritzker (l’équivalent du Nobel pour l’architecture), sera le constructeur de la future tour Signal, a décidé le jury constitué par l’EPAD lundi 26 mai. Le même Nouvel avait remporté le concours organisé en 1991 par la Caisse des dépôts et consignations avec un projet au nom porteur d’indécision : la Tour sans fin. C’était un cylindre fin comme une cigarette qui devait s’élever au nord de l’Arche de la Défense. Il ne sera jamais construit, son coût dépassant sa possible rentabilité.
La tour Signal (301 m), située à l’ouest de la même arche, emprunte une forme rectiligne, régulière, classique, chargée des signaux favoris de l’architecte français (écran animé, utilisation maximale des effets lumineux). C’était le seul projet susceptible de séduire un jury encore proche des images léguées par le grand Mies Van der Rohe, qui ne pouvait qu’être heureux de choisir sans risque d’erreur, comme à Cannes, un projet proche de l’esthétique la plus audacieuse des Français. Un très bon projet du Pritzker, si ses promesses écologiques répondent, in fine, aux attentes de l’EPAD.
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Le plan Sarkozy, qui, selon une tradition bien ancrée depuis 1958, avait été précédé par la prolongation de cinq ans de l’Etablissement public, prévoyait de bâtir ou de remplacer des bâtiments obsolètes, ce qui créait 450 000 m2 de bureaux de plus et 100 000m2 de logements.
Cette ambition et les problèmes soulevés par le Grenelle de l’environnement ainsi que l’explosion du cours des matières premières et de l’énergie ont conduit l’EPAD à demander aux concurrents de réfléchir autant que possible à trois points : qualité environnementale, développement durable et mixité de l’édifice (50 % seulement seront occupés par des bureaux). Au-delà des réponses apportées par le lauréat, l’écho de ces questions devrait s’amplifier d’ici à l’achèvement de la tour (comme des autres tours de la Défense dont la construction démarre). Pour s’en convaincre, il suffit de lire le rapport remis par Hélène Jourda lors du Grenelle vert, et les interrogations de plus en plus vives des acteurs actuels de l’urbanisme.
Bernard Bled, directeur de l’EPAD, s’il a des réponses toutes prêtes, ne cache pas ses interrogations sur Signal comme sur l’avenir du quartier. Il est presque intarissable sur les normes américaines (LEED) ou anglaises (Breeam) à remplir par les concurrents, critère inhabituel dans un concours d’architecture, du moins en France.
En janvier, 18 candidats de haut niveau ont été présélectionnés et 5 retenus, l’EPAD ayant estimé qu’ils répondaient au mieux à l’ensemble des paramètres économiques, écologiques et techniques. Citons ici les maîtres d’œuvre connus du public : les Français Jean Nouvel (lauréat du prix Pritzker), Jacques Ferrier (ingénieur et écologiste affirmé) et Jean-Michel Wilmotte (initialement associé à Steven Holl), le Britannique Norman Foster et l’Américain Daniel Libeskind (lauréat de la reconstruction du World Trade Center). Particularité du concours : à condition de respecter les contraintes HQE et le quota de 50 % de bureaux, les équipes (architectes, ingénieurs, mais aussi investisseurs et promoteurs) étaient libres de choisir leur site dans le périmètre de la Défense et n’avaient d’autre contrainte de hauteur que la rentabilité de leur projet (ceux-ci vont de 255 m à 310 m).
Deux équipes – Nouvel et Libeskind – ont choisi la « Porte Ouest », dans la nouvelle Défense, ce qui les a conduits à se placer visuellement en éléments symétriques de la tour Phare, par rapport à l’arche de la Défense. Un site étroit occupé par un « plat de nouilles » routier qu’il faudra repenser. La tour Signal, selon Libeskind, se présente comme une spirale très dynamique à facettes. Le projet Nouvel, plus rigoureux et plus simple de forme – mais non pas simpliste –, dominé par le principe cher à l’architecte de l’écran animé, est scandé par de hauts atriums aux orientations et à la luminosité changeantes.
Ferrier (le projet le plus élevé) prend le risque de se placer en bord de Seine et propose une tour double dont la structure rappelle la lettre H. Wilmotte se place à la limite du boulevard circulaire, ce qui l’amène à une réorganisation intelligente de cette frontière; il propose un faisceau de trois tours se croisant en X de façon mystérieuse. Enfin Foster, qui a choisi le sud de l’Esplanade, derrière Les QuatreTemps, adopte une structure difficile, surprenante : un tube évidé, doré, comme déchiré par une grande ouverture tournante, aux circulations reportées à l’extérieur. Il était le seul projet à proposer un hôtel et non des logements, en complément des bureaux.
Autant de projets qui ont tous leur lot de vertus et qui ont exigé du jury un choix final difficile, techniquement et esthétiquement.
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Adieu Sydney Pollack
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Le réalisateur Sydney Pollack est décédé aujourd’hui ce 27 mai 2008.
Il était notamment l’auteur du western Jeremiah Johnson (1972).
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« Il y a beaucoup de similarités entre l’architecture et le cinéma. Ce sont deux formes artistiques qui sont composées d’autres formes artistiques. Les deux commencent avec une idée esthétique pure mais afin de réaliser cela il faut faire beaucoup de choses techniques. Moi je peux rêver un film mais je dois avoir un éclairage, j’ai des comédiens… et tout ça… et donc il y a beaucoup de techniciens, beaucoup de technique… C’est la même chose avec l’architecture… Il faut des égouts, la plomberie, il faut l’eau, des ascenseurs, des escaliers, des portes. Il faut que les gens entrent et sortent… Il y a un rêve d’un beau bâtiment…Donc il y a des similitudes justement… »
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Sydney Pollack sur France-Culture en mai 2006.
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En mai 2006 Sydney Pollack s’entrenait sur France-Culture à propos d’un film qu’il a réalisé sur l’oeuvre de son ami Franck Gehry :
Le réalisateur américain Sydney Pollack (On achève bien les cheveaux, Les trois jours du condor, Jéremiah Johnson…) vient de terminer un film sur l’architecte Frank Gehry. (Esquisse de Frank Gehry). Il s’est entretenu en mai 2006 avec des journalistes de France Culture.
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– Arnaud Laporte : Cela nous amène à parler aussi de Frank Gehry. Comment s’accomplir, comment trouver une forme d’expression personnelle dans un métier qui est plein de contraintes : métier d’architecte ou métier de cinéaste. Sidney Pollack :
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– Sydney Pollack : Il y a beaucoup de similarités entre l’architecture et le cinéma. Ce sont deux formes artistiques qui sont composées d’autres formes artistiques. Les deux commencent avec une idée esthétique pure mais afin de réaliser cela il faut faire beaucoup de choses techniques. Moi je peux rêver un film mais je dois avoir un éclairage, j’ai des comédiens… et tout ça… et donc il y a beaucoup de techniciens, beaucoup de technique… C’est la même chose avec l’architecture… Il faut des égouts, la plomberie, il faut l’eau, des ascenseurs, des escaliers, des portes. Il faut que les gens entrent et sortent… Il y a un rêve d’un beau bâtiment…Donc il y a des similitudes justement…
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Extraits sonores du film.
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– Arnaud Laporte : Frank Gehry, cet architecte à qui l’on doit, pour les parisiens, l’immeuble qui abrite aujourd’hui la cinémathèque française… Pour ceux qui ont eu la chance d’aller à Bilbao, voir cette fondation Guggenheim qu’il a réalisée… A Los Angeles il a réalisé récemment le Walt Disney Concert Hall. On en parlait il n’y a pas longtemps avec Elsa Peka Salonen le chef du philharmonique de LA. Il nous vantait tous les mérites de ce bâtiment. Esquisse de Frank Gehry donc… Du débutant au documentaire : Sydney Pollack. Antoine Guillaud :
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– Antoine Guillaud : Oui c’est un film qui est passionnant d’une part parce qu’on voit ces œuvres magnifiques de Frank Gehry que vous filmez très bien Sidney Pollack. Mais surtout à cause de cette conversation que vous avez avec Frank Gehry qui est un vieil ami à vous et qui est une vraie conversation entre deux praticiens. Chacun va dire : comment tu résous tel problème… Comment tu apprends à dire non…par exemple comment trouver le petit interstice de créativité personnelle au sein d’une commande commerciale mais surtout aussi parce que Frank Gehry est un vrai personnage de cinéma. C’est quelqu’un qui est extrêmement drôle. Il a une stature… Il y une façon par exemple de regarder une maquette pendant une heure… en disant : «voilà il faut que je la regarde jusqu’à ce qu’elle m’ennuie. » Il est content quand il dit : « elle a l’air tellement stupide cette maquette que le bâtiment sera excellent ».
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– Arnaud Laporte : Est-ce que vous avez coatchez Frank Gehry ?
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– Sydney Pollack : Non non non non non … J’ai de la chance … vraiment j’ai eu de la chance… C’est que Gehry est quelqu’un de très théâtral. Et c’est quoi cette théâtralité chez lui ? C’est le fait qu’il n’essaie pas d’être intéressant. C’est l’opposé de quelqu’un qui fait une performance… qui joue pour la caméra, Ce qui est fascinant pour celui qui le regarde c’est qu’il est tout à fait authentique. Là où je mets une caméra ça lui est égal. Il est totalement honnête. Et ça, en soi, c’est une grande leçon. C’est plus théâtral que quelqu’un qui essaie d’ être fort(…).
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– Arnaud Laporte : Il y a beaucoup de gens qui paraissent dans ce film… Des gens extrêmement connus que l’on croise dans ce film. C’est vrai que l’architecture comme le cinéma aussi a tendance à standardiser…favoriser les recettes éprouvées, Une maison on la fait la plus simple possible Il ne faut pas faire peur aux gens qui vont l’habiter. Les films c’est un peu pareil. Au cinéma on fait toujours les mêmes pour que les gens n’aient pas peur d’aller les voir. Ca les rassure.
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– Sydney Pollack : La plus grande leçon qu’on peut apprendre de Frank c’est qu’il suit ses propres impulsions ses propres instincts. Et il refuse d’accepter qu’il y ait des contraintes, des limites à l’architecture… que les concepts orthodoxes de l’architecture de cube, de cercle et de pyramide… il refuse d’accepter que cela soit tout ce qu’on peut faire. Lui justement il a repoussé ces frontières parce qu’il a fait confiance à ses propres instincts et à son propre jugement. C’est une leçon remarquable pour tout créateur de voir comment il travaille. Qu’on admire ou pas ses bâtiments, qu’on aime ses bâtiments ou pas on doit admirer néanmoins le fait qu’il se laisse aller. Il lâche. Et il n’y a pas de censure. Il n’essaie pas de suivre les règles de quelqu’un d’autre.
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– Antoine Guillaud : Même si vous dites dans le film que vous ne vouliez pas le faire d’abord parce que vous n’aviez jamais fait de documentaire mais parce que surtout que vous ne connaissiez rien à l’architecture . On a quand même le sentiment que dans votre œuvre il y a un rapport à l’architecture. J’ai un souvenir des Trois jours du condor qui se passe un moment dans le musée Guggenheim à New York. Et puis surtout l’assistance avec laquelle vous avez voulu réellement tourner dans le bâtiment de l’ONU à New York quand vous avez fait L’interprète.
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– Sydney Pollack : C’est vrai mais quand je dis que je n’y connais rien à l’architecture cela veut dire que je connais mes propres instincts sur l’architecture mais je n’ai aucune formation formelle. Mais Frank il disait « mais c’est ce que je veux. Je ne veux pas quelqu’un qui est professeur d’architecture … qui va faire un documentaire sur moi, sur l’architecture. Je veux quelqu’un comme moi ». J’ai essayé d’être candide justement. J’étais le public moi. J’étais moi-même en tant que public. Parce que je suis curieux. J’aimerais savoir comment il réfléchit. Parce que je sais comment moi je pense, je réfléchis. C’est pour cela que je veux y aller. Parfois quand je suis seul chez moi je mets de la musique et je pense à des prises… Est-ce que toi tu penses à l’architecture… tu penses à des formes comme ça… Et je lui pose des questions comme ça… C’est ce que je fais dans le film. Il me dit : « Oui oui absolument ». Il m’emmène devant un tableau de Jérôme Bosch et me dit « c’est la composition que je cherche ». C’est une façon pour moi d’apprendre aussi pendant que je tourne le film. Donc j’essaie d’être à la fois public et d’utiliser ma propre curiosité afin d’apprendre des choses de Frank. Et voilà c’était ça le plaisir… c’était ça qui était le plus agréable en tournant ce film.
Chine : tremblement de terre
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Lycéens ensevelis sous les décombres de leur lycée.
Pour des raisons d’économie architecturale les écoles et les lycées ont été particulièrement touchés par le tremblement de terre.
De nombreux parents ont perdu leur unique enfant.
La bataille de Ronchamp
LE MONDE | 28.05.08 | 17h28 • Mis à jour le 28.05.08 | 17h28
Certes, tout est fait dans les règles : la Commission nationale des monuments historiques a donné son accord le 28 juin 2007, des permis de construire ont été délivrés les 11 et 13 mars 2008. Mais la polémique fait un peu désordre, au moment où la France propose à l’Unesco « l’oeuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier » pour inscription en 2009 sur la liste prestigieuse du Patrimoine mondial de l’humanité.
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Il est bien embêté, Renzo Piano : « J’ai accepté ce projet pour des choses légères et fragiles, le silence et la foi. Et je me retrouve pris dans des affrontements, mis en accusation… » Dans la succursale parisienne de son « Building Workshop », l’architecte joue les artisans de quartier, à deux rues de son Centre Pompidou, qui fit déjà un joli scandale au début des années 1970. Il démonte les maquettes, montre les plans. « Regardez, j’ai écouté les remarques, fait des amendements. Mes bâtiments sont plus bas que la chapelle, on ne les verra pas. Je ne comprends pas… »
L’antique querelle des anciens et des modernes, rejouée au sein même de l’ère du béton ? Pas seulement. Pour mieux comprendre, il faut grimper sur la colline. On a beau l’avoir vue dix mille fois en photo, la chapelle de Ronchamp fait toujours son petit effet. C’est une sculpture autant qu’un monolithe, d’où se dégage une puissance tellurique et l’émotion de l’art. Un édifice asymétrique, irrégulier, presque gauche, et pourtant d’un équilibre miraculeux. Des murs courbes d’une blancheur immaculée, une coque de crabe en béton brut en guise de toit, trois tours blanches qui émergent telles des calottes et diffusent une douce lumière vers l’intérieur, intime et grandiose comme une grotte.
Prompt à chanter ses propres louanges et à pourfendre d’imaginaires persécuteurs, l’architecte écrit à sa mère en 1955 : « C’est l’oeuvre architecturale la plus révolutionnaire qu’on ait faite depuis longtemps. (…) Mais le diable doit ricaner dans un coin et il a pour habitude de ne pas rester inactif. Rome a l’oeil sur Ronchamp. J’attends des orages. Et attention, les vilenies, les bassesses. »
Où se cache le diable ? Peut-être dans le succès même des lieux. 100 000 personnes visitent la chapelle chaque année, dont une bonne moitié d’étrangers. Pour l’essentiel, des amateurs d’architecture. Oh, bien sûr, le pèlerinage qui gravit depuis le Moyen Age les pentes de la colline chaque 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge Marie, a toujours cours. Et la chapelle accueille quelques messes, des baptêmes, de rares mariages. Mais l’esprit religieux s’est effacé dans l’ombre du monument.
« Il faut donner au lieu une valeur ajoutée spirituelle », l’Association Œuvre Notre-Dame-du-Haut en est convaincue. C’est cette structure qui gère le site, dont elle détient la propriété matérielle, mais aussi les droits artistiques, au grand dam de la Fondation Le Corbusier. « Ce patrimoine se banalise. Aujourd’hui, le public est habitué à l’architecture moderne, il veut autre chose », explique Jean-François Mathey, président de l’association. Son père, le conservateur d’art François Mathey, a été à l’origine de la commande de la chapelle à Le Corbusier… et du projet du Centre Pompidou.
La solution : installer une communauté religieuse sur un terrain que possède l’association à côté de la chapelle. En 2005, accord est conclu avec l’ordre contemplatif des clarisses. Celles-ci sont prêtes à vendre leur couvent de Besançon, où elles sont implantées depuis le XIIIe siècle, pour financer la construction d’une nouvelle fraternité. « C’est une solution équilibrée : la colline est habitée, cela permet de garder les lieux ouverts en permanence, mais il n’y a pas de privatisation de la chapelle », estime M. Mathey.
Commande est donc passée à Renzo Piano d’un ensemble d’une douzaine de cellules pour les religieuses, d’hébergements temporaires, de salles de restauration et de réunion, d’un oratoire de 25 places pour les prières quotidiennes. Plus un nouveau bâtiment d’accueil des visiteurs pour remplacer l’épouvantable porterie qui défigure l’entrée du site. Soit 1 500 m2 de surface à construire, pour un coût de 9 millions d’euros, dont un tiers serait consacré aux plantations censées camoufler les édifices et l’envahissant parking, sous la binette d’un paysagiste réputé, Michel Corajoud.
Conscient d’avoir à gérer un voisinage délicat, Piano joue une partition discrète : des constructions semi-enterrées dans la pente, dont les toits de zinc en trapèze ou en triangle se soulèvent à peine de terre au milieu des arbres pour ouvrir vers la vallée une façade de verre. « Les bâtiments sont comme des feuilles qui se décollent de la forêt, explique l’architecte. Mais ce n’est pas pour les cacher ! Mon langage n’est pas en compétition avec celui de Le Corbusier. C’est le langage honnête pour ce projet. Ce ne sont pas les bâtiments qui s’effacent, ce sont les clarisses. »
A cinquante mètres de la chapelle, la pente où doivent s’élever les bâtiments des soeurs a été déboisée et nettoyée, mettant au jour une évidence : on est proche de la chapelle. Très proche. Or il est un point sur lequel s’entendent les nombreux exégètes de Ronchamp : la chapelle et la colline forment un tout, une oeuvre unique, indissociable. Le Corbusier a composé ici une « acoustique du paysage », jouant avec les quatre horizons, orchestrant des percées sur la plaine de la Saône, la trouée de Belfort, les ballons d’Alsace, les monts des Vosges, semant sur le terrain des ponctuations et des points de vue, une pyramide de pierres, la maison du chapelain, le campanile. Modifier la colline, c’est abîmer l’oeuvre.
« Le Corbusier était très attaché à l’aspect pelé de la colline, or non seulement le projet actuel la construit, mais il se cache en plantant des arbres ! Ce n’est pas parce qu’on a affaire à Renzo Piano qu’on lui donne un blanc-seing », proteste le conseiller d’Etat Jean-Pierre Duport, président de la Fondation Le Corbusier. En réalité, l’ancien préfet est assez ennuyé. Mis au courant du projet dès l’origine, il n’a d’abord rien trouvé à y redire, avant d’être débordé par une partie de ses troupes. « Il y a des avis pour et contre très tranchés. J’essaye de dégager une solution acceptable », résume M. Duport.
Emmenée par Dominique Claudius-Petit, fils d’Eugène Claudius-Petit, le ministre de la reconstruction qui fit beaucoup travailler « Corbu », l’Association des amis de Le Corbusier soutient activement l’arrivée des clarisses. A l’opposé, d’autres membres du conseil d’administration, comme l’architecte Michel Kagan ou l’historien Jean-Louis Cohen, luttent pied à pied contre le projet de couvent.Dans cette bataille, la Fondation a recruté un arbitre de poids : Le Corbusier lui-même. L’historien Gilles Ragot a épluché les écrits de l’architecte pour rédiger un rapport aux conclusions sans appel : Le Corbusier serait contre. A l’appui, les lettres adressées par l’architecte à l’abbé René Bolle-Reddat, chapelain historique de la chapelle. Entre 1959 et 1963, le chapelain, soutenu par l’association Œuvre Notre-Dame-du-Haut, avait tenté de construire une maison d’accueil pour 120 pèlerins et amateurs d’architecture. Un projet bien plus vaste que celui mis en oeuvre par Renzo Piano, mais situé sur la même pente. « Corbu » s’y était opposé d’une plume farouche : « Ronchamp est finie ; on ne va pas la commencer à nouveau » (juin 1960) ; « C’est de la folie ! Laissez donc Ronchamp tel qu’il est. Vous ouvrez la porte à des abominations ! » (juillet 1961) ; « Il ne faut pas aménager. (…) Je vous en supplie. Maintenez cet état si saisissant » (juillet 1962).
Pour les adversaires du projet Piano, l’affaire est entendue : il faut déplacer le couvent nettement plus loin. Cela suffirait-il à calmer les esprits ? Pas sûr. Car les « durs » de la Fondation voient d’un mauvais oeil l’arrivée des religieuses. Michel Kagan prévient : « Il faut refuser d’annexer Ronchamp à une transformation par trop religieuse. » Pour Jean-Louis Cohen, « respiritualiser Ronchamp, c’est du baratin au service d’une affaire immobilière. Les clarisses ont plus de 75 ans. Qui garantit que leur fraternité ne deviendra pas un hôtel ? »
Au pied de la colline, le nouveau maire, Jean-Claude Mille (divers gauche), observe ces polémiques, un oeil sur les intérêts de la commune. « Un deuxième architecte très connu, ça peut nous amener du monde, espère-t-il. Le centre bourg a du mal à vivre, des commerces ferment, le Musée de la mine se meurt… » Loin des querelles artistiques, le village voit dans son patrimoine religieux l’occasion d’un réveil salutaire. Quitte à réinventer les échoppes de marchands du temple, buvettes et crucifix, qui cernaient la chapelle dans les premières années ?
La tour de Nouvel à la Défense déjà menacée
LE MONDE | 30.05.08 | 16h21 • Mis à jour le 30.05.08 | 16h21
Rien ne va plus à la Défense autour du projet de tour Signal. Deux jours seulement après la victoire du gratte-ciel conçu par l’architecte français Jean Nouvel (Le Monde du 28 mai), son dessin est sévèrement mis en cause, tandis qu’un des projets perdants pourrait être construit malgré tout.
Joëlle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux et députée UMP, membre du jury du concours organisé par l’Etablissement public d’aménagement de la Défense (EPAD), s’est vite désolidarisée du choix de ses cojurés : « Le signal du renouveau a été traduit par Jean Nouvel par la création d’un « donjon » à la Défense, écrit-elle le 28 mai sur le site de la ville de Puteaux. Un retour au Moyen Age. Pour ce quartier des affaires, on ne peut pas trouver mieux pour symboliser un enfermement, une forteresse assiégée, alors que le projet de la tour Signal devait être ouvert sur la ville. »
Dans une démarche inhabituelle pour un membre d’un tel jury, Mme Ceccaldi-Raynaud justifie sa position par ses propres goûts architecturaux : « A côté des deux élégantes tours de la Société générale, sa tour n’est qu’un monolithe qui écrase tout. J’estime que les projets concurrents étaient plus modernes et légers, plus aériens et lumineux. »
Décidée à modifier le choix de l’EPAD, elle demande à Jean Nouvel de revoir sa copie, ce qui, selon les règlements des concours d’architecture, disqualifierait immédiatement le projet et ouvrirait la voie à des contentieux avec les quatre autres concurrents. La maire dispose d’un levier non négligeable, car la tour doit être érigée sur le territoire de la commune de Puteaux, qui se partage l’emprise de la Défense avec Courbevoie et Nanterre.
Mme Ceccaldi-Raynaud menace donc de ne pas faire modifier le plan d’occupation des sols (POS) par son conseil municipal : « Deux délibérations doivent être mises au vote. Un lourd travail préparatoire doit être engagé par les services de l’urbanisme. Une concertation doit être amorcée avec les Putéoliens, et enfin une enquête publique doit se tenir avec toutes les observations et contributions de mes concitoyens et des associations. » Et de menacer : « Je crains que cette tour ne puisse voir le jour en 2015 comme convenu si de sérieuses améliorations n’y sont pas apportées. »
« PARTICULIÈREMENT NOVATEUR »
Patrick Devedjian, président de l’EPAD (et à ce titre président du jury), mais aussi président du conseil général des Hauts-de-Seine et secrétaire général de l’UMP – parti de Joëlle Ceccaldi-Raynaud -, n’a pas souhaité ajouter de commentaire à ses déclarations du 27 mai, au lendemain du concours : « Le jury que j’ai eu l’honneur de présider a retenu le projet de Jean Nouvel. Irréprochable sur le plan technique et du développement durable, particulièrement novateur, il présente une typologie de tour encore jamais vue. Sa silhouette puissante permet de rééquilibrer le paysage de la Défense autour de la Grande Arche. » Selon nos informations, le jury, dont la composition était principalement politique ou administrative (un seul architecte, Yves Lion, y siégeait en tant que tel), ne serait pas arrivé sans difficulté à la décision finale, ce qui ne retire rien à la valeur du vote.Autre surprise : un des concurrents malheureux de la tour Signal, la société Hermitage (filiale d’un groupe russe), dont le projet était signé de l’architecte Jacques Ferrier (une tour en forme de H), a décidé de concrétiser cette opération. Le projet prévoit d’implanter la tour à Courbevoie, à l’emplacement de 250 logements sociaux. A l’EPAD, on souligne que le quota de surface à construire est atteint dans le périmètre de la Défense, mais que sous réserve d’augmenter les surfaces constructibles (ou reconstructibles) – c’était le souhait initial de l’établissement public -, une telle démarche ne serait pas mal reçue.
Une tribu isolée découverte au Brésil
LEMONDE.FR | 30.05.08 | 10h01 • Mis à jour le 30.05.08 | 10h42
La Funai dit avoir photographié des guerriers, six huttes et une grande zone cultivée. Mais elle ne sait pas à quel groupe ils appartiennent.« Il y a quatre peuples dans cette région, nous les accompagnons depuis vingt ans », a dit Jose Carlos Meirelles Junior, un expert de la Funai.

L’ONG Survival International – qui dénombre une centaine de tribus isolées dans le monde, essentiellement au Brésil et au Pérou – estime que ces Indiens sont menacés par la déforestation au Pérou, qui pousse d’autres tribus vers le Brésil et pourrait mener à des conflits. L’ONG appelle à la protection de leur territoire. « Sans cela, ils sont menacés d’extinction. »
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Notes de l’exercice sur la maison Farnsworth :
Adam Elodie : 11
Battaglia Catherine : 14
Bodein Yannick : 14
Brunello Joanna : 11,5
Chaigneau Valentine : 12
Claude Gaël : 13
Dessuges Agathe : 13
Devoille Virginie : 10
Diemert Maxime : 13
Durand Julie : 13,5
Finck Floriane : 14
Incardona Charlotte : 13,5
Knoblauch Mathias : 13
Lacroix Julia : 11,5
Le Gall : 15,5
Maulini Coline : 14
Morel Grégoire : 14
Péron Jean-Baptiste : 15
Renson François : 14
Risse Anthony : 13,5
Thuiller Diane : 14,5
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Jeffrey Sachs : « Il faut changer le monde pour notre propre survie »
LE MONDE 2 | 30.05.08 | 11h50 • Mis à jour le 30.05.08 | 11h50
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L‘économiste qui a converti les pays de l’Est à l’économie de marché est au chevet d’un monde en crise. Le « docteur choc » a fait de la lutte contre la pauvreté son nouveau combat. Avec dans sa ligne de mire les pays riches, qui ne respectent toujours pas les engagements pour l’aide au développement pris il y a quarante ans.
En 1983, lorsqu’il devient, à 28 ans, le plus jeune professeur d’économie de l’université Harvard, Jeffrey Sachs semble promis à une brillante carrière académique. Mais son ambition se situe déjà au-delà du monde universitaire. Dans l’action. C’est ainsi qu’un jour de juillet 1985, il débarque en Bolivie pour conseiller le gouvernement pris dans une tourmente hyperinflationniste. Mission accomplie.
Fort de ce succès, Sachs devient, après la chute du Mur, l’éminence grise de nombreux gouvernements de pays ex-communistes, notamment en Pologne et en Russie où ses recettes libérales (privatisation de masse, dérégulation des prix, libre-échangisme) lui valent le surnom de » docteur choc « . Une étiquette que ce démocrate convaincu, fils d’un célèbre avocat spécialiste du droit du travail, ne supporte guère. D’autant plus qu’il se consacre désormais à la lutte contre la pauvreté, notamment en Afrique, en mettant l’accent sur le rôle crucial de l’aide publique au développement. Il est ainsi l’inspirateur des Objectifs du millénaire pour le développement adoptés par les Nations unies en 2000 (voir encadré page 46). Il a assuré le suivi du programme de 2002 à 2006.
A 53 ans, Jeffrey Sachs est directeur de l’Institut de la terre (université Columbia, New York), un organisme unique en son genre mêlant recherche en sciences économiques et sociales et travail de terrain. Le but : mettre la planète sur la voie du développement durable. Lui y voit de l’ambition, d’autres de la mégalomanie.
Sachs irrite en effet par son ego, son côté » premier de la classe « et sa fréquentation assidue des grands de ce monde, des chefs d’Etat aux stars du show-business. Mais il ne laisse jamais indifférent. Même ses détracteurs s’accordent à dire qu’il est un des seuls économistes capables de mobiliser les foules et les dollars pour le rééchelonnement de la dette des pays pauvres, les moustiquaires antipaludisme ou les engrais agricoles.
Dans son dernier ouvrage, paru aux Etats-Unis en mars, Common Wealth, Economics for a Crowded Planet (« Richesse pour tous, économie pour une planète surpeuplée », Penguin Press), il explique que la Terre est proche du point de rupture, menacée par la croissance, la surpopulation et les désastres écologiques. Proposant un » plan Marshall « à l’échelle mondiale, il estime qu’il faudrait y consacrer l’équivalent de 2 % à 3 % du revenu des pays riches, une » bonne affaire « au regard de l’immensité et de l’urgence du défi.
Entre deux avions, il a accepté de se poser dans le jardin de sa maison new-yorkaise et de répondre aux questions du Monde 2.
Crise immobilière américaine, crise alimentaire… Tout le monde semble pris de court. N’était-ce pas prévisible ?
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Non. La plupart des observateurs pensaient que la crise financière américaine se déclencherait lorsque le reste du monde cesserait de financer le déficit de la balance courante américaine. Or ce sont les marchés américains qui se sont contractés, estimant que les banques avaient prêté à tout va. C’est donc une crise financière interne et non pas la fermeture du robinet de fonds étrangers qui a été le détonateur. Peu de gens l’avaient pronostiqué.
Même chose pour les crises des matières premières. Dans mon dernier livre, j’explique que nous atteignons les limites de notre mode de vie actuel mais je n’avais pas anticipé que le baril de pétrole dépasserait les 130 dollars et que le prix du blé doublerait en un an.
Que se passe-t-il ? La crise alimentaire s’explique par un double choc : sur la production, d’une part, à cause d’épiphénomènes comme la sécheresse en Australie ou la course aux biocarburants, et sur la demande, d’autre part, suite à la croissance rapide de l’économie mondiale, notamment en Asie.
La crise financière américaine s’explique, elle, par des années de politique monétaire très expansionniste, qui, combinées avec la déréglementation des marchés financiers, ont créé un contexte périlleux, des taux d’intérêt très bas et un taux d’épargne très faible. Il n’y a pas de lien de causalité directe entre ces deux crises mais leurs effets se cumulent.
Quelle est la part de responsabilité des Etats-Unis dans ces crises ?
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Je pense que le leadership des Etats-Unis ces dernières années a été le plus mauvais de l’histoire récente, et de loin. L’administration Bush a commis de terribles erreurs à commencer bien entendu par la guerre en Irak, à laquelle il faut ajouter les réductions d’impôts économiquement injustifiées et un mépris total pour le réchauffement de la planète et l’extrême pauvreté dans le monde. Il faut aussi souligner que depuis dix ans la Réserve fédérale américaine (Fed) n’a cessé d’alimenter deux grandes bulles spéculatives (Internet et l’immobilier) et a tout simplement continué à déréguler tandis que les problèmes s’aggravaient. C’est pourquoi j’estime, contrairement à beaucoup, que le règne d’Alan Greenspan [président de la Fed de 1987 à 2006] sera jugé sévèrement. Et je pense que son successeur Ben Bernanke, qui est lui aussi resté bien passif pendant longtemps, se retrouve confronté à un ensemble de problèmes très complexes.
Si vous êtes nommé au gouvernement des Etats-Unis demain, que faites-vous ?
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D’abord je retire les troupes d’Irak et je renonce aux réductions d’impôts de Bush. Cela libérerait 450 milliards de dollars par an de deniers publics. Je les utiliserai pour assurer les 50 millions d’Américains qui ne sont pas couverts par l’assurance-maladie, pour promouvoir les investissements dans les pays les plus pauvres, pour investir dans le développement durable (notamment l’énergie, l’eau, la pêche). Je mettrai fin aux subventions pour les biocarburants comme l’éthanol et j’en garderai une partie pour réduire le déficit budgétaire. Autant de mesures qui devraient être prises mais autant de raisons pour lesquelles je ne serai pas élu président… La crise alimentaire est selon vous un signe avant-coureur du diagnostic développé dans votre dernier livre. N’êtes-vous pas trop alarmiste ? Souvenez-vous de cette devinette : si sur un point d’eau donné le nombre de nénuphars double chaque jour et qu’ils recouvriront toute la surface au bout de trente jours, quand le nombre de nénuphars recouvriront-ils la moitié du point d’eau ? Réponse : le 29e jour. Je pense que nous sommes au 29e jour. Nous avons laissé les choses évoluer en se disant qu’on avait le temps. Et aujourd’hui, nous sommes 6,7 milliards d’habitants, le PNB mondial atteint les 70 trillions de dollars, nous infligeons des dommages sans précédent à notre environnement et nous voulons avoir une croissance de 5 % par an comme si de rien n’était. Cela signifie un doublement de la taille de l’économie mondiale tous les quatorze ans.
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Si la population continue à croître à ce rythme, nous serons près de 12 milliards en 2050. Et si nos industries continuent à produire de la même façon, la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère aura doublé à cette date. C’est pour cela que je parle de 29e jour. Produire à nouveau 70 trillions de dollars avec nos technologies actuelles, dans notre environnement et avec une population qui croît de 80 millions par an, ce n’est tout simplement pas réalisable ! Il ne s’agit pas de faire peur ou de faire du malthusianisme de bas étage… Tout cela est fondé sur des constats.
[[[Les Objectifs du millénaire
Jeffrey Sachs a inspiré les Objectifs du millénaire pour le développement, à atteindre d’ici à 2015, qui ont été adoptés par les Etats membres de l’ONU en 2000. L’Institut de la terre de l’université Columbia, dirigé par Jeffrey Sachs, a ensuite élaboré avec l’ONU, en 2005, le projet des villages du millénaire. Douze communautés, dans dix pays (Sénégal, Mali, Ghana, Nigeria, Ouganda, Rwanda, Malawi, Tanzanie, Kenya, Ethiopie), ont mis en place un programme fondé sur les critères définis en 2000 : Pauvreté. Réduire de moitié le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour.
Education. Donner accès à l’enseignement primaire à tous en s’attaquant aussi aux inégalités entre sexes.
Santé. Réduire de deux tiers la mortalité infantile ; diminuer de trois quarts celle liée à la maternité ; stopper la propagation du sida et du paludisme.
Eau potable. Réduire de moitié le pourcentage de la population qui n’y a pas accès.
Economie. Poursuivre la mise en place d’un système commercial ouvert et non discriminatoire et, enfin, augmenter l’aide publique et alléger la dette.]]]
Que faire ? Les principales contraintes physiques auxquelles nous sommes confrontés – l’eau, l’habitat, l’énergie, les émissions de dioxyde de carbone, la pêche, etc. – ne doivent pas le rester. En utilisant des technologies éprouvées, nous pouvons résoudre toutes les difficultés agricoles, industrielles, démographiques ou environnementales. Et à moindre coût ! Le problème, c’est que nous n’essayons même pas de les résoudre. Nous avons besoin de gouvernements qui se soucient vraiment de l’environnement et de la recherche de nouvelles sources d’énergie, de l’approvisionnement en eau et en nourriture, ainsi que de l’augmentation globale de la population et de ses conséquences pour les plus pauvres des pauvres. Actuellement, rien n’est fait. C’est alarmant. Au cours de la campagne présidentielle américaine actuelle, ces questions ne sont même pas abordées. George Bush a beaucoup parlé de la nécessité de développer des sources d’énergie alternative mais il n’a rien dépensé pour y parvenir. Où va tout notre argent public ? A la guerre.
Les pays riches se sont engagés en 1970, devant l’ONU, à consacrer 0,7 % de leur PNB à l’aide publique au développement. La conjoncture actuelle leur fournira-t-elle une excuse pour ne pas atteindre ce seuil ? Ils peuvent brandir le retournement de la conjoncture comme excuse, le fait est qu’ils sont en mesure de payer 0,7 % de leur richesse nationale quelle que soit la situation économique pour la bonne et simple raison qu’il ne s’agit que… de moins de 1 % ! C’est une décision de nature politique. Les pays occidentaux cherchent de toute évidence à ne pas tenir leurs promesses. Mais je ne suis pas prêt à les laisser faire.
Vous prétendez que les grands problèmes de la planète peuvent être réglés si la communauté internationale y met les moyens. Vous dites notamment qu’avec 70 milliards de dollars d’aide par an, l’Afrique pourra se passer d’aide au développement en 2025. Vous rêvez ?
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Les gens qui disent que je suis fou sont soit ceux qui estiment que la situation est désespérée, soit ceux qui jugent qu’il faut laisser la nature faire. Il y a aussi une troisième variante de ce scepticisme selon lequel l’aide est nécessaire mais nous sommes incapables de l’acheminer à bon port. C’est une vision totalement erronée, une vision pathétique du monde ! Un de vos principaux détracteurs, l’économiste William Easterly (Université de New York), dénonce, notamment dans son livre The White Man’s Burden ( » Le fardeau de l’homme blanc « , 2006, Penguin Press), les résultats mitigés des milliards consacrés à l’aide au développement depuis cinquante ans. Il estime que vos appels pour un nouvel effort massif connaîtront le même sort… Les Etats-Unis consacreront plus au budget du Pentagone dans la seule année 2008 que le monde entier n’a donné à l’Afrique dans toute l’histoire. Y avons-nous vraiment déversé des torrents d’argent ? Non. Avons-nous déjà distribué massivement des moustiquaires antipaludisme ? Non. Et quand nous avons essayé de le faire, cela a-t-il échoué ? Non, au contraire. Avons-nous entrepris une campagne massive de vaccination contre la rougeole ? Oui. A-t-elle fini en corruption généralisée ? Non, cela a donné une réduction de 91 % de la mortalité due à cette maladie.
Voilà ce qui a été réalisé depuis 2000. Je ne propose pas de donner de l’argent sans contrôle mais pour des actions précises. Que peut-on faire ? Comment ? Qu’est-ce qui a marché ? Voilà ce à quoi les esprits critiques devraient réfléchir. Ce qui me rend fou, c’est qu’il n’y a pas cinq plans pour éradiquer le paludisme, il n’y en a qu’un seul et quatre personnes qui tirent dessus à boulets rouges ! Les Objectifs du millénaire, dont vous êtes le principal auteur, ne seront pas atteints par de nombreux pays, notamment les plus pauvres… Ils ont été rédigés en fonction de l’argent promis. Les pays riches remplissent-ils leurs engagements ? Non. Donc l’Europe et le Japon peuvent continuer à les négliger, les Etats-Unis peuvent continuer à faire la guerre et les objectifs échoueront, le monde perdra espoir et aura manqué une occasion de remédier à ses maux… Faut-il rester les bras croisés jusqu’en 2015, constater à ce moment-là que les objectifs auront échoué et blâmer Jeff Sachs ? Cette passivité généralisée n’est pas acceptable. Votre ministre des affaires étrangères a créé Médecins sans frontières, qu’il soutienne donc les Objectifs, que la France tienne ses promesses de financement ! En 2007, l’aide au développement provenant des pays industrialisés a baissé par rapport à 2006. A qui la faute ? Vous affirmez que l’Afrique souffre de sa géographie plutôt que de ses gouvernants. Vous semblez ignorer des facteurs comme l’absence de démocratie, la corruption ou les inégalités sociales… J’ai dit à de nombreuses reprises que je ne suis pas favorable à un programme d’aide à Robert Mugabe, au Zimbabwe, ou à d’autres dictateurs du même genre. Mais c’est là aussi une fausse excuse. Il y a beaucoup de pays prêts à absorber une aide massive comme le Ghana, le Sénégal, le Mali ou la Tanzanie, qui sont stables, démocratiques, en paix, et qui n’obtiennent pas les fonds non plus. La Banque mondiale leur répète : » Ne croyez pas aux Objectifs du millénaire, vous n’y parviendrez pas et l’argent promis n’arrivera pas. « Vous êtes un partisan d’un » grand bond en avant « . Ne risquez-vous pas ainsi d’ignorer les particularités locales, politiques ou culturelles ? Naturellement, je crois que chaque communauté doit avoir son espace, sa liberté d’action, que sa culture doit être prise en compte. Les actions que je supervise dans une douzaine de villages-pilotes du millénaire en sont la preuve : ce sont les habitants qui décident de l’utilisation des moyens et des technologies que nous leur fournissons. Mais en ce qui concerne l’éradication de la variole, la lutte contre la polio ou la rougeole, la distribution de moustiquaires ou d’engrais, il faut agir de façon globale, systématique et rapide. Et je ne vois pas de contradiction entre ces deux modes d’action. Quand vous travaillez aux urgences, vous avez intérêt à travailler vite.
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Je ne suis pas un révolutionnaire : je demande que 0,7 % de notre richesse soit consacrée à extirper des gens de la misère absolue grâce à des moyens reconnus.
» Docteur choc « s’est-il converti à la lutte contre la pauvreté ? Non. Je crois et j’ai toujours cru en une économie mixte car il y a certaines choses que le marché ne peut réguler comme l’environnement ou la recherche scientifique. Je tiens à rappeler qu’en 1985, j’ai été le premier universitaire américain à réclamer l’annulation de la dette extérieure de la Bolivie. Est-ce que c’était une grande idée de droite ultralibérale ? En Europe de l’Est après la chute du communisme, dans des pays occupés par l’armée rouge pendant quarante-cinq ans, il fallait laisser les marchés faire leur œuvre. A chaque problème, il fallait trouver une solution appropriée.
Star parmi les économistes, vous avez un accès privilégié à de nombreux gouvernements et aux Nations unies. C’est un atout ?
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Bien sûr. La mobilisation internationale a été déterminante sur les questions de santé comme le sida et le paludisme ou sur l’annulation de la dette des pays pauvres, et j’en suis fier. Depuis quatre ans, je répète qu’il faut aider l’Afrique à produire plus de nourriture, à faire sa » révolution verte « comme l’Inde dans les années 1960. Et je propose des solutions, même si elles ne plaisent pas à tout le monde. Ainsi, lorsque j’ai préconisé que le Malawi mette en place un système de subventions agricoles, l’agence britannique du développement a hurlé au loup. Trois récoltes réussies plus tard, est-ce que je crie sur tous les toits » Regardez, ça marche, faisons-le ailleurs « ? Bien entendu ! Evidemment, les donateurs n’aiment pas que je leur rappelle constamment ces vérités qui dérangent… Vous avez incité des stars comme le chanteur Bono ou l’actrice Angelina Jolie à s’investir dans la lutte contre la pauvreté. Ne craignez-vous pas que ce soit un phénomène de mode ? Le grand public doit comprendre qu’il faut agir vite et qu’il y a des mesures importantes à prendre pour changer la donne. Que ce soit les » pavés « scientifiques, les discours, un concert de U2 ou le travail de terrain, tout cela participe du même effort de mobilisation. Il faut changer le monde pour notre propre survie.
Vous faites très souvent référence à John F. Kennedy. Pourquoi ?
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Au cours de la dernière année de sa vie, il a contribué à sauver le monde. La » crise des missiles « à Cuba, en 1962, nous avait amenés au bord de l’autodestruction et il a su trouver une issue pacifique. Ayant réalisé à quel point nous avions frôlé le désastre, il a passé le reste de sa vie à convaincre les Américains que l’ère de la confrontation devait laisser place à celle de la coopération. Je ne cesse de combattre le cynisme. JFK répétait : » Ayez l’audace de réussir, tentez, ne croyez pas que nous soyons condamnés. « Il m’inspire profondément. Trop de gens pensent que nous ne pouvons rien faire.
En Corrèze, la cabane en rondins sort du bois
LE MONDE | 31.05.08 | 15h13 • Mis à jour le 31.05.08 | 15h13
La Combe-Noire est un lieu de formation technique. C’est là que se trouve l’Ecole de la fuste, un chantier-école de construction en rondins créé en 1999, qui a accueilli à ce jour quelque six cents stagiaires et suscité en France une cinquantaine d’entreprises spécialisées, fédérées en association, Bois sacré technique et civilisation du bois.
TOITURE-PRAIRIE
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Une fuste, donc, c’est une habitation en grumes, ces arbres juste abattus, écimés et ébranchés. Empilées et ajustées, celles-ci sont recouvertes d’une toiture-prairie en écorce de bouleau, réputée imputrescible, recouverte d’une couche de terre herbeuse. L’Ecole de la fuste ne s’est pas créée pour cultiver un esthétisme de la vie rustique, explique Thierry Houdart. « C’est une technique d’avenir qui répond parfaitement aux problèmes d’économies d’énergie et de développement durable », affirme-t-il.
HABITAT SCANDINAVE
Un outil de climatisation naturelle, économe à chauffer et d’une hygrométrie stable. Sans compter qu’elle valorise la forêt française et nécessite une transformation minimale : peu de sciage, un simple façonnage des troncs pour les joindre précisément.
Les maisons en rondins sont un habitat traditionnel des campagnes scandinaves, de l’archipel des Feroë et des îles écossaises. En France, ce mot et ce mode de construction sont originaires de la vallée du Queyras, dans les Hautes-Alpes, entre Briançon et la frontière italienne.
Après les régions montagneuses et boisées, la fuste a gagné des régions de plaine, aux forêts plus domestiquées, la Normandie et le Bassin parisien par exemple. La technique commence à intéresser, outre les particuliers, les collectivités, les centres de vacances, l’hôtellerie-restauration. Les fustiers se voient en professionnels d’avenir.
« Corps éparpillés » et « situation apocalyptique » en Birmanie, selon les humanitaires
LE MONDE | 10.05.08 | 14h20 • Mis à jour le 17.06.08 | 09h15
Un spectacle effarant, difficilement soutenable. Les premiers témoignages des rares équipes de secours parvenues dans le delta de l’Irrawaddy, la zone de Birmanie dévastée le 3 mai par le typhon Nargis, font état d’un véritable désastre humanitaire. Alors que le bilan officiel s’établissait, samedi 10 mai, à 23 335 morts et 37 019 disparus – les estimations officieuses continuent d’évoquer près de 100 000 morts -, les scènes de dévastation rapportées par ces témoins ne font que souligner l’urgence d’une assistance internationale que la junte militaire birmane n’accepte, selon les ONG et l’ONU, que trop lentement.
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Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a affirmé, samedi 10 mai dans la soirée, avoir récupéré la cargaison d’aide arrivée à bord d’un de ses avions en Birmanie pour secourir les sinistrés du cyclone Nargis. « La cargaison est entre nos mains, ils nous l’ont remise », a déclaré Marcus Prior, un porte-parole du PAM à Bangkok, qui n’était en revanche pas en mesure de dire quel était le statut du second avion de l’ONU arrivé samedi à Rangoun, un appareil du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) arrivant de Dubaï et transportant des biscuits énergétiques. – (Avec AFP.)
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« La situation sur le terrain est vraiment désespérée, explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies, contacté par téléphone à Rangoun. Nous atteignons nos limites. Nos personnels reviennent du delta (de l’Irrawaddy) et les histoires qu’ils nous racontent sont difficiles à supporter. Certains sont assez affolés en revenant. Il y a des corps éparpillés. »
A Médecins sans frontières (MSF), un chargé de communication, Frédéric Baldini, rapporte depuis Genève le témoignage du chef de mission de MSF-Suisse en Birmanie : « Il a rencontré un résident d’un village du delta affirmant craindre n’être que le seul survivant. »
A Paris, Thomas Gonnet, directeur des opérations d’Action contre la faim (ACF), est en contact permanent avec une équipe de l’association présente sur les lieux. « Un paysage de désolation et une situation apocalyptique, tels furent les premiers mots de notre équipe arrivée, mercredi, à Bogalay, l’une des villes les plus touchées par le typhon », rapporte-t-il.
Pour parcourir la centaine de kilomètres qui relient Rangoun et Bogalay, le premier convoi d’ACF, avec sept tonnes de riz, a dû faire de nombreux détours : ponts détruits, circulation bloquée, risques d’attaque sur la route. Le spectacle découvert par l’équipe d’ACF à Bogalay fait état d’une ville rasée et entourée d’eau contaminée par les cadavres en décomposition. Si les autorités retiennent le chiffre de 10 000 morts dans cette zone, le chef d’équipe d’ACF estime que près de 200 000 personnes sont en danger sur une population initiale de 350 000 habitants.
Ce responsable de terrain a, vendredi, décrit par téléphone à Thomas Gonnet la présence d’environ 60 000 ruraux, paysans ou pêcheurs – venus chercher du secours à Bogalay. « Ils n’ont plus d’eau, plus à manger, plus d’animaux, plus de semences, plus de rizières, les stocks de riz sont vides. » Il a également évoqué l’existence d’un camp de réfugiés de près de 20 000 personnes au coeur même de la ville. « Le problème, précise M. Gonnet, c’est que les autorités locales nous ont interdit l’accès à ce camp et ne nous laisse pas distribuer nous-mêmes l’aide aux victimes. »
« La colère de la population est palpable, et notre équipe sur place nous a fait état de violences », rapporte le directeur des opérations d’ACF.
Des tensions sont apparues entre les membres du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, présents à Rangoun, et le gouvernement birman. Vendredi, alors que des équipes du PAM déchargeaient 38 tonnes de vivres et d’équipements sur l’aéroport, des autorités locales ont saisi la cargaison. Le PAM a alors annoncé la suspension de toute livraison.
Joint au téléphone vendredi, à Rangoun, l’un des représentants du PAM en Birmanie, Marcus Prior, indique que les autorités ont expliqué leur geste par l’absence d’autorisation. « Ils nous connaissent pourtant bien, remarque M. Prior. Nous sommes dans ce pays depuis longtemps, et nous sommes déjà présents à Bogalay mais aussi à Laputta, la première ville touchée par le typhon. »
La junte a indiqué, vendredi, que « la Birmanie donne la priorité à la réception de l’aide et à sa distribution, par ses propres moyens, dans les régions frappées par le typhon ». Les organisations humanitaires suspectent le régime de vouloir en fait détourner l’aide internationale. En fin de journée, le PAM revenait sur sa décision et annonçait qu’il assurerait ses vols de samedi tout en poursuivant les discussions pour pouvoir contrôler l’ensemble de la distribution de l’aide.
Paul Risley, le porte-parole du PAM à Bangkok, où se regroupent les équipes humanitaires en attente de visa, n’en dénonce pas moins l’attitude des autorités birmanes qui ont fermé leur ambassade pour quatre jours en raison d’une fête. « C’est une attente de quatre jours qui n’a pas lieu d’être », a-t-il déclaré.
Si le delta de l’Irrawaddy est la zone la plus touchée, les environs de Rangoun n’ont pas été épargnés. « Dans la zone de Rangoun, 80 % des maisons sont détruites, rapporte à Paris Françoise Sivignon, chef de la mission Birmanie de Médecins du monde (MDM). Les gens sont réfugiés dans les monastères, les écoles et les églises. »
Joe Larry, délégué à l’information de la Croix-Rouge, est arrivé à Rangoun de Bangkok vendredi. « Les arbres ont été arrachés, les toits des maisons rappellent des boîtes d’étain ouvertes, rapporte-t-il au retour d’une visite dans les banlieues de la cité. Il n’y a pas d’électricité, les rues les plus proches de Rangoun sont toujours couvertes d’eau. Les enfants jouent dans l’eau accumulée, sûrement contaminée, et courent le risque d’attraper des maladies. »
Article paru dans l’édition du 11.05.08.
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Il est urgent de sauver les sols
LE MONDE | 21.06.08 | 14h53 • Mis à jour le 21.06.08 | 20h14
Daniel Nahon est professeur de géochimie à l’université Paul-Cézanne d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Grand connaisseur des fragilités de la Terre, il tire la sonnette d’alarme. « Les sols n’en peuvent plus. Nous sommes au bord de l’abîme et, si cela continue, il y aura des famines », s’emporte-t-il. A force de pollution industrielle, de pesticides à hautes doses, d’urbanisation forcenée, d’érosion, de déforestation et d’irrigation mal contrôlée, près d’un quart des terres utilisables dans le monde, en effet, sont déjà dégradées. Et leur proportion par habitant se réduit comme peau de chagrin, quand il faudrait doubler la production agricole, d’ici à 2050, pour nourrir 9 milliards de Terriens.
TERRES CULTIVABLES
Sur 13,5 milliards d’hectares de terres émergées, 22 % (soit 3 milliards) peuvent être cultivés, dont la moitié environ sont exploités (chiffres de la FAO). Au cours des dernières décennies, 50 millions d’hectares sont devenus impropres à toute culture par salinisation.
ÉROSION
Dans les pays tempérés, l’érosion varie en moyenne, selon le terrain, de 0,5 à 20 tonnes de terre par hectare et par an. Ce taux peut monter jusqu’à 200 t/ha/an dans les régions tropicales à fortes précipitations.
À LIRE
L’Epuisement de la terre, l’enjeu du XXIe siècle, de Daniel Nahon, éd. Odile Jacob, 2008, 240 p., 25,90 euros.
« Il règne à ce sujet un véritable illettrisme, une méconnaissance de la structure et du fonctionnement des sols, tant chez les politiques que dans les médias, et même chez de nombreux scientifiques, poursuit le géochimiste. Alors qu’il faudrait fournir un véritable effort de guerre pour affronter le défi à venir ! » Lassé de l’indifférence quasi générale sur cette question cruciale, Daniel Nahon a publié L’Epuisement de la terre, l’enjeu du XXIe siècle (Odile Jacob). Il y rappelle que le sol cultivable, qui a permis à l’homme de passer du stade de chasseur-cueilleur à l’agriculture, a mis des milliers d’années pour se constituer.
Il a fallu pour cela que la roche mère se décompose, puis qu’elle soit fertilisée par le lent travail des plantes et des bactéries. Non renouvelable, ce patrimoine devrait être considéré comme un bien mondial à protéger. D’autant plus précieux qu’en l’état actuel de nos connaissances techniques, on ne peut se passer des sols pour les cultures.
Pays riches, pays pauvres, pays émergents : la détérioration des sols touche toutes les régions du globe. Certaines parties de la Chine et de l’Inde connaissent d’importants problèmes d’érosion et de pollution. Au Brésil, les sols gagnés sur la forêt amazonienne s’appauvrissent. Christian Valentin, directeur d’une unité de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), précise que cette dégradation touche plus particulièrement deux régions : les sols sableux du Sahel, très peu fertiles et sensibles à l’érosion éolienne, et les sols de montagne des pays d’Asie du Sud-Est. Dans les deux cas, l’extension des aires cultivées s’est faite aux dépens des jachères, des forêts ou des zones de parcours, éléments protecteurs des sols.
Enrayer ce déclin ? Ici ou là, quelques initiatives vont dans ce sens. Au Burkina Faso, par exemple, une poignée de paysans remettent au goût du jour les techniques agricoles traditionnelles (Le Monde du 18 juin). Mais il en faudrait beaucoup plus pour que les sols se stabilisent. D’autant que, dans ce domaine, l’Europe occidentale, et notamment la France, a aussi du souci à se faire.
Rien que dans l’Hexagone, « l’urbanisation – routes et villes – provoque à elle seule la disparition de 60 000 hectares de bonnes terres arables par an », explique Dominique Arrouays, directeur de l’unité Infosol à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) d’Orléans (Loiret). « Cela représente en dix ans l’équivalent d’un département français ! », dit-il. A cela s’ajoute l’érosion, que va inévitablement amplifier la montée en puissance des phénomènes météorologiques extrêmes. Une seule pluie très forte, si elle survient sur une zone en pente, suffit en effet à faire disparaître 50 tonnes de terre… Avec, à terme, un réel danger de désertification.
Face à ce danger croissant, une prise de conscience se fait jour. Mais elle reste bien timide. En novembre 2007, le Parlement européen a adopté une proposition de directive sur la protection des sols, dont la portée a toutefois été amoindrie par une série d’amendements. Les choses sont un peu plus avancées en France, où a été créé, en 2001, le groupement d’intérêt scientifique Sol. Destiné à surveiller la qualité des terres, il a pour but de réaliser un inventaire des sols tous les dix ans pour observer leur évolution, à l’aide d’un maillage systématique du territoire français : 2 000 sites sont déjà en place, et 200 de plus sont prévus d’ici à la fin de l’année. En parallèle sera réalisée une cartographie de la qualité des sols qui devrait être terminée en 2012.
Mais les chercheurs voient déjà plus loin et imaginent d’autres fonctions pour les terres arables. « Jusqu’à présent, celles-ci servaient uniquement de support pour les cultures. Demain, elles devront fournir des services supplémentaires en relation avec la sauvegarde de l’environnement », affirme Guy Richard, directeur de l’unité science du sol à l’INRA d’Orléans. On leur demandera peut-être de lutter contre le réchauffement climatique en piégeant le carbone, de mieux filtrer l’eau, de recycler les déchets urbains ; ou encore de participer au maintien de la biodiversité. Autant de fonctions nouvelles qui pourraient contribuer à un cercle vertueux, puisqu’elles assureraient du même coup la pérennité des sols qui s’y consacreraient.
Pour piéger le carbone, il faudra éviter les labours profonds qui fragmentent le sol, accélèrent la décomposition des matières organiques et libèrent du gaz carbonique. Cela nécessitera de réduire le travail de la terre, qui sera réalisé sur une profondeur plus faible : on se contentera par exemple de semis directs, qui ne nécessitent qu’un grattage en surface pour introduire la graine. « Plutôt que le laisser tout nu entre deux récoltes, on cherchera également à maintenir une couverture permanente du sol », ajoute Guy Richard. Ce qui lui permettra de lutter contre certaines maladies et contre la pollution – à l’instar de ce que l’on observe avec les plantations de moutarde qui, organisées entre les périodes de culture du blé et du maïs, permettent de piéger les nitrates provenant de la décomposition végétale après récolte.
Apprendra-t-on également, dans un avenir proche, à orienter l’activité microbienne des sols afin d’améliorer la filtration de l’eau ? A analyser les terres pour repérer les plus propices au recyclage des déchets ? Dans tous ces domaines, les recherches doivent encore être poursuivies. Mais il est aussi des solutions plus classiques pour préserver les sols. Diminuer les pesticides, laisser sur place les débris végétaux, étudier le paysage pour limiter l’érosion en fonction du relief… Des solutions qui ne demandent pas d’efforts gigantesques, mais simplement un peu plus d’égards vis-à-vis de ce manteau d’arlequin qui nous fait vivre. Même si, pensent les plus alarmistes, les meilleures mesures de protection ne suffiront pas à nourrir l’humanité d’ici à 2050.
Pour relever ce défi, « plusieurs sauts technologiques majeurs seront nécessaires », estime Daniel Nahon. Et l’on ne pourra éviter, selon lui, l’utilisation des plantes transgéniques. Les seules à permettre les cultures sur les sols arides et salés, malheureusement de plus en plus nombreux.
Article paru dans l’édition du 22.06.08.
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L’Afrique plus exposée aux effets du changement climatique (experts)
23.06.08 | 21h25
La déforestation très avancée des forêts africaines expose le continent aux effets les plus « brutaux et dévastateurs du changement climatique », a estimé lundi le directeur de l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT).
« L’Afrique sera le continent le plus affecté par le changement climatique. Le taux de déforestation est le plus élevé par rapport aux autres continents », a déclaré le Camerounais Emmanuel Ze Meka, à l’ouverture d’une rencontre internationale à Grand-Bassam (près d’Abidjan) sur le « boisement et le reboisement ».
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« Une bonne partie de la population vit en milieu rural et est extrêmement dépendante des ressources forestières d’où elle tire l’essentiel de ses moyens de subsistance », a-t-il poursuivi lors de cette réunion de quatre jours.
« D’une manière générale, cette population est extrêmement vulnérable aux effets du changement climatique du fait que la grande majorité vit en dessous du seuil de pauvreté (…) limitant ainsi les possibilités d’adaptation », selon lui.
« La lutte contre le changement climatique et l’adaptation à ces effets représente pour l’Afrique un enjeu extrêmement important », a-t-il ajouté, soulignant que « l’Afrique dispose d’immenses espaces qui demandent à être reboisés ».
La rencontre de Bassam regroupe des experts venus de Côte d’Ivoire, Cameroun, Congo, Gabon, République démocratique du Congo, Congo, République centrafricaine, Liberia, Nigeria, Ghana et Togo, ainsi que du Japon, de Corée et d’Inde.
Ces experts vont évoquer la « révision » des procédures d’exécution du Mécanisme pour un développement propre (MDP) décidé en 1997 par le protocole de Kyoto, afin d’atténuer les effets du changement climatique en aidant les pays en développement.
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